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Surperformance polonaise

10/03/2020

Bien qu’en ralentissement, la croissance des pays d’Europe centrale est restée soutenue en 2019. Fait remarquable, les exportations polonaises ont très bien résisté. Éléments d’explication.

TRANSCRIPT // Surperformance polonaise : mars 2020

LE GRAPHIQUE DU MOIS

 

François Doux :

On parle beaucoup de ralentissement de la croissance mondiale, mais dans certains pays la croissance résiste. C'est le cas notamment en Europe centrale.

François Faure bonjour.

 

François Faure :

Bonjour

 

François Doux :

Dans ce Graphique du mois, on va comparer essentiellement quatre pays : la Pologne, la Hongrie, la République tchèque et la Slovaquie. L'écart de croissance par rapport à la zone euro se maintient. On est à 2,6 % d'écart. Cela ralentit certes un petit peu à 3,8 % sur ces quatre pays en 2019. D'où provient cet écart de croissance positif pour ces quatre pays ?

 

François Faure :

L'écart de croissance provient essentiellement de la demande domestique. Tout particulièrement de la consommation des ménages. Ces économies connaissent actuellement un marché du travail très tendu, avec des taux de chômage historiquement bas, ce qui pousse à la hausse les salaires et, même si l'inflation accélère, les gains de pouvoir d'achat sont très importants. Par ailleurs, puisque les taux d'intérêt sont malgré tout toujours aussi bas, le crédit à la consommation soutient les dépenses des ménages.

 

François Doux :

Ce qu’il est intéressant aussi de voir, c'est la dynamique des exportations de ces quatre pays. Ils ne sont pas logés à la même enseigne.

 

François Faure :

Oui. D'un côté on a la République tchèque et la République slovaque qui subissent l'effet combiné à la fois d'une dépendance vis-à-vis de l'Allemagne, qui est un partenaire commercial privilégié, et leur exposition au marché de l'automobile.

 

François Doux :

Ce que l'on voit sur ce graphique, c'est la Pologne qui se détache nettement au niveau de ses exportations.

D'où vient cette surperformance polonaise ?

 

François Faure :

Il y a trois raisons à cela. La première c'est que la Pologne reste, par rapport aux autres pays, un grand pays exportateur de matières agricoles et d'élevage. Ce poste représente plus de 13 % des exportations polonaises. C'est un ratio qui est plus du double de ce qu'il est pour les autres pays.

 

François Doux :

C'est vrai que les matières premières agricoles continuent d'être importées par les voisins, les partenaires commerciaux de la Pologne. Quelle est la deuxième raison de cette surperformance ?

 

François Faure :

La deuxième raison, c'est que la Hongrie, la République tchèque et la République slovaque font partie des pays dont l’intégration dans les chaînes de valeur mondiale est parmi les plus importantes d'après le classement OCDE, et la Pologne est nettement en dessous. Donc les effets multiplicateurs négatifs du ralentissement allemand se font moins sentir en Pologne que pour les autres pays.

 

François Doux :

Troisième et dernière raison.

 

François Faure :

La dernière raison, c'est l'évolution des coûts salariaux unitaires. En fait, même si les salaires ont augmenté en Pologne, ils ont augmenté un peu moins que dans les autres pays. Ce qui fait qu'en termes de coût du travail, la Pologne a réussi à les contenir grâce à une forte productivité et de façon plus marquée que les autres pays.

 

François Doux :

Est-ce qu'on peut conclure que le ralentissement général de la croissance en 2020 a un peu épargné la Pologne ?

 

François Faure :

Ce qu'on peut dire, c'est que la Pologne va mieux résister au ralentissement des exportations, même si on s'attend, comme pour les autres pays, à un ralentissement de la croissance.

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