Emerging

Des perspectives positives à court terme

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Eco Emerging // 4 trimestre 2021  
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ÉGYPTE  
DES PERSPECTIVES POSITIVES À COURT TERME  
La croissance est restée assez élevée en 2020/21 grâce principalement au dynamisme de la consommation des  
ménages et au soutien modéré de la dépense publique. Cela a soutenu les secteurs du commerce de détail et de la  
construction. Poursuivant une gestion des finances publiques prudente, le gouvernement a dégagé un déficit budgé-  
taire en léger repli en 2020/21. Cette amélioration devrait se poursuivre cette année, malgré une possible pression à  
la hausse sur les dépenses courantes. Le principal obstacle à une politique budgétaire plus ambitieuse reste le service  
de la dette du gouvernement, qui, malgré de meilleures conditions de financement, ne se réduira que très graduel-  
lement. Concernant les comptes extérieurs, à la question de l’attractivité de la dette égyptienne dans un contexte  
de resserrement monétaire attendu aux États-Unis, il faut ajouter la vulnérabilité des déficits courants soumis à la  
rigidité des importations, à la hausse du prix des matières premières et à la reprise incertaine du tourisme.  
DYNAMISME DE LA CONSOMMATION DES MÉNAGES  
PRÉVISIONS  
L’activité économique s’est maintenue à un niveau assez élevé (3,3%) au  
cours de l’année fiscale 2020/21 grâce au soutien de la consommation  
des ménages. Cette performance est notable si on la compare aux  
autres pays émergents, et si l’on considère les difficultés rencontrées  
par le secteur du tourisme en période de pandémie.  
2
019  
2020  
2021e  
2022e  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, IPC, var. annuelle, %  
Solde budgétaire, % du PIB 1  
Dette du gouv. central, % du PIB  
Balance courante, % du PIB  
5.6  
13.4  
-8.0  
84  
3.5  
5.6  
-8.0  
90  
3.3  
4.5  
-7.4  
94  
5.6  
5.9  
-6.9  
94  
Depuis le début de 2020, la consommation privée n’a pas connu un  
seul trimestre de contraction. Les restrictions de mouvement liées à  
l’épidémie de Covid-19 ont été très temporaires et n’ont eu que des  
conséquences limitées sur l’activité. Le crédit aux ménages (hors  
immobilier) est resté très soutenu. Il connaît une croissance moyenne  
de plus de 30% en g.a depuis fin 2019, et représentait environ 8,5% du  
PIB en juin 2021 (6,7% à fin 2019). En termes réels, la progression du  
crédit est significative depuis mi-2019 (supérieure à 20% en g.a.) étant  
donné le repli de l’inflation. Parallèlement, les transferts des Égyptiens  
expatriés (principalement dans les pays du Golfe) ont été très élevés  
en 2020/21, malgré une situation économique difficile dans le Golfe en  
-3.6  
36  
-3.1  
34  
-4.2  
36  
-2.8  
37  
Dette externe, % du PIB  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
45  
38  
41  
42  
8.0  
6.1  
6.2  
6.9  
E: ESTIMATIONS ET PRÉVISIONS  
TABLEAU 1  
SOURCE : BNP PARIBAS RECHERCHE ECONOMIQUE GROUPE  
CROISSANCE DU PIB RÉEL (CONTRIBUTIONS, %)  
2
020 et l’accélération des politiques de nationalisation du marché du  
travail. Ces transferts ont progressé de 13% en 2020/21 pour atteindre  
USD 31,4 mds, soit environ 40% des revenus des comptes courants.  
Cette progression semble être liée à la cession d’actifs de la part  
d’expatriés quittant le Golfe et à des transferts financiers contraints  
d’être officialisés en raison des restrictions de déplacement entre les  
pays. Par ailleurs, si le soutien de la politique budgétaire est resté  
modéré, le revenu des catégories de population les plus pauvres a  
bénéficié d’aides ciblées de la part du gouvernement.  
En revanche, l’évolution de l’investissement continue de peser  
sur l’activité (-50% en g.a. au cours des trois premiers trimestres  
de 2020/21), après un repli de 20% en 2019/20. Cela s’explique  
notamment par la baisse de 80% de l’investissement dans le secteur  
des hydrocarbures (environ 18% de l’investissement total).  
