Conjoncture

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Conjoncture // Février 2019  
economic-research.bnpparibas.com  
La première année du mandat du président Joao Lourenço a été marquée par une inflexion assez positive des politiques économiques,  
compte tenu de sa volonté d’assainir les pratiques politiques et de l’ampleur des réformes économiques entreprises. La fin de l’arrimage  
du kwanza au dollar a permis d’alléger certaines tensions sur le marché des changes, même si elles restent importantes. L’accord de  
financement récemment signé avec le FMI contribuera à mettre en œuvre les réformes structurelles. Celles-ci visent à diversifier  
l’économie en encourageant le développement du secteur privé. Toutefois, les perspectives économiques globales à court terme restent  
liées à l’évolution des prix internationaux du pétrole en raison de l’absence de diversification de l’économie angolaise. De plus, les  
difficultés persistantes du système bancaire continuent de peser sur le secteur privé. Aussi la reprise devrait-elle être, au mieux, très  
progressive compte tenu de la persistance des déséquilibres macroéconomiques.  
Malgré l’inflexion positive de la politique économique mise en œuvre La plupart de ces réformes ont porté sur le soutien au développement  
par le nouveau gouvernement et la remontée des prix du pétrole, le du secteur privé. Après la simplification des procédures administratives  
pays reste confronté à plusieurs défis. Le secteur pétrolier se dégrade, visant à attirer les investissements directs étrangers (délivrance de  
la liquidité en devises est exposée à de fortes tensions, le pouvoir visas et de permis de séjour), des progrès ont également été réalisés  
d’achat des ménages s’amenuise et le système bancaire est en butte à dans l’accès à l’électricité, la promotion de la concurrence et la lutte  
de sérieuses difficultés. Le spread souverain en devises reste plus contre les monopoles. Une nouvelle loi sur l’investissement étranger a  
élevé que dans l’ensemble des marchés émergents, de sorte que le été approuvée. Elle supprime l’obligation d’investir au minimum  
coût des emprunts sur les marchés de capitaux internationaux reste de USD 230 000 et de s’associer à un partenaire local détenant au  
relativement onéreux. L’aide financière du FMI, après environ deux ans moins 35 % du capital. De plus, l’AIPEX (Agence pour les  
de coopération, est une mesure particulièrement bienvenue et de investissements privés et les exportations) a été créée pour régir les  
nature à rassurer les agents économiques. La politique économique du relations entre le gouvernement et les investisseurs. Par ailleurs, une  
1
gouvernement angolais a manifestement changé mais le redressement liste de 74 entreprises publiques à privatiser a été établie.  
prendra du temps.  
Le gouvernement semble également agir en faveur d’une légère  
amélioration de la transparence et de la réduction de la corruption . Une  
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unité anti-corruption a été créée en mars 2018 et plusieurs hauts  
responsables de l’ancienne administration ont été démis de leurs  
fonctions et poursuivis. Si les poursuites pour fraude et l’arrestation  
Depuis sa prise de fonction en septembre 2017, le président Joao  
finale du fils de l’ancien président montrent que la famille Dos Santos a  
Lourenço a lancé d’importantes réformes destinées à améliorer la  
nettement perdu de son influence en 2018, l’arrestation de quelques  
transparence du secteur financier et la rentabilité des entreprises  
personnalités de haut rang ne suffira pas à remédier à la corruption  
publiques, à libéraliser le régime de change, mais aussi à améliorer le  
endémique qui sévit au sein des institutions angolaises.  
climat des affaires et la perception de ce dernier par les investisseurs  
internationaux. Lannée qui a suivi son arrivée au pouvoir, le Cependant, selon le classement «Doing Business» 2019 de la Banque  
e
gouvernement a envoyé des signaux positifs de changement politique mondiale, l’Angola n’a progressé que de deux places (de la 175 place  
e
en centrant son programme sur la lutte contre la corruption et les à la 173 sur 190 pays). Cette avancée est principalement due à  
réformes en faveur de l’économie de marché.  
certaines améliorations en matière d’accès  
à
l’électrici,  
d’enregistrement de la propriété et d’exécution des procédures  
douanières. De même, l’Indice de gouvernance fait ressortir un léger  
mieux en matière de participation et de responsabilisation citoyenne,  
d’efficacité des pouvoirs publics, de stabilité politique et de lutte contre  
la corruption. Malgré cela, l’opacité reste la règle dans le milieu des  
affaires angolais.  
