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EcoTV - Mai 2020

18/05/2020

TRANSCRIPT // EcoTV - Mai 2020 : mai 2020

Bonjour à tous et bienvenue dans cette édition de mai 2020 d’EcoTV, le magazine des économistes de BNP Paribas.

Au sommaire de cette édition, comment se dessine la reprise économique ? On va naturellement s’intéresser au cas chinois avec Christine Peltier. C’est l’objet du Focus en début d’émission.

On va ensuite s’intéresser au schéma global de la reprise avec William De Vijlder, le chef économiste.

Avantde poser Trois questions, en fin d’émission, à Guillaume Derrien sur l’économie espagnole, qui elle aussi s’est déconfinée, avec une question bonus sur le Portugal.

Bonne émission.

 

FOCUS

 

François Doux : La Chine a été le premier pays à faire face au confinement à la suite de la pandémie de coronavirus. C'est aussi mécaniquement, le premier pays à faire face au déconfinement. On va voir l'impact sur l'économie chinoise.

Nous sommes avec Christine Peltier.

Bonjour Christine.

 

Christine Peltier : Bonjour François.

 

François Doux : L'économie chinoise au premier trimestre de cette année 2020 a décru. Le PIB s'est contracté de 6,8%. Quelle est la tendance au mois d'avril ?

 

Christine Peltier : Les indicateurs publiés au cours des derniers jours montrent que l'économie chinoise se remet doucement du choc subi au premier trimestre 2020. Quasiment toutes les entreprises ont dorénavant ré-ouvert, ce qui a permis une normalisation de l'activité productive. La production industrielle a rebondi de 3,9% en avril par rapport à avril 2019. Elle s'était contractée de 13% au cours des deux premiers mois de l'année et encore de 1% au mois de mars.

 

François Doux : Qu'en est-il des exportations chinoises qui comptent pour beaucoup dans la croissance chinoise ?

 

Christine Peltier : La performance des exportations en avril était plutôt bonne, étant donné la faiblesse de la demande mondiale. En avril, les exportations de marchandises ont rebondi de 3,9% en glissement annuel. C'est aussi le signe d'une normalisation de l'activité dans le secteur exportateur et dans les chaînes de valeur, après le choc du premier trimestre. Mais ce rebond devrait perdre en vigueur au cours des prochaines semaines, étant donné le contexte international.

 

François Doux : Ce rebond devrait perdre en vigueur. Est-ce que la demande intérieure en Chine pourrait prendre le relais ?

 

Christine Peltier : La demande intérieure se redresse également, mais doucement aussi. La reprise des investissements est tirée principalement par l'investissement public dans les infrastructures et par l'investissement immobilier au mois d'avril. En revanche, l'investissement dans le secteur manufacturier se redresse plus doucement encore, notamment parce que les perspectives d'exportation sont mauvaises et parce que les entreprises industrielles ont subi une forte contraction de leurs profits, qui était de 37% au premier trimestre par rapport au même trimestre en 2019.

 

François Doux : Qu'en est-il des ventes au détail, de la consommation des ménages ?

 

Christine Peltier : La performance de la consommation des ménages reste fragile. En avril, les ventes au détail ont augmenté, bien sûr, par rapport au mois de mars, mais elles continuent de chuter de 7,5% par rapport à avril 2019. Les ventes au détail ont été tirées, en particulier, par les ventes automobiles qui se sont bien redressées au mois d'avril. En revanche, la consommation des ménages reste très contrainte par les inquiétudes des ménages qui persistent, par la détérioration du marché du travail et par la perte de revenus subie au premier trimestre. Le revenu disponible moyen des ménages a baissé de près de 4% en glissement annuel au premier trimestre 2020 en termes réels. C'est la première baisse enregistrée par cette statistique depuis qu'elle existe.

 

François Doux : On imagine que les autorités chinoises ne sont pas restées les bras croisés. Elles ont tenté de soutenir cette croissance et en particulier cette demande intérieure.

