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EcoTV – Mars 2020

10/03/2020

TRANSCRIPT // EcoTV – Mars 2020 : mars 2020

Au sommaire de cette édition, comment mesurer l'impact du coronavirus sur la croissance mondiale ? Éléments de réponse avec le chef économiste William De Vijlder.

Dans le Graphique du mois, on va parler de la croissance dans les pays d'Europe centrale. Elle résiste mieux qu'ailleurs. C’est notamment le cas de la Pologne. On le  verra avec François Faure.

Pour terminer, Trois questions sur le marché de l'emploi en France. Bonne nouvelle pour 2019. Est-ce que cela va durer en 2020 ? les réponses d'Hélène Baudchon en fin d'émission.

 

FOCUS

 

François Doux :

Focus à présent sur la conjoncture mondiale, sur la croissance économique.

William De Vijlder bonjour.

 

William De Vijlder :

Bonjour François.

 

François Doux :

Il y a quelques semaines, en début d'année, on parlait d'une reprise progressive de la conjoncture mondiale. Et puis le fameux coronavirus a débuté en Chine. Ce virus a-t-il déjà un impact macro-économique ?

 

William De Vijlder :

Disons que jusqu'ici on a essentiellement vu des chiffres qui concernent les entreprises individuelles ou des chiffres de ce qu'on appelle "haute fréquence" en Chine : le trafic au quotidien qui a chuté et n'a pas repris après le Nouvel An chinois. L'utilisation du charbon et le trafic dans les aéroports ont chuté bien évidemment.

Tous ces indicateurs ont clairement confirmé l'image d'une économie à l'arrêt, pour le dire d'une manière un peu binaire. Et bien évidemment, les économistes ont attendu avec impatience les données macro-économiques.

 

François Doux :

Apple aussi a annoncé des retards, comme d'autres constructeurs électroniques, ce qui montre la présence de la Chine dans les chaînes de production.

 

William De Vijlder :

Tout à fait. Ce phénomène joue. Certains constructeurs automobiles ont dit qu’ils se verraient forcés d'arrêter leur production faute d'approvisionnement en provenance de la Chine.

Des entreprises ont mis en garde contre l'impact de l’épidémie sur leur chiffre d'affaires et la rentabilité. Certaines ont même dit de ne plus donner d’indications sur la rentabilité parce que la fourchette est tellement large que cela n'a pas de sens.

 

François Doux :

Vous, en tant qu'économiste, comme signes avant-coureurs vous regardez les indices des directeurs d'achat, ceux qui approvisionnent, dont vous nous parliez. Ce sont les fameux indices PMI en anglais, et là on a déjà des réponses.

 

William De Vijlder :

Ces indicateurs, déjà par construction, sont très importants, très suivis par les économistes parce que ce sont les premiers indicateurs à être publiés. Concrètement, on a vu vers le 21 février la publication des données saisies dans la première moitié du mois de février. Cela montre le degré d'actualité et de réactivité. On voit ici à l'écran la ligne jaune de l'indice des directeurs d'achat composite, donc l’indice pour les deux secteurs manufacturier et services pour la zone euro. On voit que la tendance à la hausse observée depuis le mois d'octobre environ s’est poursuivie. C'était assez contre intuitif, et c'est un soulagement.

On voit d'ailleurs ici que l'indicateur du climat d'affaires en Allemagne –la ligne rouge- a également légèrement remonté. L'Allemagne, en particulier, est un  indicateur très important sachant que le pays est extrêmement exposé au commerce avec la Chine.

 

François Doux :

Nous parlons encore une fois de la zone euro, William De Vijlder. Est-ce que le choc du coronavirus n'est que temporaire ?

 

William De Vijlder :

