La flambée des prix du pétrole, du gaz et des intrants liés à l’énergie a été rapide, mais moins inflationniste qu’en 2022. Bien que les cycles d’assouplissement monétaire aient été interrompus dans de nombreux pays, la plupart des banques centrales ont pu maintenir leurs taux directeurs inchangés depuis février dernier. Les marchés financiers émergents n’ont pas fait face à un mouvement de défiance généralisé, tandis que les fondamentaux macroéconomiques sont plus solides qu’à l’été 2022 et contribuent à amortir la hausse des coûts de l’énergie.
Panoramas au 13 juillet 2026 : un choc sévère aux effets variables dans la zone Afrique du Nord/Moyen-Orient ; des fragilités exacerbées en Afrique subsaharienne ; une Amérique latine moins exposée au choc énergétique ; une Asie qui dispose d'atouts face à la crise énergétique.
L’économie brésilienne continue de résister à une politique monétaire ultra-restrictive. En cette année électorale, le gouvernement met en œuvre une politique budgétaire plus active pour amortir la contrainte de taux d’intérêt élevés et atténuer les effets du choc pétrolier sur le pouvoir d’achat. La résilience de l’activité est obtenue au prix d’une désinflation plus lente et d’un transfert du coût budgétaire vers les banques publiques. Le policy mix (politique budgétaire protectrice vs politique monétaire restrictive) complique l’ajustement des prix, des comptes publics et des anticipations face à des chocs d’offre plus fréquents. À court terme, le choc pétrolier devrait avoir un impact positif sur les comptes extérieurs et le real
L’élection présidentielle du 21 juin 2026 a été remportée par Abelardo de la Espriella, un outsider qui se distancie des figures traditionnelles de la droite colombienne. Son programme, en rupture totale avec celui du gouvernement sortant, s’inspire explicitement de la libéralisation économique prônée par le président argentin, Javier Milei, et des mesures sécuritaires du président salvadorien, Nayib Bukele. Son arrivée au pouvoir, en août prochain, annonce donc de grands revirements en matière économique et budgétaire, mais aussi dans la lutte contre le narcotrafic. La croissance économique colombienne, pourtant peu impactée par la fermeture du détroit d’Ormuz, devrait ralentir en 2026, freinée par des politiques monétaire et budgétaire plus restrictives
Les perspectives économiques mexicaines restent modestes. Elles sont marquées par un ralentissement de la consommation privée et un investissement toujours freiné par l’incertitude et l’absence de nouveaux projets d’infrastructure. Les exportations, principal soutien de l’activité, ont profité de la stratégie américaine de régionalisation mais la révision de l’USMCA introduit de nouvelles contraintes. Les États-Unis durcissent les conditions d’accès à leur marché, menaçant la compétitivité du secteur manufacturier, encore dépendant des intrants asiatiques. Parallèlement, la hausse de la dette publique, le soutien persistant à Pemex et le déclin des recettes pétrolières réduisent drastiquement les marges budgétaires, aggravant les défis économiques du pays.
La course mondiale à l’intelligence artificielle et à l’électrification des économies se traduit par une augmentation des besoins en métaux. D’après une étude récente de S&P Global, la consommation mondiale d’électricité devrait croître de près de 50% d’ici 2040, alimentant une hausse soutenue de la demande en cuivre, lithium, nickel et autres minerais critiques. Selon l'Agence internationale de l'énergie, la demande en cuivre pourrait augmenter de 30 à 40% d'ici 2040, tandis que celle en lithium pourrait être multipliée par quatre à six, selon le rythme d'adoption des technologies bas carbone.
En Colombie, le candidat de la droite populiste Abelardo de la Espriella a remporté, dimanche 21 juin, le second tour des élections présidentielles, qui a enregistré une participation record (63,4%). D’après les premières estimations, avec 49,7% des voix contre 48,7%, le candidat de droite a gagné d’une courte tête face à Iván Cepeda, le candidat de la gauche qui incarnait la continuité avec le président sortant Gustavo Petro (2022-2026). Le pays prend donc un virage à droite et emboîte le pas à l’Argentine et au Chili, respectivement dirigés par les présidents Javier Milei (depuis décembre 2023) et Antonio Kast (depuis mars 2026)
L’Amérique latine n’est pas exposée au risque de rupture d’approvisionnement en hydrocarbures dû au conflit au Moyen-Orient. Cependant, la hausse des prix internationaux de l’énergie accentue les pressions sur les finances publiques de la région. Au Brésil, au Mexique et en Colombie, les subventions aux carburants accroissent le risque de dérapage budgétaire ; un risque toutefois atténué par la hausse attendue des recettes budgétaires tirées du pétrole. Au Chili et au Pérou, l’absence de subventions annonce un impact inflationniste conséquent qui pourrait entraîner un resserrement monétaire. Celui-ci augmenterait la charge d’intérêts de la dette publique, mais les déficits budgétaires modérés de ces pays devraient leur permettre d’absorber le choc
L’Amérique latine est nettement moins exposée que d’autres régions émergentes aux répercussions de la guerre au Moyen-Orient. Cela s’explique principalement par son très faible risque de rupture d’approvisionnement en hydrocarbures : les hydrocarbures importés proviennent en grande majorité des États-Unis et des autres pays de la région, et marginalement du Moyen-Orient. Par ailleurs, plusieurs pays sont exportateurs nets (l’Argentine, le Brésil, la Colombie et l’Équateur).