 

Christine Peltier : Oui, les autorités ont agi mais de façon prudente et progressive depuis le début de l'épidémie. Leurs objectifs principaux ont été de soutenir les entreprises affectées par les conséquences du coronavirus, de limiter les défauts sur les crédits et d'encourager le redémarrage de l'économie. Donc la banque centrale a agi : elle a baissé ses taux, injecté des liquidités dans le secteur financier, encouragé les banques à refinancer les prêts des entreprises en difficulté. Le crédit à l'économie a réaccéléré en mars et avril de façon très modérée. C’est une réaccélération tirée par les crédits bancaires et les émissions obligataires. Les crédits du shadow banking, eux, continuent de baisser. On voit donc que les autorités ne sont pas prêtes à tout faire pour soutenir l'économie. Par contre elles vont agir pour assurer la stabilité du secteur financier.

Du côté budgétaire, le gouvernement a augmenté ses dépenses, proposé des réductions d'impôts pour soutenir la demande. Les collectivités locales ont participé également aux efforts de relance, en augmentant leurs investissements dans les infrastructures et en proposant des aides directes aux entreprises et aux ménages dans certaines régions.

 

François Doux : Dernière question Christine Peltier. Quelles sont les prochaines étapes à suivre pour cette reprise, cette sortie de confinement pour l'économie chinoise ?

 

Christine Peltier : Le parlement chinois, qui devait se réunir initialement en mars, tiendra finalement sa session annuelle à partir du 22 mai. À l'issue de cette session, les autorités devraient annoncer leurs objectifs macroéconomiques pour 2020. Les autorités devraient aussi annoncer de nouvelles mesures de relance, de soutien à l'économie. La banque centrale, par exemple, devrait annoncer de nouvelles baisses des taux d'intérêt. Le quota d'émissions obligataires accordé aux collectivités locales pour financer l'investissement public devrait être augmenté. On espère aussi des mesures d'aides directes aux ménages qui devraient être annoncées à très court terme.

 

François Doux : Christine Peltier merci. À suivre, bien sûr, cette reprise du côté de la Chine. Quelle va être maintenant le schéma de la reprise au niveau mondial. Tout de suite la réponse avec le Graphique du mois et William De Vijlder.

 

 

LE GRAPHIQUE DU MOIS

 

François Doux : Comment se dessine la reprise économique après cette crise du coronavirus. Pour en parler, nous sommes avec William De Vijlder.

Bonjour William.

 

William De Vijlder : Bonjour François.

 

François Doux : Pour ce graphique du mois de mai 2020, vous avez choisi deux paramètres. D'un côté, la durée de la récession et puis de l'autre, le rythme de la croissance. Pouvez-vous pour commencer cette interview, nous décrire ce graphique ?

 

William De Vijlder : Effectivement ces deux paramètres sont extrêmement importants et le comportement est illustré par le graphique. C'est un graphique qui vient de la Commission européenne, donc de ses prévisions de printemps. Prévisions qui viennent d'être publiées. La ligne rouge montre le scénario tel qu'il est retenu par la Commission pour les prochains trimestres, donc c'est le cycle actuel, avec une récession très profonde suivi d'une reprise. Il y a une comparaison avec donc la ligne bleue qui montre la dynamique de la récession de 2008-2009. Il y a aussi la ligne verte en pointillés qui montre le scénario qu'avait retenu la Commission européenne lors de ces prévisions de l'automne 2019, donc avant la pandémie.

 

François Doux : Alors du coup, quand on regarde cette ligne rouge, on peut en déduire que la récession actuelle est plus sévère ?

 

William De Vijlder : Elle est effectivement extrêmement sévère. C'est quand même lié à une nécessité d'arrêter l'activité économique dans une majorité des secteurs, donc suite au confinement.