Lorsqu'on prend une lecture disons de "médicale", oui il est temporaire. La question pour l'économiste est la suivante : quand verra-ton des signes vraiment convaincants que le pire est passé ? C'est une question extrêmement importante parce qu’avec un choc temporaire, est-ce que vous parlez d'un trimestre, de deux trimestres, de trois trimestres ? Le graphique ici schématise un peu le raisonnement des économistes. Il montre d’une manière tout à fait stylisée le niveau d'activité. Ici on peut l'associer à la Chine où effectivement on s'attend au premier trimestre à une baisse très forte de l'activité. Et puis à une reprise. Donc ici, j'ai mis l'essentiel du choc au T1, le début du T2 reste encore difficile, le mois d'avril, et après cela s'améliore. Je vous laisse décider de : est-ce que l'on doit le qualifier de V ou de U ? Disons que ce qui est évident, c'est que concernant la partie horizontale, on ignore pour l'instant si elle est rapportée sur un mois ou deux mois. On peut dire en revanche que les données économiques qui seront publiées au mois de mars (données d'activité, de dépenses) et qui concernent les enquêtes menées au mois de février, vont être mauvaises. Au mois d'avril, ce sera encore mauvais. Au mieux je dirais que vers fin avril, les directeurs d'achat, espérons-le, vont montrer que le pire est passé.

 

François Doux :

Et sur l'ensemble de l'année 2020, la question est ambitieuse ?

 

William De Vijlder :

Oui, parce que c'est aussi ce qui, dans ce V ou U stylisé, soulève la question bien, évidemment, du rebond. Pourquoi est-ce que le rebond a été aussi fort ? Je pense qu'on peut s'attendre à un phénomène de restockage évident. Il y a également le phénomène d'une demande inassouvie. Par exemple en Chine aujourd'hui on observe un effondrement des ventes de voitures. Clairement, les gens n'ont pas envie d'acheter une nouvelle voiture. Ceux qui comptaient acheter une voiture au premier trimestre vont passer commande au deuxième, et ceux qui envisageaient de le faire au deuxième vont le faire aussi. Cela provoquera donc des rebonds au niveau des carnets de commande.

 

François Doux :

J'en reviens à la zone euro. Vos prévisions de croissance ont-elles bougé ou pas encore ?

 

William De Vijlder :

Oui, on les a adaptées. Tout part évidemment de la Chine. Pour l'année, dans son ensemble, on a revu à la baisse la croissance de la Chine de 1,2%. Cela nous donne une prévision aujourd'hui de 4,5% pour l'année pleine. En zone euro, on a une prévision de 0,7%, qui est une légère révision à la baisse. Comme vous l'avez dit au début, l’économie se présentait sous de meilleurs auspices en début d'année. C'est donc la tendance de fond qui devrait reprendre une fois que ce choc temporaire aura disparu.

 

François Doux :

Et il y a un thème qui vous est cher. C’est celui de l'incertitude, le brouillard que l'on a parfois devant nous. Quand on lit la presse, le pic de l'épidémie pourrait être derrière nous, je parle quand même au conditionnel. Du coup, a-t-on plus de visibilité pour demain ?

 

William De Vijlder :

Le terme « brouillard » est intéressant dans la mesure où, quelque part, lorsque l'on regarde le comportement boursier, on a l'impression d’être confiant, qu'après le brouillard on va y voir clair. On est plus ou moins serein.

On doit donc se préparer à des surprises qui seront largement négatives pour les toutes prochaines semaines. Pourquoi ? Parce qu'on a de grandes difficultés à appréhender comment cela influence le chiffre d'affaires d'une entreprise, ou les données macros. Ce qui compte toutefois, ce sont surtout les nouveaux cas. Est-ce que leur nombre baisse ? Les statistiques des nouveaux cas de l'épidémie vont vraiment être déterminantes.  Cela permettra d'ignorer la déception des statistiques économiques à laquelle on peut s'attendre.

 

François Doux :

Donc beaucoup de chiffres et de statistiques à regarder. Dernière question William De Vijlder : est-ce que ce coronavirus aura des conséquences permanentes sur la structure de notre économie mondiale ?

 

William De Vijlder :

Il est fort à parier que ce facteur va contribuer à revoir un peu l'organisation des chaînes de de production. Des facteurs allaient déjà dans ce sens, ceux liés à la cyber sécurité par exemple. Mais cela invitera les entreprises à de demander si leurs chaînes de valeur sont très dépendantes de ce qui se passe dans un pays donné, si dans un nombre très limité de pays elles s’exposent à des interruptions d'activité qu’il faut éviter. Clairement, je pense que ce facteur va provoquer des changements dans les chaînes de valeur, avec notamment un raccourcissement, encore un peu plus de déglobalisation.

 

François Doux :

En tout cas, cela nous promet dans les mois à venir, bien des sujets intéressants à suivre. Merci William De Vijlder pour ce point sur l'impact du coronavirus sur la croissance mondiale. Dans un instant, on va faire un focus avec le Graphique du mois sur les pays d'Europe centrale où la croissance, pour l'instant, résiste plutôt bien.

