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Les villes concentrent aujourd’hui plus de la moit de la population mondiale et plus de 80 % du PIB global. La dynamique sous-jacente  
qui explique leur expansion continue résulte de diverses externalités positives (densité du marché du travail, partage des connaissances  
techniques et des intrants…) générant des effets qui se renforcent mutuellement. Ces vagues d’urbanisation rapides ont d’importantes  
conséquences sur la production de biens et de services, la qualité environnementale et le développement humain. On observe dans le  
monde entier des pics de densité et des disparités dus à l’essor inexorable des métropoles. Pour rester habitables, les villes devront  
devenir plus écologiques et plus inclusives. Face à ces enjeux sociétaux, les politiques publiques ont un rôle important à jouer.  
En 2050, plus des deux tiers de la population mondiale vivront en ville. régionales. Il est essentiel de bien comprendre les mécanismes sous-  
Or, dans les pays de l’OCDE, ces aires urbaines ne couvrent que 4 % jacents de la formation et de l’organisation des villes pour s’attaquer  
de la surface du territoire (OCDE, 2015). Cette forte concentration aux défis qui en découlent.  
géographique pose la question de la forme que ces nouvelles  
mégapoles doivent adopter pour rester habitables. La surpopulation, la  
pollution et des coûts élevés figurent parmi les principaux inconvénients  
Les économies et déséconomies d’échelle inhérentes aux villes  
coexistent et pérennisent leur existence. Dans sa théorie sur la nouvelle  
économie géographique, Krugman (1991) décrit l’existence de forces  
d’agglomération et de dispersion concomitantes. Ces forces ont  
contribué à l’émergence d’un dualisme entre centre et périphérie dans  
la distribution des activités économiques. Les centres d’activité, sous  
l’effet de forces d’agglomération, donnent naissance à de grandes villes.  
Les forces de dispersion limitent, quant à elles, la taille des villes et  
génèrent des alternatives à ces dernières, les périphéries.  
associés à la vie urbaine. En outre, le changement climatique a eu de  
profondes répercussions sur ces zones notamment une augmentation  
des risques pour la santé et des températures de plus en plus extrêmes.  
De l’abolition de la distance au déclin industriel, les villes ont fait face à  
de multiples défis et s’est posée la question de savoir si cette forme  
d’organisation était appelée à subsister. La montée en puissance de la  
mondialisation et de la « Nouvelle économie » a relancé le potentiel des  
villes en les propulsant sur le devant de la scène économique  
internationale. On continue d’observer des vagues d’urbanisation  
s’autoalimentant qui résultent principalement d’externalités positives  
propres aux villes.  
Les forces d’agglomération concernent avant tout les entreprises et  
sont ainsi analysées à travers le prisme de l’activité économique et de  
la production. Les avantages qui en découlent se répercutent ensuite  
sur les travailleurs et les consommateurs qui bénéficient de salaires  
plus élevés, d’un meilleur accès à l’emploi, ainsi que d’un choix plus  
étendu, dû à la variété des produits proposés sur le marché. En 1920,  
Marshall avait décrit les trois déterminants majeurs de la localisation  
des entreprises, qui restent pertinents un siècle plus tard :  
Dotée d’infrastructures plus efficaces, plus innovantes et moins  
polluantes, la ville reste un endroit privilégié à tel point que le fossé se  
creuse entre les espaces urbains et les autres territoires. Les disparités  
s’accentuent non seulement entre des métropoles prospères et des  
territoires à la traîne, mais au sein des villes elles-mêmes. Les atouts  
exceptionnels des grandes zones urbaines sont, certes,  
impressionnants, mais s’accompagnent aussi d’une forte concentration  
des bénéfices associés. Leur organisation doit être repensée afin de  
pallier le risque d’une fracture territoriale. Les politiques publiques ont  
un double défi à relever : renforcer les atouts des zones urbaines tout  
en réduisant les déséquilibres qui en découlent.  
-
La mise en commun du marché du travail : la densité qui en  
découle permet un meilleur appariement entre l’offre et la  
demande ;  
-
Le partage des connaissances techniques (knowledge  
spillovers) : les externalités positives inattendues produites  
par les découvertes scientifiques/techniques stimulent la  
productivité des entreprises voisines ;  
Il n’existe pas de modèle standard en matière d’urbanisme. L’accent  
doit être mis sur l’adoption de politiques publiques efficaces. Les villes  
recèlent de forces incomparables pour permettre un développement  
plus durable et inclusif. Le moment est venu d’encourager une transition  
vers des métropoles plus vertes, plus accessibles et plus abordables.  
-
Le partage des intrants : la localisation d’entreprises similaires  
permet de partager les coûts liés aux biens intermédiaires et  
encourage la localisation d’entreprises spécialisées dans la  
production de ces intrants.  
Pour répondre à ces trois critères, il faut une organisation agglomérée  
de l’espace, telle que celle offerte par les villes. L’urbanisation permet  
précisément d’exploiter les externalités positives associées à la  
proximité géographique.  
Les villes se singularisent dans la répartition du territoire entre la  
population, l’activité économique, linnovation, les émissions de gaz à  
effet de serre, et reflètent par définition des inégalités. Or, le processus  
d’urbanisation ne fait que s’accélérer, exacerbant les disparités  
Ces externalités peuvent être classées en deux catégories et sont à la  
fois des déterminants et des conséquences de la taille des villes. Les  
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externalités Marshalliennes, également dites « économies de emplois dans le quartier d’affaires (CBD). Ce modèle a d’importantes  
localisation », se caractérisent par un phénomène de spécialisation au conséquences sur l’organisation des villes dans la mesure où il illustre  
sein d’un espace géographique donné. La localisation d’entreprises une diminution du gradient de la rente foncière entre le quartier  
appartenant à une industrie spécifique favorise le partage de d’affaires et la périphérie de la ville. Celle-ci est compensée par  
connaissances techniques entre entreprises similaires, entraînant une l’augmentation des coûts de déplacement domicile-travail au fur et à  
augmentation globale de la productivité. Les externalités Jacobsiennes, mesure que l’on s’éloigne du centre-ville. L’augmentation de la  
également appelées « économies d’urbanisation », sont le fruit d’un population urbaine conduit à un accroissement du coût de la vie avec le  
processus de diversification. L’hétérogénéité des industries présentes déplacement du gradient de rente foncière (cf. graphique 2). La  
dans la ville permet aux entreprises, dans les premiers stades de leur croissance urbaine est donc, par nature, un processus d’exclusion.  
développement, de trouver leur modèle optimal de production et de  
bénéficier d’infrastructures établies et diversifiées. Ces deux types  
Le gradient de rente foncière  
d’externalités impliquent des niveaux d’agglomération différents et ont  
donc des conséquences variées sur la taille de la ville. Comme le  
Modèle Alonso-Muth-Mills  
montre le graphique 1, les économies de localisation se caractérisent  
par des villes de plus petite taille dans la mesure où elles impliquent un  
degré moindre de concentration des entreprises et de la main-d’œuvre.  
