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EcoTV – Décembre 2020

11/12/2020

TRANSCRIPT // EcoTV – Décembre 2020 : décembre 2020

Dernier numéro de l'année 2020 d'EcoTV, le magazine des économistes de BNP Paribas. C'est l'occasion pour William De Vijlder, le chef économiste, de revenir sur les bonnes surprises de cette année 2020. Car, oui, il y en a. Et aussi de voir quelques détails sur les perspectives 2021. Nous ausculterons l'économie du Royaume-Uni dans le Graphique du mois avec Hubert de Barochez : l'addition est lourde pour le Royaume-Uni, entre le Brexit et la crise de laCovid-19. Pour terminer, trois questions sur le Chili, qui a connu de nombreuses manifestations depuis plus d'un an. Hélène Drouot va nous parler des perspectives économiques de moyen terme en fin d'émission.

FOCUS

FRANÇOIS DOUX

Il est l'heure de faire le bilan économique de cette année 2020. Une année marquée par un fort choc exogène : la pandémie de Covid-19.

William De Vijlder, bonjour.

WILLIAM DE VIJLDER

Bonjour François.

FRANÇOIS DOUX

On va donc parler des bonnes surprises car, il y en a en cette année 2020. Quelles sont-elles de votre point de vue ?

WILLIAM DE VIJLDER

Vous avez bien raison d'indiquer que c'est un choc exogène : exogène à l'économie. Et la bonne surprise de l'année, c'est la réponse qui vient du monde scientifique, en l'occurrence, un vaccin. Qui aurait pu croire, lorsqu'on commençait à analyser les conséquences de la pandémie début mars, qu’avant la fin de l'année, on parlerait de l'introduction d’un vaccin.

FRANÇOIS DOUX

Et ça, c'est structurant pour l'économie, c'est bon pour la confiance ?

WILLIAM DE VIJLDER

C'est structurant parce qu'en l'absence d'un vaccin, effectivement, on aurait continué dans une lecture de rebond de l'activité, arrêt de l'activité, rebond, etc, avec des conséquences néfastes dans la durée qui s'accumuleraient : on peut penser au chômage, à la faillite des entreprises et à l'endettement du secteur public.

FRANÇOIS DOUX

L'autre bonne surprise de 2020 a été quand même la réaction très, très vive et très rapide des banques centrales.

WILLIAM DE VIJLDER

Effectivement, la réaction a été impressionnante. Il était nécessaire de réagir d'une manière extrêmement agile. Mais, elle restait impressionnante à plusieurs titres et c'est surtout la créativité qui a dominé. La créativité dans le sens de la capacité à s'adapter à la nécessité des circonstances. En Europe, on peut penser au programme d'assouplissement quantitatif spécifique de la BCE : le Pandemic Emergency Purchase Programme (PEPP) où la BCE, en fait, s'est affranchie des clefs de répartition classiques. Ça a été un facteur clef pour vraiment provoquer un écrasement très important des différentiels d'intérêts et donc, par ce biais, aider les économies comme l'Italie, l'Espagne qui étaient très largement touchées. Et du côté de la Réserve fédérale, le fait que la banque centrale américaine a pu acheter du papier émis par les entreprises a été un facteur très important pour vraiment donner de l'oxygène à ces entreprises.

FRANÇOIS DOUX

Et au-delà de la politique monétaire, la politique budgétaire, les gouvernements eux aussi " ont fait marcher la planche à billets ". Beaucoup d'endettement pour soutenir l'économie, pour soutenir tous les acteurs économiques ?

WILLIAM DE VIJLDER

Tout à fait. Là aussi, la prudence budgétaire classique a été mise de côté. C'était encore nécessaire. Mais LA SURPRISE, en fait, c'est le fameux accord européen sur un plan de relance qui en partie consiste dans des subventions. Un plan de relance de EUR 750 milliards, c'était inimaginable fin 2019. Là, on y est, donc c'est fantastique.

FRANÇOIS DOUX

Et au-delà des banques centrales et des États, on a aussi les entreprises et les ménages, dans une autre mesure, qui ont dû faire preuve d'agilité et de flexibilité.

