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Perspectives de rendement des obligations d’État : quelques certitudes, beaucoup d’incertitudes

17/06/2020

Les rendements des obligations d’Etat, en net repli pendant la pandémie, se sont stabilisés en avril et mai, malgré le rebond des actions - qui va généralement de pair avec une augmentation des rendements - et la forte hausse du besoin de financement. Dans un avenir prévisible, deux certitudes pèseront dans la balance : d’une part, l’orientation actuelle de la politique monétaire sera maintenue durant une longue période ; d’autre part, les déficits budgétaires vont rester élevés par rapport à leurs niveaux d’avant la pandémie. Il existe néanmoins aussi de nombreuses incertitudes comme le rythme de la reprise. En l’absence d’une deuxième vague, les rendements devraient légèrement augmenter, mais les banques centrales ne toléreront aucune hausse significative.

TRANSCRIPT // Perspectives de rendement des obligations d’État : quelques certitudes, beaucoup d’incertitudes : juin 2020

François Doux

Dans le Graphique du mois, nous allons parler des taux longs. Les taux à 10 ans aux États-Unis et en Allemagne.

William De Vijlder bonjour.

William De Vijlder

Bonjour François.

François Doux

Pourquoi avez-vous choisi ces taux longs à 10 ans ?

William De Vijlder

C'est un baromètre du coût de financement de l'économie. Ici pour le secteur public, mais bien évidemment avec une influence aussi sur le coût de financement des ménages et des entreprises.

François Doux

Quand on regarde ce graphique, les taux longs ont nettement baissé depuis le mois de janvier 2020, pourquoi cette baisse ?

William De Vijlder

On constate que le coût économique de la pandémie allait être gigantesque. Cela a provoqué une fuite vers des valeurs refuges, les investisseurs ont quitté le marché boursier pour se replier sur la dette obligataire.

François Doux

Et en plein confinement, à partir du mois de mars, on voit les taux fortement baisser, puis qui remonter. Comment est-ce que vous analysez cette période-là ?

William De Vijlder

Je pense que ce qui a joué, c'est le constat que le besoin de financement allait être gigantesque et cela justifierait une hausse du coût de financement. Finalement l'effet a été relativement de courte durée.

François Doux

On a eu aussi un rebond des actions qui aurait dû être accompagné d'une hausse des taux longs. Pourtant cela n'a pas vraiment été le cas.

William De Vijlder

C'est ce qui m'interpelle beaucoup dans la dynamique récente des marchés financiers parce que normalement, comme vous le dites, quand les bourses montent, typiquement les taux longs montent aussi. La bourse monte parce qu'on devient plus confiant dans les perspectives économiques et en conséquence les taux longs devraient monter.

François Doux

Et qu'est-ce qui intervient alors ?

William De Vijlder

Qu'est-ce qui a joué ? Peut-être une différence de perspective, peut-être que les investisseurs obligataires sont un peu moins optimistes que ceux qui achètent des actions. Un autre facteur qui a clairement joué, c'est l'intervention des banques centrales. La Réserve fédérale du côté américain, la BCE du côté européen ont redémarré leur programme d'assouplissement quantitatif et se sont remises à acheter du papier d'État.

François Doux

Pour terminer sur cette courbe, on voit qu'au mois de juin, les taux longs sont remontés, pourquoi ?

William De Vijlder

Les chiffres du marché du travail aux États-Unis étaient nettement meilleurs qu'attendu. On s'attendait à quelque chose de cataclysmique, cela n'a pas été le cas, ce qui a provoqué une sorte de soulagement et a poussé vers le haut les taux longs. Avec aussi avec un certain effet d'entraînement en Allemagne.

François Doux

Dernière question. Quelles sont les perspectives de ces marchés de taux ? Des certitudes ?

William De Vijlder

Et bien il y a des certitudes, heureusement. Premièrement, les banques centrales vont continuer à acheter du papier d'État. Elles ne vont pas bouger la politique des taux d'intérêt. La deuxième certitude, c'est le besoin de financement du secteur public qui va rester gigantesque.

Aux États-Unis, on table sur un besoin de financement, donc un déficit du secteur public en pourcentage du PIB cette année de 18%, de 10% l'année prochaine. C’est donc évidemment un facteur qui va plutôt pousser à la hausse les taux d'intérêt, mais il y a les banques centrales.

François Doux

Et l'incertitude ?

William De Vijlder

La grande incertitude est : est-ce qu'il y aura une deuxième vague du Covid-19 ?  Parce que cela changerait complètement la donne et cela pousserait vers le bas, bien évidemment, les taux longs. Cela signifirait une conjoncture économique qui se détériorait à nouveau, tandis que la reprise est très récente et ne vient que de commencer.

François Doux

À suivre donc ces taux longs et notamment l'importance des banques centrales qui veillent sur ces taux longs.

William De Vijlder

Tout à fait.

François Doux

Merc William de Vijlder.Dans un instant, Trois questions sur les banques italiennes avec Thomas Humblot.

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