EcoFlash

Les résultats remarquables du marché du travail en 2019

28 février 2020  
France : les résultats remarquables du marché du travail en 2019  
Hélène Baudchon  
Au T4 2019 comme sur l’ensemble de l’année, l’évolution de  
l’emploi et du chômage en France ont surpris d’autant plus  
favorablement que la croissance, tout en faisant preuve de  
résistance, a sensiblement fléchi.  
Emploi et taux de chômage  
Variation trimestrielle de l’emploi salarié privé (milliers, é.g.)  
Taux de chômage France hors Mayotte (% de la population  
active, é.d.)  
La première estimation de la croissance au T4 2019 a  
nettement surpris à la baisse (contraction du PIB de 0,1%  
t/t) mais l’emploi salarié privé (en hausse de 0,2% t/t,  
première estimation) et le taux de chômage (-0,4 point, à  
200  
11,0  
10,5  
10,0  
9,5  
1
50  
00  
1
50  
8,1%) ont, au contraire, surpris très positivement.  
0
9,0  
Sur l’ensemble de 2019, la croissance s’est élevée à 1,3%  
en moyenne annuelle, perdant près d’un demi-point par  
rapport à 2018. L’emploi salarié privé a, en revanche, à  
peine décéléré (progressant de 1,1% après 1,2%) et la  
baisse du taux de chômage a été un peu plus importante en  
-
50  
8,5  
-
100  
-150  
200  
8,0  
7,5  
-
7,0  
2019 qu’en 2018 (-0,6 point, à 8,4%, après -0,4 point).  
97 98 99 00 01 02 03 04 05 06 07 08 09 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20  
Globalement cohérente avec la bonne tenue de la  
croissance, celle du marché du travail bénéficie aussi de la  
progression ralentie de la population active, de  
l’écrasement tendanciel des gains de productivité du travail  
et des mesures d’enrichissement du contenu en emploi de  
la croissance.  
Graphique 1  
Source : INSEE, BNP Paribas  
Les principaux indicateurs du marché du travail français sont  
disponibles pour 2019. Le bilan est positif sur le front de  
l’emploi comme sur celui du chômage. La bonne tenue du  
marché du travail est globalement cohérente avec la  
croissance, qui a également fait preuve d’une bonne tenue.  
En 2020, nous nous attendons à ce que les mêmes causes  
produisent les mêmes effets. Sur la base d’une prévision  
d’un effritement limité de la croissance, le rythme de  
hausse de l’emploi et de baisse du chômage ne devraient  
fléchir que modérément. Cette prévision est toutefois  
assortie d’un risque baissier dû aux répercussions  
économiques de l’épidémie de coronavirus.  
Le caractère remarquable de la performance du marché du  
travail tient aux éléments suivants : entre 2018 et 2019, la  
croissance a nettement fléchi (de 1,7% à 1,3% en moyenne  
1
annuelle) mais l’emploi salarié privé a à peine décéléré  
(progressant de 1,1% après 1,2%) ; le taux de chômage a  
plus baissé en 2019 qu’en 2018 (-0,6 point, à 8,4% en  
moyenne, après -0,4 point) et autant qu’en 2017 alors que la  
croissance était nettement plus élevée (2,4%). L’emploi  
n’avait déjà que peu ralenti entre 2017 et 2018 (-0,2 point)  
L’objectif d’un taux de chômage à 7% en 2022 est atteignable  
mais il repose sur une hypothèse forte, celle du maintien de  
la croissance assez nettement au-dessus de 1%.  
1
Champ considéré dans cet article, pour lequel nous disposons des  
données pour l’ensemble de l’année 2019.  
EcoFlash // 28 février 2020  
economic-research.bnpparibas.com  
2
comparativement à la croissance (-0,7 point). Enfin, la  
première estimation de la croissance au T4 2019 a nettement  
surpris à la baisse (contraction du PIB de 0,1% t/t) tandis que  
les créations d’emplois salariés privés (+0,2% t/t, estimation  
préliminaire) et le taux de chômage (8,1%, -0,4 point) ont  
surpris positivement.  
Emploi salarié privé par secteur d’activité  
Variation en moyenne annuelle, milliers  
Intérim  Services marchands hors intérim  Services non  
marchands  Construction  Industrie  Agriculture  
Total emploi salarié privé  
3
00  
250  
00  
150  
Avant de fournir des éléments d’explications à ces évolutions  
apparemment peu compatibles, nous commençons par un  
état des lieux du marché du travail, pour terminer sur les  
perspectives d’évolution à court et moyen terme.  