WILLIAM DE VIJLDER

Tout à fait. En fait, il y a deux choses qui viennent à l'esprit pour l'illustrer. La première, c'est bien évidemment le fait que beaucoup d'entreprises sont arrivées à autoriser le travail à domicile, le télétravail. Ça a été un facteur extrêmement important pour continuer à produire, à offrir des services, à travailler, etc. Donc, cela a limité le choc économique, la contraction de l'activité. Le deuxième point qui a joué, c'est que, en termes d'entreprise et de commerce, l'adaptation a été manifeste entre le premier confinement et le deuxième confinement. C'est un des facteurs qui explique pourquoi le deuxième confinement a eu un impact économique largement inférieur au premier. Certes, les mesures étaient différentes, moins sévères. La Chine nous aide aussi pour nos exportations. Mais la capacité des entreprises et des commerces à s'adapter a également joué un rôle extrêmement important.

FRANÇOIS DOUX

On ne peut pas non plus oublier les mauvaises surprises. En tout cas, les victimes, humaines et les entreprises qui n'ont pas pu tenir le choc.

WILLIAM DE VIJLDER

Le chômage également.

FRANÇOIS DOUX

Effectivement, et le taux de chômage. Est-ce que ces mauvais facteurs, ces problèmes vont s'inscrire dans la durée ou pas ? C'est une grande question qu'on se pose.

WILLIAM DE VIJLDER

Disons qu'on a envie de regarder 2021 avec un certain niveau de confiance. Beaucoup de confiance, mais en même temps il y a cette interrogation : est-ce qu'on ne risque pas d'être confronté à une reprise qui finirait par être plus poussive, plus lente, et donc d’être confronté aux facteurs, aux dégâts de long terme que vous avez mentionnés ? Effectivement, c'est la grande inconnue pour 2021 selon moi.

FRANÇOIS DOUX

Mais je crois que vous regardez aussi les données haute fréquence. Ce sont des nouveaux indicateurs économiques. C'est assez récent. Qu'est-ce qu'ils vous indiquent ceux-là ?

WILLIAM DE VIJLDER

Les économistes dans les analyses ont dû s'adapter aussi. Donc, ils ont été face à la nécessité de trouver les indicateurs qui permettent de lire presque en instantané ce qui se passe. Donc un indicateur de prédilection maintenant, c'est Google Mobility, qui montre qu’au cours du deuxième confinement qu'on a vu dans plusieurs pays européens (dont la France),le pire est déjà derrière nous au niveau économique. Parce qu'on voit que la mobilité, le trafic en quelque sorte s'améliore déjà. Si bien que le mois de décembre devrait être meilleur que novembre. Et puis, bien évidemment, le rebond continuera au mois de janvier.

FRANÇOIS DOUX

Au mois de janvier. Justement Wiliam, on se retrouvera en 2021 pour faire le point sur la suite de cette nouvelle année. Merci beaucoup. Dans un instant, on fait le point avec le Graphique du mois sur la conjoncture au Royaume-Uni avec Hubert de Barochez.

 

LE GRAPHIQUE DU MOIS

FRANÇOIS DOUX

Dans le Graphique du mois, nous faisons le point sur l'économie du Royaume-Uni, durement touchée en début d'année. C'est la deuxième plus forte récession en Europe, juste derrière l'Espagne. Certes, rebond au troisième trimestre, mais on reste 10% en dessous du niveau du PIB de 2019. Hubert de Barochez, bonjour.

HUBERT DE BAROCHEZ

Bonjour.

FRANÇOIS DOUX

Où va l'économie britannique au quatrième trimestre 2020 ?

HUBERT DE BAROCHEZ

Alors, on se dirige très certainement vers une rechute du PIB qui serait due à la réimposition de mesures de restrictions et plus particulièrement au confinement qui a été imposé en Angleterre pendant quatre semaines, pendant le mois de novembre.

FRANÇOIS DOUX

Sur 2021, quelles sont vos prévisions ?

HUBERT DE BAROCHEZ

Alors, celles-ci dépendront largement de la situation sanitaire. Et c'est aussi ce que pense l'Office for Budget Responsibility (OBR), qui fournit des prévisions indépendantes au Trésor. Elle a établi trois scénarios selon la crise sanitaire l'an prochain. Ceux-ci se basent sur l'efficacité du tester-tracer-isoler, sur la date à laquelle un vaccin sera largement disponible et, enfin, sur le besoin ou non de réimposer un confinement en Angleterre.

FRANÇOIS DOUX

On voit le scénario central sur l'écran. Quand va-t-on retrouver le niveau d'avant Covid, le niveau de fin 2019 ?

