eco TV

Tunisie : un accord avec le FMI indispensable

09/02/2021

La Tunisie devrait connaitre un rebond de sa croissance à 4% en 2021 après avoir une chute sévère de l’activité en 2020. Mais cette reprise est fragile. En plus d’une recrudescence de l’épidémie, la situation dégradée des finances publiques limite la marge de manœuvre du gouvernement. Un accord avec le FMI permettrait ainsi de rassurer les investisseurs et de débloquer l’assistance des bailleurs de fonds. Il n’y a pas de temps à perdre.

TRANSCRIPT // Tunisie : un accord avec le FMI indispensable : février 2021

3 QUESTIONS

FRANÇOIS DOUX

Trois questions sur la Tunisie, où les événements se bousculent en ce début d'année 2021. Recrudescence de l'épidémie, remaniement ministériel cinq mois à peine après l'intronisation du Premier ministre avec un président qui est en désaccord.

Stéphane Alby, bonjour.

STÉPHANE ALBY

Bonjour.

FRANÇOIS DOUX

Votre prévision de croissance de 4% pour l'économie tunisienne en 2021 est-elle déjà compromise ?

STÉPHANE ALBY

Pour l'instant, on maintient cette hypothèse de croissance car l'économie tunisienne est censée bénéficier d'un puissant effet de base. De fait, en 2020, la contraction de l'activité a été une des plus fortes de la région. Confinement très strict début mars, chute de la demande européenne, et bien sûr effondrement de l'activité touristique, ont entraîné une baisse du PIB supérieure à 8%. Ce qui veut dire que même en cas de rebond, l'économie tunisienne ne récupérera pas de toutes ses pertes en 2021. Mais avec la recrudescence de l'épidémie, aussi bien en Tunisie que chez ses principaux partenaires commerciaux, ce scénario de reprise apparaît bien fragile, surtout si la situation politique restait paralysée.

FRANÇOIS DOUX

Deuxième question. Y a-t-il d'autres facteurs de risques qui pourraient peser sur cette dynamique en 2021 ?

STÉPHANE ALBY

Effectivement, la Tunisie se démarque également par la très forte détérioration de ses finances publiques. Le déficit budgétaire s'est creusé à plus de 10 points de PIB, contre une cible initiale de 3%, ce qui a porté la dette du gouvernement à presque 90% du PIB. Derrière cette dégradation des finances publiques, il y a des éléments avant tout conjoncturels. Mais il y a aussi des facteurs structurels, en particulier la nouvelle hausse de 15% de la masse salariale de la fonction publique. Or, ce poste absorbe désormais deux tiers des ressources budgétaires, ce qui pourrait contraindre la mise en place de mesures de soutien s'il n'était pas mieux maîtrisé.

FRANÇOIS DOUX

Troisième et dernière question. Parlons du FMI. Comme d'autres pays, la Tunisie a bénéficié d'un soutien du FMI par le passé, c’est assez récent. Les négociations d'un nouveau plan triennal sont en cours. Pourquoi un accord avec le FMI est-il, selon vous, indispensable à plusieurs titres ?

STÉPHANE ALBY

Premièrement, la contrainte de financement sera forte, puisque la capacité de l'État tunisien à s'endetter localement est limitée, alors que le déficit budgétaire restera élevé. Deuxièmement, un accord avec le FMI permettra de rassurer les investisseurs et surtout de débloquer l'assistance d'autres bailleurs de fonds. Ce point est primordial. Actuellement, quasiment la moitié du stock de la dette est détenue par des créanciers officiels, ce qui permet de contenir le service de la dette. Néanmoins, les charges d'intérêts ont eu tendance à augmenter rapidement ces dernières années. Il est important de les maintenir à un niveau modéré pour préserver l'espace fiscal à d'autres dépenses nécessaires au développement économique. Dans tout cela, il y a quand même des motifs d'encouragement. La Tunisie a notamment su stabiliser sa situation monétaire en 2020 malgré le choc et dispose actuellement de réserves de change suffisamment confortables pour servir sa dette en devises cette année. Néanmoins, il n'y a pas de temps à perdre car, au final, le choc de l'épidémie a aggravé des fragilités préexistantes d'une économie qui est en panne de croissance depuis une dizaine d'années.

FRANÇOIS DOUX

Merci Stéphane Alby pour ce point sur l'économie tunisienne. On se retrouve dans un mois pour un nouveau numéro d'EcoTV.

Voir plus de vidéos Eco TV

Sur le même thème

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 2637 articles et 691 vidéos