À suivre cette semaine :
- Économies avancées : PMI flash d'octobre (vendredi).
- Zone euro : prix à la production de septembre et indice ZEW d'octobre en Allemagne (mardi), climat des affaires en France (jeudi).
- Royaume-Uni : emploi d'août (mardi), IPC et prix à la production de septembre (mercredi), ventes au détail de septembre (vendredi).
- Japon : IPC de septembre (vendredi).
ASSEMBLÉES ANNUELLES DU FMI
Résilience sans complaisance. Les prévisions de croissance mondiale du FMI restent inchangées par rapport à celles d’il y a un an et à celles d’avril 2026 (3,1% en 2026 et 3,4% en 2027) malgré le choc énergétique, mais la croissance est répartie différemment : les prévisions sont revues à la baisse pour les pays importateurs d’énergie et ceux exposés à la guerre, mais à la hausse pour les pays exposés à l’IA. La « résilience » des économies a été observée jusqu’ici. Concernant l’avenir, les marges de manœuvre s’amenuisent : la politique budgétaire doit être consolidée de toute urgence et les risques baissiers (liés à l’énergie et à l’exubérance de l’IA) sont importants. L’inflation globale devrait atteindre 4,7% en 2026, principalement en raison des prix de l’énergie et des denrées alimentaires, puis redescendre à 4,1% en 2027 (révision de +0,2pp). La croissance dans les économies avancées est révisée à la hausse à 2,1% en 2026 (+0,4pp, tirée par l’Allemagne) et resterait à 1,8% en 2027. En zone euro, elle est revue à la hausse à 1,1% en 2026 (+0,2pp) et à 1,2% en 2027. Aux États-Unis, elle devrait se maintenir à 2,3% en 2026 et 2027 (+0,1pp). L’Allemagne enregistre la plus forte révision à la hausse parmi les pays du G7 avec 1,3% en 2026 (+0,6pp) et 1,1% en 2027 (+0,1pp). La France est la seule grande économie avancée à voir ses prévisions revues à la baisse : 0,4% en 2026 (-0,2pp) et à 0,7% en 2027 (-0,2pp). Retrouvez nos conclusions plus détaillées sur Substack ou dans l’éditorial d’EcoWeek.
ÉCONOMIES AVANCÉES
UNION EUROPÉENNE
Des accords sur la politique commerciale, la compétitivité et le budget d’ici la fin de l’année. Les dirigeants de l’UE ont demandé à la Commission de proposer d’ici la fin 2026 un instrument permettant la fermeture totale, dans des cas extrêmes, du marché unique à un concurrent jugé néfaste à l’économie de l’UE. Cet instrument est conçu comme un moyen de dissuasion dans un « second temps » contre les pratiques déloyales et les mesures de rétorsion. La Commission étudie également l’extension des mesures de sauvegarde relatives aux véhicules hybrides (accord avec la Chine la semaine dernière) à d’autres secteurs tels que la chimie et les machines. Concernant le label « Made in Europe », pour y prétendre, les véhicules devront être assemblés en Europe avec au moins 70% de la valeur des composants (hors batteries) d’origine locale et une part substantielle de R&D réalisée dans l’UE. Le Royaume-Uni serait inclus, à condition que Londres s’aligne sur les mesures de défense commerciale de l’UE. Le Conseil de l’UE a également appelé à des progrès décisifs sur le programme de compétitivité, les dossiers relatifs au marché unique (y compris le 26e régime) et à la simplification, devant être finalisés d’ici à fin 2026. Concernant le cadre budgétaire pluriannuel, l’objectif reste de parvenir à un accord d’ici fin 2026 afin que le texte puisse être adopté en 2027.
