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Chronique (mouvementée) du compte des ménages européens

28/06/2022
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Hier protégé par le « quoi qu’il en coûte », le pouvoir d’achat des Européens est aujourd’hui menacé par l’inflation. À nouveau sollicitées après la pandémie, les politiques publiques s’efforcent de limiter les pertes, sans y parvenir tout à fait. En 2022, le revenu disponible réel des ménages de la zone euro devrait reculer de l’ordre de 2,5%. Si la consommation progresse encore, c’est parce que le taux d’épargne baisse, une tendance qui masque une grande diversité de situations.

En 2020, le pouvoir d’achat des citoyens de la zone euro (leur revenu disponible réel) avait pu être préservé, alors même que l’activité économique, partiellement mise à l’arrêt du fait de l’épidémie de Covid-19, s’effondrait. Exempte de faillites ou de chômage, la pire récession connue jusqu’alors (une baisse de 6,5% du PIB en volume et en moyenne) fut aussi la plus atypique.

Taux d'épargne des ménages de la zone euro

Que la chute d’activité puisse se trouver amortie dans un espace où les transferts sociaux représentent le quart du PIB, et où les stabilisateurs automatiques sont donc puissants, n’est pas en soi exceptionnel. Lors de la Grande récession de 2009, le pouvoir d’achat des ménages n’avait que peu baissé, notamment parce que l’Allemagne, alors précurseur, avait institué le recours au chômage partiel (Kurzarbeit). Ici, la nouveauté tient à l’ampleur sans précédent des moyens publics mobilisés. En zone euro, ce sont quelque EUR 1 400 milliards, ou 12 points de PIB annuel, qui ont été directement transférés aux ménages et aux entreprises selon le Fonds monétaire international (FMI)[1], soit davantage que les pertes de production liées à la Covid-19.Facilitée par les rachats de dette de la Banque centrale européenne (EUR 1 850 milliards au titre du Pandemic emergency purchase programme, l’aide publique s’est déployée alors même que la dépense privée était empêchée, ce qui, dans les comptes d’agents, s’est traduit par un gonflement de l’épargne (+50% pour les ménages de la zone euro en 2020).

Un retour progressif à la normale s’est opéré courant 2021, à la faveur du desserrement de la contrainte sanitaire. La consommation a fortement rebondi, le taux d’épargne a reculé. L’Europe, plus encore les Etats-Unis, ont donc soutenu leur demande avec succès, mais au prix d’un déséquilibre croissant vis-à-vis de l’offre qui, au niveau mondial, est restée entravée par l’épidémie de Covid-19. Pour les quelque 150 millions de ménages de la zone euro, la facture du « quoiqu’’il en coûte » a fini par se présenter sous forme d’inflation, la guerre en Ukraine ne faisant qu’alourdir l’addition. Attendue à près de 7% en moyenne cette année par la BCE, la hausse des prix est la plus rapide depuis 40 ans, de telle sorte que ce qui fut évité en 2020 - un net recul pouvoir d’achat - le sera difficilement en 2022.

En 2022, les prix s’affolent, le pouvoir d’achat recule