Rente  
Les économies d’urbanisation, en raison de la diversité des acteurs  
locaux engagés dans le processus, correspondent à des villes d’une  
taille bien plus importante. Comme ces dynamiques se renforcent  
mutuellement, l’existence de l’un ou l’autre de ces deux types  
d’externalités détermine la taille de la ville.  
Augmentation de la  
population urbaine  
Rente urbaine  
Ru  
Ru'  
Externalités Marshalliennes et Jacobsiennes et taille de la ville  
Rente agricole  
Distance du  
CBD  
CBD  
Bordure  
urbaine  
Bordure  
urbaine'  
M : Forte localisation  
L : Forte urbanisation  
Graphique 2  
Source: O'Sullivan, 1990  
u*  
Utilité fixe : 푉(푧, ℎ)  
Contrainte budgétaire : 푤(1  푡푥) = 푧 + 푃ℎ  
S : Faible  
localisation  
푧 = 푤 − 푤푡푥 − 푃ℎ  
∆푃ℎ + 푤푡∆푥 = 0  
∆푃ℎ = −푤푡∆푥  
  correspond à un bien numéraire (fixe) ; , au salaire perçu en ville (fixe) ;  
, aux coûts de transport (fixes) ; , à la distance au centre-ville ; , à la rente  
foncière et ℎ, au logement (fixe)  
0
Nombre de travailleurs  
∆ꢀ  
ꢂꢃꢄ  
Le coefficient du gradient de rente foncière est défini par la relation  
=
,
Graphique 1  
Source: O'Sullivan, 1990  
∆ꢁ  
impliquant que l’augmentation du temps de trajet quotidien est capitalisée dans  
La conceptualisation en forme de U inversé de l’utilité des villes (cf.  
graphique 1) est le résultat de tensions existant entre les externalités  
positives exposées ci-dessus et les externalités négatives découlant de  
l’urbanisation. Le regroupement géographique des activités génère de  
nombreux avantages pour les entreprises comme pour les travailleurs,  
mais il entraîne aussi des coûts, que Krugman qualifie de « forces de  
dispersion ». Plus les villes se développent et plus les nuisances  
augmentent. Pollution, congestion, renforcement de la concurrence,  
augmentation des déchets et du bruit figurent parmi les principales  
externalités négatives rencontrées dans les villes. Concernant les  
inégalités, l’exclusion par le coût du logement, des commodités et des  
services s’accentue au fur et à mesure du développement des villes et  
du renforcement de leur dynamisme. Proposée par Alonso (1964), Mills  
les prix des logements.  
L’accroissement de la population (N) entraîne une élévation générale du  
gradient de la rente et une augmentation de la taille de la ville.  
Source : O’Sullivan, 1990  
Bien que le modèle d’une ville monocentrique soit très instructif,  
l’augmentation du polycentrisme semble en limiter les applications  
pratiques. Dans les villes d’aujourd’hui, il existe souvent de multiples  
quartiers d’affaires, attirant chacun un bassin d’emploi différent, en  
fonction de déterminants locaux. Une telle organisation de la ville a été  
encouragée afin de diversifier les centres de création d’emplois et de  
valeur.  
(
1967) et Mills (1969), la théorie du gradient de rente foncière modélise  
les villes sous forme de fonctions de la rente foncière, des coûts de  
déplacement domicile-travail et du salaire. Cette modélisation s’appuie  
sur de fortes hypothèses telles que l’utilité et le revenu fixes dans toute  
la ville, un modèle monocentrique, et la localisation exclusive des  
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En France, les politiques publiques, dont le but était de promouvoir une soit la distance entre les deux entreprises. Quant aux connaissances  
répartition plus polycentrique et décentralisée de l’activité économique, tacites, elles ont un coût de production élevé et un coût marginal de  
ont parfois eu des effets indésirables en favorisant l’étalement urbain et transmission également important. Le partage de ces connaissances  
en renforçant, de fait, le monocentrisme. La région Paris-Ile-de-France nécessite des échanges « en face à face » (Storper et Venables, 2004).  
en est un bon exemple. La politique des villes nouvelles, lancées dans Selon une thèse largement partagée, les technologies de l’information  
les années 1960, avait pour principal objectif de limiter la concentration et des communications (TIC) étaient censées permettre « l’abolition de  
urbaine dans les grandes villes et de freiner l’expansion de ce qui la distance » (Cairncross, 1997). Or, on observe une résilience des  
constituait déjà des aires urbaines. Neuf villes nouvelles ont ainsi été villes que cette dichotomie de connaissances permet d’expliquer. La  
créées, dont cinq situées à une distance de 15 à 50 kilomètres de Paris. production et l’échange de savoirs tacites, qui impliquent une proximité  
Alors que la politique visait à donner davantage d’autonomie à ces spatiale, constituent un déterminant clé de l’existence de grappes  
nouvelles structures, il semble que, dans la pratique, ces villes aient été industrielles et de leur expansion.  
submergées par l’étalement de l’agglomération parisienne et qu’elles  
Une grappe industrielle doit présenter des caractéristiques spécifiques.  
aient absorbé une partie de cette croissance excessive. Pour Halbert  
Le site dans lequel elle se développe doit être équipé en infrastructures  
(
2006), cette politique n’a pas permis de ralentir l’influence croissante  
humaines et physiques, nécessaires à la production d’idées, et être  
doté, notamment, de ressources humaines, de capital et de technologie.  
Sur ces bases, un réseau peut alors se former, constitué d’entreprises,  
de fournisseurs d’intrants spécialisés, de laboratoires de recherche et  
d’universités. L’existence de ce réseau favorise les partenariats public-  
de Paris. C’est même l’inverse qui s’est produit : les villes nouvelles ont  
renforcé le caractère monocentrique de l’agglomération parisienne et  
abouti à l’apparition d’un phénomène d’étalement urbain à très grande  
échelle.  
