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Revue stratégique de la Réserve fédérale : vers une fourchette d’inflation cible ?

Eco week 20-07 // 21 février 2020  
economic-research.bnpparibas.com  
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ÉDITORIAL  
REVUE STRATÉGIQUE DE LA RÉSERVE FÉDÉRALE : VERS UNE FOURCHETTE D’INFLATION CIBLE ?  
L’introduction d’une fourchette d’inflation cible fait l’objet de débats au sein de la Réserve fédérale. Elle pourrait  
permettre une conduite plus flexible de la politique monétaire américaine, voire même prendre en compte les écarts  
passés par rapport à l’objectif. Si la Fed prenait une telle décision alors que l’inflation est inférieure à cet objectif,  
elle courrait le risque d’être perçue comme indifférente au déficit d’inflation. Cela plaide en faveur d’une fourchette  
asymétrique. Celle-ci augmenterait néanmoins le risque de turbulences sur les marchés lors du démarrage du cycle  
de resserrement.  
Les intervenants sur les marchés financiers attendent-ils trop de « l’exa- Plus qu’avec une fourchette symétrique autour de 2 %, une telle approche  
men de la politique monétaire, de la stratégie, des outils et des pratiques créerait des anticipations concernant un maintien prolongé du taux ac-  
en matière de communication », autrement dit, la revue stratégique de tuel des Fed Funds, eu égard au temps qu’il faudrait à l’inflation, toujours  
la Réserve fédérale ? Au vu des efforts déployés depuis un an, il faut s’at- inférieure à 2 %, rappelons-le, pour dépasser la borne supérieure de la  
tendre à une annonce majeure, comme un changement dans la conduite fourchette. Cependant, cela générerait un autre facteur de complexité :  
de la politique monétaire, par exemple, en modifiant la cible d’inflation.  
quand et sur quelle base la banque centrale passerait-elle d’une four-  
chette asymétrique à une fourchette symétrique ? Plus l’on s’approcherait  
du point de basculement, plus les rendements obligataires augmente-  
raient, reflétant une anticipation de relèvement des taux directeurs, ce  
qui à son tour entraînerait une volatilité sur les marchés avec d’éventuels  
effets défavorables sur l’économie. Depuis trente ans, le ciblage de l’infla-  
tion, la forward guidance, la publication des procès-verbaux des réunions,  
les conférences de presse n’ont eu d’autre vocation que de faciliter l’in-  
terprétation des décisions de politique monétaire. Les anticipations des  
marchés sont ainsi, comme le montre la courbe de taux, plus conformes  
aux buts visés par la banque centrale. Cet acquis limite les changements  
d’objectifs qui pourraient être envisagés et de communication qui les ac-  
compagne. Un ajustement semble donc plus probable qu’une refonte.  
Les minutes du FOMC, publiés cette semaine, démontrent toute la com-  
plexité de la tâche. Prenons, par exemple, la question de la fourchette  
d’inflation cible, qui a été débattue en janvier. En théorie, elle semble  
simple. Au lieu d’une cible d’inflation précise (2 %), une fourchette offri-  
rait une certaine flexibilité : un niveau d’inflation légèrement inférieur  
ou supérieur ne serait pas problématique, et contribuerait à calmer les  
anticipations d’assouplissement ou de resserrement dès que l’inflation  
s’écarterait de l’objectif. Le problème en termes de communication serait  
cependant déplacé de la question d’un objectif spécifique à celle de la  
largeur de la fourchette.  
La note d’information du staff de la Fed portait non sur une fourchette  
mais sur trois. Tout d’abord, une fourchette d’incertitude liée à la varia-  
bilité de l’inflation : aucune décision ne se justifierait en raison des élé-  
ments pouvant polluer la mesure de l’inflation. Vient ensuite la fourchette  
opérationnelle : le FOMC pourrait dans certains cas préférer dépasser sa  
fourchette de long terme, par exemple, pour compenser une période anté-  
rieure de très faible inflation. Enfin, il existe une fourchette d’indifférence  
à l’intérieur de laquelle les écarts d’inflation n’entraîneraient aucune  
réaction de politique monétaire. Ces trois fourchettes pouvant coexister,  
l’on voit immédiatement les problèmes en termes de communication que  
cela pourrait poser. Aussi « certains participants ont-ils précisé qu’ils ne  
voyaient pas dans quelle mesure l’introduction d’une fourchette pourrait  
nettement contribuer à atteindre l’objectif d’inflation du Comité, faisant,  
par ailleurs, observer que l’introduction d’une telle fourchette pourrait  
rendre cet objectif plus opaque pour les observateurs » .  
William De Vijlder  
CIBLAGE D’INFLATION : NIVEAU VERSUS FOURCHETTE  
Cible d'inflation de 2%  
Cible d'inflation autour de 2%  
Inflation  
zone  
d’indifférence  
fourchette  
opérationnelle  
2
%
2
%
Si la banque centrale devait, néanmoins, opter pour une fourchette cible,  
d’autres problèmes se poseraient. L’introduction d’une fourchette symé-  
trique lorsque l’inflation est inférieure à l’objectif « pourrait être incor-  
rectement interprétée comme un signe indiquant que la banque centrale  
n’est pas préoccupée par un taux d’inflation en deçà de l’objectif fixé,  
ce qui pourrait entraîner une baisse des anticipations d’inflation vers la  
borne inférieure de la fourchette ». Pour y remédier, certains participants  
à la réunion du FOMC ont avancé l’idée de recourir, pour une période dé-  
terminée, à une fourchette opérationnelle asymétrique, le taux de 2 % se  
situant dans ce cas à la borne inférieure ou à un niveau proche de celle-ci.  
*zone d'incertitude  
*
Durée  
Durée  
* inflation observée  
SOURCE : BNP PARIBAS  
Au vu des efforts déployés depuis un an, on est tenté de s’attendre à une  
annoncemajeuresuiteàlarevuestratégiquedelaRéservefédérale.Cependant  
un ajustement semble plus probable qu’une refonte en profondeur.  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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