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EcoTV – Septembre 2020

10/09/2020

TRANSCRIPT // EcoTV – Septembre 2020 : septembre 2020

Bonjour à tous et bienvenue dans cette édition de septembre 2020 d’EcoTV, le magazine des économistes de BNP Paribas.

Comment appréhender l'économie mondiale au temps de la Covid-19, le chef économiste William De Vijlder commentera deux indicateurs à suivre dans les mois à venir.

Dans le Graphique du mois, Guillaume Derrien va nous parler de l'Espagne et de la rare éclaircie au tableau de l'économie espagnole.

Pour terminer, Trois questions sur l'Argentine avec François Faure qui va nous parler de la soutenabilité de la dette argentine après l’accord passé avec les créanciers privés.

Bonne émission !

 

FOCUS

 

FRANÇOIS DOUX

C'est la rentrée.

Dernière ligne droite pour cette année 2020 pour le moins chaotique et peu prévisible, y compris pour les économistes.

William De Vijlder, bonjour.

 

WILLIAM DE VIJLDER

Bonjour François.

 

FRANÇOIS DOUX

Les quatre mois à venir vont être marqués par l'évolution de la pandémie de Covid-19, mais aussi les élections aux États-Unis. On en reparlera dans EcoTV, mais tout de suite, parlons de ce mois de septembre. On a eu, au cours des derniers mois, des indices de valeur technologique. On s’est amusé à créer un indice FANG (Facebook, Amazon, Netflix, Google) qui a battu tous les records. Il y a aussi eu l'entrée symbolique de Salesforce, un éditeur de logiciel de la relation client, en remplacement d’Exxon, dans l'indice Dow Jones, l’indice le plus suivi des 30 valeurs de Wall Street.

Est-ce que cela veut dire que cette nouvelle économie mondiale sera encore plus technologique qu'avant ? En tant qu'économiste, quelle est votre analyse ?

 

WILLIAM DE VIJLDER

Je dirais « sans doute » dans le sens où on ne peut pas arrêter l'innovation technologique. Donc, s’il y a moyen d'être plus sophistiqué, plus digital, plus robotisé, etc. on va le faire d'un point de vue technologique, mais on en a également besoin d’un point de vue économique. Les entreprises qui ont été très fortement secouées par la pandémie vont chercher à améliorer leur rentabilité dans un environnement avec une croissance qui structurellement risque de souffrir de ce choc sanitaire. Ce qui, par la voie de la compression et du contrôle des coûts, devrait donner lieu à un effort de digitalisation, d'automatisation, de robotisation plus poussé.

 

FRANÇOIS DOUX

C’est effectivement pour le moyen-long terme, si j'ose dire. À très court terme, le troisième trimestre qui comprend les mois d'été, on devrait s'attendre quand même à un rebond de l'économie mondiale, à un rebond mécanique ?

 

WILLIAM DE VIJLDER

Tout à fait et vous avez raison d’insister sur le mot « mécanique ». Cela peut créer l’illusion que finalement on a vu le pire. Effectivement on a vu le pire, mais c’est surtout l’illusion que « tout baigne » à nouveau et ça, c'est vraiment une illusion. En fait, le rebond mécanique qui devrait donner lieu à une croissance très importante au T3 n’est qu’un effet miroir de l’effondrement de l'activité au T2. Donc, il faut regarder au-delà, à travers ces chiffres pour vraiment regarder la tendance sous-jacente.

 

FRANÇOIS DOUX

La tendance sous-jacente est néanmoins soutenue par les politiques économiques, tant monétaires que budgétaires, et par les gros efforts faits dès le début de la pandémie. Ce soutien des politiques économiques va-t-il continuer ?

 

WILLIAM DE VIJLDER

Oui, c’est crucial parce que quand, par définition, il existe plusieurs facteurs d'une incertitude très importante, notamment le risque sanitaire, et que l’on a des éléments sur lesquels on a une grande visibilité avec un soutien qui en découle, c’est rassurant. C’est clairement le cas du côté de la politique monétaire, c’est le message de la Fed, de la BCE. On continuera avec cette politique et, au besoin, on fera plus. Donc là, il n’y a aucune ambiguïté. Du côté budgétaire, le message est similaire. En ce qui concerne l'Europe, la zone euro, on a vu les annonces très importantes en Allemagne, dans d’autres pays, puis en France, mais surtout cet accord européen historique avec 750 milliards d’euros qui devront être déployés à partir de 2021. En revanche, c’est du côté des Etats-Unis que le bât blesse. Nous sommes en période pré-électorale, comme vous l’avez dit tout à l’heure, et il est donc extrêmement difficile de trouver un accord entre les démocrates et les républicains ;  c’est un facteur de préoccupation parce que l'économie a besoin d’un nouveau coup de pouce.