L’étalement urbain est un défi majeur pour les villes contemporaines. privé et tout particulièrement les liens université-industrie ; les  
Les zones-centres étant surpeuplées, l’expansion urbaine se renforce universités produisent de la recherche fondamentale tandis que les  
du centre vers les banlieues et les zones à plus faible densité de laboratoires et les entreprises en développent les applications  
population. L’insuffisance des infrastructures de transport, ainsi que la commerciales associées. Un cluster performant doit, en dernier lieu,  
distance par rapport aux zones-centres qui concentrent emplois, activité accueillir des entreprises de premier plan, à la fois innovantes et  
économique et services publics, figurent parmi les principaux sujets de exportatrices.  
préoccupation associés à l’étalement urbain. Au-delà de la taille  
L’organisation spatiale des villes ainsi que les économies  
optimale de la ville, les avantages urbains ne compensent plus les  
d’agglomération dont elles bénéficient leur permettent d’accueillir ces  
déséconomies. Ces processus sont hautement dommageables,  
grappes d’entreprises. Les vastes aires urbaines, bénéficiant  
notamment en matière d’environnement, d’efficience et d’équité.  
d’économies d’urbanisation, jouent le rôle d’incubateurs pour le  
développement de nouveaux produits (Chinitz, 1961). En conséquence,  
les zones urbaines ont été les cibles principales, sinon exclusives, des  
politiques d’innovation en France. Une politique de pôles de  
Les économies d’agglomération observées dans les villes impliquent compétitivité a été lancée en 2004 pour promouvoir la formation de  
une localisation disproportionnée de l’activité dans les aires urbaines. grappes industrielles par l’implantation de laboratoires de recherche  
Les travaux de Perroux (1981) sur les pôles de croissance l’ont conduit spécialisés à proximité des entreprises et l’octroi de subventions en  
à tirer une conclusion importante selon laquelle « la croissance faveur de la recherche et du développement (R&D). L’objectif de ces  
n’apparaît pas partout à la fois ». Une telle répartition disparate du politiques était de promouvoir de manière discrétionnaire les  
dynamisme économique est exacerbée par l’entrée progressive des caractéristiques naturelles des clusters en encourageant le  
sociétés dans l’ère de la Nouvelle économie. L’essor des nouvelles regroupement géographique de la recherche fondamentale et appliquée.  
technologies et la hausse de la dépendance à leur égard, ainsi que le Cette politique a eu des effets positifs en matière de capacité  
passage à une économie de services, ont renouvelé la place des villes. d’innovation dans les zones ciblées, mais elle a aussi prêté le flanc à la  
La proximité géographique, qui facilite notamment les contacts directs, critique. Cette initiative, s’inspirant d’une approche descendante (top-  
offre les bases nécessaires à la production et à l’échange de down), a encouragé une spécialisation excessive au sein des clusters,  
connaissances très techniques.  
avec pour conséquence un manque d’adaptabilité de ces zones aux  
chocs extérieurs : selon une étude réalisée par le CEPREMAP, un  
dispositif limitant les obstacles à la formation de clusters aurait été plus  
efficace qu’une politique visant arbitrairement à en promouvoir le  
développement (Duranton et al., 2008). Le classement discrétionnaire  
de l’espace est la conséquence implicite de la théorie des pôles de  
croissance, selon laquelle le développement finira par s’étendre aux  
zones voisines. Compte tenu d’une répartition spatiale toujours  
inégalitaire des activités économiques et innovantes en France, on peut  
s’interroger sur l’applicabilité réelle de cette théorie. Il semble plutôt que  
les pôles de compétitivité aient eu pour effet de créer une hiérarchie au  
sein de l’espace, qualifiée par Garnier (1989) d’opposition entre les  
villes « superstar » et le reste de la France.  
Le cluster ou « grappe industrielle » désigne « une concentration  
d’entreprises liées et situées dans des espaces géographiques de taille  
relativement réduite » (Beaudry et Breschi, 2000). Il bénéficie  
d’économies de localisation au sein de secteurs très spécifiques. Les  
principaux déterminants sous-jacents d’un cluster sont l’échange et la  
création de connaissances favorisés par la proximité géographique. Il  
existe deux grandes catégories de connaissances : les connaissances  
codifiées et les connaissances tacites. Les connaissances codifiées  
présentent un coût de production élevé, mais un coût de transmission  
relativement faible. Elles peuvent aisément être partagées, quelle que  
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et hautement qualifiés sont plus difficiles à automatiser. Avec  
l’augmentation du coût d’opportunité des travailleurs hautement  
qualifiés en raison de salaires plus élevés, des activités telles que les  
travaux ménagers sont externalisées au profit de travailleurs faiblement  
qualifiés. Les salaires se situant en bas de l’échelle de distribution sont  
donc de plus en plus liés à ceux qui se situent dans la partie supérieure.  
Cela a pour effet de tirer les différentiels de salaires vers le haut sur  
l’ensemble de la distribution des revenus dans les villes, exacerbant  
ainsi les déséquilibres par rapport aux zones non urbaines.  
Selon une étude de l’Insee, les déterminants de l’innovation au niveau  
régional sont la taille, les partenariats, l’aide financière publique, une  
main-d’œuvre qualifiée, la proximité géographique et l’étendue du  
marché (Buisson, 2012). La capacité interne et la connectivité externe  
déterminent donc le potentiel d’innovation d’un lieu.  
Le phénomène des « cathédrales dans le désert », une expression de  
Lipietz utilisée pour la première fois en 1980 pour désigner des pôles  
isolés sans liens extérieurs, souligne la nécessité pour ces sites de ne  
pas se concentrer uniquement sur leurs capacités internes. Cependant,  
une étude réalisée par Delaplace en 2012 sur les TGV français montre,  
pour sa part, que la connectivité externe ne peut pas non plus, à elle  
seule, améliorer l’attractivité d’un lieu. De nouvelles liaisons ferroviaires  
pour les villes de petite taille et de taille moyenne ont des effets limités  
par rapport aux villes de plus grande taille. Cela tient au potentiel  
d’utilisation qui est bien supérieur pour des sites déjà attractifs. Par  
conséquent, même si la connectivité externe ne doit pas être sous-  
estimée, il ne faut pas non plus la considérer comme une fin en soi en  
termes de promotion de l’attractivité.  
