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Perspectives 2022

26/01/2022

TRANSCRIPT // Perspectives 2022 : janvier 2022

Introduction – William De Vijlder : Parmi les évolutions économiques de 2021, trois ont été particulièrement importantes et influent sur les perspectives pour 2022. Tout d’abord, la résilience de l’activité économique aux vagues successives d’infection s’est accrue. Ensuite, l’hétérogénéité s’est révélée une caractéristique clé des conséquences économiques de la pandémie, avec des différences importantes entre les économies avancées et les économies en développement. Enfin, l’inflation a fait un retour spectaculaire. Essentiellement provoquée par le choc des prix de l’énergie et les perturbations dans l’approvisionnement, elle a suscité un débat intense sur son caractère transitoire ou durable et sur ses répercussions sur la politique monétaire.

 

OCDE

Hélène Baudchon, Zone Euro : Dans la zone euro, en 2022, la politique monétaire de la BCE restera au centre de l’attention compte tenu des risques haussiers sur l’inflation. Mais le débat majeur, à nos yeux, sera celui sur la réforme des règles budgétaires en Europe en vue de définir un nouveau cadre mieux respecté et moins complexe. On le sait, le consensus sera difficile à trouver. Il s’agira, en effet, de concilier au mieux crédibilité, souplesse et discipline budgétaire, désendettement et soutien à une croissance verte et inclusive. Les enjeux sont à la hauteur des attentes, le défi est que « la montagne n’accouche pas d’une souris ».

 

Stéphane Colliac, France : En France, le début d’année 2022 est marqué par l’irruption de la problématique du pouvoir d’achat, en raison d’une inflation significative et qui devrait se poursuivre tout au long du 1er semestre. Cette actualité fait de ce thème l’un des sujets principaux de l’élection présidentielle, avec deux éléments sous-jacents : est-ce que les salaires suivront et est-ce que la consommation des ménages s’en trouvera affectée ? Cette élection sera également probablement l’occasion de reprendre le fil des réformes, interrompu lors de ces deux années de pandémie, en particulier la réforme des retraites.

 

Guillaume Derrien, Europe du Sud : Pour les pays du Sud de l’Union européenne, hormis l’enjeu de cimenter la reprise économique, on suivra deux développements importants en 2022 : l’un politique tout d’abord, avec des élections législatives anticipées au Portugal et les élections présidentielles en Italie, toutes deux prévues pour la fin janvier. Même si ce n’est pas le scénario le plus probable, ces élections pourraient déboucher sur une fragilisation des coalitions en place, avec des répercussions possibles sur l’avancée des réformes structurelles en cours, réformes notamment exigées par la Commission européenne dans le cadre du fonds de relance européen. On surveillera également l’évolution des marchés obligataires, et une possible remontée des taux d’intérêt souverains liée à l’inflation élevée et l’amorce de la normalisation de la politique monétaire de la BCE.

 

Jean-Luc Proutat, États-Unis : C'est un avis d’accalmie qu’il convient sans doute d’émettre concernant l’économie et les marchés américains en 2022. Face à la résurgence de l’inflation, qui dépasse 6% en ce début d’année et dont le caractère transitoire fait de plus en plus débat, la Réserve fédérale des États-Unis mettra fin à la gratuité de ses apports de liquidité en dollars. Elle pourrait aussi en modérer le débit, en réduisant la taille de son bilan. Très expansionniste en 2021, la politique gouvernementale sera également plus contrainte, alors que le président Biden peine à faire adopter l’ultime volet - environnemental et social - de son plan budgétaire. Ce dernier aura aussi à affronter en novembre les élections de mi-mandat.

 

Hélène Baudchon, Changement climatique : Sur le front du climat, en 2022, nous suivrons notamment de près les deux avancées suivantes en Europe : 1/ la définition de la Commission européenne d’une taxonomie verte (incluant le gaz et le nucléaire) qui doit aboutir en début d’année ; et 2/ les discussions autour de l’adoption d’une taxe carbone aux frontières qui devraient déboucher à l’horizon des prochains mois. Plus globalement, nous serons également très attentifs au renforcement des engagements des parties attendues lors de la COP27 qui se tiendra en Égypte en novembre. Ce renforcement est, en effet, indispensable pour sauvegarder l’objectif de limiter le réchauffement à 1,5 °C.