2
1
00  
Les bons chiffres de l’emploi…  
En 2019, l’économie française a créé 217 000 emplois après  
5
0
2
27 000 en 2018 et 262 000 en 2017. Ces chiffres ne sont  
0
pas aussi élevés que lors de la dernière période faste de  
créations d’emplois qui fait référence, soit la fin des années  
-
50  
1
990 (cf. graphique 1). Mais il s’agit d’une belle performance  
-100  
2
014  
2015  
2016  
2017  
2018  
2019  
alors que la croissance est moins forte aujourd’hui (1,8% en  
moyenne par an entre 2017 et 2019 ) qu’hier (3,7% entre  
2
Graphique 2  
Source : INSEE, BNP Paribas  
1
998 et 2000). 2019 marque aussi la sixième année d’affilée  
de hausse de l’emploi : le démarrage a été très lent en 2014  
et 2015 avant de gagner de l’ampleur à partir de 2016, mais  
une telle séquence n’avait pas été observée depuis l’avant-  
dernier cycle des années 1990. Les créations d’emploi en  
Evolution de la structure de l’emploi  
Part dans l’emploi total des différentes catégories socio-  
professionnelles, %  
Professions intermédiaires  Cadres et professions  
2
019 portent à près d’1 million le total créé depuis le creux du  
intellectuelles supérieures – ––Employés qualifiés –– Employés  
non qualifiés - - Ouvriers qualifiés - - Ouvriers non qualifiés  
T3 2014 et à près de 500 000 depuis le T3 2017 et le début  
du quinquennat d’Emmanuel Macron.  
- –– Artisans, commerçants et chefs d’entreprise Agriculteurs  
Par secteur d’activité, les créations sont très largement le fait  
des services marchands hors intérim (cf. graphique 2). S’y  
ajoutent des créations d’emplois dans la construction et  
l’industrie, pour la troisième et deuxième année consécutive  
respectivement. Ce retour dans le vert, s’il reste timide, est  
remarquable car il intervient après 8 années dans le rouge  
pour la construction et 16 pour l’industrie. En revanche, 2019  
se démarque négativement des quatre années précédentes  
par la (légère) baisse de l’emploi dans l’intérim, le reflet de la  
conjoncture moins porteuse.  
exploitants –– Autres (militaires du contingent, non renseigné)  
30  
25  
20  
15  
10  
5
0
Depuis 2017, la qualité des emplois créés est allée en  
s’améliorant à en juger la remontée du taux d’emploi en CDI  
(
après 6 années de stabilité) et le reflux du taux d’emploi en  
81 83 85 87 89 91 93 95 97 99 01 03 05 07 09 11 13 15 17 19  
CDD ou intérim (après une hausse quasi ininterrompue  
3
depuis 2003) . Autres statistiques, même constat : la part dans  
Graphique 3  
Source : INSEE (enquête Emploi), BNP Paribas  
l’emploi des CDD et contrats saisonniers et celle de l’intérim ont  
toutes deux reculé. La hausse de la part de l’apprentissage est  
une autre bonne nouvelle, celle des indépendants revêt des  
aspects positifs et négatifs, tandis que la part des CDI a peu  
bougé. La nette décélération des déclarations d’embauche en  
CDD de moins d’1 mois et en CDD de plus d’1 mois,  
parallèlement à l’accélération nette des déclarations en CDI,  
signale aussi une amélioration de la qualité des emplois, qui  
reste de nature conjoncturelle au regard des données pour  
Cette hausse, conjointe à celle de la part des employés non  
qualifiés et à la baisse de la part des ouvriers qualifiés et non  
qualifiés et des employés qualifiés, s’inscrit dans une  
transformation désignée de « polarisation de l’emploi ». En  
France, elle apparaît moins marquée qu’ailleurs et prend plus  
4
la forme d’une courbe en J qu’en U .  
et du chômage  
2
019 qui portent la marque du ralentissement (perte franche  
En ce qui concerne le taux de chômage, il a retrouvé, à 8,1%  
au T4 2019, son plus bas niveau depuis fin 2008. Comme il  
était alors en phase ascendante, nous préférons la  
comparaison avec la mi-2007, lors de sa dernière phase  
descendante, qui l’avait mené à 7,2% début 2008, son plus  
bas niveau depuis 1983. La baisse actuelle a été progressive  
mais régulière, et s’avère finalement importante puisque le  
taux de chômage a perdu 2,4 points depuis son point haut de  
de dynamisme des déclarations d’embauche en CDI et, léger,  
regain de vigueur des contrats courts).  