 

FRANÇOIS DOUX

Un nouveau coup de pouce. Quels indicateurs allez-vous suivre pour appréhender cette conjoncture en ces temps d'incertitude ?

 

WILLIAM DE VIJLDER

En fait, pourquoi le nouveau coup de pouce est-il important? Parce que l'indicateur-clé n’est pas économique, il est psychologique. C’est la confiance. Mais le problème de la confiance, c’est que l’on s’embarque dans un raisonnement qui est circulaire. Si au départ la confiance est au rendez-vous, les dépenses seront au rendez-vous, la confiance s’améliorera et il y aura d’autres efforts d’investissement plus importants de la part des entreprises, des recrutements, etc… On est là sur la bonne trajectoire. En revanche, si au départ il n’y a pas de confiance, cette visibilité sur la politique économique et la politique budgétaire en particulier est très importante. C’est important pour les ménages, pour qui tout dépend du contexte du marché du travail. Du côté américain, certes les prévisions tablent sur une baisse progressive du chômage, mais cette baisse risque d’être assez lente. Cela crée un contexte relativement difficile pour la consommation des ménages.

Du côté européen, rappelons que les prévisionnistes de l’Union européenne, de la Commission européenne, de la BCE, y compris nous, tablent sur une continuation du chômage dans les prochains trimestres, donc jusqu'en 2021. Cela risque de créer un vent contraire pour l’activité, pour la croissance, par le biais d'une croissance de la consommation plus molle.

 

FRANÇOIS DOUX

Vous parliez de la consommation. Du côté des entreprises, que va-t-on regarder ?

 

WILLIAM DE VIJLDER

Pour les entreprises, le facteur important à suivre est leur santé financière.

Lors d’une première étape, il s’agissait surtout de la problématique de la situation de la trésorerie, de la liquidité, etc. Aujourd'hui, on doit se focaliser sur leur solvabilité. C’est encore une raison pour laquelle ce soutien monétaire, l'environnement de financement très accommodant et le soutien budgétaire sont extrêmement importants.

 

FRANÇOIS DOUX

Donc pour résumer, on va suivre les créations et les destructions d'emplois, les chiffres du chômage et, du côté des entreprises, les faillites. C’est un indicateur tout comme les ratios de solvabilité dont vous nous avez parlé. Merci William De Vijlder.

 

WILLIAM DE VIJLDER

Avec plaisir.

 

FRANÇOIS DOUX

Merci pour ce point sur septembre 2020. On se retrouvera au mois d’octobre pour un nouveau point.

Tout de suite le Graphique du mois. Focus sur l'Espagne avec Guillaume Derrien.

 

LE GRAPHIQUE DU MOIS

 

FRANÇOIS DOUX

Le Graphique du mois est consacré à l'Espagne qui a connu l’une des plus fortes contractions du PIB : -18,5 % au deuxième trimestre de cette année 2020. Pour parler du cas espagnol, nous sommes avec Guillaume Derrien.

Bonjour Guillaume.

 

GUILLAUME DERRIEN

Bonjour François.

 

FRANÇOIS DOUX

Vous avez choisi l’indice des directeurs d'achats du secteur manufacturier, plus précisément les biens de consommation. En anglais, on les appelle les PMI, pourquoi ce choix ?

 

GUILLAUME DERRIEN

Tout simplement, François, parce que c'est l'une des rares éclaircies des statistiques espagnoles. Comme vous pouvez le voir sur ce graphique, l’indice PMI pour ce secteur des biens de consommation a remonté très fortement depuis le mois de mai. Au mois de juillet, il s'établissait à 58,8, ce qui est le niveau le plus élevé depuis novembre 1999.

 

FRANÇOIS DOUX

Alors, on a cette ligne rouge des « 50 » pour ces indices de confiance. Quand on est au-dessus, c’est l’expansion, en dessous, c'est la contraction, la récession qui devrait poindre. Est-ce que cette statistique est en ligne avec les autres statistiques espagnoles ?

 

GUILLAUME DERRIEN

Oui, bien sûr. On le voit dans les données un peu plus tangibles, que ce soient les ventes automobiles ou les ventes de détail qui ont remonté également très fortement depuis le déconfinement au mois de mai. Et notamment les ventes automobiles qui sont repassées en juillet au-dessus de leur niveau de février, environ 2 % au-dessus de ce qu’elles étaient avant le confinement.

 

FRANÇOIS DOUX

Pourquoi ?

 

GUILLAUME DERRIEN

Pour deux raisons principales. La première, c’est l'impact des aides gouvernementales sur le renouvellement du parc automobile. Au mois de juin, le gouvernement espagnol a mis en place le programme RENOVE 2020 qui offre des subventions allant jusqu'à 5000 € pour l'achat de véhicules plus propres. Cela a eu un impact direct.

