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France : 2019, année du pouvoir d’achat 09/05/2019

Après des années de faiblesse, les gains de pouvoir d’achat des ménages français sont attendus en forte hausse en 2019, grâce à un mélange de baisses d’impôts, hausse des revenus d’activité, revalorisations de prestations et baisse de l’inflation.

TRANSCRIPT // France : 2019, année du pouvoir d’achat : mai 2019

3 QUESTIONS

François Doux

Trois questions à présent sur le pouvoir d'achat en France. Un pouvoir d'achat qui est dans l'actualité. C'est l'un des sujets du Grand débat proposé par le président de la République. En 2019, selon l'ensemble des prévisionnistes, le pouvoir d'achat devrait enregistrer sa plus forte progression depuis 2007.

Hélène Baudchon bonjour.

Hélène Baudchon

Bonjour.

François Doux

Première question, vous qui êtes économiste, quelle définition donneriez-vous du pouvoir d'achat ?

Hélène Baudchon

Au sens de la comptabilité nationale, il s'agit d'une mesure du revenu disponible réel. Disponible car c’est la part qui  reste après le paiement des impôts, dont le poids dans le revenu disponible frôle 30 %. Le revenu avant impôts est, lui, constitué des revenus d'activité (à hauteur d'un peu plus de 70 % du revenu disponible). Vous ajoutez à cela des prestations sociales (environ 35 %) et des revenus du capital (20 %). Ensuite le revenu est dit réel lorsqu'il est corrigé des prix. On mesure donc les gains de pouvoir d'achat par la différence entre le taux de croissance du revenu disponible nominal moins l'inflation. D'après cette mesure, les baisses de pouvoir d'achat au niveau macro sont très rares. La dernière en date est récente et elle a porté sur deux années : 2012 et 2013. Depuis le pouvoir d'achat progresse à un rythme annuel moyen légèrement supérieur à 1 %.

François Doux

1% à vous entendre, ce n'est pas énorme. Mais est-ce que c'est la raison pour laquelle vous, en tant qu'économiste, vous vous intéressez autant au pouvoir d'achat ?

Hélène Baudchon

Le fait est que la faiblesse de cette progression est une raison de l'attention que l'on porte au pouvoir d'achat. Surtout parce que lorsque l'on tient compte aussi de l'évolution du nombre et de la composition des ménages, c'est-à-dire lorsque l'on raisonne en unité de consommation, la hausse du pouvoir d'achat par unité de consommation est encore moins importante. En niveau, l'image est flagrante : en 2018, le pouvoir d'achat  se situe à peine au-dessus de son niveau de 2008.

Et cette longue stagnation, dont l'une des causes vient de l'augmentation forte de la pression fiscale sur la décennie écoulée, combinée au poids élevé des dépenses contraintes (30 % du budget des ménages), c'est l’une des explications des difficultés sociales actuelles. Donc une partie de la réponse à ces difficultés passe par un relèvement du pouvoir d'achat des ménages, notamment via des baisses d'impôts. Et plus globalement, les baisses d'impôts sont un moyen de soutenir la croissance.

François Doux

Troisième et dernière question, on n'a pas aujourd'hui, au moment d’enregistrer cette émission, les dernières mesures du gouvernement pour soutenir le pouvoir d'achat. Mais pouvez-vous nous dresser un premier bilan des mesures prises l'année dernière ?

Hélène Baudchon

En termes de montant, les baisses d'impôts déjà engagées sont importantes. Elles atteignent, en net, 15 milliards d'euros sur 2018-2020, qui se décomposent en un peu plus d'un milliard pour 2018, presque 11 milliards pour 2019 et 3 milliards pour 2020.

Si on se focalise sur 2019, en plus des baisses d'impôts (taxe d'habitation, cotisations salariales, correctif à la baisse sur la CSG pour une partie des retraités,…), vous avez aussi des mesures de soutien en faveur des revenus d'activité : la prime exceptionnelle et les heures supplémentaires défiscalisées. Du côté des prestations sociales, il y a une revalorisation de la prime d'activité ainsi que d'un certain nombre de minima sociaux. Enfin, l'annulation de la hausse de la fiscalité sur les carburants vient un peu réduire l'inflation. Le tout contribue à anticiper des gains de pouvoir d'achat supérieurs à 2 % cette année, soit la plus forte progression depuis 2007

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