eco TV
Un programme économique à double tranchant 08/11/2018

Le programme économique de Bolsonaro a le potentiel d’apaiser les tensions sur les finances publiques mais d’attiser celles au niveau social. La dynamique de la dette publique reste inquiétante traduisant un manque de marges de manœuvre sur le plan budgétaire.

TRANSCRIPT // Un programme économique à double tranchant : novembre 2018

3 QUESTIONS

François Doux : Nouvelle donne politique au Brésil. Un nouveau président, Jair Bolsonaro, entrera en fonction au 1er janvier 2019. On a aussi, petite surprise, une marge de manœuvre plus grande pour lui au Congrès. Nous sommes avec Salim Hammad. Bonjour.

Salim Hammad : Bonjour.

François Doux : En trois questions, on va parler de cette politique économique à venir au Brésil. Première question, quelles sont les orientations auxquelles s'attendre en terme de politique économique avec ce futur gouvernement Bolsonaro ?

Salim Hammad : Sur le papier on assiste à un vrai virage libéral qui devrait transiter par un désengagement progressif de l'État. On s’attend à une réduction assez importante du nombre de ministères, ainsi qu’une compression assez significative de la masse salariale. Son programme propose également des privatisations à grande échelle, proposition qui a d’ailleurs été largement saluée par les marchés au cours des dernières semaines. Son programme parle également d’un passage à un système de retraite par capitalisation.

François Doux : Deuxième question, quels risques pèsent sur cette économie brésilienne dans les mois à venir ?

Salim Hammad : Le premier risque est d'ordre socio-politique. Il découle du fait qu'une bonne partie de l’électorat de Bolsonaro n'a pas voté en faveur de son programme économique mais plutôt en faveur de son positionnement "anti-establishment".

François Doux : Il y a aussi un risque souverain au Brésil ?

Salim Hammad : Oui, effectivement, la trajectoire de la dette inquiète notamment, et elle est liée à des difficultés chroniques au niveau budgétaire. Les recettes souffrent très largement en raison d'une croissance atone et d’une reprise qui a du mal « à prendre pied ». Et au niveau des dépenses, il y a des rigidités très importantes liées notamment à la charge d'intérêt et aux dépenses obligatoires liées au système de Sécurité sociale et aux pensions.

François Doux : Troisième et dernière question. Ce sera donc l'un des enjeux des réformes ?

Salim Hammad : Exactement. Ces dépenses, notamment au niveau de la Sécurité sociale et des pensions, engagées et prévues par la Constitution sont très faiblement compressibles. Elles coûtent chères et ne sont pas du tout en phase avec la transition démographique du pays.

C'est un enjeu de taille auquel devra faire face le gouvernement de Bolsonaro notamment pour engager les amendements constitutionnels nécessaires pour réformer les finances publiques.

François Doux : Salim Hammad merci pour ce point sur l'économie brésilienne.

Voir plus de vidéos Eco TV

Sur le même thème

Alternance politique radicale ? 17/10/2018
Le contrecoup de la crise économique, politique et morale que traverse le Brésil depuis plusieurs années s’est matérialisé dans des élections générales marquées par un virage à droite d’une partie de l’électorat. Les gouvernements de Dilma Roussef et Michel Temer - assombris par les scandales de corruption et deux années de récession profonde en 2015-16 - auront fourni un terreau fertile à la fragmentation du paysage politique brésilien. L’alternance politique risque d’attiser les tensions sociales alors que la situation macroéconomique se dégrade avec un essoufflement de la croissance, un retournement de l’investissement, une dérive de la dette publique et un environnement extérieur plus incertain.
Crise et châtiment 11/07/2018
La récession est terminée même si la reprise montre des signes d’essoufflement. La crise financière a pu être évitée mais la situation budgétaire reste très préoccupante. Alors que la crise politique, sociale voire morale perdure, les élections générales se profilent en octobre. Dans un contexte de tensions sur les marchés émergents depuis mars, les investisseurs internationaux s’inquiètent d’une éventuelle remise en cause de l’agenda des réformes par la future administration brésilienne. Point positif, le Brésil a résorbé ses déséquilibres macroéconomiques autres que budgétaires, les banques sont solides et les agents privés se sont désendettés.
Reculer pour mieux sauter 13/04/2018
Malgré la reprise économique en cours et un environnement international toujours favorable, l’espoir d’une consolidation budgétaire pérenne demeure prématuré. La dégradation des finances publiques restera un stigmate des errements de la politique budgétaire de ces dernières années. L’administration, qui prendra ses fonctions début 2019, aura la lourde tâche de répondre à des attentes sociales fortes tout en fixant un cap fiscal qui rassure les investisseurs. Elle devra relancer les réformes structurelles, dont celle des retraites mise sous le boisseau par le gouvernement Temer. A défaut, la trajectoire des finances publiques pourrait devenir insoutenable à moyen-long terme.
Reprise ne vaut pas sortie de crise 24/01/2018
Le PIB a enregistré un troisième trimestre consécutif d’expansion au 3e trimestre 2017 après huit trimestres de récession. Nous continuons de privilégier un rebond graduel de l’activité en 2018, porté par la demande intérieure et la demande mondiale. L’inflation est sous contrôle et le cycle d’assouplissement monétaire touche à sa fin. Des réformes en suspens et des élections à suspense pourraient perturber les marchés financiers dans les prochains mois. Malgré l’amélioration du marché du travail en 2017, les stigmates sociaux et psychologiques de la crise économique et politique ont réveillé le spectre d’un vote radical, susceptible de compromettre la difficile consolidation macroéconomique et budgétaire en 2019.
La reprise à l'aune de la santé des agents économiques 18/10/2017
La récession est techniquement terminée. Après huit trimestres de contraction, le PIB réel a rebondi au premier semestre 2017. La situation financière des ménages s’est améliorée, mais les entreprises et le secteur public sont toujours en difficulté. La reprise économique n’est pas encore solidement installée, une situation qui, ajoutée à la désinflation, devrait encourager la banque centrale à poursuivre l’assouplissement de sa politique monétaire. En prenant pour hypothèse l’absence d’escalade de la crise politique et le bon déroulement des élections l’an prochain, la poursuite des réformes, une politique monétaire et un environnement international favorables, nous prévoyons une accélération graduelle de la croissance du PIB, portée par la consommation et les exportations.

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 1959 articles et 543 vidéos