Conjoncture

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La première économie d’Afrique sub-saharienne tourne au ralenti. Si le rééquilibrage des  
comptes externes affiche quelques progrès, le niveau des importations reste très en deçà  
de celui d’avant-crise. La reconstitution des réserves de change s’accompagne d’une  
aggravation de la vulnérabilité financière, qui in fine pèse sur l’orientation de la politique  
monétaire en raison de la volonté des autorités de maintenir un taux de change stable. La  
fragilisation des comptes publics constitue une contrainte supplémentaire. A court terme, et  
malgré son potentiel élevé, la croissance économique prévue restera inférieure à la  
poussée démographique. En plus du renforcement de la stabilité macroéconomique, les  
autorités devront s’attaquer aux contraintes structurelles qui pèsent sur l’ensemble de  
l’économie.  
p.2  
p.4  
p.7  
Reprise économique  
poussive  
Stabilité macroéconomique  
toujours fragile  
Perspectives de moyen  
terme : lever les contraintes  
structurelles  
2
Conjoncture // Juillet 2019  
economic-research.bnpparibas.com  
La première économie d’Afrique sub-saharienne tourne au ralenti. Si le rééquilibrage des comptes externes affiche quelques progrès, le  
niveau des importations reste très en deçà de celui d’avant-crise. La reconstitution des réserves de change s’accompagne d’une  
aggravation de la vulnérabilité financière, qui in fine pèse sur l’orientation de la politique monétaire en raison de la volonté des autorités  
de maintenir un taux de change stable. La fragilisation des comptes publics constitue une contrainte supplémentaire. A court terme, et  
malgré son potentiel élevé, la croissance économique prévue restera inférieure à la poussée démographique. En plus du renforcement  
de la stabilité macroéconomique, les autorités devront s’attaquer aux contraintes structurelles qui pèsent sur l’ensemble de l’économie.  
Le Nigéria est loin d’avoir tourné la page du choc pétrolier de 2014. Si  
la croissance économique a retrouvé un peu d’allant, elle reste encore  
en net retrait par rapport à ses niveaux d’avant-crise. Surtout, les  
prévisions n’indiquent pas d’améliorations tangibles. Entre une politique  
monétaire restrictive, les fragilités des comptes publics et externes ou  
encore la dégradation des bilans bancaires, les freins demeurent très  
nombreux. Au-delà, c’est la capacité des autorités à s’attaquer aux  
problèmes de fond qui pose question.  
La sortie de récession en 2017 a été portée dans un premier temps par  
le rétablissement du secteur pétrolier après d’importants actes de  
sabotage survenus dans la région du Delta du Niger en 2016. Hors  
agriculture et hors hydrocarbures, la croissance restait négative (-0,6%)  
avant de se reprendre quelque peu en 2018 (+2%) grâce au  
dynamisme soutenu du secteur des technologies de l’information et de  
la communication (TIC). Sans ce dernier, le panorama aurait été encore  
plus sombre avec une progression du PIB réel de seulement 0,9%  
contre 1,1% en 2017. Or, le constat reste similaire au premier trimestre  
2
019. En dehors des TIC, dont la dynamique a contribué pour plus de la  
Selon les derniers chiffres de l’office national de statistiques, la  
moitié de la croissance hors hydrocarbure (cf. graphique 2), l’activité est  
au mieux atone (industrie manufacturière, commerce de détail ou  
immobilier), voire continue de se contracter pour le secteur de la  
finance et celui de l’assurance. Même les performances agricoles sont  
en retrait malgré une croissance de 3,2% au T1. De fait, l’on pouvait  
s’attendre à mieux après une année 2018 particulièrement difficile  
croissance économique a ralenti au premier trimestre 2019 à 2% contre  
2
,4% au trimestre précédent (cf. graphique 1). En outre, ce  
fléchissement ne résulte pas seulement d’une contre-performance du  
secteur des hydrocarbures, dont la valeur ajoutée s’est contractée de  
2
,4%. Hors hydrocarbures (91% du PIB réel), la croissance a aussi  
décéléré, passant de 2,7 % au T4 2018 à 2,5% au T12019. Plus qu’un  
coup d’arrêt, cela illustre les fragilités de la reprise économique à  
l’œuvre depuis la contraction du PIB réel en 2016.  
