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Liban : une dynamique insoutenable

12/12/2019

Avec la dégradation de l’environnement politique et économique régional  depuis 2011, le ralentissement de la croissance des dépôts bancaires a rendu le financement des déficits de plus en plus difficile. Les récents évènements politiques ont accéléré la détérioration de la situation économique. Seul un soutien extérieur important permettra d’éviter la faillite.

TRANSCRIPT // Liban : une dynamique insoutenable : décembre 2019

TROIS QUESTIONS

 

François Doux : Trois questions sur le Liban où la colère de la rue gronde. Pascal Devaux bonjour.

Pascal Devaux : Bonjour François.

François Doux :  On va parler ensemble d'économie. Les agences de notation ont dégradé la note du Liban ; l'économie libanaise est au bord du défaut. Racontez-nous ?

Pascal Devaux : L'économie libanaise est une économie structurellement déficitaire, à plusieurs niveaux. On a à la fois une base productive faible, donc un recours nécessaire aux importations d'une manière très importante, et des recettes budgétaires qui sont aussi limitées et donc les déficits budgétaires s'accumulent.

On a, à cause de cela, deux déficits. Un déficit courant, donc les comptes extérieurs, et un déficit budgétaire qui doivent être financés et qui créent de la dette. Actuellement la dette équivaut à environ 150% du PIB. C’est un des plus hauts niveaux parmi les pays émergents.

Les dépôts bancaires qui proviennent des non-résidents, essentiellement de la diaspora, constituent le principal moyen de financement de cette dette. Donc, tant que ces dépôts croissent un peu plus vite que les déficits, le Liban arrive à se financer et le circuit tourne.

François Doux :  Mais ce n’est pas vraiment le cas. Qu'est ce qui a provoqué la dégradation de l'économie libanaise depuis 2011, depuis le Printemps arabe ?

Pascal Devaux : Au-delà de ces facteurs structurels, deux éléments externes ont provoqué cette détérioration. D’abord, en 2011 les Printemps arabes et l'afflux de réfugiés syriens au Liban qui a provoqué une hausse des dépenses publiques, un ralentissement de la croissance.

Ensuite, en 2015-2016 avec la baisse des prix du pétrole, les pays du GCC (Conseil de coopération du Golfe) ont moins consommé, sont moins venus faire du tourisme et ont moins acheté de biens immobiliers au Liban, or c'était une ressource importante pour l'activité et les comptes externes libanais.

Donc, les déficits se sont accrus, la confiance envers l'avenir économique du Liban a diminué et donc les dépôts ont commencé à ralentir. Les ressources nécessaires à l'économie libanaise ont donc commencé à se tarir à partir de 2017-2018.

François Doux :  Troisième et dernière question Pascal Devaux. En 2019, qu'est-ce qui a provoqué cette impasse économique au Liban ?

Pascal Devaux : En 2019, on a vu une accélération de la perte de confiance et, surtout, une crise politique à partir de l'automne qui a complètement bloqué l'économie. Cela a eu pour conséquence notable une baisse des dépôts bancaires, notamment de la part des non-résidents, et donc un manque de ressources de l'économie libanaise pour se financer. À partir de là, on a deux solutions : soit réduire les sorties, par exemple en imposant des contrôles de capitaux, en réduisant les importations mais ce n'est pas tenable très longtemps puisque cela asphyxie l'économie ; soit trouver d'autres ressources. Ces autres ressources peuvent notamment venir des pays du Golfe qui, par un soutien financier qui devra être important, pourront éviter au Liban une crise économique totale et une faillite.

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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