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Présidentielle américaine : qu’attendre du scrutin du 3 novembre ?

09/10/2020

Le 3 novembre 2020, les Américains éliront leur président, qui sera soit Donald Trump, pour un second mandat de quatre ans, soit son adversaire démocrate, Joe Biden. Un scrutin sous haute tension.

TRANSCRIPT // Présidentielle américaine : qu’attendre du scrutin du 3 novembre ? : octobre 2020

FOCUS

 

François Doux : L'événement majeur de cette fin d'année 2020 est bien sûr l’élection présidentielle aux États-Unis le 3 novembre prochain, un événement dont le cadre dépasse bien entendu les États-Unis. Un cadre de dimension planétaire. Jean-Luc Proutat, bonjour.

Jean-Luc Proutat : Bonjour.

François Doux : Vous qui êtes économiste, pouvez-vous nous dresser un bilan du président Trump, de ses quatre années à la Maison-Blanche ?

Jean-Luc Proutat : Il vaut mieux arrêter le bilan à la fin de 2019, soit avant l'arrivée d'une catastrophe sanitaire que l'on peut difficilement imputer à Donald Trump. Il est vrai qu'en première analyse, l’image est plutôt bonne puisque, sous Trump, il y a eu beaucoup de créations d'emplois et un recul significatif du taux de chômage. Il est passé sous la barre des 4 %, atteignant son plus bas niveau historique. La bourse a beaucoup monté, ce qui est important pour l'électorat de Donald Trump, dans un pays où également le système des retraites se fait essentiellement par capitalisation. Notons cependant qu’au moment de son élection, en 2016, D. Trump avait trouvé une économie largement redressée. Sous Obama, le chômage avait déjà beaucoup regressé, mais sous Trump, cette tendance a été confortée.

Sur le plan commercial, notons un succès : la réécriture, la renégociation de l'accord nord-américain de libre-échange plus favorable aux États-Unis. On peut aussi dire que le changement d'attitude vis-à-vis de la Chine et la hausse des droits de douane qui l'a accompagné n'ont pas été âprement combattus dans la classe politique américaine. Cette politique est même soutenue par frange importante du Parti démocrate.

François Doux : Jean-Luc Proutat, parlons quand même du passif de Donald Trump, soyons équilibré.

Jean-Luc Proutat : Trois choses. Les succès économiques et boursiers obtenus sous Donald Trump ont eu pour contrepartie une hausse très importante de l'endettement des sociétés. C’est un point de fragilité qui a été souvent mentionné, notamment par le Fonds monétaire international. L’administration Trump a également beaucoup privilégié le court terme. Afin de doper la croissance, elle a considérablement affaibli les normes sanitaires ou environnementales. Deux universités, celles de Columbia et de Harvard, chiffrent à pas moins d'une centaine le nombre de dispositifs ou lois visés par l'administration Trump. Cela va des normes d'émissions de gaz polluants des véhicules ou des sites industriels, à la préservation des espaces naturels, en passant par les obligations déclaratives des entreprises.

François Doux : Et sur le plan des inégalités, là aussi, le bilan n'est pas forcément rose ?

Jean-Luc Proutat : Non, effectivement. Les inégalités, qui sont déjà importantes aux États-Unis, ont progressé sous Donald Trump, notamment après la réforme fiscale de 2017, qui a concentré les baisses d'impôts sur les catégories de revenus les plus élevés, et qui a aussi considérablement compliqué l'accès à l’Obamacare.

François Doux : Revenons au 3 novembre si vous le voulez bien : l’élection. Quel est le pronostic ? On sait que le concurrent est Joe Biden. Qui va gagner ?

Jean-Luc Proutat : Sur le papier, Joe Biden, puisqu'il dispose d'une assez confortable avance dans les sondages : 50 % d'intentions de vote contre 43 % à son opposant Donald Trump. C’est un écart qui est un peu plus important que celui qui séparait Donald Trump d’Hillary Clinton en 2016. Néanmoins, peu d'observateurs ou d'experts s'avancent à faire un pronostic.

François Doux : Pourquoi ?