(
+2,1% en 2018 contre une moyenne de 4,5% entre 2010 et 2014).  
Taux de croissance  
Contribution à la croissance hors hydrocarbures  
Agriculture  
Information et communication  
PIB hors hydrocarbures  
Secondaire  
Autre services  
g.a., %  
% points  
1
0
8
6
4
2
0
2
4
PIB réel  
10  
PIB hors hydrocarbures  
8
6
4
2
0
-
-
-
-
2
4
2011  
2012  
2013  
2014  
2015  
2016  
2017  
2018  
2019  
2011  
2012  
2013  
2014  
2015  
2016  
2017  
2018  
2019  
Graphique 1  
Source : NBS  
Graphique 2  
Source : NBS  
3
Conjoncture // Juillet 2019  
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Les vents contraires restent puissants. Le secteur agricole pâtit des Plusieurs éléments limitent la portée de cette baisse de taux. La CBN  
nombreux conflits au centre et au nord du pays alors que des pans pilote essentiellement la gestion de la liquidité via des émissions  
entiers de l’économie continuent de souffrir des restrictions imposées massives de titres. Depuis 2015, les taux interbancaires sont ainsi  
sur une quarantaine de produits d’importation. En outre, la demande régulièrement supérieurs au taux directeur, ce qui réduit les signaux  
domestique est déprimée. Depuis 2014, le PIB réel par habitant ne envoyés par ce dernier (cf. graphique 6), sans parler du coût élevé  
cesse de se contracter et l’atonie de la croissance hors hydrocarbures, d’une telle politique (1,1% du PIB rien qu’en 2018 selon le FMI).  
conjuguée à la forte progression de la population active (+4,5%), s’est  
traduite par une envolée du taux de chômage. De 10% à fin 2015, ce  
dernier atteint désormais 23% (plus 20% si l’on prend en compte le  
sous-emploi). A cela s’ajoute la persistance d’une inflation élevée  
Crédit bancaire au secteur privé  
g.a., %  
(
2
cf. graphique 3) qui, après une première baisse entre fin 2017 et mi-  
018 grâce à la stabilisation du taux de change, oscille autour de 11%  
30  
Variation réelle  
Variation nominale  
2
0
0
0
depuis, en raison notamment des fortes pressions sur les prix  
alimentaires (50,7% de l’indice).  
1
Inflation  
-
-
-
10  
20  
30  
g.a., %  
Total  
Alimentation  
Hors alimentation  
2
2
1
1
5
0
5
0
5
0
2
010  
2011  
2012  
2013  
2014  
2015  
2016  
2017  
2018  
2019  
Graphique 4  
Source : Banque centrale  
Indicateur de solidité financière  
%
Taux de créances non performantes  
Ratio de capitalisation  
2
1
1
1
1
1
0
8
6
4
2
0
8
6
4
2
0
2
010  
2011  
2012  
2013  
2014  
2015  
2016  
2017  
2018  
2019  
Graphique 3  
Source : Banque centrale  
Enfin, la croissance du crédit bancaire au secteur privé était toujours  
négative à fin avril 2019, aussi bien en terme réel (déflaté de l’inflation)  
que nominal (cf. graphique 4). De par leur exposition élevée au secteur  
pétrolier (30% des encours à l’économie), les banques ont en effet dû  
faire face à une forte détérioration de leur portefeuille de crédits  
(
cf. graphique 5) dont les stigmates sont encore loin d’être effacés. Le  
T1 T2 T3 T4 T1 T2 T3 T4 T1 T2 T3 T4 T1 T2 T3 T4 T1 T2 T3 T4  
2014  
taux de créances non-performantes est passé de 3% fin 2014 à 15% à  
la mi-2017 avant de revenir à 11% en 2018 grâce à la hausse des cours  
du pétrole. Selon le FMI, la part importante de prêts restructurés  
pourraient masquer une situation bilancielle plus dégradée alors que les  
ratios de capitalisation demeuraient inférieurs de trois points à leur  
niveau d’avant-crise. Par ailleurs, les rendements offerts sur les bons  
du Trésor étant élevés, il en résulte un effet d’éviction qui devrait  
persister à court terme.  