Exportations nettes  
Consommation publique  
PIB total (é.d.)  
Investissement  
Consommation privée  
10  
8
6
5
4
3
2
1
0
6
4
2
0
-
-
-
2
4
6
D’un point de vue sectoriel, la bonne tenue de la consommation a profité  
au commerce de détail. Sans surprise, les secteurs de la construction  
2015  
2016  
2017  
2018  
2019  
2020  
2121e  
(
+6,8% en 2020/21) et de l’immobilier (17% du PIB pour l’ensemble)  
GRAPHIQUE 1  
SOURCES : MINISTÈRE DE LA PLANIFICATION, BNP PARIBAS  
alimentent également l’activité, soutenus par les grands projects  
urbains et d’infrastructure. Au contraire, le secteur manufacturier (16%  
du PIB) s’est replié de 5,8% au cours de l’année 2020/21.  
mois de juin. Par ailleurs, le budget 2021/22 prévoit des hausses de  
À court terme, nous anticipons une augmentation de la croissance salaire et des retraites dans le secteur public. Concernant l’activité  
à 5,6% pour l’année 2021/22. Les indicateurs avancés d’activité touristique, la levée des restrictions concernant les arrivants de  
ont rebondi depuis juin 2021. L’indice de production industrielle a certaines destinations ainsi que le possible reflux de la pandémie au  
fortement accéléré depuis la fin du premier trimestre 2021, tandis que niveau mondial devraient soutenir une hausse très progressive de la  
les indicateurs de mobilité sont en zone de reprise d’activité depuis le  
fréquentation.  
La banque  
d’un monde  
qui change  
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POURSUITE DE L’ASSAINISSEMENT BUDGÉTAIRE  
COMPTES COURANTS (% DU PIB)  
Dans un contexte de relatif dynamisme de l’activité, les mesures de  
soutien budgétaire ont été limitées (environ 2% du PIB, mais seule  
une partie a été effectivement dépensée) et ciblées, notamment vers  
les catégories les plus défavorisées et les secteurs les plus exposés.  
Parallèlement, certaines taxes à caractère exceptionnel ont permis  
d’amortir les conséquences du ralentissement économique sur les  
recettes du gouvernement. D’une manière plus structurelle, les recettes  
budgétaires bénéficient de la mise en place de mesures améliorant  
la collecte des revenus depuis 2019, telles que l’automatisation et  
la digitalisation de certaines recettes, ainsi que l’élargissement de  
l’assiette fiscale. Selon des sources gouvernementales, ces mesures  
auraient contribué à environ 15-20% de la hausse des recettes  
budgétaires constatée durant les trois premiers trimestres de 2020/21.  
Au total, celles-ci ont augmenté de 15% sur cette même période.  
Solde commercial  
Services nets  
Transferts nets  
Solde courant (é.d.)  
15  
2
1
0
5
0
5
0
-2  
-
4
-
-6  
-
-
10  
15  
-
8
-20  
-10  
2015  
2016  
2017  
2018  
2019  
2020  
2021e  
De leur côté, les dépenses totales n’ont augmenté que de 11%. Le  
solde budgétaire primaire restera positif en 2020/21 (équivalant à  
environ 1,4% du PIB) et permettra la baisse du déficit budgétaire étant  
donné la quasi stabilité de la charge d’intérêt (+1% en durant les trois  
premiers trimestres de 2020/21). Ce déficit est estimé à 7,4% du PIB  
GRAPHIQUE 2  
SOURCES : BANQUE CENTRALE, BNP PARIBAS  
sur l’ensemble de l’année contre 8% en 2019/20. Le service de la dette VULNÉRABILI EXTÉRIEURE MAÎTRISÉE À COURT TERME  
reste le principal poids qui pèse sur les finances publiques. Bien qu’il  
Grâce au soutien du FMI en 2020, à l’émission régulière d’Eurobonds  
soit en légère baisse à environ 54% des recettes budgétaires totales  
et à l’afflux d’investissements de portefeuille en 2021, la liquidité en  
(
contre 58% en 2019/20), il reste élevé et réduit fortement la marge de  
devises a atteint un niveau satisfaisant. Les réserves de la banque  
centrale s’élevaient à USD 40,7 mds à fin août 2021 (USD 53 mds si on  
manœuvre des politiques publiques.  
