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Après la victoire de Joe Biden à la présidentielle américaine, quelle suite ?

ECO FLASH  
N°20-23  
23 novembre 2020  
ETATS-UNIS : APRES LA VICTOIRE DE JOE BIDEN A LA PRESIDENTIELLE  
AMERICAINE, QUELLE SUITE ?  
Jean-Luc Proutat  
Avec près de 80 millions de voix et 306  
SBORTIS SA RÉSULTATS DES ÉLECTIONS DU 3 NOVEMBRE 2020 PIEN EA ANTE IMPERDIET  
grands électeurs obtenus sur un total de 538,  
le démocrate Joe Biden remporte l’élection  
présidentielle américaine.  
Battu, son adversaire Donald Trump est  
toutefois loin de réaliser le mauvais score  
que lui promettaient les sondages ; le parti  
républicain progresse, par ailleurs, à la  
Chambre des représentants, et pourrait  
SOURCE : ASSOCIATED PRESS, BNP PARIBAS  
conserver le Sénat.  
Sans être écrasante, la victoire est nette : avec 79,843 millions de voix (51,1% des suffrages  
exprimés) et 306 grands électeurs obtenus sur un total de 538, le démocrate Joe Biden remporte  
La priorité du futur président Biden sera de  
combattre une crise sanitaire qui s’aggrave et  
menace de faire rechuter l’économie. Or sur  
ce terrain, comme dans d’autres domaines  
l’élection présidentielle américaine. Battu, son adversaire Donald Trump réalise toutefois un  
meilleur score que prévu par les sondages : 73,794 millions de voix (47,2% des suffrages), soit  
1
0 millions de plus qu’en 2016, grâce à un taux de participation record, proche de 70%. Si les  
résultats se trouvent, sans surprise, contestés par le président sortant, les différents recours  
engagés par son équipe de campagne n’ont que très peu de chance d’aboutir. En Arizona, dans  
le Michigan, en Géorgie, la plupart des plaintes déposées pour fraude ont d’ores et déjà été  
abandonnées ou rejetées, faute de preuve ; partout où il a été donné gagnant à l’exception de la  
Géorgie - où sa victoire vient d’être confirmée - Joe Biden dispose d’une avance suffisamment  
large pour éviter un recomptage. Ce dernier deviendra donc, le 20 janvier 2021 et à 78 ans, le  
(
environnement, fiscalité, politique étrangère),  
Donald Trump cherchera à marquer son  
empreinte et ne fera rien pour faciliter la  
transition.  
4
6ème président des Etats-Unis. Egalement élue, Kamala Harris sera la première femme à ac-  
céder à la vice-présidence.  
TRANSITION DIFFICILE  
Si l’alternance politique est courante aux Etats- Et ensuite ? La capacité à agir du président Biden dépendra largement de l’équilibre des forces  
au Congrès. Or les élections n’ont pas engendré de « vague bleue » : selon le décompte arrêté  
Unis, il est rare que l’antagonisme entre les  
au 23 novembre, le parti démocrate conserve de peu la majorité à la Chambre des représentants  
camps démocrate et républicain atteigne un  
tel degré. Le mandat du 46ème président des  
(222 sièges pour 218 requis), les républicains y gagnant 8 sièges. Dès lors, l’enjeu se focalise sur  
le Sénat, sans qui les lois, traités, ou nominations à certains postes clés (juges à la Cour suprême,  
juges fédéraux, Procureur général…) ne peuvent être approuvés. Pour l’heure, le parti républicain  
Etats-Unis s’annonce particulièrement difficile. y détient 50 sièges, contre 48 au parti démocrate, les 2 sièges restant à pourvoir étant ceux de  
l’Etat de Géorgie, où un second vote (runoff elections) est organisé le 5 janvier 2021, après que  
le premier eut échoué à départager les candidats (aucun d’entre eux n’obtenant la majorité  
requise de 50%). Si, en bout de course, le Sénat devait se répartir à égalité de 50 sièges entre  
démocrates et républicains, la vice-présidente Kamala Harris (également présidente du Sénat  
de par la Constitution) emporterait les décisions en se voyant attribuer un droit de vote. Aux  
Etats-Unis, une grande partie de la politique gouvernementale des prochaines années dépendra  
donc de ce qui se décidera en Géorgie, dans six semaines.  