HUBERT DE BAROCHEZ

On le retrouverait au quatrième trimestre 2022.

FRANÇOIS DOUX

Alors ça, c'est le scénario central. Mais il y a d'autres hypothèses sous-jacentes.

HUBERT DE BAROCHEZ

Effectivement, il y a une hypothèse très importante qui est le fait que le Royaume-Uni et l'Union européenne arriveront à s'entendre sur un accord de libre-échange. Mais à l'heure où nous parlons, ce n'est toujours pas le cas et c'est pour cela que l'OBR a aussi fourni un autre ensemble de prévisions, dans le cas où ces négociations échoueraient.

FRANÇOIS DOUX

Quoiqu'il en soit, sur 2021, qu'est-ce qu'il devrait se passer ?

HUBERT DE BAROCHEZ

Alors dans ce cas, la croissance du PIB serait réduite de 2 points de pourcentage, elle serait d’ailleurs aussi réduite de 2 points dans le long terme.

FRANÇOIS DOUX

2 points de PIB en moins pour le Royaume-Uni. Quelles sont les raisons sous-jacentes ?

HUBERT DE BAROCHEZ

Il y aurait les perturbations aux frontières, une baisse de l'investissement, une baisse de la productivité, mais aussi une hausse du chômage structurel. Mais il faut préciser que tous ces effets se feront aussi sentir dans le cas où le Royaume-Uni sortira avec un accord. Le Royaume-Uni se dirige vers un Brexit dur : il va quitter le marché unique et, d'après l'OBR, cela coûtera 4 points de PIB dans le long terme au Royaume-Uni. Au final, si une sortie sans accord sera préjudiciable pour son économie, c'est bien la sortie du marché unique qui aura l'effet le plus important.

FRANÇOIS DOUX

Hubert de Barochez, merci. Dans un instant, trois questions sur le Chili.

 

3 QUESTIONS

FRANÇOIS DOUX

Trois questions sur le Chili. Plus d'un an après le début de grandes manifestations qui ont commencé en octobre 2019. Hélène Drouot Bonjour.

HÉLÈNE DROUOT

Bonjour.

FRANÇOIS DOUX

Les Chiliens se sont exprimés, certes dans la rue, mais aussi dans les urnes, lors d'un référendum en octobre 2020. Une constitution doit être rédigée. Première question, à quoi doit-on s'attendre maintenant ?

HÉLÈNE DROUOT

L'année 2021 restera un peu tendue sur le plan politique puisque, d'une part, effectivement, il y aura les débats concernant la nouvelle Constitution qui devrait être écrite pour l'année 2022. Et d'autre part, il y aura les débats concernant les élections présidentielles qui se tiendront à la fin de l'année. Le premier tour aura lieu en novembre 2021.

FRANÇOIS DOUX

Deuxième question. Où en est-on d'un point de vue économique en cette fin d'année au Chili ?

HÉLÈNE DROUOT

On s'attend à une récession sévère au Chili pour l'année 2020, puisque l'économie avait déjà été fragilisée au dernier trimestre 2019 par les mouvements sociaux et la grève généralisée. L'économie a été également très durement touchée par la crise liée à la Covid-19, en dépit du soutien massif des autorités, puisque à  la fois le gouvernement et la banque centrale sont intervenus largement et à de nombreuses reprises pour soutenir l'économie. Pour 2021, on s'attend à une reprise graduelle plutôt qu'à un véritable rebond et la demande intérieure sera toujours soutenue par les autorités. Mais la reprise sera progressive.

FRANÇOIS DOUX

Troisième et dernière question. Quelles sont les perspectives de moyen terme du Chili ?

HÉLÈNE DROUOT

Les perspectives de croissance potentielle avaient déjà baissé au cours des dernières années puisque le pays a perdu en productivité, notamment dans le secteur minier. Cela dit, les perspectives restent favorables. Les fondamentaux chiliens restent bons. On peut juste, c'est le petit risque à noter, s'attendre à un éventuel attentisme de la part des investisseurs, en attendant de connaître le contenu de la nouvelle Constitution et de connaître les propositions économiques du nouveau gouvernement qui sera élu à la fin de l'année 2021.

FRANÇOIS DOUX

Merci Hélène Drouot pour ce point sur l'économie chilienne. Quant à moi, je vous souhaite, au nom de toutes les équipes des études économiques de BNP Paribas, de très joyeuses Fêtes.

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