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EcoTV – Février 2021

09/02/2021

TRANSCRIPT // EcoTV – Février 2021 : février 2021

En ce mois de février 2021, il est difficile de prévoir la croissance pour les mois à venir. On fera néanmoins le point sur le Portugal avec Guillaume Derrien et sur la Tunisie avec Stéphane Alby dans les Trois questions en fin d'émission. Attention aussi à l'inflation, elle pourrait reprendre. C'est l'analyse du chef économiste William De Vijlder dans le Graphique du mois.

 

FOCUS

FRANÇOIS DOUX

Focus sur le Portugal, l'un des pays les plus touchés par l'épidémie de coronavirus. C'est l'un des taux pour 100 000 habitants les plus élevés dans le monde.

Guillaume Derrien, bonjour.

GUILLAUME DERRIEN

Bonjour François.

FRANÇOIS DOUX

Le Portugal a reconfiné. Un confinement dur. Les prévisions de croissance pour 2021 ont été revues à la baisse.

GUILLAUME DERRIEN

Oui, exactement. Si on se fie juste aux estimations de la Banque du Portugal, on projette une croissance en 2020 autour de 4%, avant une légère accélération autour de 4,5% en 2022. Mais ce qui est sûr, c'est que ce sera en deçà de ce qu'on aurait pu espérer il y a encore quelques semaines du fait, vous l'avez dit, de la recrudescence de l'épidémie.

FRANÇOIS DOUX

Est-ce que les entreprises portugaises et le marché de l'emploi vont tenir au moment où le soutien de l'État pourrait diminuer ?

GUILLAUME DERRIEN

C'est la grande question. Je citerais un article de la Banque du Portugal publié au mois de janvier, donc très récemment, qui, justement, évalue l'impact de la Covid sur la rentabilité et le stock de dettes à risque pour les entreprises portugaises. Cet article montre que les risques ont augmenté sensiblement du fait de l'épidémie, mais on reste à un niveau de risque qui est en dessous de ce qu'on a pu voir durant les crises précédentes. Il y a deux raisons à cela : la baisse des taux d'intérêts, qui ont fait baisser le poids du remboursement de la dette pour les entreprises, et la tendance au désendettement des entreprises portugaises depuis quelques années.

FRANÇOIS DOUX

Ce sont des effets plutôt positifs. Mais il existe des risques à court terme pour l'économie portugaise en 2021.

GUILLAUME DERRIEN

Les risques sont sensiblement les mêmes qu’en 2020. Tout d’abord, le fait que l'économie dépende fortement du tourisme international, pour environ 8% du PIB. On peut s'attendre à ce que cette activité reste relativement ralentie, même après la fin de l'épidémie. La seconde concerne les exportations. Le Portugal dépend fortement de la demande européenne, davantage que d'autres pays comme la France ou l'Italie. Le Portugal exporte peu vers la Chine et vers les États-Unis, où la demande est restée plus soutenue. Donc, on peut s'attendre à ce que ce rebond de demande dans ces deux pays profite moins au Portugal qu'à d'autres pays européens.

FRANÇOIS DOUX

Parlons maintenant du moyen-long terme. Quels risques pèsent sur la fameuse croissance potentielle ?

GUILLAUME DERRIEN

Les risques pèsent sensiblement sur l'investissement. Avec la hausse de l'endettement des entreprises et la baisse de leur rentabilité, on peut s'attendre à ce qu’elles dépensent moins en investissement. Le second risque porte sur la hausse de la dette publique. Le Portugal a une dette très élevée et à l'issue de l'année 2020, on peut s'attendre déjà à ce que ce stock de dettes dépasse la barre des 130% du PIB. Ce serait le troisième niveau le plus élevé en Europe.

FRANÇOIS DOUX

Y a-t-il, Guillaume Derrien, quelques raisons d'être optimiste pour l'économie portugaise ?

GUILLAUME DERRIEN

Oui. Le premier élément, c'est la résistance de l'emploi au choc économique. Avec les mesures mises en place par le gouvernement, notamment le chômage partiel, l'emploi n'a baissé que faiblement en 2020 et les prévisions de la Commission européenne pour les deux prochaines années tablent sur un retour du taux de chômage en 2022 à ce qu'il était à peu près en 2019. C'est donc une dynamique qui, si elle se matérialise, reste assez encourageante.

FRANÇOIS DOUX

Vous avez cité aussi le niveau d'endettement du Portugal. Les taux sont quand même très bas. Le Portugal a même emprunté à taux négatif.

GUILLAUME DERRIEN

Exactement. C'est une tendance qui pourrait se prolonger dans les années à venir, en tout cas en 2021 et 2022. Cela permet un poids de la dette relativement amorti par ces taux d'intérêts bas.

FRANÇOIS DOUX

Le plan de relance européen va-t-il profiter au Portugal ?