2015  
2016  
2017  
2018  
Graphique 5  
Sources : Banque centrale, FMI  
Taux d'intérêt  
%
Taux directeur  
Taux interbancaire  
Croissance de la masse monétaire  
60  
50  
40  
30  
20  
10  
0
L’orientation de la politique monétaire soulève des interrogations. Après  
plus de deux ans de politique monétaire très restrictive, la Banque  
centrale du Nigéria (CBN) a procédé à une baisse homéopathique de  
son taux directeur de 14% à 13,5% fin mars.  
-
10  
2010  
2011  
2012  
2013  
2014  
2015  
2016  
2017  
2018  
2019  
Graphique 6  
Sources : Banque centrale  
4
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De plus, l’inflation se situe toujours au-dessus de la cible de 6-9% fixée  
par les autorités monétaires mais aussi les risques sont plutôt haussiers  
en raison de la hausse prévue des deux tiers du salaire minimum  
(
secteurs privé et public), même si les effets sont difficilement  
mesurables à ce stade.  
Avec plus de 90% des exportations générées par le secteur pétrolier, le  
Nigéria a subi un choc macroéconomique violent. Les comptes  
extérieurs ont basculé dans le rouge en 2015, entraînant un  
assèchement des liquidités en devise qui in fine aboutira à la mise en  
place de restrictions d’importations. Depuis, les progrès ont été  
indéniables.  
Surtout, la CBN est contrainte par la politique de change. Afin d’amortir  
le choc extérieur généré par la chute des recettes exportations  
pétrolières, les autorités monétaires ont, dans un premier temps,  
dévalué le cours officiel du Naira de 30% avant d’instaurer, en avril  
2
017, une nouvelle fenêtre d’accès à la Naira à des conditions de  
marché pour les investisseurs et les exportateurs.  
Contrairement aux autres producteurs de pétrole africains, le compte  
courant est redevenu excédentaire dès 2016 (cf. graphique 8).  
Conjugué à un afflux important de capitaux en 2017, le Nigéria a ainsi  
pu reconstituer un matelas de devises confortable. Des tensions sur la  
balance des paiements sont néanmoins réapparues en 2018, rappelant  
à quel point la stabilité extérieure était fragile. L’incapacité des autorités  
à accroître les ressources hors hydrocarbures et l’envolée des charges  
d’intérêt de la dette pèsent également sur les finances publiques dont la  
dynamique inquiète.  
Le taux NAFEX est ainsi devenu le cours de référence en s’alignant sur  
celui du marché parallèle (cf. graphique 7). L’écart entre ce dernier et le  
taux de change officiel s’est réduit à 20% après avoir atteint un pic de  
60% en février 2017. Plus de 70% des transactions commerciales et  
financières transitent ainsi par cette fenêtre, à un cours qui s’est  
rapidement stabilisé autour de NGN/USD360. En ce qui concerne le  
taux officiel, il est fixé à NGN/USD305 et il est essentiellement utilisé  
pour les importations de produits pétroliers et le service de la dette  
extérieure.  
Compte courant  
Malgré les distorsions que cela implique, le président du Nigeria et le  
gouverneur de la CBN, ne sont pas favorables à une convergence des  
taux qui, selon eux, comporterait surtout des effets inflationnistes.  