La banque  
d’un monde  
qui change  
Eco Flash 20-23 // 23 novembre 2020  
economic-research.bnpparibas.com  
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La priorité immédiate de l’administration Biden sera de combattre une  
pandémie qui connait une recrudescence inquiétante, promettant d’ag-  
graver un bilan humain (250.000 morts) et socio-économique (9 mil-  
lions d’emplois perdus) déjà lourd. Au moment d’écrire ces lignes, le taux  
d’incidence de la Covid-19, soit le nombre de nouveaux cas rapporté à  
la population, battait des records : 144.000 infections quotidiennes, soit  
près de 45 pour 100.000 habitants. D’abord active dans les Etats ruraux  
PROGRAMME BIDEN, QUELS COMPROMIS POSSIBLES EN CAS DE SÉNAT  
RÉPUBLICAIN ?  
PROGRAMME BIDEN (coût évalué sur 10 ans )  
USD mds Accord bipartite ?  
Infrastructures  
1.300 Possible  
Réfection des réseaux routiers, déploiement du haut-débit, encouragement du  
ferroviaire et des transports publics…  
(Dakota du Nord, Indiana, Kansas, Utah, Colorado…) la vague épidémique  
Climat énergie  
1.700  
Improbable  
se propageait à nouveau dans les grands centres urbains de New-York,  
Philadelphie ou Los Angeles. Un vaccin serait-il disponible vers la fin  
d’année 2020 ou début 2021 que la situation empirera tout de même  
dans les semaines à venir, ce dont s’alarme le président élu, qui a déjà  
constitué sa task force. L’inquiétude est, en outre, renforcée par l’atti-  
tude de Donald Trump qui, en refusant de reconnaitre sa défaite, bloque  
le processus démocratique de transmission des dossiers. Il est donc  
à craindre que, jusqu’au 20 janvier 2021 et l’investiture de Joe Biden,  
l’épidémie soit gérée a minima par une Maison Blanche refermée sur  
elle-même et rétive à coopérer. Certes, en matière de lutte contre la pro-  
pagation du Coronavirus, les gouverneurs d’Etats disposent de pouvoirs  
propres (comme l’imposition du port du masque, les fermetures admi-  
nistratives de lieux publics, les interdictions de regroupements, etc.), qui  
peuvent contrebalancer la ligne présidentielle. Mais celle-ci compte, ne  
serait-ce qu’en raison de l’exemple et des moyens donnés aux autorités  
locales, qui plus est dans une perspective de campagne vaccinale.  
Fin progressive des subventions aux énergies fossiles, durcissement des normes  
d’émissions polluantes ; objectif : neutralité carbone en 2050  
Santé  
800  
Improbable  
Pleine réhabilitation de l’Affordable Care Act (Obamacare), accès facilité à  
Medicare et Medicaid, crédit d’impôts et aides à la souscription d’assurance  
privée, etc.  
Education  
1.500  
Improbable  
Augmentation du nombre de bourses, gratuité des études (jusqu’au community  
college) pour les élèves appartenant à des familles modestes (gagnant moins de  
USD 125.000 par an), effacement des dettes étudiantes après 20 ans de  
remboursement, revalorisation des enseignants…  
Politique industrielle  
700  
Possible  
Durcissement des règles d’origine concernant le made in US, achats fédéraux de  
matériels américains (USD 400 milliards), investissements publics en R&D (USD  
00 milliards)  
3
Avant même d’être élu, Joe Biden s’était employé avec la présidente de la  
Chambre Nancy Pelosi à faire adopter par le Congrès un plan additionnel  
de lutte contre la pandémie de USD 2.200 milliards (10 points de PIB).  
