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Italie : les banques face à la crise

17/06/2020

La crise sanitaire a naturellement eu des répercussions sur l’activité des banques italiennes. Toutefois, la capacité de ces dernières à absorber les pertes s’est nettement améliorée depuis plusieurs années.

TRANSCRIPT // Italie : les banques face à la crise : juin 2020

3 QUESTIONS

François Doux

Premier pays confiné en Europe, l'Italie devrait connaître une récession de 12,1% en 2020, avant un rebond a priori de 6,1% en 2021.

Qu'en est-il de la situation des banques italiennes ?

Thomas Humblot, bonjour.

Thomas Humblot

Bonjour François.

François Doux

Cette situation dépend de la santé des agents économiques. D'ailleurs Rome a pris plusieurs mesures de soutien à la croissance que l’on ne va pas détailler ici. Ma première question est quelle est la situation de l'activité des banques italiennes au premier trimestre 2020 ?

Thomas Humblot

La crise sanitaire a naturellement eu des répercussions sur l'activité des banques italiennes avec, entre autres, une baisse de la production nouvelle de crédits, essentiellement aux ménages, puisque dans le même temps, les besoins en trésorerie des entreprises ont progressé. Associé à l'environnement de taux bas, cela a eu des effets négatifs sur les revenus d'intérêts des banques, tandis qu'ils continuent de constituer l'essentiel des revenus des banques italiennes. Mentionnons également que la baisse de l'activité a eu des effets négatifs sur les commissions perçues.

François Doux

Et qu'en est-il du coût du risque ?

Thomas Humblot

La détérioration de la solvabilité de long terme de certains emprunteurs a eu pour effet d'augmenter le coût du risque des plus grandes banques italiennes, notamment, de 124% entre le premier trimestre 2019 et le premier trimestre 2020.

Ce phénomène est d'autant plus important que le modèle de dépréciation des actifs financiers de la norme comptable IFRS 9 suit une approche prospective. Les banques sont donc invitées à faire un large usage de leur marge d'appréciation en la matière.

François Doux

Finalement, qu'est-ce que cela donne sur la dernière ligne du compte de résultat ?

Thomas Humblot

Cela s'est traduit au premier trimestre 2020 par une perte de 1,7 milliard d'euros pour les cinq plus grandes banques italiennes, contre un résultat net positif de 2,1 milliards d'euros au premier trimestre 2019.

François Doux

Ce sont les pertes cumulées pour les cinq plus grandes banques italiennes. Quelle est la situation par rapport à 2012, au moment de la crise des dettes souveraines pour ces banques italiennes ?

Thomas Humblot

Les banques italiennes ont très largement amélioré leur capacité à absorber les pertes, comme en fait état le dernier exercice de transparence de l'EBA. Ainsi pour les cinq plus grandes banques italiennes, le ratio de fonds propres CET1 s'établissait au premier trimestre 2020 à 13,7% contre 12,6% un an auparavant.

Le processus d'assainissement des bilans bancaires a par ailleurs permis de diviser par trois le ratio des prêts non performants qui s'établissait à 6,7% au quatrième trimestre 2019 contre 17% au quatrième trimestre 2014, lors de son pic.

François Doux

Cette crise du Covid-19 aussi a eu un impact aussi sur le marché secondaire ?

Thomas Humblot

Effectivement. Le marché secondaire pourrait être moins disposé à acheter des prêts non performants, ou en moindre capacité, ce qui pourrait, au moins temporairement, remettre en cause cette modalité d'assainissement des bilans bancaires.

François Doux

La banque centrale européenne a procédé à des injections. Cela a bien sûr donné des bols d'air aux entreprises, mais aussi aux banques italiennes. Cela a eu un impact sur les spreads, notamment les CDS des banques.

Thomas Humblot

Tout à fait. À l'instar des autres banques européennes, les banques italiennes disposent de ratios de liquidités très confortables et les injections abondantes de liquidités de la BCE les prémunissent contre un manque de liquidités. Dans une perspective plus générale, les actions de la BCE ont contribué à la baisse des CDS bancaires et souverains en Italie.

Mentionnons qu'au premier trimestre 2020, les banques italiennes ont accru leur exposition à la dette souveraine domestique alors qu'elles l'avaient réduite de 8,5 % en 2019. Au demeurant, l'exposition des banques italiennes à la dette souveraine italienne demeure supérieure à ce que l'on peut observer en moyenne en Union européenne, puisque elle représentait environ 9,4 % de leur actif total à la fin de l'année 2019.

François Doux

Thomas Humblot, merci pour cette analyse de la situation des banques italiennes. Je vous précise que nous avons respecté les gestes barrières et les distanciations de rigueur pour l'enregistrement de ce numéro d'EcoTV. On se retrouve cet été pour notre numéro estival. À bientôt.

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