Le déficit budgétaire devrait continuer de baisser en 2021/22 (attendu inclut les réserves Tier II), équivalant à 6,1 mois d’importations de biens  
à 6,9% du PIB) dans un contexte d’accélération de l’activité et malg la et services. Néanmoins, ce montant reste inférieur d’environ USD 5 mds  
hausse de la masse salariale du secteur public. Les risques pesant sur par rapport à fin 2019. Les risques pesant sur la liquidité extérieure  
ce scénario central sont notamment l’évolution du prix des matières paraissent limités à court terme compte tenu de l’attractivité de la  
premières alimentaires et énergétiques. Les subventions alimentaires dette égyptienne (le taux réel des émissions à dix ans est actuellement  
représentent 5% des dépenses budgétaires totales et ont augmenté de à 9,2%). Cependant, le besoin de financement extérieur reste significatif  
plus de 10% sur les neuf premiers mois de l’année budgétaire 2020/21. (plus de USD 30 mds si on prend en compte la dette à court terme  
Le prix du blé sur le marché mondial – dont l’Égypte est le premier du secteur public détenue par les non-résidents et que l’on suppose  
importateur mondial – a augmenté de 11% depuis fin juin 2021. Les le renouvellement des dépôts des pays du Golfe auprès de la banque  
conséquences de la hausse des prix du pétrole sont moins évidentes centrale) et des vulnérabilités persistent. Ainsi, le déficit courant est  
étant donné la fin officielle des subventions sur les produits pétroliers élevé (estimé à 4,2% du PIB en 2020/21, soit plus de USD 16 mds) étant  
depuis 2019. Néanmoins, le mécanisme d’ajustement trimestriel des donné la rigidi à la baisse des importations et la faiblesse de l’activité  
prix de vente au détail (dans la limite de 10%) en lien avec les prix sur touristique.  
le marché international n’est pas automatique. Une hausse de 40% du  
À court terme, l’accélération de la croissance devrait favoriser la hausse  
prix du pétrole étant attendue en 2021/22, l’insuffisance de l’ajustement  
des importations, tandis que la reprise de la fréquentation touristique  
des prix de vente pourrait représenter un coût supplémentaire pour les  
serait progressive. La hausse des prix du pétrole devrait creuser le  
finances publiques.  
déficit des comptes énergétiques. Par ailleurs, la pérénité de la hausse  
Le service de la dette devrait continuer de fléchir, mais à un rythme des exportations de GNL constatée depuis mi-2020 reste à confirmer.  
plus lent. L’arrêt attendu du cycle de baisse des taux de la banque En 2021/22, le déficit courant devrait atteindre 2,8% du PIB. Au vu des  
centrale devrait maintenir les taux des émissions de dette en monnaie perspectives mitigées en matière d’investissements directs étrangers  
locale à un niveau élevé. L’allongement des maturités sur le marché (en baisse de 19% durant les trois premiers trimestres de 2020/21, et  
local (les émissions nettes de Tbonds sont supérieures à celles de nous gardons une prévision prudente pour 2021/22 d’un montant d’IDE  
Tbills depuis 2018/19) et l’émission de dette internationale en devises entrants équivalents à 2% du PIB), le maintien d’un important volume  
à moyen-long terme est positive pour la dynamique de dette. Selon le de dette du gouvernement détenue par les non-résidents – par nature  
FMI, la maturité moyenne du stock de dette était de 3,38 ans en février volatile – reste l’élément déterminant de la liquidité en devises. Enfin,  
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021 contre 2,1 ans en juin 2016. Cependant, étant donné la pente Il faut noter que la volon de la banque centrale de limiter la volatilité  
de la courbe des taux pour les émissions en monnaie locale (écart de du taux de change est potentiellement couteuse en devises, comme  
2
30 points de base à l’émission entre le TBill un an et le Tbond 5 ans l’a montré le début de l’année 2020, et rend incertaine l’estimation du  
à fin septembre 2021), la réduction du service de la dette sera très niveau acceptable de réserves de change de la banque centrale.  
graduelle.  
Achevé de rédiger le 7 octobre 2021  
Pascal DEVAUX  
pascal.devaux@bnpparibas.com  
La banque  
d’un monde  
qui change  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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