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La croissance du PIB est plus forte qu’on ne le pense

02/09/2026
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Les instituts de statistiques révisent souvent les chiffres de croissance a posteriori et, en général, à la hausse. Mais cela prend du temps. Les informations qu’ils détiennent sont plus complètes et plus précises au bout de deux ans. C’est en France que ces révisions à la hausse sont les plus élevées à cette échéance et, en règle générale, elles sont plus marquées en Europe qu’aux États-Unis.

Notre étude porte sur 2023 et 2024, deux années pour lesquelles les instituts de statistiques disposent d’un recul suffisant (les chiffres ont déjà, dans la plupart des cas, été révisés) comparées à l’avant-Covid (une moyenne entre 2017 et 2019).

Les chiffres de croissance sont révisés à la hausse a posteriori : davantage en Europe qu'aux États-Unis, la France en tête

Sources : instituts statistiques nationaux, BNP Paribas

La répétition des chocs retarde le diagnostic positif

Les chocs ont été nombreux ces dernières années et, parfois, de forte ampleur, ce qui a compliqué l’estimation des comptes nationaux par les instituts de statistiques. La révision à la baisse des chiffres de croissance français des 1er et 2e trimestres 2026 (respectivement de -0,1% à -0,2% t/t et de 0,2% à 0% t/t) en est un exemple récent. Pourquoi ? En raison, notamment, d’un impact plus important qu’initialement estimé d’une des sécheresses les plus graves de l’histoire sur la production agricole. Un impact difficile à évaluer au moment de la publication de la première estimation de la croissance.

Les plus fortes révisions interviennent bien plus tard et elles sont souvent à la hausse

Les chiffres de croissance peuvent être révisés plusieurs années après. Les données sont alors plus complètes. Le recul permet également de mieux dégager les tendances lourdes des à-coups conjoncturels. La croissance peut donc nous surprendre, notamment en raison du rôle joué par l’innovation, qui permet d’améliorer la qualité de ce qui est produit et/ou d’en diminuer le prix.

Or, la différenciation entre volume et prix est au cœur de la statistique publique. La plupart des données sur lesquelles celle-ci se base proviennent de séries en valeur, comme les chiffres d’affaires. Pour publier des chiffres de croissance en volume, les instituts de statistiques doivent choisir une année de base, c’est-à-dire estimer le niveau des prix durant cette année, puis en déduire l’évolution entre cette année de base et les suivantes. Cette méthodologie des comptes chainés permet de calculer des séries en volume à prix constants.

Mais l’innovation, qui permet d’améliorer la qualité des biens et services, implique que le prix, pour une qualité donnée, diminue. De combien précisément ? Les instituts de statistiques ont du mal à le mesurer tant qu’ils ne disposent pas du recul nécessaire. C’est pour cela que la qualité de leurs estimations s’améliore avec le temps, souvent deux ans plus tard, lorsque les données disponibles sont plus complètes. Cela les conduit la plupart du temps à réviser la croissance du PIB à la hausse, comme le montre notre graphique, mais avec une amplitude qui n’est pas la même pour tous les pays et varie selon les périodes.

La France en haut du podium des révisions positives

L’ampleur des révisions est en moyenne plus modérée pour les années 2023-24 qu’avant Covid. Elle reste, toutefois, significative pour certains pays. C’est le cas de la France qui occupe la plus haute marche du podium quelle que soit la période. Nous voyons dans ce résultat un autre signe positif de la transformation en cours de l’économie française, que l’augmentation des créations d’entreprises reflète également (voir notre analyse). Par exemple, en 2023 la croissance a atteint 1,4% après révision, soit une révision à la hausse de 0,5 point de pourcentage.

En dehors de l’année 2023, qui fut exceptionnelle et durant laquelle l’Allemagne a subi le choc énergétique plus que tout autre pays, ces révisions positives sont plus marquées en Europe qu’aux États-Unis. Cela ne comble pas l’écart de croissance entre les deux zones mais cela le réduit quelque peu. Le développement des innovations et son soutien à la croissance sont ainsi peut-être plus diffus en Europe, et donc plus compliqués à capter et à estimer à court-terme, mais ils n’en existent pas moins.

Les chiffres de croissance reflètent notamment des tendances lourdes : une croissance du PIB structurelle ou « dite » potentielle. Notre analyse montre que, dès lors que les instituts de statistiques parviennent à l’estimer de façon plus précise, la croissance ressort plus élevée.

LES ÉCONOMISTES AYANT PARTICIPÉ À CET ARTICLE