Nigéria  
%
du PIB  
1
0
5
0
5
Autres producteurs de pétrole, Afrique subsaharienne  
Taux de change  
NGN/USD  
Officiel  
Parallèle  
NAFEX  
600  
500  
400  
300  
200  
100  
0
-
-
-
10  
15  
2010  
2011  
2012  
2013  
2014  
2015  
2016  
2017  
2018  
Graphique 8  
Sources : Banque centrale, FMI  
2015  
2016  
2017  
2018  
2019  
Graphique 7  
Sources : Banque centrale, Bloomberg  
Or, la position extérieure demeure encore fragile, tant au niveau des Le rééquilibrage des comptes extérieurs a subi un coup d’arrêt en 2018.  
transactions courantes que de la structure de financement (voir ci- Malgré la bonne tenue des exportations pétrolières, l’excédent du  
dessous). La CBN, en émettant massivement des titres pour éponger la compte courant été divisé par deux, à USD 5 mds, en raison de  
liquidité ces dernières années, a notamment accentué la vulnérabilité l’envolée d’importations de services. En tant qu’importateur de produits  
du Nigéria aux sorties de capitaux. A fin avril, les investisseurs non- pétroliers raffinés, la hausse des cours du Brent a également généré un  
résidents en détenaient pour l’équivalent de USD 15 mds contre un surcroît de plus de USD 3 mds d’importations de biens.  
stock de réserves de changes de USD 45 mds.  
Une méga-raffinerie est en cours de construction. Elle pourrait être  
Le Nigéria ne peut donc pas se permettre de voir les rendements sur opérationnelle d’ici 2 à 3 ans et devrait permettre de couvrir les besoins  
les titres publics (dont ceux émis par la CBN) baisser trop fortement, au du marché local. D’ici là, les importations de produits raffinés  
risque de fragiliser la stabilité de son régime de change. En d’autres continueront de représenter l’équivalent de 20% des exportations de  
termes, les marges d’assouplissement monétaire resteront très limitées.  
pétrole.  
5
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En outre, le Nigéria a été aussi affecté par des sorties massives de d’équipements (construction de la nouvelle raffinerie). A ce stade, on  
capitaux à partir d’avril (USD 9 mds selon le FMI), dont les effets n’ont estime toujours que le Nigéria sera toujours en mesure de dégager un  
été que partiellement amortis par une nouvelle émission euro- léger excédent courant autour de 1-1,5% du PIB en 2019 et 2020, sous  
obligataire en novembre (USD 2,86 mds) après celle de février réserve d’une stabilisation du cours du Brent à USD 65. Cela suppose  
(
USD 2,5 mds). Les réserves de change ont ainsi diminué de 10% sur également une stabilisation des importations à USD 40 mds, et donc le  
les neuf derniers mois de l’année, concluant 2018 sur une quasi- maintien des politiques protectionnistes mises en place après le choc  
stabilité alors qu’elles avaient doublé entre octobre 2016 et fin 2017.  
pétrolier. En 2014, les importations de biens atteignaient USD 61 mds.  
Réserves de change  
Flux entrant de capitaux  
60  
50  
40  
30  
20  
10  
0
12  
10  
8
mm12 annualisée  
Autre  
Investissements de portefeuille  
IDE  
3
5
En mds de USD En mois d'importations de B&S (é.d.)  
30  
25  
20  
15  
10  
5
0
6
4
2
0
-5  
2
010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019  
2010  
2011  
2012  
2013  
2014  
2015  
2016  
2017  
2018  
2019  
Sources : Banque centrale, BNP Paribas  
Graphique 9  
Sources : Banque centrale, FMI  
Graphique 11  
Depuis la pression s’est quelque peu atténuée. Les réserves de  
changes ont repris presque USD 3 mds entre janvier et mai pour  
s’établir à USD 45 mds (cf. graphique 9), soit un niveau relativement  
proche du pic historique. Pour autant, le tableau général reste mitigé.  
Exprimées en mois d’importations de biens et services, les réserves de  
changes étaient inférieures à sept mois contre presque dix mois début  
Indicateur de vulnérabilité extérieur  
Engagements extérieurs de CT  
USD mds  
%
Réserves de change  
7
0
0
140  
120  
100  
80  
Ratio de hot money (é.d.)  
6
2
018. Si cela reste confortable pour se prémunir d’un éventuel choc à  
50  
court terme, le Nigéria aura besoin d’amortisseurs plus importants pour  
assoir durablement sa stabilité extérieure en raison de l’importance des  
investissements de portefeuille.  