Avec l’opposition classique entre zones rurales et zones urbaines, de  
nombreuses études ont été consacrées aux disparités régionales, mais  
la question des inégalités intra-urbaines fait désormais l’objet d’une plus  
grande attention. Avec deux tiers des ménages vivant en dessous du  
seuil de pauvreté dans des zones urbanisées (Aerts et al., 2015), les  
villes françaises sont extrêmement inégales. L’écart manifeste entre  
travailleurs faiblement et hautement qualifiés a conduit à des « effets de  
tri », comme le démontrent Berkes et Gaetani (2019). Les personnes  
occupant un emploi hautement qualifié se regroupent à proximité de  
leur lieu de travail, ce qui entraîne une hausse des coûts des  
commodités et services dans ces zones urbaines spécifiques.  
Conséquence, un processus de ségrégation par le revenu s’est mis en  
place. Celui-ci renforce la concentration des qualifications élevées en  
un même lieu et évince les individus à faibles qualifications. Les effets  
d’amplification liés aux externalités de connaissances viennent  
renforcer les avantages dont bénéficient les quartiers plus aisés des  
villes. Berkes et Gaetani (2019) estiment que 20 % environ de la  
croissance de la ségrégation par le revenu dans les villes américaines  
peuvent être imputés au développement de l’innovation. La plus grande  
mobilité offerte dans les villes a également contribué à accentuer la  
ségrégation sociale entre les quartiers des aires urbaines. Les ménages  
modestes sont contraints de vivre à la périphérie des villes, où les  
loyers ont tendance à être plus bas (cf. graphique 2). Face à une  
organisation aussi disparate de l’espace, il convient de promouvoir une  
répartition du territoire plus inclusive.  
La réhabilitation de la gare de Saint-Omer (France) montre bien la  
complémentarité entre les liens externes et la capacité d’innovation  
interne. La gare désaffectée de Saint-Omer doit être remise en service  
et devenir ainsi un outil de promotion de l’attractivité du territoire. Cette  
initiative a également pour but de transformer la gare en un lieu de  
travail et d’innovation. Pour ce faire, la « Station » abritera, sur une  
surface totale de 3 000 m², un espace de coworking, un « Fab lab »  
proposant une formation gratuite aux outils numériques et à la robotique,  
ainsi qu’un incubateur d’entreprises et un musée sur la digitalisation.  
Ce projet témoigne du potentiel qui s’offre aux villes dans le  
développement de pools d’innovation. Saint-Omer, déjà dotée  
d’infrastructures, est une petite agglomération, desservie par 56 trains  
par jour et plus de 800 000 navetteurs annuels (Allix, 2019). Les  
commodités et services publics locaux ainsi que les acteurs locaux  
doivent être largement associés au projet de développement pour que  
de telles initiatives soient réellement adaptées au territoire concerné.  
Le changement climatique est imputable en grande partie à  
l’urbanisation. Alors que cette dernière est extrêmement limitée en  
termes d’occupation totale des sols (environ 4 %), les villes ne  
consomment pas moins de 80 % de l’énergie globale et représentent  
Des processus naturels d’agglomération, conjugués à des politiques  
publiques visant à promouvoir le regroupement d’activités, ont abouti à  
une forte polarisation de l’espace. Les processus de désertification des  
régions, au profit des villes, ont exacerbé les disparités régionales en  
termes de production, d’innovation et d’emploi.  
8
0 % des émissions de gaz à effet de serre (Banque mondiale, 2010).  
Le phénomène des îlots de chaleur urbains (ICU) illustre parfaitement la  
matérialisation du changement climatique dans les villes. La  
température en zone urbaine a tendance à être plus élevée (de 3,5 à  
Les travailleurs qualifiés se sont concentrés dans les villes, attirés par la  
multiplicité d’opportunités, les infrastructures dédiées et la présence  
d’autres acteurs de l’innovation. L’économie de l’information a privilégié  
les lieux offrant une forte concentration de diplômés de l’enseignement  
supérieur, servant, au final, les intérêts des grandes aires urbaines  
4,5°C) qu’en zone rurale, l’écart pouvant atteindre 10°C dans les  
grandes villes (OCDE, 2010). Plusieurs facteurs expliquent ces  
différences de température entre zones urbaines et zones rurales  
voisines : les surfaces couvertes par la végétation et par l’eau sont  
moins importantes en ville et les immeubles et routes asphaltées  
(
Davezies et Pech, 2014). Le progrès technique biaisé envers les  
emplois les plus qualifiés a ainsi créé un marché du travail polarisé au  
sein des zones urbaines, avec en fin de compte des répercussions sur  
les disparités régionales. Alors que les nouvelles technologies peuvent  
se substituer à la main-d’œuvre semi-qualifiée, les emplois faiblement  
«
piègent » le rayonnement solaire. Les pics de température de  
l’été 2019 en France, avec un niveau record de 43°C à Paris, sont la  
concrétisation de cet effet ICU. L’élévation de la température accroît la  
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concentration des polluants atmosphériques et aggrave les dommages atteignent au moins la catégorie E sur l’échelle de performance  
environnementaux ainsi que les risques pour la santé. De plus, ces îlots énergétique à l’horizon 2028. Alors que le patrimoine bâti constitue un  
de chaleur urbains nourrissent des cercles vicieux : plus la température levier-clé pour la transition écologique, le délai accordé pour  
grimpe, plus il y a de climatiseurs en circulation et plus la entreprendre les travaux ainsi que les sanctions envisagées en cas de  
consommation d’énergie augmente dans les villes. L’inefficacité en non-respect de cette obligation semblent peu contraignants au regard  
termes d’énergie, de bâtiments et de transports constitue autant de des gains potentiels. Ces ambitions témoignent néanmoins du rôle de  
domaines d’action pour rendre le développement urbain plus durable. plus en plus central que joue la performance énergétique des bâtiments  
Des décisions spécifiques en matière d’aménagement urbain peuvent dans la lutte contre le changement climatique. Le patrimoine bâti des  
également être prises pour promouvoir des formes d’urbanisation moins zones urbaines est disproportionné par rapport à celui des zones  
polluantes. Les villes ont les outils et les capacités nécessaires pour périurbaines et rurales, et les logements individuels ont tendance à être  
devenir le fer de lance de la lutte contre le changement climatique.  
