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Crédit en zone euro : vers un durcissement des critères d’octroi ciblé sur les ménages mais limité

25/02/2026
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Selon l’enquête de la BCE sur la distribution du crédit (BLS) dans la zone euro, certaines banques pourraient durcir leurs critères d’octroi de crédits aux ménages plus fortement en 2026 qu’en 2025. En cause : le calcul plus contraignant des fonds propres réglementaires. En opposition de phase, ce durcissement serait moindre pour les entreprises. Cette désynchronisation est inhabituelle. Elle tend à illustrer l’effet de la montée en charge de l’« output floor » qui affecterait plus particulièrement les crédits à l’habitat. L’effet resterait toutefois très circonscrit : seule une banque sur dix prévoit de modifier ses critères. Le dynamisme des nouveaux crédits aux ménages et aux entreprises serait préservé pour l’essentiel.

En 2026, les critères d'octroi de crédits aux ménages seront (un peu) plus touchés par le durcissement des exigences prudentielles

La BCE a interrogé les 140 plus grandes banques de la zone euro, du 15 décembre 2025 au 13 janvier 2026, sur les effets attendus des mesures réglementaires ou prudentielles (récemment approuvées, mises en œuvre ou à venir) sur leurs critères d’octroi de crédits[1]. Pour celles qui envisagent un durcissement dans les 12 prochains mois, les ménages seraient plus affectés que les entreprises. Ainsi, en ce qui concerne les crédits à l’habitat, 10% des banques prévoient un durcissement léger, 3% un durcissement fort et 1% un assouplissement léger. Le pourcentage net de banques qui envisagent de durcir davantage leurs critères en 2026 est très supérieur à celui observé en 2025 (respectivement, 12% et 7%). Il en est de même pour les crédits à la consommation. En revanche, le durcissement des critères d’octroi pour les entreprises serait inférieur en 2026 à celui observé en 2025.

Historiquement, les variations des critères d’octroi de crédits aux ménages et aux entreprises évoluent dans le même sens. La désynchronisation attendue pour 2026 est donc inhabituelle. Elle tend à illustrer les premiers effets perceptibles de la montée en charge du plancher de pondération (« output floor »). Ce dernier conduit à une augmentation des exigences en fonds propres, en particulier en lien avec les crédits à l’habitat[2]. Plus généralement, l’entrée en application de la CRR3 – traduction en droit européen de la finalisation de l’accord de Bâle III – le 1er janvier 2025 a conduit à une augmentation des besoins en fonds propres de nature à durcir les critères d’octroi. Les banques interrogées par la BCE évoquent également l’augmentation des besoins en actifs liquides visant à respecter les ratios de liquidité réglementaires, notamment en raison des incertitudes géopolitiques.

Cependant, une banque sur dix seulement envisage de modifier ses critères d’octroi de crédits en raison des nouvelles exigences prudentielles. L’impact serait donc très restreint. Il pourrait se limiter aux banques dont les crédits immobiliers représentent une part importante de leur portefeuille, ou à celles qui accepteraient de voir la croissance de leur portefeuille de prêts à l’habitat s’infléchir car moins stratégique. Finalement, le dynamisme de la production nouvelle de crédits serait préservé pour l’essentiel : depuis juin 2025, les flux mensuels de nouveaux crédits cumulés sur un an augmentent, en moyenne et sur une année glissante, de 30% pour l’habitat et de 10% pour les prêts aux entreprises.

[1] Les critères d’octroi sont les normes internes aux banques qui doivent être remplies pour qu’un crédit puisse être accordé avant même que les conditions d’octroi (taux, durée, etc.) ne soient négociées. La BCE ne publie pas d’éléments sur l’effet des exigences prudentielles sur les conditions d’octroi des crédits.

[2] Les actifs pondérés (RWA) des banques ne peuvent plus être inférieurs à une proportion (50% en 2025 et jusqu’à 72,5% d’ici 2030) des RWA qui découleraient de l’application exclusive de l’approche standard. L’approche avancée permet de remplacer les pondérations standards par les pondérations issues de modèles internes validés par le superviseur. Cf. notamment Crédit à l’habitat en France : les nouvelles exigences prudentielles vont-elles induire une hausse des taux et de l’apport personnel ?

LES ÉCONOMISTES AYANT PARTICIPÉ À CET ARTICLE