GUILLAUME DERRIEN

Bien sûr. Le Portugal reçoit environ 7% de son PIB en subventions pour les cinq prochaines années. Donc, ce n'est pas négligeable. Évidemment, cela va aider le Portugal à mettre en place son plan de relance pour les années à venir.

FRANÇOIS DOUX

Le dernier facteur important, on l'a vu en janvier, c'est une relative stabilité politique.

GUILLAUME DERRIEN

Exactement. On l'a vu fin janvier, avec la réélection du président Marcelo Rebelo de Sousa. Et plus globalement, c'est une stabilité gouvernementale qui, à la différence d'autres pays comme récemment l’Italie, permet d'apporter une certaine stabilité, notamment pour les investisseurs.

FRANÇOIS DOUX

Une question bonus pour vous, Guillaume Derrien. Le Portugal va prendre la présidence du Conseil européen. Que doit-on en attendre ?

GUILLAUME DERRIEN

Je pense que ça sera un prolongement de ce que l'on a vu durant la présidence allemande des six derniers mois. Et notamment, le Portugal va tout faire pour pousser la mise en place du plan de relance européen en 2021.

FRANÇOIS DOUX

Lui aussi en a bien besoin. Merci Guillaume Derrien pour ce point sur l'économie portugaise. Dans un instant, le Graphique du mois sur l'inflation avec William De Vijlder.

 

LE GRAPHIQUE DU MOIS

FRANÇOIS DOUX

Dans le Graphique du mois, on va s'intéresser à l'inflation dans la zone euro. Va-t-elle rebondir enfin ?

William De Vijlder. Bonjour.

WILLIAM DE VIJLDER

Bonjour François.

FRANÇOIS DOUX

On sait que du côté de Francfort, la Banque centrale européenne regarde beaucoup cette question.

WILLIAM DE VIJLDER

Question clef !

FRANÇOIS DOUX

Il existe plusieurs facteurs assez évidents, assez lisibles pour prédire un rebond éventuel de l'inflation. Tout d'abord, le marché de l'emploi, le chômage. Est-ce que cela va soutenir un rebond de l'inflation ?

WILLIAM DE VIJLDER

Pas du tout. Ce sera le dernier facteur à jouer dans ce sens. À court terme, on s'attend plutôt à une hausse du chômage, donc une absence d'accélération de la croissance des salaires, et pas d'influence à la hausse sur la dynamique inflationniste.

FRANÇOIS DOUX

Deuxième facteur assez évident : les prix de l'énergie, en particulier les cours du pétrole. Là encore, c'est reparti à la hausse.

WILLIAM DE VIJLDER

Oui, en glissement annuel on a effectivement eu une poussée à la hausse de l'inflation. Cela pèse pour un certain pourcentage, c'est quand même un élément.

FRANÇOIS DOUX

Et on a bien sûr un troisième facteur qui ne concerne que l'Allemagne. C'est la fin de la TVA réduite au 31 décembre 2020. Là encore, petit coup de pouce à attendre du côté de l'inflation sur l'Allemagne.

WILLIAM DE VIJLDER

Effectivement. À partir des chiffres du mois de janvier, cela devrait être visible. Mais c'est une problématique allemande qui ne concerne pas les autres pays.

FRANÇOIS DOUX

On va à présent regarder ce qui se passe du côté des entreprises pour anticiper justement cette inflation. Dans ce graphique, William De Vijlder, vous avez mis la courbe bleue qui montre le prix des intrants, c'est à dire le prix des matières premières et le prix des produits semi manufacturés que les entreprises payent pour acheter et produire. Ensuite, les prix à la production, les prix « sortie d'usine » si je simplifie un petit peu. Et la courbe rouge montre les délais de livraison des fournisseurs. Bien sûr, on voit un pic sur l'année 2020. Elles ont mis plus de temps à livrer à cause du confinement en zone euro. Quelle est votre analyse sur 2021 maintenant ?

WILLIAM DE VIJLDER

Ces chiffres d'enquêtes sont très importants. Ils montrent comment les entreprises appréhendent le contexte d'inflation. Cette forte poussée, que l'on a vue fin 2020 en termes de délais de livraison et de prix des intrants, laisse présager une accélération de l'inflation en zone euro.

FRANÇOIS DOUX

Et donc, pour aller un cran plus loin, vous avez synthétisé à la fois les prix des intrants et les délais de livraison. C'est ce que l'on voit sur cette courbe. L'indice PMI des directeurs d'achat du secteur manufacturier, la composante tension sur les prix, et la courbe bleue, bien sûr, c'est l'inflation sous-jacente, hors alimentation et énergie. Quelle est votre lecture de ce graphique ? L'inflation va-t-elle remonter ?