plus polluants que les bâtiments résidentiels. De plus, une étude de  
Maury et Gilbert (2015) a révélé l’existence de fortes inégalités  
1
territoriales en termes de précarité énergétique et de vulnérabilité  
2
énergétique , qui touchent 22 % de la population française. Plus les  
Les villes disposent d’une plus grande marge de manœuvre pour  
devenir des pôles écologiques et jouer un rôle déterminant dans la  
transition environnementale. En tant qu’importants pollueurs, une légère  
diminution de leurs niveaux d’émission aurait des effets importants sur  
l’équilibre environnemental global d’un pays. Les villes consomment  
territoires sont éloignés des pôles urbains, plus le risque de vulnérabilité  
énergétique augmente, atteignant un maximum de 9,5 % dans les  
zones rurales à l’écart de toute influence urbaine, soit 3,5 fois plus que  
la moyenne nationale (Davezies et Rech, 2014). Pour que les  
logements soient durables, ils doivent être construits là où le préjudice  
écologique sera le plus faible. En permettant la construction de  
logements plus économes, les villes ont le potentiel pour devenir des  
acteurs-clés d’un mode de vie plus écologique.  
8
0 % de la production mondiale d’énergie (Banque mondiale, 2010).  
Aussi l’adoption de politiques en faveur d’une utilisation plus efficace de  
l’énergie constitue-t-elle un levier majeur pour rendre les villes plus  
durables. Les immeubles commerciaux et résidentiels, les réseaux de  
transport, le traitement des déchets ainsi que l’éclairage public figurent  
parmi les sources de consommation d’énergie les plus voraces en zone  
urbaine. Or, pour y remédier, les villes disposent d’économies d’échelle.  
Le doublement de la population d’une ville lambda implique un  
accroissement d’environ 85 % des infrastructures physiques (câbles  
électriques, canalisations, réseau routier…) selon une étude de  
Bettencourt et al., réalisée en 2007. Pour s’agrandir et se développer,  
les villes peuvent donc recourir à des stocks d’infrastructures d’une  
taille proportionnellement plus limitée et à une moindre consommation  
d’énergie. L’exploitation de ces économies d’échelle passe par des  
politiques et des efforts spécifiques en matière d’aménagement urbain.  
Les transports constituent également une infrastructure-clé dans la  
marche vers la transition écologique des villes. Compte tenu du large  
éventail d’options dont elles disposent par rapport aux zones  
périurbaines et rurales, les villes possèdent une marge de manœuvre  
bien plus grande pour promouvoir une mobilité durable. Les véhicules  
personnels consomment deux fois plus d’énergie par passager et par  
kilomètre que le train et près de quatre fois plus que l’autocar  
(
Steemers, 2003). Une politique d’incitations en faveur des transports  
en commun et aux dépens des véhicules particuliers peut avoir  
d’importantes conséquences sur la consommation totale d’énergie et  
sur les émissions. Les villes sont en mesure de rendre les réseaux de  
transport plus efficaces en termes de connectivité, de vitesse et de  
coûts, et d’inciter leurs habitants à préférer les déplacements partagés  
plutôt que privés. À défaut d’un tel système de transports publics  
performant, l’accroissement de la population et de la taille des villes ne  
fera qu’aggraver les problèmes de circulation et de pollution. C’est l’un  
des principaux défis liés à l’étalement urbain. En 2018, les Franciliens  
étaient 0,4 million à se rendre à leur travail en voiture dans Paris intra-  
muros, 3,3 millions dans la petite couronne et 8,5 millions dans la  
grande couronne (OMNIL, 2019). S’agissant de la métropole Aix-  
Marseille, environ 77 % de la population vivant dans les zones  
périurbaines de la cité phocéenne n’ont pas accès aux transports en  
commun, 14 % ont un accès limité au réseau de transport et 2 %  
seulement ont un accès élevé (Poelman et Dijkstra, 2014). Il y a  
manifestement urgence à rendre les transports en commun plus  
Concernant les bâtiments, il existe plusieurs façons de les rendre plus  
respectueux de l’environnement. La promotion de formes moins  
massives et plus propices à une ventilation naturelle et à la pénétration  
de la lumière du jour peuvent permettre de réduire sensiblement  
l’utilisation de la climatisation et de l’éclairage artificiel. L’optimisation  
des ratios de surfaces vitrées peut aussi avoir des conséquences sur la  
réduction au minimum de la demande d’énergie. Des études montrent  
que dans des régions à climat tempéré, la surface vitrée rapportée à  
celle des murs doit être d’environ 20 %, alors que dans des climats plus  
chauds, il est recommandé de ramener ce ratio à 10 % (Alwetaishi,  
2
017). Ces ratios sont assez bas, car de grandes baies vitrées  
provoquent des gaspillages d’énergie et un surcroît de chaleur dû à  
l’exposition aux rayons du soleil.  
La rénovation des bâtiments est une priorité pour n’importe quelle ville  
écoresponsable. En France, l’un des objectifs du gouvernement est que  
ses 35 millions de logements obtiennent le label « Bâtiment Basse  
Consommation ». Avec 7,5 millions d’habitations aujourd’hui classées F  
ou G (soit les plus énergivores sur l’échelle de performance  
énergétique), il reste beaucoup à faire pour que le stock de bâtiments  
de l’Hexagone soit durable. La Loi du 8 novembre 2019 relative à  
l’énergie et au climat a introduit l’obligation pour les ménages  
d’effectuer des travaux d’amélioration pour que tous les logements  
1
Loi du 12 juillet 2010. Précarité énergétique : « Est en situation de précarité  
énergétique (…) une personne qui éprouve dans son logement des difficultés  
particulières à disposer de la fourniture d’énergie nécessaire à la satisfaction de  
ses besoins élémentaires en raison de l’inadaptation de ses ressources ou de  
ses conditions d’habitat. »  
2
Ducharne et Van Lu, 2019. Vulnérabilité énergétique : «Est en situation de  
vulnérabilité énergétique un ménage qui consacre au moins 8,2 % de son  
revenu disponible aux dépenses d’énergie pour son logement, ce qui  
correspond au double du taux d’effort énergétique national médian»  
Conjoncture // Décembre 2019  
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inclusifs et plus efficaces face aux réalités des villes tentaculaires. La de-France (SDRIF) a précisément adopté une logique de compacité  
densification des villes et le renforcement de leur connectivité peuvent urbaine. Le développement urbain est encouragé au profit de lieux déjà  
faciliter l’utilisation des transports en commun et les déplacements desservis par les transports en commun en vue de renforcer la densité  
domicile-travail plus courts et plus rapides (OCDE, 2012). Une plus et la connectivité existantes. Le Schéma directeur fait également  
grande accessibilité aux réseaux de transport a des avantages évidents obligation aux communes de fixer des objectifs de densité. Le but est  
non seulement pour la durabilité écologique, mais aussi pour la de limiter la construction dinfrastructures au sein des espaces ouverts  
promotion des économies d’agglomération et l’atténuation des préservés de la région.  
