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Courses de vitesse

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Eco Emerging // 2 trimestre 2021  
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ÉDITORIAL  
COURSES DE VITESSE  
Dans leurs perspectives de printemps, les économistes du FMI anticipent une reprise mondiale en 2021 à plusieurs  
vitesses et incomplète. « Vitesse » est bien le maître mot car l’année 2021 se caractérisera par plusieurs courses de  
vitesse pour les pays émergents. L’une entre la progression de la pandémie et la vaccination, et l’autre entre les prix  
de l’alimentation et le rattrapage a priori partiel des revenus des plus faibles présentent à nos yeux les plus grands  
risques à très court terme. Avec, en cas de divergence persistante, une augmentation du risque social dont la capacité  
de déstabilisation peut être beaucoup plus radicale que les risques financiers.  
Dansleursperspectivesdeprintemps,leséconomistesduFMIanticipent Course de vitesse entre le redressement des recettes fiscales et  
une reprise mondiale en 2021 à plusieurs vitesses et incomplète. Rien l’alourdissement de la charge de la dette  
de très inédit par rapport aux grandes crises passées. Mais « vitesse »  
En 2020, la dette publique a augmenté d’environ 10 points de PIB pour  
est bien le maître mot car l’année 2021 se caractérisera par plusieurs  
l’ensemble des pays émergents et en développement. Cependant, la  
courses de vitesse.  
charge de la dette a continué de diminuer grâce à la poursuite de la  
Coursedevitesseentrel’extensiondelapandémieetlesvaccinations baisse des taux d’intérêt. Ce ne sera plus le cas en 2021, principalement  
parce que la dette a gonflé mais aussi en raison du durcissement de  
la politique monétaire aux États-Unis, voire dans les pays émergents  
eux-mêmes, qui se traduit par un renchérissement du coût d’emprunt  
des États. Si on compare la période 2021-2022 à la période 2019-  
Depuis la mi-mars, une nouvelle grande vague de contaminations sévit  
alors que les campagnes de vaccination ont commencé de se déployer.  
Point positif, dans pratiquement tous les pays les injections de dose,  
voire le nombre de personnes vaccinées, progressent plus vite que les  
nouveaux cas d’infection déclarés. Mais le pourcentage de la popula-  
tion vaccinée reste faible, à l’exception des cas emblématiques d’Israël  
et du Chili et, dans une moindre mesure, de la Hongrie et du Maroc.  
Au-delà de ces quelques pays, c’est en Europe centrale et orientale et  
en Turquie qu’il est le plus élevé, compris entre 5% et 10%. Dans les  
pays d’Asie et en Amérique latine, il ne dépasse pas 2% à l’exception de  
Singapour. Mais, en Amérique latine, et contrairement aux pays d’Asie  
les plus industrialisés, la pandémie est loin d’être maîtrisée. Le Brésil  
est le pays où la situation est la plus préoccupante avec une progres-  
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020, le ratio entre la charge d’intérêts et les recettes budgétaires va  
augmenter pour 2/3 des principaux pays émergents. Pour la plupart  
d’entre eux, ce ratio est encore modéré voire faible (seulement 10% des  
pays présentent un ratio supérieur à 20%). Au sein des pays émergents,  
la solvabilité des États n’est pas une réelle menace, même pour les  
plus fragiles de ce point vue (Afrique du Sud, Brésil, Inde). Mais c’est  
une contrainte supplémentaire, sinon au maintien des mesures de  
soutien aux revenus (qui devraient prendre fin dans la très grande  
majorité des pays), du moins aux investissements.  
sion des vaccinations à peine supérieure à celle des nouveaux cas et un Course de vitesse entre la normalisation du chiffre d’affaires des  
taux de vaccination faible.  
Course de vitesse entre la hausse des prix des matières premières échéances de remboursement des crédits de trésorerie distribués  
et le rattrapage des revenus des ménages  
depuis le début de la pandémie  
entreprises et la fin des moratoires accordés par les banques ou les  
Les prix des matières premières se sont fortement redressés depuis Malgré la récession, l’augmentation des crédits bancaires aux ménages  
la mi-2020, d’abord les prix des métaux et du pétrole puis, à partir du et aux entreprises a été supérieure à 5% pour la moitié des pays  
dernier trimestre, ceux des produits agricoles. Le rebond s’est même émergents. De plus, les autorités monétaires ou de surveillance des  
accéléré depuis le début de l’année. Pour les pays exportateurs nets banques ont accordé à ces dernières un délai pour comptabiliser les  
de matières premières, c’est un facteur d’atténuation du risque de prêts souffrant de retard de paiement en tant que créances douteuses.  
balance des paiements, voire du risque souverain. En revanche, c’est Ces dernières vont brusquement augmenter cette année, sans doute  
un facteur d’aggravation du risque social, notamment en cas de hausse plus qu’à la suite de la crise de 2008. Heureusement, la capitalisation  
des prix de l’alimentation qui frappe les plus pauvres. Les experts des systèmes bancaires a été renforcée au cours de la décennie passée.  
du FMI estiment que l’année dernière, 98 millions de personnes  
supplémentaires ont basculé en dessous du seuil de pauvreté et 68  
millions dans la malnutrition principalement à cause de la baisse des  
revenus mais aussi de la hausse des prix des produits alimentaires. Les  
prix des matières premières agricoles sont déjà supérieurs de 20% à  
leur niveau des cinq années précédentes et proches des points hauts de  
À nos yeux, les plus grands risques à très court terme découlent des  
courses de vitesse entre, d’un côté, la progression de la pandémie et  
la vaccination et, de l’autre côté, entre les prix de l’alimentation et le  
rattrapage des revenus les plus faibles. Avec, en cas de divergence, une  
augmentation du risque social dont la capacité de déstabilisation peut  
être beaucoup plus radicale que les risques financiers.  
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008 et 2011. Or le rattrapage des revenus sera nécessairement partiel  
Achevé de rédiger le 9 avril 2021  
même si, dans les pays émergents, l’emploi répond généralement plus  
rapidement à l’activité que dans les pays développés.  
François Faure  
francois.faure@bnpparibas.com  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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