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Quelles marges de manœuvre budgétaire en zone euro ?

09/09/2019

Les données économiques publiées cet été ont montré que la croissance mondiale et européenne ralentit, avec notamment des craintes de récession en Allemagne. La BCE se tient prête à faire plus si nécessaire, mais la question se pose aussi d’un soutien budgétaire.

TRANSCRIPT // Quelles marges de manœuvre budgétaire en zone euro ? : septembre 2019

LE GRAPHIQUE DU MOIS

 

François Doux : Non pas un, mais deux Graphiques du mois, en ce mois de septembre 2019. On a vu que la croissance ralentissait un petit peu du côté de la zone euro avec William De Vijlder dans la première partie de l'émission.

La BCE, elle se tient prête. Qu'en est-il des politiques budgétaires ? Frédérique Cerisier, bonjour.

Frédérique Cerisier : Bonjour.

François Doux : Est-ce qu'il nous reste de la marge de manœuvre du côté de la politique budgétaire pour soutenir la croissance en zone euro ?

Frédérique Cerisier : Alors comme souvent en zone euro la situation est assez hétérogène, mais l'idée générale c'est que probablement à l'échelle nationale il y a des marges de manœuvre, peut-être un peu plus important que l'on peut le penser dans plusieurs états membres. Le premier graphique nous montre simplement l'évolution des ratios de dette publique au cours des cinq dernières années, dans les pays la zone euro. Ce qu'on observe, c'est que cette période de reprise assez rapide a été souvent mise à profit pour consolider les finances publiques et que les ratios de dette publique sont en baisse parfois assez fortement dans 17 des 19 pays la zone euro et que même dans 9 d'entre-deux, ce ratio est inférieur à 60 % du PIB qui est le niveau de référence européen considéré comme assez confortable.

François Doux : Donc c'est une bonne nouvelle.

Frédérique Cerisier : C'est une bonne nouvelle et dans ces pays, il y a certainement moyen si cela devient nécessaire, d'augmenter un peu les déficits, de ralentir ou de stabiliser les taux d'endettement. En revanche, il est vrai qu'il y a deux exceptions à ce tableau général qui sont non négligeables puisque c'est la France et l'Italie où les ratios d'endettement sont à peine stabilisés au cours des cinq dernières années. Et compte-tenu de leurs poids à l'échelle de la zone euro, cela pose effectivement la question de savoir comment il serait possible de coordonner une réponse à l'échelle de la zone dans son ensemble.

François Doux : Alors la dette baisse, c'est un point positif mais néanmoins en termes de niveau, on reste au-dessus du niveau de 2008, d'avant la crise. Est-ce qu'il n'est pas un petit peu trop tôt pour arrêter le processus de désendettement qu'on a commencé ?

Frédérique Cerisier : Alors c'est vrai que les ratios auxquels on est aujourd'hui sont beaucoup plus élevés qu'avant la grande récession, de l'ordre de 20 points de PIB en moyenne dans la zone euro ; sachant que là encore, il y a une exception majeure qui est l'Allemagne ou là, le taux d'endettement est beaucoup plus faible qu'en 2007, qu'avant la grande récession. Ce qui veut dire que pour les autres pays en moyenne, l'augmentation est supérieure à 20 points de PIB.

Maintenant pour vraiment apprécier le risque que cela fait peser, il faut aussi prendre en compte la modification de l'environnement économique et en particulier la baisse des taux d'intérêt souverains à long terme qui s'accentue aujourd'hui avec des taux négatifs comme on le sait dans beaucoup de pays de la zone euro, mais qui est en fait à l'œuvre depuis longtemps et qui a déjà produit des effets importants.

Donc le second graphique qui est là, sur ce second graphique chaque point représente un État membre de la zone euro, placé alors en abscisse en fonction de son taux d'endettement et en ordonnée en fonction de la charge d'intérêt qu'il paye chaque année au titre de sa dette publique. Et donc le déplacement de la droite de régression entre 2007 et 2019 comme on le voit, nous montre tout simplement qu'aujourd'hui, ces pays bien qu'ils soient en règle générale beaucoup plus endettés qu'en 2007, paient une charge d'intérêts qui est plus faible que par le passé.

En fait, cette charge d'intérêts payée aujourd'hui est à des plus bas historiques dans la plupart des pays la zone euro, même pour les pays qui sont très endettés. Ce que cela veut dire c'est qu'il n'est pas évident simplement parce que la dette est plus élevée, que cette dette est plus difficilement soutenable qu'en 2007 et c'est cette situation qui fait qu'aujourd'hui, compte-tenu aussi du fait que les marges de manœuvre de la politique monétaire sont plus faibles, qui fait qu'aujourd'hui on envisage de se tourner vers les politiques budgétaires si c'est nécessaire.

François Doux : En tout cas, on suivra ce sujet notamment si la croissance continue de se détériorer. Merci Frédérique Cerisier. Dans un instant, Trois questions sur l'Égypte avec Pascal Devaux.

 

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