 

François Doux : Et du coup William De Vijlder, qu'est-ce qui est différent aujourd'hui dans les scénarios de reprise par rapport à des précédentes récessions ?

 

William De Vijlder : Je pense que ce qui différencie la récession actuelle des récessions précédentes, c'est ce côté, je dirai mécanique. C'est comme si on décidait d'arrêter l'activité parce qu'on passe en confinement, et puis à un moment donné, on passe en déconfinement et donc là on redémarre l'activité.

Donc, ça c'est tout à fait différent de ce qu'on voit normalement ou typiquement il y a une économie qui lentement entre dans une zone de croissance négative, pour au bout de plusieurs trimestres, renouer avec des taux de croissance positifs. Donc ici, c'est beaucoup plus mécanique. Et c'est un élément qui est important parce que quelque part ça permet aux acteurs économiques aussi de digérer ces chiffres économiques qui ont été tellement mauvais.

 

François Doux : Alors du coup la question que tout le monde se pose William De Vijlder. Quel va être le scénario pour 2020 ?

 

William De Vijlder : Si la durée de la récession, je dirai, est un moindre facteur d'incertitude par rapport à ce qu'on a pu voir lors des récessions précédentes, la vigueur de la reprise bien évidemment est le gros facteur d'incertitude, je dirai même plus, plus encore que normalement, ne fût-ce que parce qu'il y a également une crainte bien sûr qu'il y aurait une deuxième vague, qui pourrait nécessiter aussi d'arrêter le déconfinement, voire de repasser à un certain confinement. Et donc en fait le scénario qui a été retenu par la Commission européenne table quand même sur une reprise qui serait un peu plus dynamique, j'insiste bien sur le mot -peu-, un peu plus dynamique que la reprise qu'on a vue en 2009. Cela peut paraître assez étonnant, étant donné la profondeur de la récession actuelle que nous vivons.

 

François Doux : Oui. Et puis étant donné aussi William De Vijlder, les messages des entreprises qu'on a entendu depuis le début de la récession.

 

William De Vijlder : Effectivement. Ces messages sont quand même inquiétants dans le sens où, quand il y a de tels messages, de difficultés au niveau liquidité, au niveau vente, rentabilité, etc. On peut vraiment s'interroger sur la volonté ou le courage même des entreprises à investir et c'est pour cela en fait aussi que la Commission européenne insiste beaucoup sur le fait que ces prévisions sont entourées d'un niveau d'incertitude qu’on n’a jamais vu. Donc en fait, pour tout nous dire, c'est que le scénario qui est mis en avant par cette ligne rouge, pour les trimestres à venir, c'est plutôt un scénario, c'est une estimation et on ne peut pas vraiment considérer que ça, c'est vraiment la prévision à laquelle on peut accorder une grande confiance.

 

François Doux : En tout cas, on va se retrouver dans quelques mois William, peut-être avec ce même graphique pour voir cette évolution. Merci beaucoup.

 

William De Vijlder : Si vous voulez, mais avec une pente qui serait un peu plus positive.

 

François Doux : On attend que çà, en tout cas.

Merci William De Vijlder pour ce Graphique du mois. Dans un instant, on va faire un focus sur un seul pays, vis-à-vis de ces questions de récession et de reprise. C'est l'Espagne, avec Guillaume Derrien pour les Trois questions. À tout de suite.

 

LES TROIS QUESTIONS

 

François Doux : Trois questions à présent sur l'économie espagnole qui a souffert elle aussi du coronavirus. Nous allons parler du confinement et du déconfinement avec Guillaume Derrien.

Bonjour Guillaume.

 

Guillaume Derrien : Bonjour François.

 

François Doux : Ce déconfinement va s'étaler pendant au moins deux mois. Le retour à la normale n'est donc pas prévu avant la fin du mois de juin du côté de l'Espagne. Première question, quel a été l'impact du confinement sur les chiffres du premier trimestre ?