La seconde raison, à mon sens, est qu'il y a eu un transfert de consommation des services, où l'activité était beaucoup plus fortement ralentie à cause du coronavirus, vers ces biens de consommation.

 

FRANÇOIS DOUX

C’est donc l’un des rare secteurs qui se portent bien ?

 

GUILLAUME DERRIEN

Oui et ce qui est important, c'est que ce secteur tire également les exportations espagnoles. Cela représente environ 35 à 40 % des exportations totales de biens. Sur ce segment spécifique, l'Espagne enregistre un surplus commercial très important depuis près de 10 ans, environ 3 milliards, et on observe en France et en Allemagne, un rebond similaire de ces biens de consommation qui pourrait tirer les exportations espagnoles dans les prochains mois à venir, à condition que l’épidémie reste sous contrôle.

 

FRANÇOIS DOUX

On a aussi une forte expansion en Espagne du e-commerce, mais ça ne fait pas tout non plus.

 

GUILLAUME DERRIEN

Non, cela ne fait pas tout. L’e-commerce a augmenté très fortement, avec plus de 50 % d’augmentation au deuxième trimestre. Malheureusement ce rebond ne compense pas les chutes d'activité dans les services. Vous l’avez dit, le PIB s'est contracté très fortement au deuxième trimestre et l'activité touristique durant l'été a tourné également au ralenti du fait de l'épidémie. Ce rebond ne compensera pas les chutes d’activité dans l'hôtellerie, la restauration ou encore les transports.

 

FRANÇOIS DOUX

Guillaume Derrien, merci. Dans un instant, Trois questions sur l'Argentine avec François Faure.

 

3 QUESTIONS

 

FRANÇOIS DOUX

Trois questions à présent sur l'Argentine.

François Faure bonjour.

 

FRANÇOIS FAURE

Bonjour François.

 

FRANÇOIS DOUX

Un accord a donc été signé fin août entre les créanciers privés et le gouvernement argentin pour la dette obligataire internationale.

Première question : où en est-on de la récession en Argentine et de l'état sanitaire du pays ?

 

FRANÇOIS FAURE

La récession est, comme dans tous les pays, très marquée. La différence par rapport aux autres pays, c'est que l'Argentine est en récession depuis maintenant deux ans et demi. On a donc actuellement une baisse cumulée du PIB depuis le premier trimestre 2018 de -25 %, c’est gigantesque ! Evidemment, la situation sanitaire a pesé comme pour tous les pays au deuxième trimestre. Le pays est toujours en partie confiné en tout cas Buenos Aires et la région de Grand Buenos Aires. Donc cela fait quatre mois qu’ils sont en confinement. Le point positif, par rapport aux autres pays de la région, est que les Argentins ont réussi à gérer la pandémie. Pour juste vous donner un chiffre, ils en sont actuellement à un petit peu moins de 200 morts par million d'habitants, alors qu’au Brésil par exemple, on est à plus de 500 morts et dans les autres pays de la région, c'est nettement plus élevé qu'en Argentine.

 

FRANÇOIS DOUX

Deuxième question : qu'en est-il de ce fameux accord pour la dette obligataire internationale et les créanciers privés ?

 

FRANÇOIS FAURE

Cet accord est une bouffée d'oxygène, c'est un point positif. On l’attendait depuis plusieurs mois. Avec les créanciers internationaux, sur la dette obligataire internationale, les Argentins ont obtenu un étalement des remboursements qui vont commencer de manière massive à partir de 2025, mais aussi un allégement de la charge d’intérêts. Donc cela va donner, comme je le disais, une bouffée d'oxygène au gouvernement qui, comme pour tous les pays du monde, voit son déficit se creuser.

 

FRANÇOIS DOUX

Pour conclure, une troisième et dernière question. Qui dit restructuration ne dit pas forcément annulation, quelle est donc la soutenabilité à moyen terme de cette dette argentine ?

 

FRANÇOIS FAURE

Effectivement, la restructuration n'a pas abouti à une annulation. Les créanciers ne l'ont pas acceptée. Le montant de la dette reste le même et donc le ratio de dette reste le même. Par ailleurs, on a actuellement un large financement monétaire du déficit budgétaire, c’est-à-dire que c’est la banque centrale qui avance l'argent au gouvernement et cela entretient la dépréciation du change et l'inflation. On craint un nouveau choc sur le taux de change. Comme la dette n'a pas changé, sa structure n'a pas changé, et en cas de dépréciation très forte du peso, on aurait mécaniquement une augmentation du ratio de dette. Donc la soutenabilité n'est pas assurée.

 

FRANÇOIS DOUX

On reste vigilants, donc, sur cette dette argentine. Merci François Faure.

On se retrouve en octobre pour un nouveau numéro d’EcoTV, dans un nouveau décor.

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