 

LE GRAPHIQUE DU MOIS

 

François Doux :

On parle beaucoup de ralentissement de la croissance mondiale, mais dans certains pays la croissance résiste. C'est le cas notamment en Europe centrale.

François Faure bonjour.

 

François Faure :

Bonjour

 

François Doux :

Dans ce Graphique du mois, on va comparer essentiellement quatre pays : la Pologne, la Hongrie, la République tchèque et la Slovaquie. L'écart de croissance par rapport à la zone euro se maintient. On est à 2,6 % d'écart. Cela ralentit certes un petit peu à 3,8 % sur ces quatre pays en 2019. D'où provient cet écart de croissance positif pour ces quatre pays ?

 

François Faure :

L'écart de croissance provient essentiellement de la demande domestique. Tout particulièrement de la consommation des ménages. Ces économies connaissent actuellement un marché du travail très tendu, avec des taux de chômage historiquement bas, ce qui pousse à la hausse les salaires et, même si l'inflation accélère, les gains de pouvoir d'achat sont très importants. Par ailleurs, puisque les taux d'intérêt sont malgré tout toujours aussi bas, le crédit à la consommation soutient les dépenses des ménages.

 

François Doux :

Ce qu’il est intéressant aussi de voir, c'est la dynamique des exportations de ces quatre pays. Ils ne sont pas logés à la même enseigne.

 

François Faure :

Oui. D'un côté on a la République tchèque et la République slovaque qui subissent l'effet combiné à la fois d'une dépendance vis-à-vis de l'Allemagne, qui est un partenaire commercial privilégié, et leur exposition au marché de l'automobile.

 

François Doux :

Ce que l'on voit sur ce graphique, c'est la Pologne qui se détache nettement au niveau de ses exportations.

D'où vient cette surperformance polonaise ?

 

François Faure :

Il y a trois raisons à cela. La première c'est que la Pologne reste, par rapport aux autres pays, un grand pays exportateur de matières agricoles et d'élevage. Ce poste représente plus de 13 % des exportations polonaises. C'est un ratio qui est plus du double de ce qu'il est pour les autres pays.

 

François Doux :

C'est vrai que les matières premières agricoles continuent d'être importées par les voisins, les partenaires commerciaux de la Pologne. Quelle est la deuxième raison de cette surperformance ?

 

François Faure :

La deuxième raison, c'est que la Hongrie, la République tchèque et la République slovaque font partie des pays dont l’intégration dans les chaînes de valeur mondiale est parmi les plus importantes d'après le classement OCDE, et la Pologne est nettement en dessous. Donc les effets multiplicateurs négatifs du ralentissement allemand se font moins sentir en Pologne que pour les autres pays.

 

François Doux :

Troisième et dernière raison.

 

François Faure :

La dernière raison, c'est l'évolution des coûts salariaux unitaires. En fait, même si les salaires ont augmenté en Pologne, ils ont augmenté un peu moins que dans les autres pays. Ce qui fait qu'en termes de coût du travail, la Pologne a réussi à les contenir grâce à une forte productivité et de façon plus marquée que les autres pays.

 

François Doux :

Est-ce qu'on peut conclure que le ralentissement général de la croissance en 2020 a un peu épargné la Pologne ?

 

François Faure :

Ce qu'on peut dire, c'est que la Pologne va mieux résister au ralentissement des exportations, même si on s'attend, comme pour les autres pays, à un ralentissement de la croissance.

 

François Doux :

Merci François Faure pour ce point sur la croissance dans les pays d'Europe centrale.

Toute de suite, Trois questions sur le marché de l'emploi en France avec Hélène Baudchon.

 

3 QUESTIONS

 

François Doux :

Trois questions sur le marché de l'emploi en France. On vient d'avoir les chiffres de l'année 2019.

Hélène Baudchon bonjour.

 

Hélène Baudchon :

Bonjour.

 

François Doux :

Première question. Ce marché de l'emploi et les chiffres du chômage sont qualifiés de positifs sur cette année 2019. Pourquoi ?

 

Hélène Baudchon :

Tout d'abord parce que les créations d'emploi salarié privé ont été plutôt importantes (217 000 en moyenne annuelle).