En avril 2018, le parti au pouvoir, le Mouvement populaire de libération  
de l'Angola (MPLA), a convoqué un congrès extraordinaire en  
septembre 2018; une transition politique s’est alors opérée à la tête du  
parti (dernier vestige de l’hégémonie Dos Santos) au profit du nouveau  
président, qui a ainsi acquis une autorité incontestée auprès de l’élite  
politique et du milieu des affaires angolais.  
1
Après avoir remplacé plusieurs postes clés dans les domaines politique  
et économique afin de tourner la page de l’époque Dos Santos, le  
gouvernement a entrepris plusieurs réformes en vue d’attirer de  
nouveaux investissements et d’accélérer le potentiel de croissance.  
Parmi les entreprises qui feraient l’objet d’une privatisation (partielle ou totale)  
figurent les ports du pays, la compagnie aérienne nationale (TAAG), la Banque du  
Commerce et de l’Industrie (BCI) et la compagnie d’assurance Ensa.  
2
e
Comme le montre le classement plutôt bas de l’Angola (à la 167 place sur 180  
pays) dans l’Indice de perception de la corruption de Transparency International.  
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La nouvelle politique de change a permis d’améliorer la liquidité en la gestion des accords de partage de la production, dont Sonangol avait  
devises. Après l’abandon de l’arrimage au dollar en janvier 2018, le auparavant la responsabilité.  
kwanza (AOA) a été progressivement déprécié de manière contrôlée  
par la banque centrale par le biais d’enchères. Depuis octobre 2018, le  
volume des devises étrangères a augmenté et la banque centrale a  
ainsi cessé la vente directe de devises, désormais réalisées au travers Les relations entre l’Angola et le FMI sont depuis toujours tendues, le  
de banques commerciales autorisées. Par ailleurs, un texte de loi visant Fonds reprochant à Luanda ses pratiques de gestion peu transparentes.  
à faciliter le rapatriement de fonds détenus à l’étranger et à réduire la Ce n’est qu’en 2009, lors du dernier krach pétrolier, que l’Angola a  
pénurie de devises a été approuvé.  
obtenu pour la première fois auprès du FMI un accord de confirmation,  
d’un montant de USD 1,4 md, destiné à l’aider à régler ses problèmes  
de liquidités.  
Enfin, le secteur des hydrocarbures a également fait l’objet d’une  
importante réforme. Une nouvelle législation, ayant pour objet de définir  
des règles claires et transparentes concernant le développement de En 2018, les autorités angolaises ont de nouveau coopéré avec le FMI  
réserves gazières et d’introduire des baisses d’impôts pour les champs pour lequel la transition politique actuelle constitue une véritable rupture  
pétroliers marginaux (ceux dont les réserves sont plus faibles ou dans l’histoire récente du pays, compte tenu des réformes ambitieuses  
présentant des défis techniques spécifiques), a été votée. De plus, le qui ont été lancées pour remédier aux déséquilibres  
président Lourenço a créé la nouvelle Agence nationale du pétrole et du macroéconomiques et structurels du pays.  
gaz qui sera chargée des attributions de concessions pétrolières et de  
Angola : Aperçu du programme de réformes (2017-2022)  
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017-2018  
2018-2021  
2022  
Programme de  
stabilisation  
Mécanisme élargi de crédit (FMI)  
Plan de développement  
national  
macroéconomique  
(lancé par les autorités)  
(
lancé par les autorités)  
Politique budgétaire  
Accroissement des recettes fiscales  
hors secteur pétrolier, y compris par  
l’adoption de la TVA.  
Politique monétaire et secteur bancaire  
-
Assainissement préalable  
- Poursuite de  
des finances publiques pour  
juguler la croissance de la  
dette.  
l’assainissement budgétaire  
par l’accroissement de la part  
des recettes non pétrolières et  
la réduction des subventions  
aux entreprises publiques.  
-
- Mesures visant à remédier à la  
demande non satisfaite de devises et  
suppression de la liste prioritaire pour  
l’allocation de monnaies étrangères.  
-
Flexibilisation accrue du  
-
Rationalisation des dépenses,  
notamment par la réforme du système - Renforcement de la gestion de la  
de subventions.  
régime de change.  
-
Abaissement du ratio de la  
liquidité par la mise en œuvre d’un  
dispositif de ciblage de la monnaie  
centrale.  
-
Amélioration du profil de la  
dette publique à des niveaux  
offrant plus de sécurité à  
moyen terme.  
dette publique grâce à des  
opérations de gestion des  
passifs.  
-
Amélioration de la gestion de la dette  
en encourageant le développement du  
marché primaire pour la dette  
intérieure.  
