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BCE, Fed : Les banques centrales revoient leurs stratégies

11/02/2020

La Banque centrale européenne, à l’image de Réserve Fédérale américaine quelques mois plus tôt, a officiellement lancé sa propre revue stratégique lors de la réunion du 23 janvier 2020. Le chantier s’annonce important. La communication ces prochains mois autour de cette revue nous apportera plus d’éléments concernant la finalité de cet exercice et les changements qui seront opérés.

TRANSCRIPT // BCE, Fed : Les banques centrales revoient leurs stratégies : février 2020

FOCUS

Françoix Doux :

L'environnement économique et monétaire évolue jour après jour. Nous avons peu d'inflation mais quand même des tensions sur les salaires. On a aussi des politiques monétaires très accommodantes. Que se passe-t-il du côté des banques centrales ? comment agir de nouveau

Louis Boisset bonjour.

Louis Boisset :

Bonjour François.

Françoix Doux :

On procède aujourd'hui à des revues stratégiques au niveau des banques centrales. En quoi consiste l'exercice ?

Louis Boisset :

C'est une remise à plat, au moins partiel des outils et des objectifs de la politique monétaire. Elle cherche à adapter sa politique face aux nouveaux enjeux internationaux au niveau macro-économique.

Françoix Doux :

Alors du coup, pourquoi maintenant, il y a de nouveaux enjeux ?

Louis Boisset :

La dernière revue stratégique par exemple de la Banque centrale européenne, c'était en 2003, donc une grosse quinzaine d'années. Depuis il s'est passé beaucoup de choses et donc c'est nécessaire. Pourquoi ? parce qu'on est dans un environnement où la croissance est plus basse, parce qu'il y a probablement moins de gains de productivité.

On est également dans un environnement où l'inflation est plus basse et donc les taux d'intérêt sont également plus bas, en particulier le taux d'intérêt dit naturel, qui est le taux en fait, réel théorique, qui dit que c'est à ce niveau-là que l'inflation n'augmente pas et ne baisse pas et cela contraint considérablement l'action de la politique monétaire. Elle a moins de marge de manœuvre en cas de retournement économique.

Françoix Doux :

La BCE emboite quelque part le pas d'autres banques centrales.

Louis Boisset :

Oui absolument. La Fed par exemple qui a lancé sa propre revue stratégique déjà mi-2019. Mais d'autres banques centrales des pays développés en font également. C'est le cas de la banque du Canada qui régulièrement reparle de ses objectifs d'inflation par exemple.

Françoix Doux :

Qu'est-ce qu'il va y avoir dans cette revue stratégique de la BCE ?

Louis Boisset :

Pour l'instant on a relativement peu d'éléments tangibles. La nouvelle présidente de la BCE, Christine Lagarde laisse le temps de la discussion au sein du Conseil des gouverneurs, mais également avec une part de la société civile, ce qui est un changement. Donc ce que l'on peut dire c'est que : une place prépondérante sera occupée par une réflexion autour de l'objectif de la BCE qui est la stabilité des prix. Également une refonte de sa communication probablement. Et sera placé au second plan un sujet par exemple qui est la lutte contre le réchauffement climatique sur lequel la Banque centrale européenne veut accentuer son action.

Françoix Doux :

En tout cas sur les objectifs de stabilité des prix, cela ressemble quand même un petit peu à ce qui se fait du côté de la Fed.

Louis Boisset :

Oui c'est assez proche effectivement. La Fed va beaucoup discuter au fil des discours des membres de la Fed. On se rend compte qu'ils vont beaucoup discuter des objectifs donc c'est un mandat dual. On a à la fois la stabilité des prix mais également la maximisation de l'emploi. Et du côté de la BCE c'est peut-être légèrement plus ambitieux. La présidente et le Conseil des gouverneurs vont peut-être ratisser un petit peu plus large les sujets, notamment les sujets structurels.

Françoix Doux :

Mais que peut-on attendre d'une telle revue du côté de la BCE. Est-ce que ce n'est justement trop ambitieux pour ne pas avoir des résultats tangibles ?

Louis Boisset :

C'est probablement l'une des questions qu'on peut se poser. D'autant plus que certains sujets risquent de poser quelques problèmes au sein du Conseil des gouverneurs de la BCE qui avaient déjà affiche quelques dissensions à la fin de l'année 2019. En particulier la question de la lutte contre le réchauffement climatique. Est-ce que c'est le rôle de la politique monétaire de s'en charger ou bien cela incombe-t-il à la politique budgétaire. C'est un sujet qui sera très prégnant et contre lequel la présidente de la BCE peut buter au cours des prochains mois.

Françoix Doux :

Des remises en question, de l'ambition, en tout cas ça promet de beaux débats du côté de Francfort et d'ailleurs.

Merci Louis Boisset, dans un instant on va parler de la conjoncture dans la zone euro avec William De Vijlder.

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