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Comment la volatilité des marchés affecte la croissance 08/11/2018

L’expérience rétrospective montre que la hausse récente de la volatilité des actions pourrait peser sur la croissance à l’avenir.

TRANSCRIPT // Comment la volatilité des marchés affecte la croissance : novembre 2018

François Doux : Pour le Graphique du mois, nous allons parler de la volatilité des marchés financiers. William De Vijlder, bonjour.

William De Vijlder : Bonjour François.

François Doux : Vous, qui êtes chef économiste, en quoi la volatilité des marchés financiers vous intéresse pour analyser l'économie réelle ?

William De Vijlder : Elle m'intéresse beaucoup puisque la volatilité des marchés est un indicateur du degré de fluctuation des estimations de croissance, des perspectives de taux d'intérêt, de l'appétit pour le risque des investisseurs.

François Doux : Et donc qu’est-ce que nous dit ce graphique, qu'est-ce qu'il représente ?

William De Vijlder : Voici un nuage de points avec, en abscisse, la volatilité de la bourse américaine Standard & Poor's, que l'on calcule sur un passé récent, les douze derniers mois, et, en ordonnée, la croissance pour les quatre trimestres suivants.

François Doux : Donc qu'est-ce qu'on en déduit ? Quand il y a beaucoup de volatilité, quel est l'impact sur la croissance ?

William De Vijlder : Effectivement, lorsque sur un passé récent on a beaucoup de volatilité, comme ici, on observe qu'en termes de croissance on est plutôt en bas de régime.

À l’inverse, lorsque l'on a peu de volatilité, on a une croissance qui est plutôt soutenue, donc des relations très négatives. Si bien qu’une hausse de la volatilité met en perspective un ralentissement de la croissance.

François Doux : En cette année 2018, on a eu pas mal de volatilité. Où est-ce que l'on se situe sur ce nuage de points et qu'est-ce que l'on peut en déduire ?

William De Vijlder : Effectivement la bonne nouvelle c'est que pour l'instant nous sommes toujours ici. La mauvaise nouvelle c'est un rebond de la volatilité, donc on peut se demander si cela va être pérenne ?

On peut donc dire dès à présent que si la hausse de la volatilité, qu'on a vue ces dernières semaines, devait continuer dans les mois à venir, inévitablement il y aurait un ralentissement de la croissance.

François Doux : Dernière question. Qu'est-ce qui sous-tend ce raisonnement ? Quelles sont les causes de cette corrélation ?

William De Vijlder : La relation est basée sur un facteur : le coût de financement. Concrètement, par exemple lorsqu'il y a plus de volatilité également au niveau du marché obligataire, pour les entreprises le coût de financement augmente. Le deuxième facteur qui joue c'est que simplement les ménages et les entreprises sont plus incertains, donc vont dépenser ou investir un peu moins. C'est ce qui freine la croissance.

François Doux : William De Vijlder, merci pour ce point sur la corrélation entre la volatilité et la croissance en particulier aux États-Unis. Dans un instant on part au Brésil, avec Trois questions à Salim Hammad sur le nouveau gouvernement.

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