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L’hypothétique retour de l’inflation : le cas de la France 08/11/2018

À un peu plus de 2% sur un an, l’inflation en France est au plus haut depuis début 2012. Elle n’est, pour autant, pas de retour à proprement parler. Il manque pour cela une remontée plus franche de l’inflation sous-jacente. Celle-ci devrait prendre forme mais ne peut être tenue pour acquise.

TRANSCRIPT // L’hypothétique retour de l’inflation : le cas de la France : novembre 2018

FOCUS

 

François Doux : Il est un débat actuel tant du côté des banques centrales et des gouvernements que des ménages. Assiste-t-on à un retour, ou non, de l'inflation ?

Focus sur la France avec Hélène Baudchon, bonjour.

Hélène Baudchon : Bonjour.

François Doux : Hélène, première question : d'où vient ce débat sur le vrai-faux retour de l'inflation ?

Hélène Baudchon : Il a ressurgi un petit peu avant cet été avec la publication de chiffres d'inflation en nette accélération (plus un point de pourcentage en l'espace d'un an) et, surtout, à compter de juillet lorsque l'inflation a dépassé les 2 % en glissement annuel, pour la première fois depuis début 2012.

Cette accélération était attendue et elle est amorcée depuis 2017, mais le contraste n'en est pas moins grand après trois années (de 2014 à 2016) d'inflation quasi nulle. Et si cette remontée a aussi beaucoup retenu l'attention, c'est à cause de ses effets négatifs sur le pouvoir d'achat. Ceux-ci sont indéniables, en revanche nous réfutons l'idée d'un retour de l'inflation.

François Doux : Cela tient à la définition même de l'inflation à savoir une hausse du niveau général des prix, auto-entretenue et durable. Or, en France, on n’assiste pas vraiment à un tel phénomène en ce moment.

Hélène Baudchon : Effectivement, aujourd'hui l'inflation est essentiellement énergétique, c'est-à-dire qu’elle est le résultat de la hausse des prix du pétrole sur fond d'alourdissement de la fiscalité sur les carburants. Donc aujourd'hui, pour parler véritablement d'un retour de l'inflation il faudrait un retour de l'inflation dite « sous-jacente », c'est-à-dire l'inflation corrigée de ses éléments les plus volatils (prix de l'énergie et de l'alimentation), des mesures fiscales et des tarifs publics. Or, aujourd'hui, cette inflation sous-jacente reste particulièrement faible, elle est inférieure à 1 % sur un an.

François Doux : On observe toutefois un début de redressement. On a l'impression que les conditions sont réunies pour un retour dans les prochains mois.

Hélène Baudchon : C'est exact. En plus de l'effet retardé qu'on attend de la croissance un petit peu plus forte, on a d'autres signaux avant-coureurs comme les composantes ‘prix de production’ et ‘délais de livraison’ des indices PMI de Markit, le jugement des chefs d'entreprise sur les perspectives générales de prix dans les enquêtes de l'INSEE.

On peut aussi compter sur les effets de second tour de la nette remontée des prix du pétrole qui devraient se traduire par un peu plus d'inflation sous-jacente. Et puis l'inflation salariale commence également à se redresser et les difficultés de recrutement actuelles peuvent aussi pousser les salaires à la hausse.

François Doux : Il est clair qu'il y a une pression en amont, mais maintenant la question est de voir comment cette pression va se transmettre en aval.

Hélène Baudchon : C'est exact, c'est toute la question. Ce qu'il faut craindre, ce n'est pas qu'il y ait trop d'inflation mais pas assez. Car face à ces pressions conjoncturelles haussières que je viens d'évoquer, il y a aussi des pressions structurelles désinflationnistes fortes qui s'exercent.

François Doux : Mais pourquoi cette inquiétude finalement, Hélène Baudchon. Cette faiblesse de l'inflation a été voulue. C'est finalement le prix du succès de la politique de désinflation compétitive dont on parlait beaucoup dans les années 80. Or, dès lors que les salaires (hormis le SMIC) ne sont plus automatiquement indexés sur l’inflation, c'est une courroie de transmission naturelle qui est rompue.

Hélène Baudchon : Tout à fait, mais d'autres facteurs sont à l'œuvre. Ils pèsent sur la dynamique des salaires et de l'inflation et viennent encore plus distendre cette boucle prix-salaires. Tout cela aboutit à une inflation sous-jacente inconfortablement basse. Pêle-mêle parmi ces facteurs : la mondialisation, la concurrence, les efforts de compétitivité, l'essor des contrats à durée déterminée, la tertiarisation de l'économie, la révolution numérique, la baisse du taux de syndicalisation, la faiblesse des gains de productivité ou encore le vieillissement démographique. On a donc un renversement de situation assez notable : après avoir lutté contre une inflation trop forte, les banques centrales des pays développés se retrouvent à lutter contre une inflation trop faible. La BCE est engagée dans ce combat difficile. Il faut souhaiter qu'elle l’emporte pour le bon fonctionnement de l'économie.

François Doux : Merci Hélène Baudchon pour ce point sur l'inflation ; à vos manuels d'économie si vous n'avez pas tout compris. Dans un instant on va parler de la croissance et de la volatilité des marchés financiers. C'est le Graphique du mois avec William De Vijlder.

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