40  
30  
20  
10  
0
60  
40  
Comptes extérieurs et cours du pétrole  
20  
USD mds  
USD  
0
1
0
8
6
4
2
0
2
4
6
8
140  
2005  
2007  
2009  
2011  
2013  
2015  
2017  
2019T1  
Compte courant  
Brent (é.d.)  
Graphique 12  
Sources : Banque centrale, BNP Paribas  
1
1
8
6
4
2
0
20  
00  
0
La position extérieure repose sur une structure de financement de plus  
en plus volatile. Sur les USD 7,6 mds de flux entrants de capitaux au  
T1 2019, USD 7,1 mds étaient des investissements de portefeuille dont  
0
8
0% de dette à court terme. Certes, cette proportion extrêmement  
-
-
-
-
0
élevée de flux de court terme peut s’expliquer par les tensions  
inhérentes à la tenue d’élections présidentielles fin février. Néanmoins,  
les flux de portefeuille ont contribué pour moitié à l’envolée des flux de  
capitaux sur les deux dernières années (cf. graphique 11) pendant que  
les investissements directs étrangers demeuraient désespérément bas  
0
2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019  
Graphique 10  
Sources : Banque centrale, FMI  
(
0,7% du PIB en moyenne). Il y a peu de raisons que cela change à  
La chute prononcée des cours du Brent, à USD 60,4, a refait basculer court terme, le Nigéria offrant des conditions financières suffisamment  
intéressantes (rendements élevés, stabilité du taux de change) aux  
quelques mois à peine après une contre-performance relativement yeux d’investisseurs étrangers en quête de rendement. Le stock de  
similaire au T3 2018 liée à un volume significatif d’importations de biens « hot money », déjà élevé (130% des réserves de change au T1 2019,  
le compte courant dans le rouge au T1 2019 (cf. graphique 10),  
6
Conjoncture // Juillet 2019  
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cf. graphique 12), risque donc de continuer de croître, accentuant de constitué de BDT) laissent penser que les taux ne redescendront pas  
facto la vulnérabilité financière future à un retournement de la confiance beaucoup plus bas. Avec des charges d’intérêts qui devraient continuer  
des investisseurs.  
d’absorber plus de 20% du budget en 2019 et 2020, la flexibilité  
budgétaire en cas de nouvelles déconvenues restera donc limitée.  
Balance budgétaire  
La situation des finances publiques soulève également des inquiétudes  
en raison de l’incapacité des autorités à améliorer la collecte fiscale.  
Tombées au niveau historiquement bas de 5,6% du PIB en 2016, les  
recettes consolidées de l’Etat se sont quelque peu redressées depuis,  
grâce au rebond des cours du pétrole. Néanmoins, elles n’atteignaient  
que 8,7% du PIB en 2018, soit l’un des ratios les plus faibles d’Afrique  
sub-saharienne. Plus inquiétant encore, les recettes hors pétrole se  
sont aussi érodées de 0,4 point de PIB entre 2015 et 2018 pour se  
situer à un niveau exceptionnellement bas de 3,7% du PIB.  
En mds de NGN  
En % du PIB (é.d.)  
1
000  
0
1
0
-
-
-
1 000  
2 000  
3 000  
-
-
-
-
-
1
2
3
4
5
-4 000  
-5 000  
-
6 000  
Les conséquences sont multiples. Premièrement, cela obère toute  
perspective de consolidation rapide des comptes publics même si les  
prix du pétrole sont stables. Le déficit général du gouvernement, qui  
s’est légèrement réduit à 4,9% du PIB en 2018 après avoir atteint un pic  
à 5,3% en 2017, resterait ainsi supérieur à 4% cette année et en 2020  
-7 000  
-8 000  
-6  
2
010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018e 2019p 2020p  
Graphique 13  
Sources : FMI, BNP Paribas  
(
cf. graphique 13). Ce ratio était deux fois moins élevé en 2014.  