ZONE EURO
Un resserrement monétaire modéré suffirait. Plusieurs membres du Conseil des gouverneurs de la BCE ont réaffirmé, lors des réunions du FMI, leur approche reposant sur une « réponse modérée » face à la hausse actuelle de l’inflation liée à l’énergie. Ils ont laissé entendre qu’une nouvelle intervention sur les taux était probable mais pas imminente, reconnaissant par là que la hausse des rendements obligataires jouait en partie son rôle et qu’il n’y avait pas encore de signes d’effets de second tour. Renforçant l’argument en faveur de la modération, la production industrielle a reculé en août pour le deuxième mois consécutif, de 0,5% m/m, tirée à la baisse par les médicaments et l’automobile. Cela dit, la production industrielle a atteint un nouveau record aux Pays-Bas (+2,5% m/m et +8,7% a/a), tirée par les machines et équipements liés à l’IA.
France
Essor des créations d’entreprises, stabilité des défaillances, révision à la baisse des perspectives de croissance. Les créations d’entreprises ont augmenté de 16% a/a au 3e trimestre (+23% a/a en septembre), portées principalement par le secteur du numérique et le commerce. Parallèlement, les défaillances d’entreprises se sont stabilisées au 3e trimestre selon Altares, avec une hausse de 0,5% a/a (5,4% a/a au 2e trimestre) et leur impact sur l’emploi a diminué : 50 510 emplois étaient menacés au 3e trimestre, soit -3% a/a (voir notre récente analyse). La Banque de France a ramené à 0,1% t/t son estimation de croissance au T3 (à l’instar de l’Insee), qui a été pénalisée par l’industrie. L’incertitude des entreprises a fortement augmenté en septembre (niveaux inédits depuis avril dans l’industrie et les services), alimentée par l’inflation énergétique et la détérioration de la conjoncture. Le spread OAT-Bund s’est maintenu dans une fourchette étroite (137-142 pb).
Allemagne
Prix à la production en hausse. Les prix de gros ont augmenté de 8,7% a/a (contre 6,8% en août) en raison de l’énergie et des biens intermédiaires (dont les métaux).
ROYAUME-UNI
Surperformance estivale et satisfecit du FMI. Le PIB mensuel a déjoué les attentes en août (-0,1%) : avec une hausse de 0,1% m/m, il affiche un 4e mois consécutif d’expansion (0,4% m/m en juillet). La production industrielle a soutenu cette progression avec +0,8% m/m (consensus : -0,1%, précédent : 0,3%) grâce au secteur pharmaceutique. Le FMI prévoit une accélération de la croissance à 1,3% en 2026 (+0,3 pp depuis juillet) et à 1,2% en 2027. Il a également accordé un satisfecit au Royaume-Uni pour ses progrès dans l’assainissement de ses finances publiques.
ÉTATS-UNIS
L’inflation accélère, l’activité manufacturière progresse mais une hausse des taux en octobre est peu probable. L’inflation mesurée par l’IPC a dépassé les attentes en septembre : elle s’est établie à 0,65% m/m (+0,2pp), soit le rythme mensuel le plus rapide depuis avril. En conséquence, l’inflation a grimpé à 3,7% a/a (+0,3pp). La surprise à la hausse est particulièrement forte sur l’IPC sous-jacent : à 0,33% m/m (consensus : 0,2%, précédent : 0,3%) et 2,6% a/a (consensus : 2,5%, précédent : 2,4%). Les services sont restés stables, tandis que les biens ont accéléré à 0,3% m/m, sous l’effet de l’automobile et des produits liés à l’IA. Les prix à la production ont, eux aussi, progressé bien au-delà des attentes, à 1,3% m/m (consensus : 0,6%, valeur précédente : 0,5%) – la plus forte hausse mensuelle depuis mars 2022 – et à 6,3% a/a (consensus : 5,3%, valeur précédente : 5,6%). La croissance de la production industrielle s’est accélérée en septembre à 0,7% m/m (+0,6pp) grâce aux services publics. La production manufacturière a renoué avec la croissance (0,3% m/m, +0,5pp), les gains s’étendant au-delà des secteurs liés à l’IA et à l’aéronautique. En revanche, les ventes au détail hors automobiles et carburant ont fortement ralenti à 0,2% m/m (-0,9pp). Dans son discours prononcé lors des réunions du FMI, et dans le contexte de la publication de chiffres d’inflation plus élevés que prévu, le président Warsh n’a pas évoqué de hausse imminente des taux. Nous continuons de tabler sur une prochaine hausse en décembre.
