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Tunisie : le piège de l’inflation 09/05/2019

L’inflation a atteint des sommets en 2018, à plus de 7%. La banque centrale a en conséquence durcit sa politique monétaire. Mais les marges de manœuvre sont limitées en raison de la fragilité du système bancaire alors que la faiblesse du dinar contre l’euro devrait continuer d’alimenter l’inflation dans les mois à venir.

TRANSCRIPT // Tunisie : le piège de l’inflation : mai 2019

LE GRAPHIQUE DU MOIS

François Doux

Dans le graphique du mois de mai 2019 on s'intéresse à l'économie tunisienne. Cela va mieux avec 2,5 % de croissance en 2018 grâce à un regain du tourisme.

Attention cependant sur 2019, le FMI a revu à la baisse ses prévisions. On était à 3 %, mais le PIB ne devrait croître que de 2,7 % en 2019 en Tunisie.

Stéphane Alby bonjour.

Stéphane Alby

Bonjour.

François Doux

Stéphane, cette économie tunisienne présente des fragilités, en particulier l'inflation. C'est le sujet de ce graphique. On le voit la courbe bleue, sur l'échelle de gauche. Pourquoi avoir choisi l'inflation ?

Stéphane Alby

Pour deux raisons essentiellement. Déjà de par son ampleur car, comme vous pouvez le voir sur le graphique, l'inflation est passée de 3 % en 2016 à plus de 7 % en 2018, un niveau qui n'avait jamais été atteint depuis le début des années 2000.

Puis il y a la durée du phénomène. Il y a déjà eu des poussées inflationnistes par le passé. En 2013 par exemple l'inflation a culminé à plus de 6 % au cours du deuxième trimestre mais elle est vite retombée par la suite. Or, en 2018 cela n'a pas été le cas, l'inflation est restée stable autour de 7,5 % tout au long de l'année.

François Doux

Parlez-nous des conséquences de cette très forte inflation sur l'économie ?

Stéphane Alby

Elles sont multiples, à commencer par l'érosion du pouvoir d'achat des ménages. Or la consommation a permis jusqu'à peu de maintenir l'économie tunisienne à flot et il est à craindre que ce moteur se soit sérieusement grippé en 2018. Le regain d'inflation a aussi poussé la Banque centrale à relever son taux directeur par trois fois en 2018 pour une amplitude totale de 275 points de base, accentuant ainsi la pression sur un système bancaire devenu de plus en plus dépendant aux liquidités injectées par les autorités monétaires.

François Doux

On le voit, le taux directeur c'est la courbe jaune toujours sur l'échelle de gauche de ce graphique. Le FMI a longtemps reproché à la Banque centrale tunisienne de ne pas assez lutter contre l'inflation, or récemment après ces dernières hausses de taux, les taux d'intérêts réels sont redevenus positifs. Est-ce que cela veut dire que les choses vont se calmer sur le front de l'inflation dans les prochains mois ?

Stéphane Alby

Le durcissement de la politique monétaire est une condition nécessaire mais elle n'est pas suffisante. L'une des origines de l'inflation en Tunisie est externe. Le dinar a perdu plus de 30 % de sa valeur contre l'euro depuis 2016, avec comme conséquence un renchérissement des prix des produits importés. Or, entre des déséquilibres extérieurs toujours significatifs et des réserves de change qui sont tombées en dessous de trois mois d'importations de biens et services, tout laisse à penser que le dinar restera sous pression dans les mois à venir. En d'autres termes, l'inflation devrait se maintenir à des niveaux élevés à court terme.

François Doux

Pour conclure, est-ce que l'on doit s'attendre à d'autres actions de la Banque centrale tunisienne en 2019 ?

Stéphane Alby

C'est probable, mais au regard des fragilités de l'économie en général et du secteur bancaire en particulier, les marges de manœuvre des autorités monétaires seront très limitées.

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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