Dépenses budgétaires  
Deuxièmement, les marges de manœuvre de l’Etat sont extrêmement  
réduites. Sans surprise, le niveau des dépenses publiques est aussi  
parmi les plus bas d’Afrique sub-saharienne (cf. graphique 14). En  
particulier, l’investissement public est estimé à 3,3% du PIB en 2018,  
soit 1 point de moins en moyenne que les autres producteurs de pétrole  
africains pourtant également soumis à de fortes contraintes budgétaires.  
% du PIB  
25  
20  
15  
10  
5
La faiblesse des ressources domestiques pèse aussi sur la solvabilité  
de l’Etat. Le creusement du déficit budgétaire depuis 2014 a entraîné  
un gonflement de la dette publique. Si celle-ci reste à niveau modéré à  
2
2,4% en 2018, elle représente 2,5 fois le montant des recettes du  
gouvernement. Surtout, son coût s’est envolé durant cette période en  
raison de la montée des taux sur le marché domestique. Les charges  
d’intérêts absorbent désormais plus de 20% des revenus du  
gouvernement contre 9% en 2014 (cf. graphique 15). Le gouvernement  
cherche à contourner le problème en sollicitant davantage les marchés  
financiers internationaux. L’objectif est de porter la part de la dette en  
devise dans l’endettement total à 40% contre 32% actuellement.  
Nigéria  
Angola  
Autres pays  
producteurs de  
pétrole  
Afrique sub-  
saharienne  
Graphique 14  
Dette générale du gouvernement  
Sources : FMI, BNP Paribas  
Cette stratégie est en apparence cohérente mais elle n’est pas sans  
danger puisqu’elle augmente l’exposition du souverain au risque de  
change. La dette publique en devise est faible, inférieure à 6% du PIB,  
et le risque de refinancement est modéré, les premiers  
remboursements de principal importants d’eurobonds n’arrivant pas  
avant 2025. En outre, avec un spread de 500 points de base (en ligne  
avec les autres émetteurs africains), les conditions de financement  
devraient rester meilleures que sur le marché domestique.  
%
des recettes  
Dette en devise étrangère  
% du PIB  
du gouvernement  
2
2
1
1
5
0
5
0
5
0
Dette domestique  
25  
20  
15  
10  
5
Charges d'intéret (é.d.)  
Malgré une détente des taux depuis le retour des investisseurs non-  
résidents sur le marché local de la dette, les rendements des bons du  
Trésor (BDT) sur des maturités courtes se situent encore entre 12% et  
0
14% (cf. graphique 16). Or, la nécessité de défendre le peg, la  
2010  
2011  
2012  
2013  
2014  
2015  
2016  
2017 2018e  
persistance d’une inflation élevée et les importants besoins de  
financement du gouvernement (20% du stock de la dette domestique est  
Graphique 15  
Sources : DMO, FMI, BNP Paribas  
7
Conjoncture // Juillet 2019  
economic-research.bnpparibas.com  
Rendements des bonds du Trésor  
De fait, la production pétrolière est attendue à 2,1 millions de b/j en  
020 (cf. graphique 18), ce qui restera assez loin des pics atteints en  
2
%
2005 et en 2010. L’insécurité persistance dans la région du Delta du  
Niger demeure l’un des principaux freins au développement de  
l’industrie pétrolière. Pour contourner ces problèmes, les compagnies  
étrangères se sont tournées vers les réserves situées en offshore  
profond mais le coût de production élevé et les atermoiements sur la  
réforme du cadre réglementaire en limitent l’attractivité.  
3
mois  
6 mois  
1 an  
2
2
1
1
5
0
5
0
5
0
Taux de croissance  
g.a, en %  
PIB réel  
PIB réel par habitant  
1
0
8
6
4
2
0
2
4
2
014  
2015  
2016  
2017  
2018  
2019  
Graphique 16  
Sources : Banque centrale, Datastream  
-
-
Combien de temps faudra-il au Nigéria pour retrouver sa dynamique de  
croissance d’avant-crise ? Le potentiel du pays est indéniable. Malgré  
les difficultés de ces dernières années, le Nigéria reste la première  
économie africaine avec PIB de USD 435 mds.  
