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EcoTV - Décembre 2018 11/12/2018

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Bonjour à tous et bienvenue dans cette édition de décembre 2018 d'EcoTV, le magazine des économistes de BNP Paribas.

Au sommaire de cette édition, les États-Unis, Israël et la France. On va commencer par le ralentissement annoncé de la croissance de la première économie du monde. C'est William De Vijlder, le chef économiste, qui va définir les tenants et aboutissants de ce ralentissement.
Ensuite nous parlerons d’Israël et de la remontée surprise des taux à la fin du mois de novembre 2018. Dans le Graphique du mois, Pascal Devaux nous parlera des implications pour 2019.

On terminera avec les taux d'intérêt en France. Ils sont bas notamment pour le marché de l'immobilier. En trois questions, Jean-Luc Proutat nous dira si la situation est tenable.

Bonne émission.

 

 

FOCUS

 

François Doux : La croissance aux États-Unis devrait ralentir en 2019. Sur l'année 2018, elle devrait atteindre 2,9 %.

William De Vijlder bonjour.

 

William De Vijlder : Bonjour François.

 

François Doux : C'est votre estimation, chez BNP Paribas, de la croissance américaine. En 2019, elle devrait tomber à 2,1 %. Pourquoi ce ralentissement ?

 

William De Vijlder : Tout d'abord, on voit déjà un certain tassement du secteur immobilier à mettre en rapport avec les maisons, qui se sont fortement renchéries, et la remontée des taux d'intérêts bien évidemment.

Au-delà de cet élément, d'autres facteurs pointent vers une croissance moins soutenue - j'insiste sur "moins soutenue" - plutôt qu’une croissance lente parce que l'on restera au-dessus du potentiel en 2019.

 

Un élément, le boost fiscal de cette année, devrait s'essouffler. Son impact, qui a été très important pour le revenu des ménages et surtout les bénéfices des entreprises, va graduellement disparaître. Il y a un ralentissement de la croissance mondiale, et la hausse du dollar a quand même eu un impact négatif sur la compétitivité-prix des entreprises américaines.

On peut également tabler sur une croissance plus lente des bénéfices des entreprises qui devrait donc peser sur l'investissement.

 

François Doux : Est-ce que c'est ce que l'on appelle le « late cycle blues », le blues de fin de cycle ?

 

William De Vijlder : Les économistes en tout cas sont un peu dans cet esprit. Pourquoi ? Parce que ce cycle a commencé à l'été 2009 donc on va en fêter le 10e anniversaire. C’est un nouveau record. On se dit donc que cela ralentira bien un jour et, par conséquent, on ne parle que de cela.

Il se peut bien sûr qu'il y ait des surprises favorables. Par exemple que le chômage continue à baisser, que la productivité accélère. Cela voudrait dire que peut-être la prévision serait trop prudente. On verra.

 

François Doux : Est-ce que, finalement, le président Trump va prendre de nouvelles mesures pour stimuler la croissance ?

 

William De Vijlder : Oui, on ne peut pas l'exclure. Mais c'est bien évidemment un peu plus compliqué maintenant après les élections de mi-mandat. Un autre élément est extrêmement important. Vous parlez de la politique budgétaire, mais on peut également parler de politique monétaire et c'est plutôt vers cela que l'on va regarder. Avec donc un souci, vraiment très important, du côté de la Réserve fédérale, d'éviter de faire le resserrement de trop. C'est pour cela d'ailleurs que monsieur Powell, le président de la Fed, a déjà laissé entendre qu'on se rapproche du taux neutre, ce qui a été salué par les marchés, en disant : « le resserrement cumulé qui nous reste dans ce cycle sera plutôt limité ». En fait, nous tablons pour 2019 sur ces deux resserrements, et puis sur une pause.

 

François Doux : Deux resserrements ?

 

William De Vijlder : Oui

 

François Doux : William, quelles sont les conséquences de cette croissance moindre aux États-Unis pour le reste du monde ?

 

William De Vijlder : Un élément très important réside dans que ce que l'on a vu à de maintes reprises durant le cycle précédent : les États-Unis exportent leur politique monétaire restrictive. Cette fois-ci ce sera assez différent parce que la politique ne sera pas vraiment restrictive.

Un autre élément important est que cela devrait changer la dynamique du dollar. Nous tablons par exemple sur une remontée de l'euro par rapport au dollar avec pour toile de fond un relèvement, par la BCE, de son taux de dépôt après l'été 2019.

 

François Doux : Donc une désynchronisation des politiques monétaires ?

 

William De Vijlder : Une désynchronisation monétaire, qui est un élément important pour l'euro-dollar, mais également pour les devises émergentes et pour les taux émergents. Pourquoi ? Parce qu'un dollar plus faible est une bonne nouvelle d'une manière générale pour les pays émergents.

 

François Doux : Dernière question pour la zone euro : quel sera l'impact de ce ralentissement américain ?

 

William De Vijlder : Cela veut dire que la croissance des exportations vers les États-Unis devrait fléchir un peu parce la croissance est moins soutenue du côté américain. Et il faudra suivre un autre élément : est-ce que la remontée de l'euro va être forte et dans quelle mesure cela va peser sur les exportations ?

Finalement au niveau de la zone euro, on a une estimation de croissance pour 2019 plutôt correcte, à 1,4 %, donc on reste avec une conjoncture bien orientée.

 

François Doux : Plein de statistiques en tout cas à suivre sur l'année 2019. Merci William De Vijlder. Dans un instant, on part en Israël. C'est le Graphique du mois avec Pascal Devaux. On parlera aussi de politique monétaire.