 

Guillaume Derrien : Sans surprise, l'impact du coronavirus a été fort pour l'économie espagnole. Pour le premier trimestre en tout cas, l’économie s'est contractée de 5,2%, malgré le fait qu’elle n’ait été en confinement que deux semaines. L'impact est donc déjà fort au premier trimestre, et il sera clairement beaucoup plus important au deuxième puisqu’en avril l’économie a été totalement à l'arrêt du fait du confinement. On peut donc estimer une contraction de l'ordre de 10%, ce qui est du jamais vu. Durant la crise financière ou la crise des dettes souveraines en Europe, on n'a jamais eu de contraction de plus de 4% en variation trimestrielle. Donc là, c’est vraiment du jamais vu et, évidemment, l'impact du coronavirus et du confinement sur l'économie espagnole est très important.

 

François Doux : Il y a eu un impact aussi sur le marché du travail ?

 

Guillaume Derrien : Oui, tout à fait. Un impact quasi-direct puisque les chiffres pour les mois de mars et d'avril montrent une baisse de l’emploi, en tout cas une baisse des travailleurs affiliés à la Sécurité sociale de 680 000, ce qui est là aussi inédit. Dans les années 2008-2011, on avait des baisses de l'ordre de 300 000, donc 680 000, c’est vraiment une baisse très importante.

 

François Doux : Deuxième question, Guillaume Derrien.

Quel impact prévoyez-vous dans les mois à venir ?

 

Guillaume Derrien : Comme je vous ai dit, l'impact sera fort au deuxième trimestre. On s'attend à une baisse du PIB de l'ordre de 10%. Ce qui est spécifique de l'Espagne, c'est le pays va vraiment souffrir du ralentissement des secteurs clés, notamment le tourisme. L'Espagne est très orientée vers les services, beaucoup plus que certains pays européens. Le tourisme, la restauration vont rester impactés très durement, durant les prochains mois, bien après le début du déconfinement. Cela peut laisser présager d'une contraction assez forte.
Le gouvernement table sur une baisse du PIB de l'ordre de 9% pour cette année. Cela va avoir des conséquences également pour la dette espagnole qui était déjà très élevée avant le confinement. Elle ne va pas s'envoler, mais augmenter très fortement, autour de 110%-115% de PIB, ce qui est un des niveaux les plus élevés en Europe.

 

François Doux : On va bien sûr suivre l'évolution de la dette espagnole.
Troisième et dernière question sur celle de la stabilité politique qui est toujours en toile de fond de l'Espagne ?

 

Guillaume Derrien : Oui, bien sûr. Dans la coalition elle-même, le Parti socialiste et Podemos cherchent à s'entendre sur beaucoup de sujets. De l'autre côté, on a le Parti indépendantiste catalan qui joue un rôle, puisque pour avoir la majorité le Parti socialiste a besoin des voix de ce parti. Et de l'autre côté, on a l'opposition féroce du Parti populaire, le parti de droite menée par Pablo Casado.

 

François Doux : Merci Guillaume Derrien pour ce point sur l'économie espagnole. Néanmoins, j’ai juste envie de vous poser quand même une question bonus. Vous suivez aussi l'économie portugaise. Quel va être l'impact du coronavirus, de cette crise sur cette économie qui jouxte celle de l'Espagne.

 

Guillaume Derrien : L'économie portugaise a moins souffert du coronavirus. On a dénombré beaucoup moins de morts qu’en Espagne. Le gouvernement a pris des mesures beaucoup plus rapides pour endiguer la vague épidémique. Mais le fait que le Portugal dépende beaucoup du commerce extérieur, des exportations, l’expose grandement également au ralentissement économique général. Le pays va également souffrir même s’il a été moins touché par l'épidémie.

 

François Doux : Merci Guillaume Derrien. Bien sûr, on retrouvera vos analyses sur l'économie espagnole et sur l'économie portugaise au sein du site des Études économiques de BNP Paribas.

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