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L’économie chinoise se remet doucement

18/05/2020

En Chine, l’activité de production se normalise progressivement. La demande interne redémarre lentement. Les perspectives de très court terme restent cependant assombries par la faiblesse de la demande mondiale et les baisses de revenus des entreprises et des ménages. À l’issue de la session annuelle du parlement qui commencera le 22 mai, les autorités devraient annoncer de nouvelles mesures de soutien à l’économie.

TRANSCRIPT // L’économie chinoise se remet doucement : mai 2020

FOCUS

 

François Doux : La Chine a été le premier pays à faire face au confinement à la suite de la pandémie de coronavirus. C'est aussi mécaniquement, le premier pays à faire face au déconfinement. On va voir l'impact sur l'économie chinoise.

Nous sommes avec Christine Peltier.

Bonjour Christine.

 

Christine Peltier : Bonjour François.

 

François Doux : L'économie chinoise au premier trimestre de cette année 2020 a décru. Le PIB s'est contracté de 6,8%. Quelle est la tendance au mois d'avril ?

 

Christine Peltier : Les indicateurs publiés au cours des derniers jours montrent que l'économie chinoise se remet doucement du choc subi au premier trimestre 2020. Quasiment toutes les entreprises ont dorénavant ré-ouvert, ce qui a permis une normalisation de l'activité productive. La production industrielle a rebondi de 3,9% en avril par rapport à avril 2019. Elle s'était contractée de 13% au cours des deux premiers mois de l'année et encore de 1% au mois de mars.

 

François Doux : Qu'en est-il des exportations chinoises qui comptent pour beaucoup dans la croissance chinoise ?

 

Christine Peltier : La performance des exportations en avril était plutôt bonne, étant donné la faiblesse de la demande mondiale. En avril, les exportations de marchandises ont rebondi de 3,9% en glissement annuel. C'est aussi le signe d'une normalisation de l'activité dans le secteur exportateur et dans les chaînes de valeur, après le choc du premier trimestre. Mais ce rebond devrait perdre en vigueur au cours des prochaines semaines, étant donné le contexte international.

 

François Doux : Ce rebond devrait perdre en vigueur. Est-ce que la demande intérieure en Chine pourrait prendre le relais ?

 

Christine Peltier : La demande intérieure se redresse également, mais doucement aussi. La reprise des investissements est tirée principalement par l'investissement public dans les infrastructures et par l'investissement immobilier au mois d'avril. En revanche, l'investissement dans le secteur manufacturier se redresse plus doucement encore, notamment parce que les perspectives d'exportation sont mauvaises et parce que les entreprises industrielles ont subi une forte contraction de leurs profits, qui était de 37% au premier trimestre par rapport au même trimestre en 2019.

 

François Doux : Qu'en est-il des ventes au détail, de la consommation des ménages ?

 

Christine Peltier : La performance de la consommation des ménages reste fragile. En avril, les ventes au détail ont augmenté, bien sûr, par rapport au mois de mars, mais elles continuent de chuter de 7,5% par rapport à avril 2019. Les ventes au détail ont été tirées, en particulier, par les ventes automobiles qui se sont bien redressées au mois d'avril. En revanche, la consommation des ménages reste très contrainte par les inquiétudes des ménages qui persistent, par la détérioration du marché du travail et par la perte de revenus subie au premier trimestre. Le revenu disponible moyen des ménages a baissé de près de 4% en glissement annuel au premier trimestre 2020 en termes réels. C'est la première baisse enregistrée par cette statistique depuis qu'elle existe.

 

François Doux : On imagine que les autorités chinoises ne sont pas restées les bras croisés. Elles ont tenté de soutenir cette croissance et en particulier cette demande intérieure.

 

Christine Peltier : Oui, les autorités ont agi mais de façon prudente et progressive depuis le début de l'épidémie. Leurs objectifs principaux ont été de soutenir les entreprises affectées par les conséquences du coronavirus, de limiter les défauts sur les crédits et d'encourager le redémarrage de l'économie. Donc la banque centrale a agi : elle a baissé ses taux, injecté des liquidités dans le secteur financier, encouragé les banques à refinancer les prêts des entreprises en difficulté. Le crédit à l'économie a réaccéléré en mars et avril de façon très modérée. C’est une réaccélération tirée par les crédits bancaires et les émissions obligataires. Les crédits du shadow banking, eux, continuent de baisser. On voit donc que les autorités ne sont pas prêtes à tout faire pour soutenir l'économie. Par contre elles vont agir pour assurer la stabilité du secteur financier.

Du côté budgétaire, le gouvernement a augmenté ses dépenses, proposé des réductions d'impôts pour soutenir la demande. Les collectivités locales ont participé également aux efforts de relance, en augmentant leurs investissements dans les infrastructures et en proposant des aides directes aux entreprises et aux ménages dans certaines régions.

 

François Doux : Dernière question Christine Peltier. Quelles sont les prochaines étapes à suivre pour cette reprise, cette sortie de confinement pour l'économie chinoise ?

 

Christine Peltier : Le parlement chinois, qui devait se réunir initialement en mars, tiendra finalement sa session annuelle à partir du 22 mai. À l'issue de cette session, les autorités devraient annoncer leurs objectifs macroéconomiques pour 2020. Les autorités devraient aussi annoncer de nouvelles mesures de relance, de soutien à l'économie. La banque centrale, par exemple, devrait annoncer de nouvelles baisses des taux d'intérêt. Le quota d'émissions obligataires accordé aux collectivités locales pour financer l'investissement public devrait être augmenté. On espère aussi des mesures d'aides directes aux ménages qui devraient être annoncées à très court terme.

 

François Doux : Christine Peltier merci. À suivre, bien sûr, cette reprise du côté de la Chine. Quelle va être maintenant le schéma de la reprise au niveau mondial. Tout de suite la réponse avec le Graphique du mois et William De Vijlder.

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