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Communication des banques centrales: lire entre les lignes

09/05/2019

La communication des banques centrales peut fortement influencer le sentiment des agents économiques. Pour cette raison, elles veulent être claires tout en étant prudentes. Il en découle une nécessité de ‘lire entre lignes’. C’est ainsi qu’on peut observer du côté de la Réserve fédérale dans ses propos récents, un biais fort vers la prudence. Cette impression est encore plus manifeste en zone euro : l’inconfort de la BCE monte face à l’inertie de l’inflation sur une toile de fond de ralentissement de croissance. Il en découle aussi que la BCE est en mode proactive et réagira si les chiffres économiques le nécessitent.

TRANSCRIPT // Communication des banques centrales: lire entre les lignes : mai 2019

FOCUS

François Doux

En ces temps d'incertitude économique, la politique monétaire est l'objet de tous les regards et en particulier sa communication. Il faut savoir lire entre les lignes.

William De Vijlder bonjour.

William De Vijlder

Bonjour François.

François Doux

C'est votre métier d'économiste que d'analyser, de lire entre les lignes

William De Vijlder

Exactement.

François Doux

D'analyser les communications des banques centrales, que ce soit dans les communiqués de presse, dans les conférences de presse, dans les minutes des meetings, on a cela notamment aux États-Unis.

Qu'est-ce que vous regardez ? Pourquoi faut-il lire entre les lignes ?

William De Vijlder

Les banques centrales veulent être prudentes et claires. Claires parce qu'elles ont un message à véhiculer. En même temps la prudence s’impose aussi parce qu'elles veulent surtout éviter que des propos sans nuance conduisent à de l'euphorie ou à un vent de panique.

François Doux

On a un scénario de base et des scénarios hypothétiques. C'est ce que l'on regarde. Pouvez-vous nous donner des exemples ?

William De Vijlder

Par exemple, la Réserve fédérale, dernièrement, a communiqué sur un niveau de confiance élevé dans ses projections de croissance. Une croissance qui restera bien orientée cette année et en 2020.

Et en même temps, elle dit : "on ne va pas changer les taux d'intérêts". On s'interroge comment combiner les deux. Entre les lignes, on voit un focus très important de la Fed sur un scénario alternatif qui serait hautement inconfortable et qui se traduirait par un essoufflement de croissance. C'est pour cela qu'elle dit aussi : "on maintient les taux comme ils sont".

François Doux

On garde toutes les options ouvertes. Et du côté la Banque centrale européenne, on fait pareil ?

William De Vijlder

Oui et c'est très intéressant et très important pour nous ici. Les conférences de presse de Mario Draghi notamment sont extrêmement intéressantes afin de comprendre ce qu'il veut dire exactement. Ce qui frappe dans cette dernière conférence, c'est son billet qui exprime la prudence mais également celui qui traduit un certain inconfort.

François Doux

Donnez-nous des illustrations justement.

William De Vijlder

Il suffit de regarder et de compter les références à certains mots. On voit souvent apparaître "croissance", "growth" car le billet est souvent écrit en anglais.

Le mot "slowdown" apparait souvent, et bien sûr "negative". ELorsque l'on fait la part des choses, on voit qu'il y a largement plus de mots qui vont dans le sens de la prudence, de l'inconfort, le côté un peu négatif, que de mots qui expriment la croissance.

Lorsque l'on utilise le mot "croissance", c'est pour parler de l’évolution des agrégats monétaires et du crédit.

François Doux

Est-ce que vous pensez que M. Draghi compte vraiment avant ses communications le nombre de mots, que chaque mot est sous-pesé ? Pensez-vous qu'il les compte lui aussi?

William De Vijlder

Je ne sais pas mais, en tout cas, les équipes des banques centrales ont fait des analyses sémantiques très fouillées et, en particulier, elles ont fait le lien entre la réaction d'un marché et cette analyse sémantique. Donc je n'exclurais pas qu'effectivement ces mots soient comptés et que l’emplacement de chaque virgule soit vérifié.

François Doux

Regardons ce qu'il va se passer. Vous nous parliez de ce score. La Banque centrale européenne va quand même faire un nouveau TLTRO, une opération de refinancement ciblé.

William De Vijlder

Tout à fait. Le chef économiste Peter Praet a très clairement expliqué dans un discours récent pourquoi la BCE va le faire. En fait elle a deux objectifs. Le premier concerne le secteur bancaire. Les équipes de la BCE ont calculé qu'à l'horizon 2021, il y aurait un appel au marché très important de la part des banques, un besoin de refinancement de leur bilan. La BCE veut donc éviter un phénomène de congestion, un appel trop important si le renouvellement de la TLTRO de la BCE n'intervient pas. C'est une première raison. La deuxième raison, c'est que la BCE, soucieuse de son objectif, veut surtout que la dynamique du crédit continue à évoluer dans la bonne direction. Pour cela, elle veut donc stimuler l'octroi du crédit par le secteur bancaire.

François Doux

Mais William, l'enquête récente de la BCE montrait pourtant un ralentissement, un flétrissement de cette demande de crédit de la part des entreprises.

William De Vijlder

Oui. C'est un gros sujet parce qu' on a une politique qui est très accommodante. Tous les messages confirment que cette politique le restera. On va faire un TLTRO et qu'est-ce que l'on constate ?

Les banques ont envie d'octroyer du crédit mais elles perçoivent un sujet aussi du côté de la demande du crédit. Cela rappelle un peu la métaphore qu'on apprend en économie :" on apporte de l'eau à l’âne mais il ne veut pas boire".

François Doux

La BCE a aussi son objectif d'inflation, mais on en est encore un peu loin.

William De Vijlder

Effectivement, et le problème c'est que l'on est dans une situation d’inertie totale avec 0,8 % d'inflation sous-jacente, c’est largement en dessous des objectifs de la BCE. Donc elle ne peut entreprendre qu’une seule action : continuer à marteler le message que le nécessaire sera fait. Et, d'ailleurs, ce point est frappant dans la conférence de presse de Mario Draghi. Pour moi,  où à force de répéter, "nous ferons tout ce qui est nécessaire, tout ce que nous pouvons..." pour au plus vite provoquer cette accélération de l’inflation, entre les lignes, cela signifie une préoccupation grandissante du côté de Francfort.

François Doux

Donc on attend des annonces dans les prochains mois.

William De Vijlder

Tout à fait.

François Doux

Et je vous renvoie à notre podcast « EN ECO DANS LE TEXTE » sur le ciblage de l'inflation que l'on a réalisé récemment avec William.

Merci William à très bientôt.

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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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