L’évolution de la structure de l’emploi selon les catégories  
socio-professionnelles montre aussi une plus grande qualité  
des emplois occupés, avec une élévation du niveau de  
qualification dont atteste la hausse de la part dans l’emploi  
des cadres et professions intermédiaires (cf. graphique 3).  
1
0,5% au T2 2015. Cette décrue est plus importante que celle  
observée à la fin du dernier cycle (-1,9 point entre le T1 2006  
2
Moyenne biaisée à la hausse par la croissance forte de 2017.  
Ce taux d’emploi est mesuré par l’INSEE comme le rapport entre le  
3
4
Cf. H. Baudchon, 2019, Polarisation de l’emploi en France : quelle  
nombre d’actifs occupés en CDI ou CDD-intérim et la population totale.  
ampleur ?, Conjoncture n°7, septembre  
EcoFlash // 28 février 2020  
economic-research.bnpparibas.com  
3
et le T1 2008) et elle est à 0,6 point du record de l’avant-  
dernier cycle (-3 points entre le T1 1997 et le T2 2001).  
Chômeurs et demandeurs d’emploi  
En milliers  
Nombre de demandeurs d’emploi en catégorie A  
Nombre de chômeurs au sens du BIT  
La baisse du taux de chômage est généralisée à toutes les  
tranches d’âge mais l’ampleur diffère : le taux de chômage  
des 15-24 ans enregistre le recul le plus marqué (-4,6 points  
depuis le pic du T2 2015 et s’élève à 20% au T4), celui des  
plus de 49 ans le moins important (-1,4 point, il atteint 5,7%)  
et celui des 25-49 ans baisse comme le total (-2,4 points, il  
atteint 7,4%). Le taux de chômage des femmes et des  
4000  
3
500  
000  
500  
000  
5
hommes se situe à un niveau comparable (respectivement  
3
2
2
8
% et 8,3% au T4 2019) après une baisse un peu plus  
importante pour les hommes que pour les femmes  
respectivement -2,3 et -1,5 points).  
(
La meilleure santé du marché du travail français ne se  
résume pas aux créations d’emplois et à la baisse du taux de  
chômage. Les indicateurs suivants en attestent également :  
96  
98 00 02 04 06 08 10 12 14 16 18 20  
-
la nette hausse du taux d’emploi (+2,2 points depuis le T2  
015, frôlant 66% au T4 2019, son plus haut niveau  
Graphique 4  
Source : INSEE, Pôle emploi, BNP Paribas  
2
depuis 1980) ;  
Taux de chômage en France et dans la zone euro  
-
-
la baisse, certes modeste, de la part du temps partiel dans  
l’emploi (près de 1 point, à 18,1% en 2019) ;  
la nette diminution du sous-emploi (-1,4 point depuis le T2  
En % de la population active  
France Zone euro  
6
1
3
2015, à 5,3% des personnes en emploi au T4 2019, soit 1,4  
million de personnes et un retour au niveau d’avant-crise) ;  
la stabilisation du halo à 3,8% des inactifs de 15-64 ans en  
7
12  
-
-
-
-
2
019, prolongeant la tendance en place depuis 2016 après  
1
1
0
9
8
7
une augmentation quasi continue entre 2008 et 2015 ;  
le net recul du chômage de longue durée (-1,4 point  
depuis le T2 2015, à 3,2% au T4 2019, soit à peu près son  
niveau d’avant-crise) ;  
la baisse du nombre de demandeurs d’emplois, même si  
elle est moins importante que celle du nombre de chômeurs  
1
8
tel que défini par le BIT (cf. graphique 4) ;  
l’accélération des salaires, même si elle reste d’une  
ampleur encore contenue : la croissance en glissement  
annuel du salaire mensuel de base est passée d’un plus  
bas historique de 1,2% au T3 2016 à 1,8% au T4 2019  
1995  
2000  
2005  
2010  
2015  
2020  
Graphique 5  
Source : Eurostat, BNP Paribas  
(
contre une moyenne de 2,5% lors du précédent cycle) ;  
Une croissance plus créatrice d’emplois  
-
la nette amélioration du solde d’opinion des ménages eux-  
mêmes, issu de l’enquête mensuelle de conjoncture de  
l’INSEE, concernant l’évolution du chômage, dont ils  
craignent beaucoup moins une hausse.  