JAPON
L’inflation des prix à la production s’atténue. Les prix à la production ont baissé pour le 2e mois consécutif en septembre, reculant de 0,5% m/m, tandis qu’ils ont progressé de 6,8% a/a (premier ralentissement depuis février, de 0,8 pp). Le FMI prévoit une croissance de 0,7% en 2026 et en 2027 (chiffre inchangé). Le yen s’est à nouveau affaibli au-delà de 158 pour un dollar après des informations selon lesquelles la Banque du Japon serait réticente à procéder à une 2e hausse consécutive des taux en octobre.
ÉCONOMIES ÉMERGENTES
Marchés émergents
Perspectives revues à la hausse pour l’Asie, à la baisse pour les autres régions. Le FMI a revu à la hausse ses prévisions de croissance pour l’Asie, à 4,8% en 2026 et 4,4% en 2027. Les révisions les plus importantes concernent les économies les plus intégrées dans les chaînes d’approvisionnement de l’IA, notamment Taïwan (+5,5 pp à 10,7%), la Corée du Sud (+0,7 pp à 3,3%), Singapour, le Vietnam, la Malaisie et, dans une certaine mesure, la Thaïlande. L’Inde devrait connaître une croissance de 7% sur les années budgétaires 2026 et en 2027, soit une hausse de 0,6 et 0,3 pp par rapport aux prévisions de juillet, grâce à une demande intérieure robuste.
La croissance du PIB de l’Europe centrale est estimée à 2,1% en 2026, soit un chiffre légèrement inférieur aux prévisions d’avril. En 2027, elle reste inchangée à 2,3%. Les trajectoires de croissance sont hétérogènes au sein de la région.
Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, le PIB devrait se contracter de 2% en 2026. Le PIB réel du CCG devrait reculer de 4,8%, seul Oman devant afficher une croissance positive (4,1%). Un rebond marqué est attendu pour 2027 (MENA : 7% ; CCG : 9,1%).
Les perspectives de croissance pour l’Amérique latine restent modérées, révisées à la baisse à 2,3% en 2026 (contre 2,4%) et à 2,5% en 2027 (contre 2,7%). Dans ses « Perspectives du commerce international 2026 » publiées le 15 octobre, la Commission pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPAL) prévoit que la région connaîtra un essor de son commerce extérieur en 2026 : les exportations de biens devraient bondir de 20% en valeur (11% dus à la hausse des prix et 9% à celle des volumes), les échanges avec l’Asie (hors Chine) augmentant de 32%, tandis que la croissance du commerce intrarégional reste à la traîne, à 8%. Cependant, ces gains à l’exportation se concentrent sur les matières premières et l’industrie manufacturière à faible valeur ajoutée, ce qui limite leurs retombées sur la croissance totale.
Chine
Forte croissance des exportations, inflation modérée et faible croissance du crédit. En septembre, les exportations ont rebondi de 36,3% a/a en valeur contre 25% en août, tirées par les semi-conducteurs, le matériel informatique et d’autres produits liés à l’IA, ainsi que par les technologies vertes. Les prix à l’exportation ont fortement augmenté, en particulier ceux des semi-conducteurs, tandis que les volumes d’exportation sont restés solides. La croissance des importations a également accéléré, passant de 28,2% a/a en août à 31%, tirée par une hausse des volumes et une forte augmentation des prix. L’excédent commercial a atteint un nouveau record mensuel de USD 134 mds en septembre. L’inflation IPC a légèrement augmenté à 0,9% a/a, principalement en raison d’une hausse de 14,9% des prix de l’essence. Les prix des denrées alimentaires ont continué de baisser (-1,7% a/a) et l’inflation sous-jacente est restée stable à 1%. L’inflation des prix à la production a accéléré pour atteindre 5% (son plus haut niveau depuis 2022), surtout en raison de la hausse des prix des matières premières. La croissance de l’encours total du crédit (« financement social ») a continué de ralentir, atteignant un plus bas historique de 7,1% a/a en septembre. Les prêts bancaires aux ménages ont reculé (-2% a/a) pour le 7e mois consécutif.
