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EcoTV - Mars 2019 07/03/2019

TRANSCRIPT // EcoTV - Mars 2019 : mars 2019

Bonjour à tous. Les États-Unis, la croissance dans la zone euro et l'Angola, c'est le menu de cette édition de mars 2019 d'EcoTV, le magazine des économistes de BNP Paribas.

Dans un Focus en début d'émission, Jean-Luc Proutat va nous parler de l'économie américaine dont la santé serait la meilleure de son histoire. C'est le président Trump qui le dit. Mais il existe des risques et cela peut décélérer à cause des taux de la Fed, des prix du pétrole mais aussi de la guerre commerciale que le président Trump mène avec la Chine. Nous aurons plus d'informations sur ce sujet en début d'émission.

Ensuite, dans le Graphique du mois, William De Vijlder va nous parler de l'indicateur M1. C'est un agrégat monétaire qui permet de prédire l'évolution de la croissance dans la zone euro.

Enfin, pour terminer Trois questions avec Sara Confalonieri sur l'Angola. Le président João Lourenço est arrivé au pouvoir il y a un an. Nous ferons un premier bilan.

Bonne émission.

 

FOCUS

François Doux : Focus sur les États-Unis dont l'économie jouissait d'une santé éclatante depuis l'élection du président Trump.

Jean-Luc Proutat, bonjour.

Jean-Luc Proutat : Bonjour François.

François Doux : Depuis le début de l'année par contre, l'étoile de l'économie américaine est en train de pâlir ?

Jean-Luc Proutat : On voit quelques signes de fléchissement mais c'est vrai que depuis deux ans, l'économie américaine a plutôt bien performé. Le taux de chômage est tombé à un très bas niveau, de l'ordre de 4 % de la population active. C'est historiquement bas. La croissance est assez robuste, elle a atteint pratiquement 3 % en 2018.

François Doux : D'ailleurs le président Trump qualifiait sa propre économie comme "la meilleure de l'histoire" qu'ait connue le pays.

Jean-Luc Proutat : Tout à fait, peut-être en omettant de préciser qu'une bonne partie de ce bilan flatteur est quand même attribuable à l'administration précédente. Peut-être également en omettant de dire que l'impulsion donnée à la croissance, notamment en 2018 par des baisses d'impôts, a très largement contribué à faire déraper le déficit fédéral, qui connaît une de ses plus fortes augmentations en temps de paix.

On peut également signaler que la conjoncture aux États-Unis, la dynamique de croissance reposent sur des facteurs, des effets de richesse qui sont réversibles.

François Doux : Lesquels Jean-Luc ?

Jean-Luc Proutat : D'abord le pétrole. On ne le dit pas suffisamment mais l'économie américaine a doublé sa production de pétrole depuis 10 ans. C'est devenu l'un des tout premiers producteurs au monde devant l'Arabie Saoudite et la Russie. Ce qui fait que la conjoncture aux États-Unis est devenue assez dépendante des fluctuations des prix du pétrole. On remarque même que lorsque les prix du pétrole baissent, cela peut exercer un frein sur l'investissement dans le secteur de l'énergie aux États-Unis.

François Doux : On dit aussi que l'économie américaine serait à nouveau fortement endettée ?

Jean-Luc Proutat : C'est vrai. Surtout les entreprises, notamment dans les secteurs de l'énergie, des infrastructures, des technologies de l'information et des télécommunications. Le FMI alerte sur l'économie américaine depuis plusieurs trimestres déjà, sur l'extension des prêts à effet de levier qui ont tendance à multiplier de plus en plus les bénéfices des sociétés. Cela rend l'économie fragile aux modifications des conditions d'emprunt sur le marché et notamment au fait que la politique monétaire est en train d'être normalisée.

François Doux : Justement, la Fed a remonté ses taux au cours de l'année 2018. Est-ce que cela peut pénaliser la croissance ?

Jean-Luc Proutat : On s'est aperçus que cela avait assez vite contribué à freiner l'économie, ce qui était le but recherché. Notamment des indices, en particulier dans le bâtiment et le logement, ont commencé à se retourner, à tel point que la Banque centrale a décidé d’un coup d'arrêt, d’une pause dans son processus de resserrement monétaire pour 2019.

François Doux : Dernière question, Jean-Luc Proutat. Est-ce que la guerre commerciale menée par le président Trump a des conséquences dès aujourd'hui sur l'économie ?

Jean-Luc Proutat : En tout cas elle n'a aucune conséquence sur le déficit commercial des États-Unis qui continue d'augmenter et atteint, lui aussi, des records. Le paradoxe est d'ailleurs que c’est vis-à-vis de la Chine que les États-Unis ont le plus creusé leur déficit, alors que c'est le pays qui a subi le plus de hausses de tarifs douaniers. Mais d'une manière générale, on peut dire que l'incertitude générée par la politique tarifaire de l'administration Trump n'aide pas à la prise de décision et contribue à ralentir les flux commerciaux. Très récemment on a vu les indices d'enquêtes sur les perspectives de commandes à l'industrie fléchir aux États-Unis.

François Doux : Jean-Luc Proutat, merci. Dans un instant, on reviendra en zone euro avec William De Vijlder avec le Graphique du mois. Nous verrons quel indicateur anticipe la croissance dans la zone euro. Restez avec nous.

 

LE GRAPHIQUE DU MOIS

François Doux : L'un des enjeux des économistes est de prévoir l'avenir, notamment celui de la croissance.

Beaucoup d'indicateurs avancés nous sont proposés, mais lequel choisir ?

William De Vijlder, bonjour.

William De Vijlder : Bonjour François.

