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Espagne : chute record de l'activité et de l'emploi

18/05/2020

L'économie espagnole a été touchée de plein fouet par l'épidémie de coronavirus avec une chute record du PIB et de l'emploi. Le redémarrage économique s'annonce également difficile.

TRANSCRIPT // Espagne : chute record de l'activité et de l'emploi : mai 2020

LES TROIS QUESTIONS

 

François Doux : Trois questions à présent sur l'économie espagnole qui a souffert elle aussi du coronavirus. Nous allons parler du confinement et du déconfinement avec Guillaume Derrien.

Bonjour Guillaume.

 

Guillaume Derrien : Bonjour François.

 

François Doux : Ce déconfinement va s'étaler pendant au moins deux mois. Le retour à la normale n'est donc pas prévu avant la fin du mois de juin du côté de l'Espagne. Première question, quel a été l'impact du confinement sur les chiffres du premier trimestre ?

 

Guillaume Derrien : Sans surprise, l'impact du coronavirus a été fort pour l'économie espagnole. Pour le premier trimestre en tout cas, l’économie s'est contractée de 5,2%, malgré le fait qu’elle n’ait été en confinement que deux semaines. L'impact est donc déjà fort au premier trimestre, et il sera clairement beaucoup plus important au deuxième puisqu’en avril l’économie a été totalement à l'arrêt du fait du confinement. On peut donc estimer une contraction de l'ordre de 10%, ce qui est du jamais vu. Durant la crise financière ou la crise des dettes souveraines en Europe, on n'a jamais eu de contraction de plus de 4% en variation trimestrielle. Donc là, c’est vraiment du jamais vu et, évidemment, l'impact du coronavirus et du confinement sur l'économie espagnole est très important.

 

François Doux : Il y a eu un impact aussi sur le marché du travail ?

 

Guillaume Derrien : Oui, tout à fait. Un impact quasi-direct puisque les chiffres pour les mois de mars et d'avril montrent une baisse de l’emploi, en tout cas une baisse des travailleurs affiliés à la Sécurité sociale de 680 000, ce qui est là aussi inédit. Dans les années 2008-2011, on avait des baisses de l'ordre de 300 000, donc 680 000, c’est vraiment une baisse très importante.

 

François Doux : Deuxième question, Guillaume Derrien.

Quel impact prévoyez-vous dans les mois à venir ?

 

Guillaume Derrien : Comme je vous ai dit, l'impact sera fort au deuxième trimestre. On s'attend à une baisse du PIB de l'ordre de 10%. Ce qui est spécifique de l'Espagne, c'est le pays va vraiment souffrir du ralentissement des secteurs clés, notamment le tourisme. L'Espagne est très orientée vers les services, beaucoup plus que certains pays européens. Le tourisme, la restauration vont rester impactés très durement, durant les prochains mois, bien après le début du déconfinement. Cela peut laisser présager d'une contraction assez forte.
Le gouvernement table sur une baisse du PIB de l'ordre de 9% pour cette année. Cela va avoir des conséquences également pour la dette espagnole qui était déjà très élevée avant le confinement. Elle ne va pas s'envoler, mais augmenter très fortement, autour de 110%-115% de PIB, ce qui est un des niveaux les plus élevés en Europe.

 

François Doux : On va bien sûr suivre l'évolution de la dette espagnole.
Troisième et dernière question sur celle de la stabilité politique qui est toujours en toile de fond de l'Espagne ?

 

Guillaume Derrien : Oui, bien sûr. Dans la coalition elle-même, le Parti socialiste et Podemos cherchent à s'entendre sur beaucoup de sujets. De l'autre côté, on a le Parti indépendantiste catalan qui joue un rôle, puisque pour avoir la majorité le Parti socialiste a besoin des voix de ce parti. Et de l'autre côté, on a l'opposition féroce du Parti populaire, le parti de droite menée par Pablo Casado.

 

François Doux : Merci Guillaume Derrien pour ce point sur l'économie espagnole. Néanmoins, j’ai juste envie de vous poser quand même une question bonus. Vous suivez aussi l'économie portugaise. Quel va être l'impact du coronavirus, de cette crise sur cette économie qui jouxte celle de l'Espagne.

 

Guillaume Derrien : L'économie portugaise a moins souffert du coronavirus. On a dénombré beaucoup moins de morts qu’en Espagne. Le gouvernement a pris des mesures beaucoup plus rapides pour endiguer la vague épidémique. Mais le fait que le Portugal dépende beaucoup du commerce extérieur, des exportations, l’expose grandement également au ralentissement économique général. Le pays va également souffrir même s’il a été moins touché par l'épidémie.

 

François Doux : Merci Guillaume Derrien. Bien sûr, on retrouvera vos analyses sur l'économie espagnole et sur l'économie portugaise au sein du site des Études économiques de BNP Paribas.

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