Les bons chiffres de l’emploi et du chômage sur les années  
récentes, y compris en 2019, peuvent paraître étonnamment  
bons mais ils sont globalement cohérents avec la bonne  
tenue de la croissance (cf. graphique 6). Cette dernière a  
certes baissé depuis 2017 mais elle est restée sur un rythme  
suffisant pour créer des emplois. Et il n’y a pas qu’un effet  
croissance derrière l’amélioration du marché du travail. Celle-  
ci bénéficie aussi de la progression ralentie de la population  
active, de l’écrasement tendanciel des gains de productivité  
du travail et des mesures d’enrichissement du contenu en  
emploi de la croissance (qui compriment également les gains  
de productivité, cf. graphique 7). Pour une croissance  
donnée, même peu élevée comme aujourd’hui, cela signifie  
plus d’emplois. Or, il n’y a pas besoin de beaucoup plus  
d’emplois pour faire baisser le taux de chômage, la faible  
progression de la population active (0,2% en moyenne par an  
seulement depuis 2014) rendant la barre facile à franchir.  
Si la vision d’un verre à moitié plein l’emporte sans difficulté, il  
reste toutefois du chemin à parcourir. Le taux de chômage  
français ne peut notamment toujours pas être qualifié de bas :  
il reste élevé dans l’absolu et, configuration inhabituelle, plus  
élevé que la moyenne de la zone euro (cf. graphique 5).  
5
D’environ 3 points en moyenne de 1975 à 2001, l’écart entre les deux  
taux de chômage s’est nettement résorbé pour quasiment disparaître  
depuis 2009 et même s’inverser entre 2012 et 2017 et en 2019 aussi.  
6
Le sous-emploi concerne les personnes travaillant à temps partiel  
souhaitant travailler davantage et disponibles pour le faire ainsi que  
celles ayant involontairement travaillé moins que d’habitude (pour  
cause de chômage partiel ou de mauvais temps).  
Le halo est composé des personnes proches du chômage mais non  
comptées comme tel faute de remplir tous les critères du BIT (être à la  
fois sans emploi, en recherche active et disponible sous 15 jours).  
7
Parmi les mesures d’enrichissement du contenu en emploi de  
la croissance figurent celles visant à abaisser le coût du  
travail et les réformes du marché du travail. Dans la première  
catégorie se situe le CICE (crédit d’impôt pour la compétitivité  
et l’emploi) et sa transformation, en janvier 2019, en une  
baisse de cotisations sociales patronales, accompagnée d’un  
allégement supplémentaire au niveau du SMIC en octobre  
2019. Cette dernière mesure est très récente et n’a donc pas  
encore produit ses pleins effets mais elle est réputée efficace  
8
Les concepts de chômeur au sens du BIT (sur lequel se base  
l’INSEE) et de demandeur d’emploi (comptabilisé par Pôle emploi) ne  
se recoupent pas complètement, d’où les écarts sensibles de niveau  
et d’évolution. Cf. Coder et al., Les chômeurs au sens du BIT et les  
demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi : une divergence de  
mesure du chômage aux causes multiples, collection INSEE  
Références « Emploi, chômage, revenus du travail », édition 2019.  
EcoFlash // 28 février 2020  
economic-research.bnpparibas.com  
4
pour soutenir l’emploi, en particulier peu qualifié. L’effet positif  
du surcroît temporaire de trésorerie, entraîné par la  
transformation du CICE, et de la plus grande simplicité de  
l’instrument (baisse de charges plutôt que crédit d’impôt) est  
plus hypothétique mais possible.  
Croissance et chômage  
Variation annuelle du taux de chômage (point de %, E. G.  
inversée) Croissance en moyenne annuelle (%, E. D.)  
-
1,5  
5
4
3
2
1
0
-
1,0  
La catégorie des réformes du marché du travail est composée  
du triptyque code du travail, formation professionnelle/  
apprentissage, et assurance-chômage. Ces réformes forment  
un tout et se complètent : certaines mesures mettent l'accent  
sur le volet 'flexibilité / libérer, d'autres sur le volet 'sécurité /  
protéger’, l’ensemble visant un marché du travail plus fluide,  
sécurisant, efficace, dynamique. En un mot, créateur  
d’emplois. Derrière les bons chiffres récents sur ce front et  
celui du chômage, on peut voir des premiers effets de ces  
réformes mais sans certitude dans la mesure où elles sont  
encore très récentes. Et, pour la même raison, si effets  
positifs il y a, ils doivent être limités.  