-6  
2
000-2010  
2012  
2014  
2016  
2018  
2020p  
2022p  
2024p  
Graphique 17  
Source : FMI  
Selon l’ONU, sa population devrait plus que doubler à horizon 2050 Production de pétrole  
pour atteindre 410 millions d’habitants, dont 70% résideraient dans des  
zones urbaines (contre 50% aujourd’hui). Le Nigéria deviendrait ainsi le  
troisième pays le plus peuplé de la planète. Or, avec des besoins socio-  
économiques déjà immenses (le PIB par habitant est seulement de  
USD 2000), ces tendances démographiques peuvent être vues comme  
une menace ou comme une formidable opportunité d’investissements.  
Pour l’instant, c’est le pessimisme qui prédomine.  
Millions de barils / jour  
3
2
1
0
Avec une croissance économique qui ne se redresserait que  
timidement pour atteindre 2,5% en 2020 avant de se stabiliser par la  
suite, le niveau de richesse réel par habitant devrait continuer de  
s’éroder (cf. graphique 17), soulignant la nécessité de s’attaquer au  
plus vite aux nombreuses rigidités structurelles qui affectent l’économie.  
2002 2004 2006 2008 2010 2012 2014 2016 2018 2020  
Graphique 18 Sources : JODI, BNP Paribas  
A première vue, les performances de l’industrie pétrolière au Nigéria  
sont plutôt satisfaisantes. La production est pratiquement revenue à  
Le processus est complexe et dure depuis plus d’une décennie. Il va  
d’une refonte de la fiscalité à la restructuration de la compagnie  
nationale, la NNPC, et au rôle de l’Etat actionnaire. En particulier, l’Etat  
2
millions de barils par jour (b/j) après être tombée à 1,8 million en 2016  
en raison d’actes de sabotage. Par ailleurs, le gigantesque champ chercherait à réduire à 40% sa participation dans les coentreprises  
pétrolier Egina vient tout juste d’entrer en production. Son apport est  
estimé à 200 000 barils par jour, soit 10% de la production nationale.  
Néanmoins, le Nigéria est en mesure de faire beaucoup mieux, compte guère porteur pour ce genre d’initiative. Surtout, le faible intérêt du  
pétrolières constituées avec compagnies étrangères d’ici la fin de  
l’année 2019, contre 55-60% aujourd’hui. Mais le contexte actuel n’est  
tenu des énormes réserves dont il dispose dans son sous-sol (1/3 du  
total en Afrique) et de la maturité de son industrie (les compagnies  
étrangères sont actives depuis 1950).  
président Buhari pour réorganiser le secteur pétrolier durant son  
premier mandat n’augure pas de grands changements à venir.  
8
Conjoncture // Juillet 2019  
economic-research.bnpparibas.com  
dans le secteur des hydrocarbures avec des retombées sur le reste de  
l’économie en général limitées.  
La mise en place de réformes n’est pas seulement cruciale pour l’avenir  
de l’industrie pétrolière, elle l’est autant - si ce n’est plus - pour le reste  
de l’économie.  
Investissements directs étrangers  
%
du PIB  
Nigéria  
Afrique sub-saharienne  
4
3
2
1
0
Le défi est colossal. Les différentes enquêtes menées sur  
l’environnement des affaires placent en général le Nigéria parmi les  
pays les plus difficiles au monde. C’est notamment le cas de l’enquête  
e
de la Banque mondiale qui le situe à la 146 place sur 190 pays. Cette  
performance d’ensemble doit être nuancée.  