François Doux : Dans le Graphique du mois, vous nous en proposez un. On est dans la zone euro. Quel est-il ?

William De Vijlder : C'est « la star », parce des chercheurs ont analysé la panoplie d'indicateurs disponibles. Et dans différentes recherches, celui qui se distingue vraiment, qui "sort du lot", c'est M1.

François Doux : Qu’est-ce que « M1 » ?

William De Vijlder : C'est la monnaie en circulation plus les dépôts à vue auprès du système bancaire.

François Doux : C'est un agrégat monétaire assez petit.

William De Vijlder : Étroit, étroit comme on dit.

François Doux : Je me souviens avoir appris M2, M3, M4, mais là c'est plus restreint. Alors sur ce graphique qu'est-ce que cela nous dit ? M1 + 9 mois, il y a une corrélation ?

William De Vijlder : Comme vous le voyez, il y a une corrélation. En rouge vous avez la croissance du PIB en zone euro. En bleu, il y a donc M1 mais décalé de 9 mois. Comme c'est un indicateur avancé, il faut trouver le point de retournement qui coïncide. Et pour y arriver il faut décaler la ligne bleue de M1. Ce qui explique aussi qu'il y ait un décalage ici. Ce que l'on constate bien sûr, c'est que lorsqu'il y a un retournement de croissance, concrètement M1 baisse et la croissance économique ralentit aussi, puis c'est pareil avec le rebond.

Dans un passé récent, qu'est-ce que l'on constate ? Depuis plusieurs mois, plusieurs trimestres, on a vu un ralentissement très net de la croissance de M1 qui a été accompagné d'un ralentissement de la croissance.

François Doux : Dernière question. Qu'est-ce que M1 nous dit pour les mois à venir ?

William De Vijlder : Bien sûr, c'est toute l'utilité de l'indicateur. Parce que qu'est-ce qu'il nous dit ?

Comme c'est un indicateur fiable et avec une belle avance, neuf mois sur la croissance de l'activité. Il y a donc lieu de nourrir un certain espoir, parce qu'on constate une stabilisation. Maintenant il faut faire attention. Peu de données vont dans ce sens, mais lorsque dans les prochains mois cette stabilisation pourrait se confirmer, cela servirait de base pour dire : on a vu le ralentissement mais maintenant il devrait se stabiliser et donc le taux de croissance en zone euro aussi.

François Doux : On vous retrouvera dans EcoTV prochainement pour voir si M1 avait raison.

Merci William De Vijlder. Dans un instant Trois questions sur l'Angola.

 

3 QUESTIONS

François Doux : Trois questions sur l'Angola. Un an après l’accession au pouvoir du président João Lourenço.

Sara Confalonieri, bonjour.

Sara Confalonieri : Bonjour François.

François Doux : On s'était parlés il y a un an au moment de l'arrivée au pouvoir du nouveau président qui devait faire face à des défis en matière de réformes. Dans un contexte de baisse des prix du pétrole, je rappelle que l’Angola est le deuxième pays producteur de pétrole en Afrique. Première question, un an après quel est le bilan ?

Sara Confalonieri : Le bilan est plutôt positif au regard des réformes qui ont été entreprises pour améliorer la perception du climat des affaires auprès des investisseurs étrangers. Il faut se souvenir qu'en plus de la nouvelle politique du taux de change et des améliorations dans l’approvisionnement en électricité, le nouveau gouvernement a approuvé une loi sur l'investissement étranger, pour lutter contre les monopoles et en faveur de la concurrence. Il a aussi un ambitieux plan de privatisation. Le secteur des hydrocarbures, qui est extrêmement critique pour l'Angola, a été réorganisé avec la création de la nouvelle Agence nationale du pétrole et du gaz qui sera en charge de l’attribution des concessions pétrolières et de la gestion des accords de partage de la production, précédemment gérées par Sonangol, aujourd'hui en restructuration.

François Doux : Deuxième question, le FMI a attribué à l'Angola en décembre dernier une facilité de crédit de 3,7 milliards de dollars. Est-ce que la liquidité en devise va s’améliorer ?

Sara Confalonieri : En théorie oui. Il s’agit d’un accord étalé sur trois ans qui vise à diversifier l’économie en développant le secteur privé. Cela devrait servir à améliorer les tensions sur la liquidité en devise qui aujourd'hui reste très forte. Malgré la forte dévaluation du kwanza suite à la flexibilisation du taux de change, l’écart entre taux de change officiel et parallèle reste toujours important.

Les réserves de change ont continué de se réduire malgré une reprise graduelle du prix du pétrole en 2018.

De plus, cet accord permettra une diversification des sources de financement, autres que la Chine et le recours aux marchés de capitaux internationaux qui se fait aujourd’hui à des conditions extrêmement onéreuses pour l'Angola.

François Doux : Troisième et dernière question. Compte tenu de ces progrès, quelles sont les perspectives pour 2019 pour l'Angola ?

Sara Confalonieri : Le pays vit depuis trois ans une récession très sévère.

Néanmoins, une embellie est prévue cette année suite à une reprise partielle de la production de pétrole. En même temps, l'atténuation des tensions sur la liquidité en devises et le ralentissement de l’inflation devraient soutenir le secteur hors pétrole. Mais la situation toujours dégradée du système bancaire continue de peser sur le développement du secteur privé. De plus, la récente chute du cours du brut fait craindre une baisse des recettes budgétaires en 2019, ce qui est un peu inquiétant dans un contexte d’augmentation rapide du ratio de la dette publique sur PIB.

Pour résumer, un retour à la croissance est prévu mais il se fera de manière graduelle.

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