- Mise en place d’un examen de la  
qualité des actifs pour huit banques  
d’importance systémique.  
-
Apurement des arriérés au  
-
Début d’apurement des  
plan national.  
arriérés de paiement  
intérieurs.  
-
Réduction des risques budgétaires  
moyennant la mise en œuvre d’une  
stratégie de cession, par Sonangol, de lutte contre le blanchiment de capitaux,  
ses activités non stratégiques.  
- Augmentation de la part non  
pétrolière du PIB grâce au  
développement de l’agriculture  
et de l’industrie  
- Présentation d’une nouvelle loi sur la  
-
Révision de la législation  
la corruption et le financement du  
terrorisme (AML/CFT).  
sur la lutte contre le  
blanchiment de capitaux, la  
corruption et le financement  
du terrorisme (AML/CFT).  
-
Renforcement de la gestion des  
finances publiques par l’introduction de - Démarrage de la publication d’un  
contrôles internes et l’élimination des  
arriérés.  
manufacturière  
- Amélioration du classement  
de l’Angola dans l’Indice  
programme mensuel de ventes aux  
enchères de devises.  
«Doing Business».  
-
Promulgation d’une loi sur les faillites.  
-
Adopter et commencer à  
introduire une stratégie de  
lutte contre la corruption.  
Tableau 1  
Source : FMI  
1
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Les autorités ont notamment créé un programme de stabilisation  
macroéconomique dont les principaux objectifs sont le renforcement de  
la viabilité des finances publiques et de la dette, la modernisation du  
cadre de politique monétaire et du régime de change, la réduction des  
vulnérabilités du secteur financier, la promotion de la croissance tirée  
par le secteur privé et la diversification économique grâce à  
l’amélioration de la gouvernance et du climat des affaires.  
Troisième année consécutive de récession  
30  
20  
10  
0
170  
70  
-
30  
-130  
230  
Par ailleurs, un Plan de développement national pour 20182022 doit  
remédier aux goulets d’étranglement structurels, promouvoir le  
développement humain, réformer le secteur public, et permettre la  
diversification économique et la croissance inclusive.  
-10  
-20  
-30  
-40  
Revenu pétroliers (USD mns, é.d.)  
PIB trimestriel (g.a., %)  
-
Pour soutenir la mise en œuvre de ces réformes, le gouvernement  
angolais a sollicité auprès du FMI un programme d’aides qui a été  
officiellement signé le 10 décembre 2018. L’accord, conclu dans le  
cadre d’un mécanisme élargi de crédit pour une durée de trois ans,  
porte sur un montant de USD 3,7 mds. Il autorise un décaissement  
immédiat de USD 990,7 millions, tandis que le solde sera décaissé sur  
le reste de la durée du mécanisme, sous réserve d’évaluations  
semestrielles. Ce mécanisme allégera les tensions qui pèsent sur la  
liquidité en devise à court terme et enverra un signal fort de stabilité de  
nature à rassurer les agents économiques.  
ICE = Indicateur du climat économique  
-330  
T 12 0 11T 12 0 1 2T12 0 1 3T 1201 4T 1201 5 T 12 0 1 6 T 12 0 1 7T 12 0 1 8  
Graphique 1  
Sources : INE, AIE, Reuters, BNP Paribas  
Des secteurs pétroliers et non pétroliers toujours déprimés  
En points de % du PIB  
Pétrole Hors pétrole  
PIB  
1
0
8
6
4
2
0
2
4
La forte baisse des prix du pétrole, après les records atteints entre  
2011 et 2013, a mis à mal la croissance économique de l’Angola qui  
était de 4,5 % en moyenne entre 2011 et 2015. Le PIB réel a fortement  
ralenti, atteignant 0,9 % en 2015, puis le pays est entré en récession en  
-
-
2
016 (-2,6 %).  
Malgré les progrès réalisés depuis l’arrivée du nouveau gouvernement  
Lourenço et le redressement des cours du brut lors des trois premiers  
trimestres de 2018, l’économie angolaise devrait connaître sa troisième  
année consécutive de récession. C’est ce que confirme le climat  
économique global mesuré par l’indicateur ICE qui se maintient à des  
niveaux négatifs. Selon les données récentes de l’institut national des  
2011  
2012  
2013  
2014  
2015  
2016  
2017  
2018p  
Graphique 2  
Sources : INE,Focus Economics  
La production totale devrait se redresser en 2019 avec la mise en  
production du nouveau champ pétrolier de Total (le Kaombo) .  