Jean-Luc Proutat : Simplement parce que l'élection n'a pas lieu au niveau national mais dans cinquante États, selon un mode de scrutin particulier. Les Américains ne votent pas directement pour le président, mais pour un collège de grands électeurs à qui reviennent le choix final. En outre, le mode de scrutin fait intervenir le principe du « winner takes all » : dans chaque État, le candidat arrivé en tête remporte l'intégralité du collège électoral, quel que soit le score réalisé par son adversaire. Par exemple, en 2016, le camp d’Hillary Clinton avait obtenu près de 49 % des votes en Floride, soit plus de 4,5 millions de voix, mais aucun des 29 grands électeurs. Or la Floride fait partie de ces États que l’on nomme « swing states ». Ils peuvent faire basculer le résultat de l'élection d'un côté comme de l'autre et font qu’un candidat, majoritaire en voix populaires au niveau national, peut perdre l'élection présidentielle.

François Doux : On le voit, c’est un système particulier, surtout vu d'Europe. Comment est-ce qu'il se justifie ?

Jean-Luc Proutat : À l'origine, par le fait qu'un grand électeur, qui fait lui-même l'objet d'une procédure de désignation, est censé être plus avisé qu'un simple citoyen, constituant ainsi un garde-fou contre le vote populiste.

François Doux : Que peut-on dire des programmes des deux candidats, Jean-Luc Proutat ?

Jean-Luc Proutat : Sur ce terrain, il n’y a pas vraiment de surprise. Le candidat Donald Trump fait campagne sur le thème de la loi et de l'ordre. C’est un thème qui trouve une certaine résonance dans son électorat, à un moment où la fréquence et la violence des affrontements s’accentuent. En face, Joe Biden n'oublie pas de s'adresser aux minorités. Elles sont nombreuses à voter pour ces élections et leur vote est traditionnellement plutôt favorable au camp démocrate.

Donald Trump, sur le plan économique, enfonce le clou de l’ « America First », sans surprise. Il annonce un « découplage » des États-Unis et de la Chine sans plus de précisions.

Joe Biden est sur une ligne a priori plus ouverte, mais pas forcément plus conciliante. Par exemple sur les droits de douane imposés à la Chine, il annonce vouloir revenir en arrière, seulement si la Chine fait des concessions. Sans surprise, la principale ligne qui sépare les deux candidats est l'attitude face au multilatéralisme, mieux considéré par Joe Biden. Celui-ci annonce, par exemple, une réintégration des États-Unis dans l'accord de Paris sur le climat dès son élection. L'attitude des démocrates vis-à-vis de l’Union européenne est aussi plus ouverte. On a vu, par exemple, le Parti démocrate critiquer l'attitude du Royaume-Uni dans sa gestion du Brexit.

François Doux : Et sur le plan fiscal, quels sont les programmes ?

Jean-Luc Proutat : Joe Biden annonce vouloir revenir sur une partie la réforme fiscale de 2017 qui avait été introduite par l'administration Trump. Augmenter l'impôt sur les sociétés mais aussi l'impôt sur les plus hauts revenus aux États-Unis.

François Doux : On parlera aussi, dans un instant, avec William De Vijlder des déficits budgétaires. Le 3 novembre, pour terminer Jean-Luc Proutat, ce sera la fin d'une incertitude. On saura qui est le futur président des États-Unis.

Jean-Luc Proutat : Hélas, cela ne marquera peut-être pas la fin mais le commencement d'une période d’incertitude plus grande encore. Car, si les résultats devaient être serrés, ce qui pourrait être le cas dans un certain nombre d'États clés, ils seront contestés, un schéma dans lequel s'inscrit déjà Donald Trump.

Au cœur de la possible bataille à venir, figure le vote par correspondance. Plébiscité dans le contexte de crise sanitaire, il risque de retarder l'annonce des résultats et il est très critiqué par Donald Trump, qui considère qu’il s’agit d’un vecteur de fraude, en dehors duquel il serait facilement élu. Le risque, le 3 novembre, est que l’on ne connaisse pas le nom du président des États-Unis, que les deux camps revendiquent la victoire et que des procédures de recomptage des voix, par exemple, soient engagées. En espérant que cette situation prenne fin avant le 6 janvier 2021, date de désignation officielle du président des Etats-Unis par le Congrès.

François Doux : À suivre, donc, l’élection américaine et cette date butoir du 6 janvier.

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