 

Économie bancaire

Laurent Quignon, Banques européennes : Concernant les banques européennes, trois thèmes retiendront particulièrement notre attention en 2022 : Tout d’abord, les conséquences sur le coût du risque de la levée progressive des mesures de soutien gouvernemental, qui devraient selon nous être limitées.  Ensuite, les négociations sur le troisième pilier de l’Union bancaire – un mécanisme européen de garantie des dépôts - pourrait être relancées avec l’arrivée en décembre 2021 d’une nouvelle coalition au pouvoir en Allemagne. Enfin, le thème climatique nous occupera, qu’il s’agisse de la gestion du risque par les banques qui fera l’objet d’une surveillance renforcée par la BCE, ou du nécessaire financement de la transition énergétique.

 

Céline Choulet, Secteur financier américain : Cette année, s’agissant du secteur financier américain, notre attention se portera sur l’incidence de la normalisation de la politique monétaire, qui s’annonce plus rapide aux États-Unis qu’en Europe. Les banques américaines devront sans doute aussi s’adapter à une nouvelle donne réglementaire. Il s’agira en priorité pour les régulateurs américains de combler leur retard sur leurs homologues européens. Aucune proposition de traduction en droit américain de la finalisation des accords de Bâle 3 et de l’encadrement des risques de marché n’a en effet été formulée pour l’heure.

 

Thomas Humblot, Banques d’Europe du Sud : Dans les systèmes bancaires des pays d’Europe du Sud, la levée progressive des mesures de soutien public est, comme ailleurs en Europe, de nature à révéler la fragilité de certains emprunteurs. La question se pose avec d’autant plus d’acuité que les ratios de prêts non performants y demeurent plus élevés que dans les autres pays européens, et ce, même après la baisse historique enregistrée à force de cessions, titrisations et abandons de créances.

Par ailleurs, la consolidation et la réduction des capacités des systèmes bancaires d’Europe du Sud pourraient se poursuivre en 2022, bien qu’à un rythme moins soutenu que celui observé ces dernières années.

 

Économies émergentes

François Faure, Pays émergents : Pour les pays émergents, l’année 2021 s’est terminée sur une balance perspectives/risques détériorée avec le ralentissement et crise du secteur immobilier en chine, les pénuries dans l’industrie, l’accélération générale de l’inflation au-delà de l’effet prix matières premières, le durcissement des politiques monétaires et les tensions géopolitiques. Pour 2022, il faut s’attendre au mieux à un ralentissement de la croissance plus important que prévu, au pire à de l’instabilité sociale.

 

Christine Peltier, Chine : En Chine, les autorités renforcent leur soutien monétaire et budgétaire suite au ralentissement marqué de la croissance au S2 2021. La demande intérieure devrait s’en trouver aidée à très CT. Néanmoins la correction sur le marché immobilier devrait se poursuivre. La performance du secteur exportateur devrait quant à elle rester solide.

En 2022, le défi pour Pékin sera d’améliorer la coordination entre mesures de politique économique, durcissement réglementaire dans les services et assainissement des pratiques financières. Son objectif est de continuer à ajuster le modèle économique pour le rendre plus ‘soutenable’ et pour construire une société plus ‘égalitaire’, tout en contenant les risques baissiers sur la croissance.

 

Pascal Devaux, Égypte & Pays du Golfe : En Égypte, des tensions pourraient apparaitre sur la liquidité en devises. En 2022, on s’attend à une aggravation du déficit courant et à une hausse du coût de l’endettement extérieur.

Dans le Golfe, dans un contexte de niveau soutenu des prix du pétrole, la volonté des gouvernements de poursuivre les réformes budgétaires sera testée. C’est un élément déterminant de la diversification de ces économies.