Au-delà des mesures purement sanitaires (formation et embauches de  
personnels de santé, généralisation des tests et procédures de traçage,  
aides à l’accès aux soins…) il était notamment question de repositionner  
à USD 600 par semaine le complément fédéral d’indemnités chômage  
Politiques familiale et sociale  
1.500  
Improbable  
Aides au logement, revalorisation du salaire minimum fédéral (de USD 7,5 à USD  
5 de l’heure), amélioration du statut des indépendants, doublement de la  
1
participation fédérale à la State Small Business Credit Initiative (SSBCI),  
instauration d’une couverture santé universelle pour la petite enfance (pre-school  
child care)  
SOURCES: COMMITTEE FOR A RESPONSIBLE FEDERAL BUDGET, BNP PARIBAS GLOBAL MARKETS  
(
réduit depuis le mois d’août à USD 400) et d’amplifier le Paycheck  
Protection Program, un dispositif de soutien aux petites entreprises.  
L’atmosphère préélectorale autant que le rebond économique des mois Dans la mesure où il peut avoir des contrecoups économiques et  
d’été avaient cependant joué contre un accord budgétaire bipartisan et financiers, ce jusqu’au-boutisme n’est toutefois pas sans danger pour le  
favorisé le statu quo. Maintenant que l’horizon conjoncturel s’assombrit, parti républicain lui-même, qui pourrait se diviser et s’affaiblir à trop  
celui-ci paraît de moins en moins tenable. Dans l’Etat de New-York, où vouloir suivre la ligne de M. Trump. Quelle que soit l’opposition  
le combat contre la maladie fût l’un des plus rudes, les écoles ferment rencontrée, il est tout de même des domaines traditionnellement  
à nouveau, tandis que des couvre-feux s’imposent en Californie ; après réservés à la présidence, comme la politique étrangère, où Joe Biden sera  
des mois d’amélioration, les indices de mobilité fournis par les moteurs en mesure d’agir. Le retour des Etats-Unis dans l’Accord de Paris, qui  
de recherche sur internet montrent un tassement de l’activité. Dans une n’est pas un traité et n’exige donc pas de vote au Sénat, s’inscrit par  
intervention récente devant le Bay Area Council Economic Intstitute, le exemple dans la liste des promesses qui pourront être tenues. D’autres,  
président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, indiquait la possibilité en revanche, auront plus de mal à aboutir en cas de majorité républicaine  
de prochainsmois « très difficiles ». Or, plutôt que de le renforcer, le au Sénat (cf. encadré). Si la politique industrielle (durcissement des  
secrétaire au Trésor américain Steven Mnuchin a choisi d’alléger le règles d’origine appliquées au made in USA, achats fédéraux de matériels  
dispositif de stabilisation macro-financière, en exigeant de la Fed qu’elle américains, investissements en recherche et développement) ou encore  
rembourse le capital non employé des véhicules spéciaux d’intervention les programmes d’infrastructures (réfection des réseaux routiers,  
sur les marchés de dette (PMCCF, Primary Market Corporate Credit déploiement du haut-débit, encouragement du ferroviaire et des  
Facility, et SMCCF, Secondary Market Corporate Credit Facility).  
transports publics) peuvent faire l’objet d’accords bipartites, les  
programmes de M. Biden en matière de transition écologique, de santé  
ou d’éducation se heurteront à une résistance forte.  
QUEL CHAMP DES POSSIBLES ?  
Si l’alternance politique est courante aux Etats-Unis, il est rare qu’elle Reste le plus grand défi que le futur 46ème président des Etats-Unis  
s’opère dans une atmosphère aussi lourde. Sur tous les terrains aura à relever : rapprocher deux Amériques qui s’opposent, faire  
(
environnement, éducation, santé, politique étrangère, etc.), Donald retomber les tensions politiques et sociales. Homme de dialogue,  
Trump cherchera à marquer aussi profondément que possible son également surnommé « le guérisseur » Joe Biden n’aura pas trop de  
empreinte et à saper le processus de transition. Il est aussi probable que son expérience politique et de sa science du compromis pour y parvenir.  
ce dernier s’inscrive en fer de lance de l’opposition la plus radicale une  
fois le président Biden investi.  
Jean-Luc Proutat  
La banque  
d’un monde  
qui change  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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