L’économie argentine a échappé à la récession grâce au soutien des exportations. La politique budgétaire est restrictive et le restera et l’inflation a réaccéléré au cours des derniers mois. La croissance devrait ralentir en 2026 avant de rebondir en 2027. Fort du renforcement de son parti lors des élections de mi-mandat d’octobre 2025, le président Milei espère faire passer ses réformes structurelles à marche forcée. Grâce à l’appui du FMI, du Trésor américain et de grandes banques internationales, les réserves de change se sont reconstituées et la prime de risque a sensiblement baissé. Cependant, les réserves restent encore faibles au regard du service de la dette en dollars pour les deux années à venir
L’économie brésilienne navigue entre deux eaux : d’un côté, les signaux de dégradation conjoncturelle se multiplient sous l’effet du resserrement monétaire ; de l’autre, des mécanismes de rééquilibrage émergent : désinflation, baisses de taux en vue, stabilisation du marché du travail sur des bases plus durables, et activité qui se rapproche de son potentiel de long terme. Le déficit courant résiste au rééquilibrage mais reste bien couvert par des entrées stables de capitaux étrangers. Le positionnement du pays dans les chaînes de valeur de l'IA est à l’image de ses avantages comparatifs : des ressources naturelles et énergétiques abondantes et un écosystème dynamique de startups
La croissance économique chilienne ralentira très légèrement en 2026 et restera proche de son potentiel, tandis que l’inflation fluctuera autour de 3%. Le secteur minier reste un moteur important : les prix élevés du cuivre et du lithium soutiennent les exportations et les projets d’investissement. Le rythme de la consolidation budgétaire et les perspectives d’investissement dépendront largement de la capacité du nouveau gouvernement à mettre en place les mesures annoncées lors de la campagne présidentielle. Malgré la multiplication des initiatives visant à développer le secteur de l'IA, sa contribution à la croissance reste faible. Les ressources minières sont un atout et les projets se multiplient, mais il faudra composer avec les contraintes environnementales et sociales.
Le dynamisme des exportations a permis d'éviter la récession en 2025 malgré les tensions géopolitiques. Les perspectives d’investissement, point faible structurel de l'économie mexicaine, ne sont pas favorables. L'activité devrait pourtant rebondir en 2026, soutenue par la consommation des ménages, et la croissance pourrait atteindre son potentiel. Les perspectives à court et moyen terme dépendent largement de l’issue des négociations sur l’accord entre le Canada, les États-Unis et le Mexique (USMCA). Le constat est le même dans le secteur de l’IA : la poussée des exportations de produits liés à l'IA vers les États-Unis masque une faiblesse structurelle de l’industrie mexicaine spécialisée dans l’assemblage à faible valeur ajoutée
Aujourd’hui, nous plongeons dans les finances publiques des économies émergentes en 2025, à travers une analyse exclusive de notre numéro EcoPerspectives consacré aux économies émergentes. Entre croissance solide mais ralentie, endettement public croissant et marges de manœuvre budgétaires réduites, quels sont les défis et les leviers pour ces pays ?
Sous l’effet du resserrement monétaire, la croissance économique du Brésil s’essouffle depuis deux trimestres. Le ralentissement de la demande intérieure favorise néanmoins la poursuite du processus de désinflation, également soutenu par la baisse des prix alimentaires et du pétrole ainsi que par le renforcement du real. Malgré le cadre monétaire très restrictif, les marchés du travail et du crédit continuent d’offrir des poches de résistance à l’économie. L’impact des tensions commerciales avec les États-Unis reste, pour l’heure, contenu. Des initiatives diplomatiques, combinées au positionnement géostratégique du Brésil, laissent entrevoir un apaisement des tensions
La croissance économique mexicaine a bien résisté au premier semestre 2025. Le ralentissement devrait être plus marqué au cours des prochains trimestres : le dynamisme des exportations devrait s’estomper avec l’application des tarifs américains, tandis que la demande intérieure resterait à la peine. L’inflation devrait ralentir modérément, et le cycle d’assouplissement de la politique monétaire se poursuivrait en 2026. Les finances publiques représentent une faiblesse structurelle de l’économie mexicaine. Le soutien régulier à l’entreprise pétrolière Pemex, la rigidité des dépenses et les scénarios trop optimistes du gouvernement lors de la définition de son budget annuel ont conduit à l’échec des politiques de consolidation prévues par les gouvernements successifs
Depuis le printemps, la situation macroéconomique et financière s’est fortement détériorée. La stabilisation pourtant réussie de 2024 a finalement été de courte durée. L’économie devrait avoir formellement basculé en récession au troisième trimestre. Le compte courant est de nouveau en déficit malgré la budgétaire très restrictive et, en dépit du soutien massif du FMI depuis avril, les réserves de change restent très insuffisantes au regard des tombées de dette extérieure à venir. Depuis septembre, le gouvernement bénéficie du soutien du Trésor américain et le parti du président Milei est sorti grand vainqueur des élections de mi-mandat, ce qui a permis de rassurer les investisseurs
En Colombie, la croissance économique rebondit après deux années de mauvaises performances, mais plusieurs secteurs d’activité sont encore à la traîne et l’investissement reste faible. Les regards se tournent désormais vers les élections législatives et présidentielles de 2026, qui pourraient donner lieu à de grands revirements de politique économique et budgétaire. La prochaine administration héritera d’un déficit budgétaire record et d’une dette publique en forte hausse. En l’absence de règle budgétaire, suspendue pour trois ans, elle devra agir vite pour jeter les bases de la consolidation des finances publiques, avant que la confiance des investisseurs ne s’érode davantage.