 

Salim Hammad, Brésil : L’environnement économique au Brésil en 2022 devrait allier une activité qui stagne et une inflation qui perdure même si celle-ci devrait ralentir. On devrait continuer d’assister à une course contre la montre en matière de resserrement monétaire - d’autant que la remontée anticipée des taux aux États-Unis devrait faire baisser la monnaie et peser sur l’inflation.  Sur le plan politique, le point d’attention sera évidemment les élections générales en octobre.  On devrait assister à une élection très clivante, marquée par des retournements judiciaires et une mise à l’épreuve continue des institutions brésiliennes. L’entame du cycle électoral va fortement ralentir le programme de réformes et davantage accentuer la volatilité sur les marchés financiers.

 

Hélène Drouot, Mexique : Au Mexique, les faiblesses structurelles de l’économie (montée du risque politique, faiblesse de l’investissement et baisse du potentiel de croissance) ont été exacerbées par la crise et ont lourdement pesé sur la reprise en 2021, et continueront en 2022. Nous surveillerons cette année l’évolution finances publiques, qui se dégradent malgré un soutien à l’économie très limité au cours de deux dernières années. Nous surveillerons également l’augmentation de la dette contingente liée à compagnie nationale de pétrole, PEMEX.

 

François Faure, Turquie & Russie : En Europe, la Turquie restera la principale inconnue. La politique monétaire et de change qui privilégie la croissance par les exportations au prix d’une forte instabilité financière peut en effet faire basculer le pays dans la stagflation et entamer la solvabilité des entreprises endettées en devises.

La Russie sera l’autre point d’attention en raison des tensions géopolitiques et la menace de sanctions économiques. Le potentiel de croissance de l’économie russe est déjà contraint par des investissements privés structurellement bas. De plus, l’inflation élevée pourraient conduire le gouvernement à privilégier les dépenses sociales au détriment des dépenses de développement.

 

Christine Peltier, Inde : En Inde, le début d’année sera marqué par des élections régionales, notamment dans l’État le plus peuplé, l’Uttar Pradesh. La mise en place de réformes clés adoptées à l’automne 2020 devrait se poursuivre, notamment celle du marché du travail, à moins que le gouvernement ne fasse marche arrière comme il l’a déjà fait pour la réforme agricole.

Nous surveillerons l’inflation, dont la hausse pourrait peser sur la demande intérieure et générer un durcissement monétaire, alors même que les mesures de soutien aux ménages et aux entreprises les plus fragiles arriveront à leur terme. Nous suivrons également de près l’évolution des finances publiques indiennes.

 

Pascal Devaux, Afrique sub-saharienne : En Afrique sub-saharienne, en 2022, nous surveillerons de près le rythme de vaccination qui demeure nettement insuffisant ainsi que l’émergence de possible tensions financières. Après 2 années de crise qui ont durement éprouvées les finances publiques de la plupart des États Africains, la réaction de la communauté internationale sera une nouvelle fois décisive. L’accélération de l’inflation sur la deuxième partie de 2021 inquiète également. De ces trois grands facteurs dépendra essentiellement la reprise de l’activité, qui après un net rebond l’an dernier en dehors des grandes économies africaines, pourrait décrocher par rapport à la tendance pré-pandémie...

 

Conclusion – William De Vijlder : Les points à retenir dans nos perspectives pour 2022 seront le rôle clé joué par la perturbation de l’offre – qui devrait s’atténuer graduellement –, et la façon dont celle-ci influe sur les perspectives d’inflation et la croissance des salaires. Cela orientera à son tour les décisions prises par les banques centrales ; le ton a déjà été donné par la Réserve fédérale, qui devrait relever ses taux directeurs à plusieurs reprises cette année. Par conséquent, d’après l’expérience passée, on peut s’attendre à ce que la volatilité des marchés financiers augmente. Cette question sera suivie de près dans les économies émergentes, compte tenu de l’influence possible sur les flux de capitaux.

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