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Covid-19 et zombification en zone euro : quel est le risque d’une accentuation ?

09/04/2021

Suite à la crise de la Covid-19, le risque d’une hausse du nombre des entreprises zombies en zone euro ne peut être écarté mais il peut être tempéré. Le bénéfice des mesures prises (préserver le capital productif et humain) l’emporte sur le risque de zombification. Et des solutions existent, notamment le renforcement des fonds propres des entreprises.

TRANSCRIPT // Covid-19 et zombification en zone euro : quel est le risque d’une accentuation ? : avril 2021

3 QUESTIONS

FRANÇOIS DOUX

Le choc de la Covid-19 et le risque d'une accélération de la zombification. Voilà le sujet traité dans le numéro Conjoncture du mois de mars par cinq économistes, dont notre invitée du jour, Hélène Baudchon. Bonjour Hélène !

HÉLÈNE BAUDCHON

Bonjour.

FRANÇOIS DOUX

Avant d'aller plus loin, pouvez-vous nous expliquer ce qu'est une entreprise zombie ? À quoi la reconnaît-on ?

HÉLÈNE BAUDCHON

Une entreprise zombie est une entreprise peu productive, à la dette élevée et à la rentabilité faible et qui, pourtant, bénéficie de conditions de financement favorables. C'est aussi généralement une entreprise de petite taille, qui est active sur le marché depuis d'assez longues années. Je dis « généralement » parce qu'il n'existe pas de définition consensuelle du phénomène. C'est pour cela que l'on n'a pas de mesure exacte, ni consensuelle de l'ampleur du phénomène. Là où il y a globalement consensus, c'est sur la tendance qui serait à la hausse de la part des entreprises zombies dans les économies.

FRANÇOIS DOUX

On comprend ce qu'est une entreprise zombie. Mais en quoi est-ce que le phénomène est préoccupant aujourd'hui ?

HÉLÈNE BAUDCHON

Le phénomène d'expansion des zombies est préoccupant du fait de son impact négatif sur la croissance potentielle, en pesant sur la productivité, l'investissement des entreprises et l'emploi. S'agissant de la crise de la Covid-19, il est encore difficile et prématuré de trancher à ce stade, mais la crainte d'une hausse du nombre d’entreprises zombies vient à la fois des effets de la crise elle-même (sur la liquidité et la solvabilité des entreprises) et des mesures qui ont été prises pour amortir le choc et ses séquelles. En fait, on se retrouve face à une double inquiétude : à la fois, on craint une vague de défaillances et une insuffisance de défaillances (qui serait le signe d'une zombification). Nous voyons plutôt d'un bon œil la baisse importante du nombre de défaillances en France, comme on le voit sur le graphique. Cela montre, d'après nous, l'efficacité des mesures d'urgence.

FRANÇOIS DOUX

Pourquoi ces mesures d'urgence peuvent-elles être perçues comme un accélérateur de cette zombification ?

HÉLÈNE BAUDCHON

Pour deux raisons essentiellement. D'une part, parce qu'un certain nombre d'entreprises se retrouvent plus endettées à l'issue de la crise et du fait des mesures prises. Cette dette pourrait s'avérer trop lourde par rapport à des profits, eux-mêmes, affaiblis par la crise. Et d'autre part, ces mesures sont peut-être venues soutenir des entreprises non viables, qui auraient donc été indûment maintenues en vie.

FRANÇOIS DOUX

Oui, mais ce soutien généralisé, indiscriminé, c'était quand même la chose à faire, non ?

HÉLÈNE BAUDCHON

Oui,  c'est tout à fait notre analyse. Apporter un soutien massif non discriminé, au risque d'alimenter la zombification, apparaît préférable à apporter un soutien plus ciblé laissant faire la destruction créatrice, mais au prix d’un chômage plus élevé et au risque de laisser disparaître des entreprises viables. Pour nous, le bénéfice à préserver le capital productif et humain l'emporte sur le risque de zombification.

FRANÇOIS DOUX

Avant de conclure, Hélène Baudchon, parlez-nous de l'ampleur du phénomène dans la zone euro. Quels sont les pays les plus touchés ? La France, l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne ?

HÉLÈNE BAUDCHON

On le voit sur le graphique, la part des entreprises zombies diffère assez nettement d'un pays à l'autre. Elle est plus basse en Allemagne et en France, et elle est plus élevée en Italie et en Espagne. En résumé, ces différences tiennent, pour une bonne part, à la solidité des systèmes bancaires et au bon fonctionnement du droit des entreprises en difficulté.

FRANÇOIS DOUX

Dernière question. Quelles sont les solutions ? Que faire face à ces entreprises zombies ?

HÉLÈNE BAUDCHON

La première est de venir renforcer la situation financière des entreprises, notamment leurs fonds propres. Améliorer les procédures de redressement et de liquidation judiciaire des entreprises est une autre solution. Renforcer la concurrence, l'innovation, la formation et la reconversion professionnelle aussi, pour améliorer la (ré)allocation des ressources. Dans l'ensemble, il s'agit de renforcer la croissance, car elle constitue le meilleur frein à la zombification.

FRANÇOIS DOUX

Renforcer la croissance donc, c’est la conclusion de ce numéro d'EcoTV. Merci Hélène Baudchon. On se retrouve dans un mois.

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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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