Emerging

Reprise toujours fragile

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Eco Emerging // 3 trimestre 2021  
economic-research.bnpparibas.com  
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ÉDITORIAL  
REPRISE TOUJOURS FRAGILE  
Depuis le début de l’année, la reprise dans les pays émergents se poursuit mais reste fragile. Le retard des indices  
de confiance des ménages sur ceux des entreprises témoigne des contraintes sur la demande interne : le risque  
pandémique persiste, l’inflation accélère et les États font face à une augmentation de leurs coûts de financement, ce  
qui réduit leurs marges budgétaires. Malgré le dynamisme des échanges extérieurs, l’horizon n’est pas suffisamment  
dégagé pour une reprise de l’investissement. Heureusement, jusqu’à présent, la très grande majorité des banques  
centrales se gardent d’être pro-actives malgré les tensions inflationnistes. Mais le resserrement monétaire ne peut  
que se généraliser.  
La croissance économique des 27 principaux pays émergents a conti- Par ailleurs, la résurgence de l’inflation pose un dilemme pour les  
nué de ralentir au T1 2021, sur un rythme néanmoins soutenu de 1% t/t banques centrales car elle dépassera sa valeur cible dans la moitié des  
après +3,5% au T4 et +7,7 % au T3. Pour la moitié d’entre eux, le PIB réel pays à ciblage d’inflation. Or, durcir la politique monétaire à ce moment  
a retrouvé ou dépassé son niveau du T4 2019. D’une manière générale, du cycle risque surtout d’entraver la reprise de la demande interne,  
les exportations sont restées le principal moteur, notamment en Asie notamment celle de l’investissement. Le resserrement monétaire ne  
(
Chine, Taiwan, Vietnam). Les entreprises reconstituent leurs stocks, fait sens que s’il est nécessaire pour ancrer les anticipations d’inflation.  
ce qui génère des tensions sur les prix des matières premières et les D’ailleurs, dans l’ensemble, les banques centrales se gardent d’être  
coûts de transport. La demande interne privée se redresse également pro-actives.  
mais elle est plus hésitante, y compris en Chine pourtant en avance  
Depuis le début de l’année, les États font face à un renchérissement  
dans le cycle par rapport aux autres pays. Les indicateurs de confiance  
de leur coût de financement domestique comme externe. Le rebond  
reflètent d’ailleurs ce décalage ; pour une grande majorité des pays, les  
des investissements de portefeuille sur la dette publique en monnaie  
indices Markit dans le secteur manufacturier ont retrouvé ou dépassé  
locale au S2 2020 avait permis de contenir la hausse des rendements  
leur niveau d’avant-crise alors que ce n’est pas encore le cas pour les  
obligataires que l’aggravation des déficits aurait dû engendrer. Mais,  
indicateurs de confiance des ménages.  
depuis le début de l’année, les investissements de portefeuille se sont  
normalisés (ils ont été divisés par deux au S1 2021 par rapport au  
LA REPRISE SE POURSUIT MAIS LES RISQUES BAISSIERS S2 2020), notamment en raison d’une anticipation du tapering aux  
États-Unis. Compte tenu de la forte augmentation des ratios d’endet-  
SONT PLUS NOMBREUX QUE LES RISQUES HAUSSIERS  
tement en 2020, l’effet de la hausse des rendements obligataires sur la  
charge d’intérêts sera décuplé, ce qui limitera d’autant les marges de  
Le risque pandémique reste très élevé. De nouvelles vagues de  
manœuvre budgétaires en cas de rechute dans la récession.  
contaminations ont été enregistrées en Asie et en Amérique latine  
au cours du T2. Le virus mute en des formes plus contagieuses alors Enfin, la reprise des investissements directs (IDE) est incertaine.  
que le taux de vaccination des populations reste très insuffisant pour Selon la CNUCED, le nombre de projets greenfield dans le secteur  
assurer une immunité collective (il est inférieur à 10% en Inde et en manufacturier, déjà sur une tendance baissière sur la décennie 2010, a  
l’Indonésie, à 15% au Brésil et en Russie, pour ne citer que les pays les été divisé par deux en 2020. Par ailleurs, les financements de projets  
plus peuplés). Dans plusieurs pays, les autorités ont dû procéder à des étaient en repli jusqu’au T1 2021 et présentent une forte inertie  
reconfinements et, de ce fait, l’activité devrait avoir fortement ralenti (à la suite de la crise de 2008-2009, il avait fallu attendre 2 ans avant  
ou même s’être contractée dans plusieurs pays d’Asie et d’Amérique qu’ils ne repartent). La contribution de ces deux catégories d’IDE à la  
latine.  
croissance sera a priori plus faible qu’au cours des précédentes sorties  
de crises à la fois parce que les capacités d’endettement des États sont  
réduites et que les entreprises multinationales vont procéder à des  
relocalisations.  
La réaccélération de l’inflation est maintenant générale (en mai,  
la hausse médiane des taux d’inflation était déjà de +1,8 point par  
rapport à leur moyenne de 2020), principalement alimentée par les  
cours du pétrole et des matières premières agricoles, ce qui pèse sur Le rebond des prix des matières premières peut toutefois stimuler les  
le pouvoir d’achat, notamment des plus démunis. Après le FMI, la investissements et ainsi aider à élever le potentiel de croissance des  
Banque mondiale a rappelé, dans ses dernières prévisions de juin, les pays concernés ; ce fut le cas pour les pays d’Amérique latine au cours de  
estimations alarmantes du nombre de personnes ayant basculé dans la décennie 2000 durant laquelle le cycle haussier des prix des matières  
la pauvreté l’année dernière. Ainsi, près de 100 millions d’individus premières avait permis d’élever la croissance potentielle de près d’un  
disposent de moins de 1,9 dollar par jour pour vivre, 164 millions selon point de pourcentage. Mais la situation actuelle n’est pas comparable  
une définition plus large tenant compte également de la dégradation à celle des années 2000. À cette époque, l’effet d’entrainement de la  
des soins de santé et de l’éducation. Même dans un scénario de reprise, Chine était maximal, avec un rythme de croissance de 10%, presque le  
le revenu par habitant sera, en 2023, encore inférieur à son niveau de double de ce qu’il est actuellement.  
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019 pour au moins 40% des pays émergents et en développement  
à titre de comparaison, 4 ans après le choc de 2008-2009, cette  
proportion n’était que de 15%).  
(
Achevé de rédiger le 5 juillet 2021  
François Faure  
francois.faure@bnpparibas.com  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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