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Période de flottement

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Eco Emerging // 4 trimestre 2020 (achevé de rédiger le 28 septembre 2020)  
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ÉDITORIAL  
PÉRIODE DE FLOTTEMENT  
Le redémarrage de l’activité initié à la fin du printemps s’est poursuivi au cours de l’été, Chine en tête, et les prix du  
pétrole et des métaux se sont redressés. Mais les inquiétudes apparaissent car le rythme de la reprise semble s’être  
ralenti, à l’image des exportations qui progresse plus difficilement. Surtout, la persistance de la pandémie et le pro-  
longement du confinement, voire du reconfinement dans plusieurs pays, font craindre une rechute. Néanmoins, des  
forces de soutien existent : la poursuite de l’assouplissement des politiques monétaires, la tempérance des marchés  
face à l’envolée des déficits budgétaires et l’allègement de la dette des pays les plus vulnérables par les créanciers  
officiels. Mais ces leviers seront limités.  
Au cours de l’été, l’activité dans les pays émergents a bien rebondi fortement accentuée. Finalement, seuls les pays d’Asie ont réussi  
comme le laissait supposer le redressement des enquêtes réalisées jusqu’à présent à endiguer la première vague et pris des mesures pour  
auprès des entreprises à partir du mois d’avril. L’indicateur de suivi de la couper court à une deuxième.  
croissance (growth tracker) de l’Institute for International Finance (IIF)  
Enfin, le rebond des investissements de portefeuille observé de la  
affiche une progression de 5,3% en moyenne mobile sur 3 mois et en  
fin mai jusqu’à la mi-juillet a fait long feu. Entre la mi-juillet et la  
rythme annuel en août, contre -1,3% en juin. Ce redressement semble  
mi-septembre, les sorties nettes se sont élevées à USD -13 milliards  
relativement solide car les trois composantes de cet indice (indicateurs  
(
-5 mds hors Chine) d’après les statistiques de l’IIF. Le retrait des  
d’activité, enquêtes auprès des entreprises, indicateurs financiers) y  
contribuent toutes depuis juillet. En Chine, le PIB a retrouvé son niveau  
d’avant-crise et la reprise se généralise.  
investisseurs s’observe notamment au Brésil et en Turquie.  
FACTEURS DE SOUTIEN  
Cependant, pour une large majorité de pays, Chine mise à part, les  
indicateurs d’activité (production industrielle, exportations, ventes au  
détail) n’avaient pas retrouvé en juillet leur niveau de fin 2019. Par  
région, l’Amérique latine accuse encore un retard par rapport à l’Asie  
et à la zone EMEA (l’indicateur de l’IIF y était encore en baisse de 2,2%  
alors qu’il était en hausse de 8,1% pour l’Asie, Chine comprise, et de  
Une rechute de l’activité au T4 et en 2021 n’est pas le scénario le  
plus probable. À l’exception notable du Mexique, les indices PMI du  
mois d’août ont retrouvé ou dépassé leur niveau du T1. Au-delà de ces  
indicateurs avancés, des facteurs de soutien existent, même s’ils sont  
fragiles et/ou ne possèdent pas un levier puissant.  
5
,1% pour l’EMEA).  
Une quarantaine de pays ont sollicité auprès du G20 une suspension  
des remboursements des dettes extérieures publiques dus aux  
créanciers bilatéraux (DSSI). Les montants potentiels de report de  
dette sont de USD 11,5 mds entre octobre et décembre 2020 et une  
extension de l’initiative jusqu’en décembre 2021 représenterait un  
allègement supplémentaire USD 16,6 mds. L’État chinois y participe  
a priori activement, comme le suggère la restructuration de la dette  
de l’Angola. Signalons également l’accord passé par l’Argentine et ses  
créanciers privés internationaux. Des bouffées d’oxygène nécessaires  
pour éviter la multiplication des défauts souverains.  
Les disparités entre pays et le manque d’information ne permettent  
pas de dire si le moteur du redressement est plutôt interne ou externe.  
D’une manière générale, le redémarrage des exportations semble en  
avance sur celui des importations, mais les industriels peuvent a priori  
déstocker pour répondre à la demande, qu’elle soit interne ou externe.  
On peut remarquer que, pour le Brésil, la Turquie et les pays d’Europe  
centrale, le redressement repose largement sur la consommation des  
ménages grâce aux transferts publics (Brésil, Turquie) ou à la résistance  
du marché du travail et des salaires (pays d’Europe centrale).  
Les prix des matières premières se raffermissent même si l’ampleur du  
rebond est limitée en raison de stocks encore importants. Les prix du  
pétrole et du gaz bénéficient du respect, par les membres de l’OPEP+,  
des quotas de production, et les prix des métaux des mesures de  
soutien de la Chine en faveur de l’investissement en infrastructure et  
SIGNES D’ESSOUFFLEMENT  
Beaucoup d’observateurs le craignent qu’une fois passé le rebond mé-  
canique la reprise s’essouffle, pour plusieurs raisons.  
D’abord, la reprise des exportations marque le pas dans un grand en construction.  
nombre de pays. L’évolution mesurée en glissement sur un an des ex-  
Par ailleurs, l’assouplissement monétaire s’est poursuivi dans une  
portations (donc par rapport à la situation pré-Covid) reste encore né-  
gative. Surtout l’écart très négatif, qui s’était fortement réduit entre le  
point bas de mars/avril et le mois de juin, se résorbe plus difficilement.  
L’hypothèse d’un ralentissement durable du commerce international,  
du fait d’une réorganisation des chaînes de valeur et d’une relocali-  
sation des activités, reste une inconnue majeure pour le scénario de  
rattrapage.  
Plusieurs pays ont décidé de reconfiner leur population ou de prolonger  
le confinement sur l’ensemble du territoire (Israel) ou dans les zones  
urbaines (Argentine, Indonésie). Les pays d’Amérique latine présentent  
toujours des ratios victimes/population les plus élevés (Brésil, Chili,  
Mexique, Pérou), mais la progression de la pandémie semble ralentir.  
En revanche, les nouveaux cas progressent toujours en Inde et, dans  
plusieurs pays de la zone EMEA, la courbe des nouveaux cas s’est  
dizaine de pays émergents de sorte que les taux d’intérêt sur la dette  
publique en monnaie locale ont continué de diminuer, du moins en  
Asie. Les marchés ne sanctionnent toujours pas la forte augmentation  
des déficits budgétaires. Du reste, le retrait des investissements de  
portefeuille des non-résidents a surtout affecté les marchés d’actions  
et peu ceux de la dette souveraine en monnaie locale.  
La Turquie et, dans une moindre mesure, le Brésil sont les deux ex-  
ceptions. Le real et la livre ne se sont pas réappréciés contre le dol-  
lar américain, lequel s’est pourtant affaibli contre les grandes devises  
(
euro, yen) depuis le mois de juillet. La banque centrale de Turquie a  
même été contrainte de durcir la politique monétaire, entraînant une  
hausse sensible du coût d’emprunt de l’État.  
François Faure  
francois.faure@bnpparibas.com  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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