2019 marque aussi une longue séquence de six années d'affilée de hausse de l'emploi, ce qui est assez exceptionnel, avec un total de près d'1 million d'emplois créés depuis le creux de 2014.

Autre évolution remarquable et positive : les créations d'emploi dans l'industrie pour la deuxième année d'affilée. Certes elles sont très modestes, mais ce retour dans le vert intervient après 16 années dans le rouge. Enfin, du côté de l'emploi, autre indicateur positif. On a un certain nombre de signaux allant dans le sens d'une amélioration de la qualité de l'emploi (plus de CDI, moins de CDD et une hausse du niveau de qualification des emplois occupés).

 

François Doux :

Donc ça, c'est pour les créations d'emploi. Qu'en est-il du chômage ?

 

Hélène Baudchon :

La bonne nouvelle tient essentiellement au fait qu'il est retombé à 8,1 % fin 2019 à son plus bas niveau depuis la mi-2007, c'est-à-dire lors de sa dernière phase descendante. La baisse actuelle du taux de chômage, qui est engagée depuis la mi-2015, a été progressive mais régulière. Donc au final elle s'avère assez importante puisque le taux de chômage a tout de même baissé de 2,4 points en cumulé. D'autres indicateurs attestent de l'amélioration de la situation sur le marché du travail, comme la hausse du taux d'emploi, la baisse du temps partiel, la baisse du sous-emploi, du chômage de longue durée. Deux points viennent quand même ternir ce tableau : le taux de chômage français reste élevé dans l'absolu et, configuration inhabituelle, il est plus élevé que celui de la moyenne de la zone euro à hauteur de 1 point selon les données Eurostat.

 

François Doux :

Pour quelles raisons ces chiffres du chômage et de l'emploi sont-ils considérés comme remarquables ?

 

Hélène Baudchon :

La première raison, c'est que les créations d'emploi ont été plus résistantes encore que la croissance. Cette dernière a quand même perdu un demi-point entre 2018 et 2019 (passant de 1,7 % à 1,2 % en moyenne annuelle), mais l'emploi salarié privé a à peine décéléré, progressant de 1,1 % après 1,2 %. Le deuxième caractère remarquable, c'est que la baisse du taux de chômage a été un peu plus importante en 2019 qu'en 2018 (-0,6 point après -0,4). Ces évolutions sont globalement cohérentes les unes avec les autres : la croissance a baissé mais elle est restée sur un rythme suffisant pour créer des emplois.

 

François Doux :

Il n'y a pas qu'un effet croissance?

 

Hélène Baudchon :

Il n'y a pas qu'un effet croissance, en effet. D'autres éléments expliquent cette bonne tenue du marché du travail. Tout d'abord, la progression ralentie de la population active qui facilite la baisse du taux de chômage. Deuxièmement, l'écrasement tendanciel des gains de productivité du travail (pour une croissance donnée, cela signifie plus d'emplois) et, troisièmement, les mesures spécifiques d'enrichissement du contenu en emploi de la croissance, comme par exemple la baisse du coût du travail, le soutien à l'apprentissage et la formation professionnelle, ou encore l'assouplissement du Code du travail.

 

François Doux :

Dernière question Hélène Baudchon. À quoi faut-il s'attendre dans les prochains mois ? Est-ce que l'objectif de 7 % en 2022 du président Macron peut être atteint ?

 

Hélène Baudchon :

C'est possible si les mêmes causes produisent les mêmes effets. C'est-à-dire si les trois paramètres que je viens d'évoquer à l'instant continuent de jouer favorablement (ce qui nous paraît très probable) et si la croissance se maintient assez nettement au-dessus de 1%, ce qui est un grand « si », une hypothèse forte. Donc l'objectif d'un taux de chômage à 7% en 2022 ne peut être tenu pour acquis, mais au moins il paraît dorénavant atteignable, ce qui est à saluer.

 

François Doux :

Merci Hélène Baudchon pour ce point sur le marché de l'emploi en France. Je vous renvoie à notre podcast "En eco dans le texte" sur le profil du marché de l'emploi en France avec Hélène Baudchon, sur toutes les plateformes de streaming. Cela s'appelle "En eco dans le texte". Quant à moi, je vous donne rendez-vous dans un mois pour nouveau numéro d'EcoTV.

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