Malgré un saut de plus vingt places sur les trois dernières années, le  
Nigéria n’est revenu qu’au niveau moyen de l’Afrique sub-saharienne,  
elle-même se plaçant assez loin des standards internationaux. En outre,  
cette progression résulte principalement de la simplification de  
procédures réglementaires et non pas d’une amélioration des  
infrastructures qui demeurent un véritable obstacle au développement  
du secteur privé. La fourniture d’électricité est particulièrement  
défaillante. Le Nigéria dispose d’une capacité de 12500 megawatts  
2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018  
Graphique 20  
Sources : CNUCED, FMI, BNP Paribas  
(
MW) pour alimenter un pays de 190 millions d’habitants alors qu’il en  
Indicateurs de gouvernance  
faudrait quasiment le double. Surtout, la production générée sur le  
réseau peut tomber sous 4000 MW en raison de la faible puissance de  
son réseau, obligeant industriels et particuliers à se tourner vers des  
systèmes alternatifs plus onéreux. Les surcoûts générés par le manque  
d’infrastructures physiques (ports, routes) et sanitaires sont également  
significatifs.  
Percentile  
Nigéria  
Afrique sub-saharienne  
Participation citoyenne  
Pays émergents  
Stabilité politique  
5
4
3
2
1
0
0
0
0
0
0
Lutte contre la corruption  
Taux d'investissement  
%
du PIB  
2010  
2014  
2018  
35  
30  
25  
20  
15  
10  
5
0
Respect des lois  
Efficacité du gouvernement  
Qualité de la réglementation  
Graphique 21  
Sources : Banque mondiale, BNP Paribas  
Reste un autre écueil à surmonter : la gouvernance. Si la mise en place  
de réformes devrait stimuler l’investissement, il faudra aussi s’assurer  
de la qualité de leur exécution. Or, le classement du Nigéria dans les  
indicateurs de gouvernance de la Banque mondiale (cf. graphique 21)  
témoigne du chemin qui reste à parcourir.  
Nigéria  
Autres producteurs de  
pétrole africains  
Afrique sub-saharienne  
Graphique 19  
Sources : FMI, BNP Paribas  
Il n’est pas étonnant dès lors de voir le Nigéria enregistrer des niveaux  
d’investissement structurellement bas. La dynamique s’est même  
détériorée ces dernières années en raison de l’aversion des banques  
au risque, l’atonie de la croissance et la pression sur les finances  
publiques. En 2018, le taux d’investissement était ainsi inférieur à 14%  
du PIB contre 16% en 2014 (cf. graphique 19). A titre de comparaison,  
ce ratio atteignait 23% en moyenne pour les autres producteurs  
africains de pétrole et 25% pour le sous-continent. Le Nigéria attire  
aussi de plus en plus difficilement des investissements directs étrangers  
***  
Le Nigéria semble avoir été durablement affecté par le choc pétrolier de  
014. Si la contrainte de l’accès aux devises étrangères s’est en partie  
desserrée, les conditions macroéconomiques ne permettent pas pour le  
moment à l’économie de retrouver véritablement le chemin de la  
croissance.  
2
(
cf. graphique 20). Ainsi en 2018, ce dernier en a reçu moins que le En revanche, la réélection du président Buhari a levé une source  
Ghana, dont le PIB est pourtant 6 fois plus petit. De plus, les d’incertitude majeure. Sa victoire assez nette au premier tour et la  
investissements directs étrangers au Nigéria sont concentrés surtout mainmise de son parti, l’APC, sur l’Assemblée nationale et le Sénat lui  
9
Conjoncture // Juillet 2019  
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donnent ainsi des marges de manœuvre pour mettre en place les  
réformes inscrites dans le plan de relance et de croissance  
économiques (ERPG 2017-2020). Ce programme établit un état des  
lieux de l’économie partagé par les principales organisations  
internationales. La mise à niveau des infrastructures, notamment  
énergétiques, l’élaboration de politiques sectorielles visant à accélérer  
la diversification de l’économie, ou encore la revitalisation de l’industrie  
pétrolière y figurent en bonne place.  
Cependant, pour passer des bonnes intentions aux actes, les  
différentes strates du pouvoir devront faire preuve d’une meilleure  
cohésion pour surmonter les défis structurels dans un environnement  
international peu porteur et une contrainte financière forte.  
er  
Achevé de rédiger le 1 juillet 2019  
stephane.alby@bnpparibas.com