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Cycle, conjoncture : où en est l'économie française ? 11/09/2018

Au premier semestre 2018, la croissance française a sensiblement ralenti. En apparence, son rythme trimestriel est même repassé en deçà de la croissance potentielle faisant état d'un infléchissement plus marqué qu'il ne l'est en réalité.

TRANSCRIPT // Cycle, conjoncture : où en est l'économie française ? : septembre 2018

François Doux : On fait à présent le point sur l'économie française, en ce début septembre 2018. Hélène Baudchon, bonjour.

 

Hélène Baudchon : Bonjour.

 

François Doux : L'année 2017 avait été marquée par une certaine vigueur de la croissance en France, et puis au premier semestre 2018, cela a brusquement ralenti. Pourquoi cet accès de faiblesse ?

 

Hélène Baudchon : Il peut être mis sur le compte de trois types de facteurs : ponctuels, exogènes et relevant du cycle. La première catégorie comprend, notamment, les grèves au deuxième trimestre dans les transports ferroviaires et aériens et l’effet négatif sur le pouvoir d’achat et la consommation des ménages des évolutions de la fiscalité qui ont, en début d’année, donné lieu à des hausses d’impôts plus importantes que les baisses.

 

François Doux : Mais cette configuration n'est que transitoire ?

 

Hélène Baudchon : En effet. D’après le budget 2018, à partir de la fin de cette année, cette configuration doit s’inverser avec plus de baisses d’impôts que de hausses. Cela viendra en soutien du pouvoir d’achat, de la consommation et donc de la croissance. Mais ce rebond reste à venir et d’ampleur incertaine car derrière la faiblesse de la croissance au premier semestre, il n’y a pas que des facteurs ponctuels : on devine aussi une tendance moins dynamique qu’en 2017, pour des raisons exogènes et endogènes.

 

François Doux : Justement quels sont les freins exogènes ?

 

Hélène Baudchon : En quelques mots seulement. Les tensions commerciales, l’escalade protectionniste, et la hausse du pétrole et de l’euro.

 

François Doux : Et les facteurs endogènes ?

 

Hélène Baudchon : Ceux-ci sont à mettre sur le compte de la position de l'économie française dans son cycle. En l’occurrence, d’après notre analyse, l'économie française serait en phase d’expansion (après la reprise et avant le blocage, précurseur de la récession). Cette phase d'expansion se caractérise par une décélération de la croissance, sur un rythme qui reste toutefois supérieur à la croissance potentielle.

 

François Doux : Justement Hélène Baudchon, qu’est-ce qui fait que la croissance ralentit ?

 

Hélène Baudchon : L’émergence de tensions fortes sur les capacités et les facteurs de production qui finissent par contraindre les entreprises dans l’accroissement de leur activité. Il semblerait que l'économie française en soit à ce stade en 2018, freinée dans son élan par le pourcentage élevé d’entreprises qui rencontrent de telles difficultés d’offre et de recrutement.

 

François Doux : Alors c'est l'accentuation de ces tensions fin 2017 qui pouvait finalement découler d'une forte croissance à l'époque. Pourquoi est-ce qu'elles ont autant retenu l'attention ?

 

Hélène Baudchon : Parce qu’elles semblaient renvoyer, déjà, un signal de fin de cycle, après seulement une année de croissance forte, et alors que d’autres indicateurs ne témoignaient pas des mêmes tensions et du même avancement du cycle, notamment l’indicateur de référence, l’écart de production. D’après son estimation traditionnelle, l’écart de production serait à peine positif en 2018 (et donc le cycle peu avancé). Mais d’après une mesure dite directe, basée sur différents indicateurs de tensions, l’écart de production serait très positif (et donc le cycle bien avancé).

 

François Doux : Alors, laquelle de ces deux mesures dit vrai finalement ?

 

Hélène Baudchon : D’après nous, la mesure directe est plus fiable car elle est peu sujette à révision, contrairement à l’estimation traditionnelle. En plus, la mesure directe donne une indication en temps réel de l'écart de production.

 

François Doux : Avec un écart de production aussi positif, est-ce que cela veut dire que l'on est en haut de cycle pour l’économie française et donc que cela va se retourner ?

 

Hélène Baudchon : Nous continuons de voir les choses sous un jour favorable. C'est vrai que cette mesure directe de l’écart de production continue d’augmenter moins vite qu’en 2017. Cela traduit une croissance qui, certes, ralentit mais qui reste supérieure à la croissance potentielle. L’économie n’en est pas encore au stade du blocage. Elle reste en phase d’expansion au moins jusqu’en 2019 d'après notre scénario central.

 

François Doux : On reparlera de cela en fin d’année, je l'espère, Hélène Baudchon. Merci pour ce point sur l'économie française.

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