-0,5  
0,0  
0,5  
1,0  
1,5  
-
-
-
1
2
3
2,0  
-4  
1976 1980 1984 1988 1992 1996 2000 2004 2008 2012 2016 2020  
Graphique 6  
Source : INSEE, BNP Paribas  
L’emploi a aussi bénéficié du soutien à la croissance apporté  
par la politique budgétaire et, peut-être aussi, des premiers  
effets de la loi PACTE (plan d’action pour la croissance et la  
transformation des entreprises), avec la même réserve pour  
cette loi promulguée très récemment que pour les réformes  
susmentionnées. Cette réserve ne vaut en revanche pas pour  
les mesures en faveur de l’entreprenariat, qui portent leurs  
fruits au regard du dynamisme des créations d’entreprises.  
Or, qui dit créations d’entreprises dit créations d’emplois.  
Gains de productivité du travail  
Variation en glissement annuel, %  
5
Emploi salarié privé Productivité apparente du travail PIB  
4
3
2
1
0
Quelles sont les perspectives ?  
-1  
Les perspectives à court et moyen terme étaient, d’après  
nous, avant que ne survienne l’épidémie de coronavirus, à  
une poursuite de l’amélioration du marché du travail, quoique  
sur un rythme plus modéré. Les répercussions économiques  
de l’épidémie viennent dégrader ces perspectives, dans une  
ampleur et pour une durée restant difficiles à appréhender.  
-2  
-3  
-4  
1997 1999 2001 2003 2005 2007 2009 2011 2013 2015 2017 2019  
Graphique 7  
Source : INSEE, BNP Paribas  
Aussi théorique que soit l’exercice, passons néanmoins en  
revue ce qui nous amenait à anticiper une poursuite de  
l’amélioration du marché du travail. S’agissant du court terme,  
les indicateurs conjoncturels disponibles, comme l’indice du  
climat de l’emploi de l’INSEE et la composante ‘emploi’ du  
PMI composite, étaient relativement bien orientés jusqu’en  
février, l’emploi dans l’intérim faisant toutefois exception. Pour  
l’année en cours et les suivantes aussi d’ailleurs, nous  
partions de l’idée que les mêmes causes produisent les  
mêmes effets. Les trois paramètres « facilitateurs » évoqués  
plus haut (faible progression de la population active et de la  
productivité et mesures d’enrichissement) continuaient de  
jouer favorablement. Quant à la croissance, nous tablions sur  
un effritement limité en 2020 (1,1%) avant un rebond modeste  
en 2021 (1,3%). Dans ces conditions, le rythme de hausse de  
l’emploi (entre 0,9 et 1%) et de baisse du chômage (-0,3 point  
par année) ne fléchissaient que modérément par rapport à  
Taux de chômage observé et structurel  
En % de la population active  
Taux de chômage observé Taux de chômage structurel  
1
1
1
0
9
8
7
6
5
4
3
2
1
0
1965 1970 1975 1980 1985 1990 1995 2000 2005 2010 2015 2020  
2
019.  
Graphique 8 Source : INSEE, Commission européenne, BNP Paribas  
À l’horizon 2022, la question est de savoir si l’objectif d’un  
taux de chômage à 7%, visé par Emmanuel Macron, est  
atteignable. La réponse est oui s’il continue de baisser au  
même rythme moyen d’un demi-point par an auquel il baisse  
depuis 2015. Mais le peut-il alors que les difficultés de  
recrutement sont importantes et que le taux de chômage est  
déjà en deçà de son niveau structurel (cf. graphique 8) ?  
Nous dirions que oui. En effet, au regard de l’ampleur du  
sous-emploi et du halo autour du chômage, il existe encore  
un important réservoir de main d’œuvre, que les réformes  
engagées peuvent aider à mobiliser, en même temps qu’elles  
contribuent à abaisser le taux de chômage structurel. Si  
l’objectif est difficile à atteindre, c’est parce qu’il dépend de la  
croissance qui devra se maintenir assez nettement au-dessus  
de 1%, plus proche de 1,5% que de 1%. Or, c’est une  
hypothèse forte. C’est pourquoi l’objectif de « 7% » ne peut  
encore être tenu pour acquis. Mais au moins paraît-il du  
domaine du possible, ce qui est nouveau et peut être salué.  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 2416 articles et 619 vidéos