Au T3 2026, la croissance du PIB réel a rebondi à 4,5% a/a (1,2% t/t) contre 4,3% a/a au T2 (0,9% t/t), principalement tirée par la production industrielle (qui a progressé de 5,1% a/a au T3 contre 4,6% au T2). Du côté de la demande, les exportations ont été le principal moteur, tandis que l’investissement a continué de se contracter. Les ventes au détail ont enregistré une légère reprise en septembre, mais elles ont stagné en termes réels sur l’ensemble du T3. Avec une croissance atteignant 4,6% a/a sur les trois premiers trimestres, une croissance de 4,2% a/a au T4 sera suffisante pour atteindre l’objectif officiel de 4,5% à 5% pour 2026 – ce qui semble tout à fait réalisable. Le FMI a revu à la baisse ses prévisions de croissance de 0,1 pp, à 4,5% en 2026 et 4% en 2027.
Indonésie
MSCI a lancé une consultation sur le reclassement du pays qui passerait du statut de « marché émergent » à celui de « marché autonome ». La décision finale est attendue d’ici fin juin 2027. MSCI invoque des structures d’actionnariat opaques et des soupçons d’opérations boursières coordonnées. En janvier 2026, MSCI a gelé les ajustements de l’indice et menacé d’un déclassement au statut de « marché frontière » (à l’instar du Pakistan), mais les investisseurs ont fait valoir qu’une telle reclassification ne refléterait pas correctement l’ampleur des problèmes du marché. À moyen terme, le risque d’importantes sorties de capitaux étrangers est réel, alors que les IDE nets ne couvrent plus le déficit courant. L’Indonésie se retrouve ainsi dépendante des entrées d’investissements de portefeuille et la roupie est exposée à des épisodes de baisse de la confiance. Le jour de l’annonce de MSCI, l’indice composite de Jakarta a chuté de 11,6%, sa plus forte baisse depuis janvier 1998. Parmi les marchés émergents asiatiques, l’Indonésie affiche la plus mauvaise performance boursière depuis le début de l’année (-40,7%).
MATIÈRES PREMIÈRES
Iran/pétrole : Recommencement. Les cours du Brent sont restés globalement stables cette semaine (0,5% à 107 $/b lundi). La reprise des attaques iraniennes contre des pétroliers dans le détroit d’Ormuz et l’intensification des attaques des Houthis sur le territoire saoudien alimentent la prime de risque géopolitique pesant sur les cours du baril. Mais l’annonce par l’AIE d’une libération accélérée de 100 mb de pétrole (au-delà de l’objectif initial de 400 mb fixé en mars) et les informations selon lesquelles les États-Unis pourraient lever les sanctions contre les flottes fantômes russe et iranienne ont contribué à la stabilité des prix du brut. L’écart avec le baril physique (Dated Brent) s’est réduit (6,7$/b le 16 octobre). Les prix du gaz en Europe (TTF) ont enregistré une nouvelle hausse hebdomadaire (4,7% en glissement hebdomadaire à 88,4€/MWh, leur plus haut niveau depuis le 22 décembre 2022), dans un contexte marqué par la multiplication des attaques contre des navires dans le Golfe et la persistance des perturbations dans le détroit. Toutefois, les stocks de gaz de l’UE ont atteint 74% de leur capacité totale le 16 octobre (c’est-à-dire presque l’objectif de 80% fixé pour la fin du mois), ce qui devrait réduire la pression à la hausse sur les prix du TTF à l’avenir.