inégalités. Le rapprochement géographique des personnes renforce le  
Séduisantes en théorie, les villes compactes ne se heurtent pas moins  
dynamisme positif dont bénéficient les villes tout en réduisant la facture  
à des défis dans la pratique. L’accessibilité et la qualité de vie  
énergétique.  
constituent à cet égard les principaux sujets de préoccupation.  
Concernant l’accessibilité, la théorie du gradient de rente foncière (cf.  
graphique 2) montre que l’augmentation de la densité et de la  
population génère une hausse de la rente dans toute la ville. L’inclusion  
peine à se concrétiser dans la mesure où moins de personnes peuvent  
accéder aux zones urbaines et à leurs commodités. S’agissant de la  
qualité de vie, une forte proximité porte aussi atteinte à la vie privée de  
même qu’à la disponibilité d’espaces verts. Ces questions font tout le  
paradoxe du modèle des villes compactes : d’un côté, celles-ci doivent  
être très denses pour être durables et, de l’autre, plus dispersées pour  
être habitables. Une fois encore, les villes sont le résultat d’arbitrages  
dont découlent leur taille et leur densité optimales. Cependant, pour  
atteindre cet équilibre, il est essentiel de limiter les inefficiences  
urbaines. Le potentiel d’amélioration des villes réside dans une  
meilleure connectivité, une utilisation plus efficace des sols et une  
diminution de la consommation d’énergie. Les villes peuvent être les  
fers de lance de la transition énergétique et écologique, et c’est à leur  
échelle que les efforts doivent être optimisés.  
De nombreuses initiatives existent pour rendre les villes moins  
énergivores, un objectif majeur. L’aménagement urbain permet d’agir  
sur ces différents leviers à la fois. Les politiques d’urbanisme  
traditionnelles ont encouragé l’étalement urbain, qui s’est avéré  
largement incompatible avec des formes d’urbanisation plus  
productives, plus innovantes et plus durables. Afin d’inverser ces  
tendances, il convient de promouvoir une plus grande densification  
urbaine. Les villes compactes apparaissent depuis peu comme  
l’archétype de la ville durable. Elles se caractérisent par une plus  
grande densité résidentielle, un aménagement mixte de l’espace ainsi  
qu’une meilleure accessibilité aux services urbains. Une ville compacte  
n’est pas nécessairement synonyme de petite ville : ce type d’approche  
privilégie une plus forte densité plutôt qu’un développement plus  
dispersé en réponse à la croissance démographique. Elle n’implique  
pas non plus un modèle monocentrique : polycentrisme et urbanisation  
compacte sont largement compatibles, pour autant que les différents  
centres soient efficacement reliés entre eux par des transports en  
commun performants.  
Dans la continuité du modèle de ville compacte, les villes intelligentes  
L’utilisation mixte de l’espace implique la localisation conjuguée apparaissent comme une forme d’urbanisation moderne et connectée.  
d’activités résidentielles et commerciales, d’espaces verts et Elles se fondent sur l’utilisation des technologies de l’information et des  
d’immeubles de bureaux. Une telle combinaison d’activités permet de communications (TIC) en vue d’améliorer la qualité et l’efficacité des  
diversifier la demande énergétique, et tend ainsi à éviter les pics de services urbains à un coût modéré. La collecte centralisée des données  
consommation dans la ville tout en préservant des espaces urbains permet d’améliorer et d’adapter les services urbains aux besoins locaux  
ouverts. Un meilleur accès aux commodités et aux services favorise les en temps réel. De nombreuses initiatives de ce type ont fleuri partout  
contacts directs entre les personnes et limite la ségrégation résidentielle. dans le monde. Le cas d’Issy-les-Moulineaux en France est à cet égard  
Des réseaux de transport plus développés et performants, ainsi que des très intéressant compte tenu de la digitalisation rapide de la ville. Issy-  
aménagements limités pour l’usage des véhicules particuliers sont de les-Moulineaux a, au préalable, opté pour une organisation compacte  
nature à encourager le recours aux modes de transport partagés. de la ville avec une diversité d’utilisation des sols entre logements,  
Certaines études empiriques montrent par ailleurs que les villes-centres zones commerciales, espaces verts et bureaux. Ensuite, pour réduire la  
qui limitent le trafic ont tendance à être dans une meilleure situation congestion et la pollution, des systèmes souterrains connectés ont été  
économique que celles dont les politiques de stationnement sont plus mis en place en vue de remplacer les camions à ordures ménagères.  
accommodantes (Kenworthy, 2006), la principale explication étant La gestion de l’énergie a été centralisée et l’utilisation des nouvelles  
l’atténuation des problèmes liés à la pollution et à la congestion.  
technologies a permis une distribution plus judicieuse de l’électricité  
dans toute la ville. La production d’énergie étant adaptée aux besoins  
en énergie en temps réel, cela évite les pics de consommation. Des  
capteurs ont été installés dans toute la ville pour permettre un éclairage  
modulable des rues en fonction de la présence ou non de piétons ou de  
véhicules ainsi que pour répertorier et réserver à l’avance les  
emplacements de parking disponibles, grâce à une application sur  
Laménagement de villes compactes permet de bénéficier d’économies  
d’échelle en matière de construction et de maintenance des  
infrastructures. Les réseaux d’approvisionnement et d’assainissement  
de l’eau, les routes, les immeubles et les transports publics utilisent  
moins d’énergie dans une ville que dans un schéma plus dispersé. En  
limitant l’étalement urbain, la ville compacte limite également l’érosion  
des sols et les pertes de biodiversité. La densification des villes  
contribue à préserver les espaces verts à l’intérieur comme à l’extérieur  
des zones urbaines, en limitant la transformation de zones agricoles en  
nouvelles composantes de la ville. Le Schéma directeur de la région Île-  
3
téléphone portable .  