Contre toute attente, le parti du président argentin Javier Milei sort grand vainqueur des élections de mi-mandat du 26 octobre alors qu’il avait subi un revers électoral moins de deux mois plus tôt. Comment expliquer ce revirement alors que la situation économique et sociale s’est nettement dégradée depuis le printemps ? L’allègement des tensions sur le peso et la prime de risque permettra-t-il d’éviter la récession ? L’aide financière américaine suffira-t-elle à écarter tout risque de défaut sur la dette extérieure ?
Le gouvernement mexicain a annoncé un projet d’augmentation des tarifs douaniers. Les pays d'Asie en général et la Chine en particulier sont ciblés. La mesure devrait être adoptée par le Parlement en novembre avant d’être mise en œuvre en janvier prochain, pour une période d’un an.
Contrairement à ce que l’on craignait fin 2024-début 2025, les exportations de marchandises des pays émergents ont bien résisté sur la première partie l’année. Les pays d’Asie affichent les meilleures performances et les pays latino-américains tirent leur épingle du jeu. En revanche, les pays d’Europe centrale apparaissent sinon comme les perdants du moins comme les plus vulnérables aux transformations du commerce mondial depuis la crise du Covid. Pour une large majorité de pays, l’opinion en juin des industriels sur leurs carnets de commande à venir laissent anticiper une baisse ou un ralentissement des exportations dans les prochains mois.
Le durcissement tarifaire américain place le Brésil face à de nombreux défis : choc sur la croissance et les matières premières, défense de ses parts de marché à l’export et pression concurrentielle accrue dans certains secteurs. Mais cette nouvelle donne lui offre aussi des leviers de repositionnement lui permettant de tirer parti de la reconfiguration des flux commerciaux et des chaînes de valeurs mondiales. Cette nouvelle géographie pourrait aussi agir comme un catalyseur pour accélérer son intégration commerciale (Mercosur, UE, Canada, Mexique). À court terme, les défis les plus pressants seront toutefois domestiques. Malgré le maintien d’une politique monétaire très restrictive, les signes de modération de l’économie brésilienne tardent à venir
Les perspectives continuent de se dégrader au Mexique, un des pays les plus exposés à la politique économique américaine. L’économie mexicaine devrait se contracter dans les trimestres à venir, la faiblesse de la demande intérieure ne permettant pas de compenser le ralentissement marqué des exportations. Le ministre de l’Économie mexicain a entamé des discussions avec Washington en vue d’une renégociation plus rapide que prévu du traité de libre-échange USMCA. Elles doivent permettre de réduire l’incertitude à court terme concernant les relations bilatérales entre les deux pays.
La croissance du PIB résiste plutôt bien au Chili, portée par le secteur minier et une demande intérieure solide. Les perspectives sont relativement favorables : l’inflation est contenue, la consolidation budgétaire devrait se poursuivre et le risque politique, à l’approche de l’élection présidentielle en fin d’année, reste modéré. Enfin, en dehors des annonces concernant le secteur du cuivre, les conséquences directes sur l’économie chilienne de la hausse des tarifs douaniers imposés par l’administration Trump sont relativement faibles. Les effets indirects, la volatilité des prix des matières premières et les incertitudes sur le rythme des avancées de la transition bas-carbone mondiale représentent, en revanche, un risque très important pour l’économie chilienne.
La grande majorité des pays d’Amérique latine se sont vu appliquer des droits de douane de 10%, soit le taux plancher, dès le 2 avril, par l’administration Trump. Cette clémence tient à la composition de leurs exportations - matières premières et énergie - quand les droits de douane « réciproques » de l’administration Trump visaient surtout les exportateurs de biens manufacturés, et au fait qu’ils enregistrent, pour la plupart, un déficit commercial avec les États-Unis.
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