WILLIAM DE VIJLDER

C'est la conclusion à laquelle on arrive, mais je vais être un peu nuancé. Effectivement, il y a un décalage de 12 mois entre la tension sur les prix, la ligne rouge sur le graphique, et l'inflation sous-jacente, la ligne bleue. Ce décalage dit : « vous avez vu dernièrement cette poussée de tension sur les prix dont témoignent les entreprises dans les réponses aux enquêtes. Dans 12 mois à peu près, on devrait voir aussi une certaine accélération de l'inflation en zone euro. »

FRANÇOIS DOUX

Il faut donc aussi rester vigilant sur les facteurs d'offre qu'on a vus au début de cette interview.

WILLIAM DE VIJLDER

Tout à fait. Et en particulier il faudra regarder la dynamique du chômage et celle de la demande. C'est ce qui expliquera si cette hausse de l'inflation va être pérenne ou pas. C'est un point à garder très fortement à l'esprit parce que cela va influencer le comportement des marchés financiers par le biais de l'anticipation du discours de la Banque centrale européenne. Un point important d'ailleurs, sur lequel je voudrais insister, c'est que l'on observe une dynamique similaire lorsque l'on regarde l'économie américaine.

FRANÇOIS DOUX

À suivre donc l'évolution des deux côtés de l'Atlantique. Merci William De Vijlder. Dans un instant, Trois questions sur la Tunisie avec Stéphane Alby.

 

3 QUESTIONS

FRANÇOIS DOUX

Trois questions sur la Tunisie, où les événements se bousculent en ce début d'année 2021. Recrudescence de l'épidémie, remaniement ministériel cinq mois à peine après l'intronisation du Premier ministre avec un président qui est en désaccord.

Stéphane Alby, bonjour.

STÉPHANE ALBY

Bonjour.

FRANÇOIS DOUX

Votre prévision de croissance de 4% pour l'économie tunisienne en 2021 est-elle déjà compromise ?

STÉPHANE ALBY

Pour l'instant, on maintient cette hypothèse de croissance car l'économie tunisienne est censée bénéficier d'un puissant effet de base. De fait, en 2020, la contraction de l'activité a été une des plus fortes de la région. Confinement très strict début mars, chute de la demande européenne, et bien sûr effondrement de l'activité touristique, ont entraîné une baisse du PIB supérieure à 8%. Ce qui veut dire que même en cas de rebond, l'économie tunisienne ne récupérera pas de toutes ses pertes en 2021. Mais avec la recrudescence de l'épidémie, aussi bien en Tunisie que chez ses principaux partenaires commerciaux, ce scénario de reprise apparaît bien fragile, surtout si la situation politique restait paralysée.

FRANÇOIS DOUX

Deuxième question. Y a-t-il d'autres facteurs de risques qui pourraient peser sur cette dynamique en 2021 ?

STÉPHANE ALBY

Effectivement, la Tunisie se démarque également par la très forte détérioration de ses finances publiques. Le déficit budgétaire s'est creusé à plus de 10 points de PIB, contre une cible initiale de 3%, ce qui a porté la dette du gouvernement à presque 90% du PIB. Derrière cette dégradation des finances publiques, il y a des éléments avant tout conjoncturels. Mais il y a aussi des facteurs structurels, en particulier la nouvelle hausse de 15% de la masse salariale de la fonction publique. Or, ce poste absorbe désormais deux tiers des ressources budgétaires, ce qui pourrait contraindre la mise en place de mesures de soutien s'il n'était pas mieux maîtrisé.

FRANÇOIS DOUX

Troisième et dernière question. Parlons du FMI. Comme d'autres pays, la Tunisie a bénéficié d'un soutien du FMI par le passé, c’est assez récent. Les négociations d'un nouveau plan triennal sont en cours. Pourquoi un accord avec le FMI est-il, selon vous, indispensable à plusieurs titres ?

STÉPHANE ALBY

Premièrement, la contrainte de financement sera forte, puisque la capacité de l'État tunisien à s'endetter localement est limitée, alors que le déficit budgétaire restera élevé. Deuxièmement, un accord avec le FMI permettra de rassurer les investisseurs et surtout de débloquer l'assistance d'autres bailleurs de fonds. Ce point est primordial. Actuellement, quasiment la moitié du stock de la dette est détenue par des créanciers officiels, ce qui permet de contenir le service de la dette. Néanmoins, les charges d'intérêts ont eu tendance à augmenter rapidement ces dernières années. Il est important de les maintenir à un niveau modéré pour préserver l'espace fiscal à d'autres dépenses nécessaires au développement économique. Dans tout cela, il y a quand même des motifs d'encouragement. La Tunisie a notamment su stabiliser sa situation monétaire en 2020 malgré le choc et dispose actuellement de réserves de change suffisamment confortables pour servir sa dette en devises cette année. Néanmoins, il n'y a pas de temps à perdre car, au final, le choc de l'épidémie a aggravé des fragilités préexistantes d'une économie qui est en panne de croissance depuis une dizaine d'années.

FRANÇOIS DOUX

Merci Stéphane Alby pour ce point sur l'économie tunisienne. On se retrouve dans un mois pour un nouveau numéro d'EcoTV.

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