Conjoncture // Décembre 2019  
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19  
Les villes sont particulièrement bien équipées pour développer de telles vacants (Rogers, 1997) et positivement corrélée aux coûts liés à la  
solutions grâce à leurs fortes capacités d’innovation et aux économies recherche d’emploi (Ortega, 2000), ce qui explique un accès plus  
d’échelle liées à la production d’infrastructures. S’agissant de la région difficile au marché du travail au fur et à mesure que l’on s’éloigne. Ce  
ParisÎle-de-France, Cap Digital et Advancity 4 ont regroupé leurs phénomène est amplifié par les connexions insuffisantes des transports  
activités pour devenir le premier pôle européen de la ville du Futur. publics entre les zones périurbaines et rurales et le centre-ville ainsi  
Avec plus de 800 start-up et petites et moyennes entreprises, 70 que par les difficultés pour les personnes à bas revenus d’acquérir une  
laboratoires de recherche, écoles et universités, et la participation de 8 voiture (Gobillon et Selod, 2004).  
collectivités territoriales, le cluster soutient les projets de R&D pour des  
villes plus durables, plus inclusives et vivables.  
Plus l’on s’éloigne des villes, plus les zones riches tendent à se raréfier  
et les zones pauvres à se multiplier (Maurey et de Nicolay, 2017). On a  
longtemps considéré que la prospérité et le développement des villes  
allaient « ruisseler » vers le reste du territoire. Or, le constat largement  
partagé est que les disparités régionales ont persisté et se sont même  
renforcées avec la mondialisation et l’essor des TIC. Pour intégrer les  
territoires oubliés dans le processus général de croissance, il convient  
d’améliorer l’accessibilité aux zones prospères et d’encourager  
davantage le développement endogène local.  
Lurbanisation a été extrêmement bénéfique dans une multiplicité de  
secteurs et pour un grand nombre de personnes, mais les problèmes  
d’inégalités intra-urbaines et de disparités régionales nuancent toutefois  
ce tableau. Les forces d’attraction des aires urbaines ont engendré une  
forte concentration en ville de la production, des capacités d’innovation,  
de l’emploi et des ressources humaines, mais aussi des services  
publics, des équipements de proximité et des infrastructures  
numériques. Cette forme d’organisation territoriale a créé un fossé entre  
les espaces urbains et les autres. Aussi l’OCDE a-t-elle insisté sur la  
nécessité d’implémenter des politiques publiques efficaces pour  
En dotant ces territoires des liaisons nécessaires pour un accès facilité  
aux villes, la mobilité physique de leurs habitants s’en verra améliorée,  
avec des répercussions directes sur la mobilité sociale. Cela a de fortes  
implications pour l’organisation des réseaux de transport ferroviaire, le  
lieu de résidence pouvant constituer un lourd handicap en l’absence  
d’une gestion appropriée. Le déterminisme territorial doit être adressé  
par les politiques publiques. Au-delà de la mobilité physique, les lieux  
isolés doivent également être dotés de leurs propres commodités pour  
être performants, habitables et davantage autosuffisants. Plusieurs  
«
mettre les villes au service de tous » (OCDE, 2016).  
Les mouvements de protestation observés dans plusieurs villes du initiatives ont été lancées par le gouvernement français, mais nombre  
monde entier dessinent une nouvelle géographie du mécontentement. d’entre elles n’en sont qu’à leurs débuts.  
Introduite par McCann en 2016, cette expression désigne une  
Le Plan France Très Haut Débit, lancé en 2013, a été jugé crucial pour  
répartition géographique selon laquelle les populations habitant des  
combler la fracture numérique qui ne cesse de se creuser : il vise à  
lieux dont la croissance est fragilisée, voire déclinante, éprouvent un  
couvrir l’intégralité du territoire français en très haut débit d’ici 2022.  
L’accès à une connexion internet et aux réseaux mobiles reste très  
fort ressentiment à l’égard de territoires plus performants. Ce  
mécontentement a, certes, de solides racines économiques, mais il  
poreux en France, où coexistent des zones blanches et des zones  
s’explique aussi dans une large mesure par des fractures territoriales  
hautement connectées. L’accès au numérique dans les zones à faible  
de plus en plus marquées.  
densité est, en effet, bien plus faible que dans les grandes villes  
En France, l’Institut des politiques publiques a analysé la configuration (Monchatre, 2019). Pour atteindre ses objectifs à horizon 2022, le Plan  
des mouvements sociaux au regard de variables territoriales France Très Haut Débit doit cependant multiplier par deux ses  
(
accessibilité, mobilité, distance entre le lieu de travail et le logement). recrutements (Banque des Territoires, 2019). Alors que les démarches  
Les résultats de cette analyse montrent que les questions administratives sont de plus en plus numérisées dans le cadre du plan  
5
d’accessibilité sont étroitement corrélées aux mobilisations, à la fois en Action Publique 2022 , l’accès à une connexion internet devient de plus  
ligne et en personne (Boyer et al., 2019). Cela illustre à nouveau dans en plus un facteur discriminant qui alimente les disparités territoriales.  
quelle mesure les temps de trajet quotidiens constituent un frein à la  
mobilité.  
