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Faiblesse prolongée des taux d'intérêt : facteurs réels et politique monétaire

11/07/2016

La baisse des taux d'abord liée à la désinflation s'est poursuivie du fait de l'abondance d'épargne. La politique monétaire a évité une dépression à la fin des années 2000. Elle peine à présent à relever l'inflation et ne peut agir sur la croissance potentielle sans réformes structurelles.

TRANSCRIPT // Faiblesse prolongée des taux d'intérêt : facteurs réels et politique monétaire : juillet 2016

FRANCOIS DOUX

 

Pour cette dernière partie du numéro estival d'Eco TV, nous allons parler des taux d'intérêt. Jean Lemierre, le président de BNP Paribas, nous en a déjà un peu parlé le mois dernier. Nous sommes avec Philippe d'Arvisenet, bonjour. Depuis 1980, on voit une baisse continue des taux d'intérêt, pourquoi ?

 

PHILIPPE D'ARVISENET

 

Il y a deux raisons. La première c’est qu’au début des années 1980 qu’il s'agissait de lutter contre une vague d'inflation, suite à la politique de resserrement menée par Volcker. La plupart des pays occidentaux se sont lancés dans la lutte contre l'inflation. Quelques années plus tard, cette lutte a été gagnée, et les taux d'intérêt ont continué à dégringoler. Il ne s'agissait plus d'inflation : la partie réelle des taux d'intérêt baissait. Cette baisse était imputable à un excès d'épargne ex ante, c'est-à-dire un désir d'épargne qui se concrétisait et qui dépassait les besoins ou les désirs d'investissement. Tout cela a continué pendant et après la crise.

 

FRANCOIS DOUX

 

Avec des taux très bas, voire parfois négatifs, on atteint les limites de la politique monétaire. Qu'est-ce qu'on peut faire maintenant ?

 

PHILIPPE D'ARVISENET

 

La politique monétaire a beaucoup servi. Elle a empêché l'entrée dans une dépression en 2008-2009, il ne faut pas l'oublier. Elle a soutenu la reprise au début. A l'heure actuelle, elle se donne pour tâche de faire remonter l'inflation. Mais l'inflation en question est amputée, du fait de phénomènes structurels - mondialisation, etc. - qui n'ont pas grand-chose à voir avec la politique monétaire, donc son efficacité est limitée. Elle est limitée à plusieurs titres, à travers plusieurs canaux. Vous ne pouvez pas, même si les conditions de financement sont très accommodantes, obliger les gens à emprunter lorsqu'ils sont en train, par exemple, de réparer leur bilan. Il y a plusieurs canaux de transmission. Autre exemple : on fait baisser un taux de change à travers une politique monétaire accommodante. Cela ne sert pas à grand-chose si le voisin fait la même chose, etc. Donc, effectivement, comme vous le disiez, l'efficacité de cette politique monétaire a des limites.

 

FRANCOIS DOUX

 

Troisième et dernière question : comment peut-on en sortir ? Va-t-on sortir de ces taux très bas et de cette politique monétaire à bout de souffle ?

 

PHILIPPE D'ARVISENET

 

Il faut bien voir, premièrement, que nous avons traversé une période de taux bas déjà assez longue, sans même parler de taux négatifs. Au cours de cette période, un certain nombre d'agents économiques, notamment les Etats, ont été incités à s'endetter. Ceux qui ont constitué des portefeuilles - les institutionnels, etc. – l’ont fait avec des taux d'intérêts bas. Une remontée des taux d'intérêt remettrait en question la solvabilité des emprunteurs, entraînerait des pertes en capital pour les investisseurs, sans parler des problèmes propres aux institutionnels qui ont des engagements à des taux d'intérêt de 3 %, 4 %, 5 % dans certains pays, quand leurs actifs ne leur rapportent quasiment plus rien. Donc beaucoup pensent que cette politique est irréversible. On verra.

 

FRANCOIS DOUX

 

On verra. Pour en savoir plus, on peut se référer à votre article dans la revue mensuelle des Etudes économiques de BNP Paribas, Conjoncture, que l'on peut retrouver sur le site internet de BNP Paribas et toutes les applications. Quant à moi, Philippe, je vais vous remercier à titre personnel pour toutes ces années passées ensemble, 20 ans à la tête des Etudes économiques de BNP Paribas. Merci pour votre professionnalisme, votre clairvoyance et votre sympathie.

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