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Perspectives pour le second semestre : bras de fer entre bons fondamentaux et montée des incertitudes

11/06/2019

Les fondamentaux de l’économie mondiale sont plutôt bons. Mais les incertitudes demeurent, notamment sur le plan géopolitique et celui du commerce international.

TRANSCRIPT // Perspectives pour le second semestre : bras de fer entre bons fondamentaux et montée des incertitudes : juin 2019

François Doux : À mi-parcours de cette année 2019 nous allons faire un point de conjoncture globale avec le chef économiste de BNP Paribas. Bonjour William De Vijlder.

William De Vijlder : Bonjour François.

François Doux : William, on abordera cette question tout d'abord par les fondamentaux, les vents contraires et, enfin, le soutien monétaire "éternel" des banques centrales. Commençons par ces fondamentaux. Nous avons les chiffres du premier trimestre de l'année 2019. Où en est-on ?

William De Vijlder : C'est plutôt réconfortant comme performance. Une croissance américaine au-delà des attentes, la croissance chinoise aussi, celle du Japon pareil. Et en zone euro aussi, donc tout le monde est content.

François Doux : On est rassuré après une fin d'année 2018 un peu turbulente.

William De Vijlder : Effectivement les marchés financiers étaient marqués par une volatilité absolument déroutante. Donc finalement cette croissance a été un facteur réconfortant. En même temps, il faut être un peu nuancé et je ne vais pas donner un message trop optimiste non plus.

François Doux : Est-ce que ces fondamentaux se craquellent ?

William De Vijlder : Justement, les fondamentaux restent bien orientés mais un peu moins qu'il y a 12 mois. On regarde du côté américain et du côté européen. Les fondamentaux, qu'est-ce que c'est ? Ce sont le marché du travail, la croissance du revenu des ménages, la croissance des bénéfices et les niveaux des taux d'intérêt. Du côté américain comme du côté européen, ils sont plutôt bien orientés mais c'est moins fort qu'il y a un an.

François Doux : Quand on veut regarder l'avenir, il y a bien sûr des incertitudes. C'est un des mots qui reviennent de manière récurrente dans nos interviews William. Est-ce que ces incertitudes sont plus élevées, moins élevées en cette mi-année 2019 ?

William De Vijlder : L'incertitude effectivement joue un rôle dominant et qui, quelque part, met de côté la qualité des fondamentaux. C'est un élément important à garder à l'esprit. Force est de constater qu'en début d'année, par exemple, on espérait y voir clair sur des domaines-clés en termes d'incertitude et aujourd'hui c'est l'opacité totale.

François Doux : On a la géopolitique, les tensions commerciales. Quel est votre point de vue ?

William De Vijlder : Au niveau géopolitique, cela s'est tendu. Du côté des échanges commerciaux aussi. On espérait un accord entre les États-Unis et la Chine, et nous en sommes loin. Au niveau Brexit, on espérait y voir clair et pour l'instant il n’en est rien.

François Doux : Concernant le secteur de l'automobile, entre l'Union européenne et les États-Unis on est encore dans le flou.

William De Vijlder : C'est un sujet très important. A la Commission européenne par exemple, on met beaucoup l'accent sur son importance et son  effet multiplicateur sur l'économie allemande, et bien au-delà des partenaires commerciaux de l'Allemagne. Les Américains ont tout simplement annoncé qu'après analyse - est-ce qu'il y a une menace pour la sécurité ? – ils ne se sont pas encore fait une opinion très tranchée à ce sujet et ils ont reporté leur décision d'éventuellement augmenter les droits de douane.

François Doux : Pour terminer, quel est le soutien des banques centrales? Il reflète à la fois les incertitudes et ses fondamentaux ?

William De Vijlder : C'est une bonne synthèse. On compte depuis longtemps sur les banques centrales pour nous aider et cela continuera.

François Doux : La Fed.

William De Vijlder : Oui, le message de la Fed est : "Nous sommes patients". Pourquoi ? Parce que l'inflation ne pose pas de problème. Mais il y a surtout cette crainte, cette obsession du côté de la Fed, d'éviter de commettre une erreur. Elle envoie donc un signal : « On ne va plus remonter les taux » et les marchés se dirigent vers un assouplissement monétaire.

François Doux : Du côté de l'Europe, c'est l'absence d'inflation qui inquiète ?

William De Vijlder : En Europe, effectivement, c'est le gros sujet de la BCE qui essaie de provoquer une remontée de l'inflation. Il y a une très grande inertie de l’inflation sous-jacente. C'est la raison pour laquelle la BCE, face à ces vents contraires qui affectent l'Union européenne et la zone euro, a mis en perspective un redéploiement de son fameux mécanisme de TLTRO pour relancer le crédit.

François Doux : On suivra ce crédit. En conclusion William De Vijlder, quel va être le juge de paix?

William De Vijlder : La confiance. La confiance est vraiment bousculée parce qu'il y a trop d'incertitudes. On a beau dire que les fondamentaux sont corrects, au final ce qui compte c'est que la confiance est dominée par l'incertitude.

François Doux : La confiance de tous les acteurs économiques.

William De Vijlder : Effectivement.

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