Dans une plus large mesure, l’accès global aux services publics dépend  
fortement du lieu de résidence. La densité élevée des villes offre des  
Le phénomène de l’inadéquation géographique entre le domicile et le économies d’échelle pour la mise en œuvre des services publics ; leurs  
lieu de travail vient aggraver les problèmes d’accessibilité et de habitants peuvent ainsi bénéficier d’un accès facilité à ces commodités.  
ségrégation par le revenu. L’emploi est fortement concentré dans les Dans les villes de petite taille et les villes moyennes comme dans les  
villes et encore plus dans certains quartiers spécifiques de ces zones rurales et périurbaines, la situation peut être très différente.  
dernières. Alors que Paris compte 1,76 emploi pourvu par travailleur, ce  
Pour remédier à ces problèmes, les moyens financiers des autorités  
chiffre tombe à 0,97 dans la petite couronne et à 0,75 dans la grande  
locales jouent un rôle-clé. Rodriguez-Pose et Ezcurra (2009) soulignent  
couronne (Gobillon et Selod, 2004). La distance au quartier d’affaires  
est négativement corrélée à l’information disponible sur les emplois  
5
Action publique 2022 : l’objectif est de rendre 100 % des démarches  
administratives accessibles en ligne à l’horizon 2022, y compris sur  
smartphones  
Conjoncture // Décembre 2019  
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20  
que, dans les pays développés, la décentralisation budgétaire a des peut alors avoir, de par une concentration spatiale excessive des  
implications très prometteuses en termes de convergence économique. logements sociaux, des effets indésirables en rendant plus difficile  
L’action publique à l’échelle locale permet aux dépenses publiques de l’accès au marché de travail urbain.  
mieux répondre aux besoins disparates des territoires qu’une approche  
S’attaquer aux problèmes de la pénurie d’emplois et de la répartition  
descendante (top-down).  
spatiale de l’offre permettrait de rendre les villes plus inclusives et plus  
Les politiques françaises plus récentes privilégient de plus en plus les accessibles aux ménages à bas revenus, et ainsi de promouvoir une  
approches ascendantes (bottom-up) et fournissent une aide davantage plus grande mixité sociale dans les grandes villes et remédier aux  
adaptée aux acteurs locaux. Dans le cadre de la politique intitulée problèmes de l’étalement urbain. Selon APUR (2007a), la construction  
«
Territoires d’Innovation », le projet Biovallée de la région Auvergne- d’un habitat social inclusif et durable nécessite de mobiliser les  
Rhône-Alpes assure la promotion de solutions de transition pour les logements vacants et de mener des campagnes de renouvellement  
zones rurales. Le développement de la production énergétique locale, urbain. La densification des villes implique, en outre, un meilleur accès  
l’agriculture biologique et des programmes de formation qui répondent aux bassins d’emploi pour les ménages aux revenus modestes. Le  
aux besoins locaux en termes de qualification figurent parmi les modèle de la ville compacte peut, par conséquent, améliorer l’inclusion  
principales propositions faites pour innover en dehors des villes-clusters. des villes au-delà de leur durabilité, dès lors que l’habitat social est  
pleinement pris en compte dans les efforts dutilisation mixte de  
l’espace.  
Permettre à des ménages avec des tranches de revenus différentes  
Le développement des villes a engendré des disparités importantes d’accéder aux grandes villes par la mise en œuvre de politiques du  
entre les zones urbanisées et leurs voisines. Dans la lutte contre ces logement et de transport appropriées devient un vecteur de promotion  
disparités, en France l’accent a été mis sur les zones prospères dans d’égalité des chances. Les aires urbaines offrent non seulement plus  
l’espoir que les populations environnantes bénéficient d’effets d’emplois et plus de services publics, mais favorisent aussi l’ascension  
d’entraînement. Les politiques descendantes mises en œuvre de sociale et l’amélioration du niveau de vie. La densité de l’offre sociale et  
manière uniforme ont encouragé une approche centralisée à des éducative ainsi que des offres d’emplois produit l’effet d’une assurance  
problèmes régionaux spécifiques. La promotion des villes doit perdurer, sociale pour les travailleurs (Guilluy, 2014).  
mais leur potentiel doit être redéfini pour en faire des moteurs de  
durabilité et d’inclusion.  
Les politiques publiques doivent conjuguer des approches adaptées au  
milieu et des approches adaptées aux personnes afin d’exploiter le  
potentiel des territoires laissés pour compte (Rodríguez-Pose, 2018) et  
offrir une mobilité suffisante à leurs habitants afin de leur permettre  
L’urbanisation peut devenir un processus bénéfique pour la population  
l’accès aux opportunités (Banque mondiale, 2009). Les pays européens  
dans son ensemble, quel que soit le lieu de résidence. Le problème de  
présentent une moindre mobilité et ont, par conséquent, vu les  
l’accessibilité a été largement abordé et il est essentiel de le régler pour  
que tous les habitants aient un accès égal aux commodités et  
inégalités territoriales s’aggraver (Rodríguez-Pose et Lee, 2013).  
Inverser une telle réalité permettrait d’améliorer considérablement le  
opportunités offertes par les villes. Par le biais d’un zonage plus inclusif  
potentiel des villes comme pôles d’innovation, d’écologie et d’emploi  
dans les villes, chacun, indépendamment de son revenu, aurait la  
tout en limitant les déséquilibres territoriaux qui en découlent. Ceci  
contribuerait à une croissance qui serait plus inclusive. Selon Maurey et  
possibilité de s’installer dans les zones productives et bien connectées  
des villes. La politique du logement apparaît donc parfaitement  
de Nicolay (2017), pour atteindre cet objectif, la priorité doit être donnée  
complémentaire de la politique des transports.  
aux gains de bien-être général plutôt qu’à la rentabilité économique  
générée par les investissements publics dans les infrastructures et les  
réseaux de transport). Par ailleurs, la durabilité pourrait devenir une  
caractéristique-clé des villes modernes si on poursuivait les efforts  
visant à rendre les villes plus écologiques par la rénovation des  
infrastructures et la planification de villes compactes et intelligentes.  
Les grandes villes souffrent d’un marché du logement déséquilibré avec  
une raréfaction de l’offre et une demande durablement élevée (APUR,  
2
007b). La situation est encore plus complexe pour les ménages  
modestes. Dans les métropoles, la demande de logements sociaux est  
nettement plus élevée qu’ailleurs avec une seule attribution de  
logement, en moyenne, pour six demandes (APUR, 2007b).  
Concernant la région ParisÎle-de-France, 6 % des communes, situées  
principalement hors de la ville-centre, concentrent la moitié du  
patrimoine régional de logements sociaux (APUR, 2007a). Les  
ménages à bas revenus vivant dans ce type d’habitat sont donc  
regroupés dans des quartiers éloignés de la métropole. Or, la  
combinaison d’une faible mobilité et d’un éloignement des bassins  
d’emploi, situés dans la ville-centre (Guilluy, 2014), a des  
conséquences en termes d’inégalités. La politique du logement social  
L’auteur remercie Zoé Klein, stagiaire au sein des Etudes économiques,  
pour son précieux travail de recherche.  
Conjoncture // Décembre 2019  
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