 

LE GRAPHIQUE DU MOIS

 

François Doux : Dans le Graphique du mois nous allons parler de l'économie israélienne avec Pascal Devaux.

Bonjour.

 

Pascal Devaux : Bonjour François.

 

François Doux : Pascal, l'économie devrait se stabiliser autour de 3 % de croissance en 2019. Par contre, fin novembre 2018 il y a eu une hausse des taux directeurs de la Banque centrale d'Israël, pourquoi ?

 

Pascal Devaux : C'est essentiellement dû à la hausse des pressions inflationnistes. On voit sur le graphique que l'inflation était restée négative entre 2015 et fin 2016. On revient en territoire positif. On attend environ 0,7 % en moyenne pour 2018, et 1,1 % d'inflation des prix à la consommation en moyenne pour 2019. On arrive donc dans la zone cible de la banque centrale qui se situe entre 1 % et 3 %.

 

François Doux : On va enfin avoir des taux d'intérêt réel positifs pour Israël.

 

Pascal Devaux : Exactement.

 

François Doux : Qu'est-ce qui alimente cette inflation ?

 

Pascal Devaux : Essentiellement deux raisons : une hausse des salaires réels essentiellement due à la baisse du chômage, en tout cas au maintien du chômage à un taux extrêmement bas en raison notamment d’une croissance économique assez soutenue, et, par ailleurs, à une hausse des dépenses publiques. Elles sont modérées mais ont tendance à alimenter l'inflation.

 

François Doux : Est-ce qu'il existe des risques justement à cette appréciation de l'inflation et, donc, à ces hausses de taux ?

 

Pascal Devaux : Le principal risque de cette hausse de taux serait une appréciation non désirée du shekel. Les comptes extérieurs étant structurellement en excédent, cela a tendance à faire apprécier le shekel et donc cette hausse des taux, si elle était trop rapide, pourrait ajouter un moteur supplémentaire à cette appréciation du shekel. Cela aurait un impact négatif sur les exportations en dehors des secteurs high tech et des hydrocarbures.

 

François Doux : Pascal Devaux, merci. Dans un instant, on reviendra en France avec Jean-Luc Proutat et Trois questions sur les taux d'intérêt.

 

 

3 QUESTIONS

 

François Doux : On parle à présent des taux d'intérêt en France. Ils sont plutôt bas.

Jean-Luc Proutat, bonjour.

 

Jean-Luc Proutat : Bonjour.

 

François Doux : Selon la Banque de France, le taux moyen des prêts à l'habitat est tombé à 1,51 % en septembre 2018, un plus bas historique. Première question : pourquoi ?

 

Jean-Luc Proutat : En raison de la politique de la Banque centrale européenne qui a précisément pour rôle de piloter les taux d'intérêt en zone euro, donc en France. Il faut savoir que, depuis plus de trois ans, la BCE maintient le taux des prêts à court terme aux alentours de zéro, mais elle influence aussi le niveau des taux d'intérêt à long terme en achetant de la dette, notamment de la dette des Etats sur le marché obligataire.

 

François Doux : Deuxième question, est-ce que cette situation de taux bas va durer ?

 

Jean-Luc Proutat : Cette politique de taux bas répond à un objectif qui est de stimuler le crédit et, in fine, l'activité. En général on la voit se mettre en place lorsque l'inflation est faible en zone euro, inférieure à la cible officielle de la BCE qui est de 2 %.

 

François Doux : Oui, mais Jean-Luc aujourd'hui en France l'inflation est bien à 2 % comme ailleurs dans la zone euro. Alors les taux vont-ils remonter ?

 

Jean-Luc Proutat : L'inflation effectivement a atteint 2 % mais c'est probablement transitoire. C'est essentiellement lié à la hausse du prix du pétrole qui d'ailleurs est en train de retomber. Hors énergie, l'inflation est plutôt basse et inerte dans la zone euro et en France proche de 1 %. Pour cela la Banque centrale n'a pas atteint son objectif donc il y a très peu d'incitation pour elle a modifier le niveau des taux d'intérêt en 2019.

 

François Doux :

Donc pas de changement ?

 

Jean-Luc Proutat : Si tout de même. A partir du 1er janvier la Banque centrale européenne devrait cesser ses achats nets de titres, ce qui pour certains observateurs pourrait avoir pour conséquence de faire remonter les taux d'intérêt à long terme, de manière modérée toutefois. Les anticipations du marché (forwards) sont très mesurées pour ce qui concerne les hausses de taux longs en 2019.

 

François Doux : Troisième et dernière question, cette situation de taux bas voire de taux zéro est-elle profitable ou dangereuse ?

 

Jean-Luc Proutat : Elle est assurément profitable pour les emprunteurs au premier rang desquels les Etats qui, grâce à la politique de la BCE, ont pu limiter la charge de leur dette qui a beaucoup augmenté. Mais elle peut aussi avoir des inconvénients.

 

François Doux : Lesquels ?

 

Jean-Luc Proutat : Poussée trop loin ou trop longtemps, la politique de taux zéro ou la politique de liquidité abondante peut avoir pour effet de faire monter de manière excessive le prix des actifs, immobiliers ou boursiers, et de générer un risque d'instabilité financière. Ce risque est actuellement très présent dans l'analyse des grandes institutions internationales comme le FMI. Il domine aussi le débat aux États-Unis, où la hausse des taux n'est plus une hypothèse mais une réalité depuis plusieurs trimestres.

 

François Doux : Jean-Luc Proutat, merci. On va regarder bien sûr ces questions de taux tout au long de l'année 2019.

Quant à moi, au nom de toutes les équipes des Études économiques de BNP Paribas, je vous souhaite d'excellentes fêtes.

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