3
er  
Cependant, la montée en puissance de la production de ce champ  
pourrait prendre du temps et sa contribution ne devrait se traduire dans  
les chiffres que vers fin 2019. De plus, conformément à l’accord de  
l’OPEP sur les quotas conclu l’année dernière, la production pétrolière  
totale sera abaissée au premier semestre 2019, à raison de 47 000  
barils par jour. Sous l’effet conjugué de ces deux facteurs, la production  
pétrolière moyenne estimée devrait rester quasiment inchangée en  
statistiques, l’économie s’est contractée de 2,7 % en g.a. entre le 1 et  
e
le 3 trimestre 2018, enregistrant son troisième trimestre consécutif de  
récession. Cette contraction reste attribuée au repli des activités  
d’extraction et de raffinage, qui représentent 33 % du PIB, suivies du  
commerce et de la construction (près de 20 % du PIB).  
Le secteur pétrolier (qui représentait 35 % du PIB en 2018) continue de  
subir les conséquences du gel de la plupart des projets d’exploration  
pétrolière (considérés comme trop coûteux) et des licenciements  
massifs destinés à abaisser les coûts d’exploitation. La production  
pétrolière n’a cessé de reculer depuis 2015, passant de 1,8 million de  
barils/jour à 1,49 million en décembre 2018, principalement en raison  
d’investissements insuffisants dans les champs offshore, dont la  
maintenance est assez coûteuse, alors que d’autres arrivaient à  
maturité et que la production commençait à diminuer.  
2
019.  
Le secteur non pétrolier (65 % du PIB) pâtit, pour sa part, des  
restrictions pesant sur les importations (notamment de produits non  
prioritaires), d’une inflation galopante et de la fin de certaines  
subventions qui avaient permis de soutenir le pouvoir d’achat des  
3
Situé à 260 km des côtes de Luanda, il s’agit du plus grand projet en eaux  
profondes d’Angola avec deux unités de production et de stockage et une production  
globale attendue d’environ 230 000 b/j. La première unité FPSO (unité flottante de  
production, stockage et déchargement) est entrée en production en août 2018 tandis  
que la deuxième unité FPSO devrait être opérationnelle avant l’été 2019.  
Cette période de quasi-paralysie s’explique également par la  
détérioration des relations entre Sonangol, la société pétrolière publique,  
et les majors pétrolières.  
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ménages. Les entreprises restent confrontées à des pénuries de L’introduction de la TVA en juillet 2019 permettra d’améliorer les  
matières premières, au manque d’équipements et à des difficultés recettes budgétaires non pétrolières, mais l’incertitude demeure  
4
financières liées à la forte pression fiscale. De plus, la situation concernant le taux retenu, son application et le risque de nouveaux  
financière dégradée du système bancaire va continuer de peser sur le reports. De plus, la rationalisation des dépenses publiques est un  
développement du secteur privé.  
exercice délicat, en particulier les mesures visant à contenir la  
progression des salaires dans le secteur public ou à réduire les prix des  
services publics. En conséquence, les comptes publics resteront  
déficitaires en 2019 et le déficit budgétaire devrait se détériorer encore  
légèrement (-1,5 % du PIB).  
À l’instar de nombreuses économies subsahariennes, en Angola la  
consommation privée demeure le principal contributeur au PIB global  
(
environ 53 % du PIB en 2018) tandis que la consommation publique et  
la formation brute de capital fixe ont été moins fortes et beaucoup plus  
volatiles. Cependant, la baisse des dépenses publiques, les niveaux  
d’inflation élevés et la faiblesse du système bancaire affectent de plus  
en plus le pouvoir d’achat, freinant ainsi la demande intérieure.  
La dépréciation significative du kwanza lors de la transition vers un  
régime de change plus flexible a contribué à augmenter les paiements  
d’intérêts par le gouvernement, de 3,3 % du PIB en 2017 à 4,2 % en  
À terme, le soutien financier du FMI et ses conseils en matière de  
politiques publiques devraient permettre à l’économie angolaise de  
sortir de la récession en 2019. Plus précisément, nous prévoyons un  
retour de la croissance du PIB réel à des niveaux positifs en raison de  
la stabilisation de la production pétrolière et de la résilience du secteur  
hors hydrocarbures.  
2018 (équivalant, respectivement, à 19,2 % et 23,2 % des recettes). De  
plus, la dette publique totale est libellée en devises étrangères à  
hauteur de 80 % environ. Dans ces conditions, la dette publique devrait  
atteindre plus de 73 % du PIB en 2018, contre 67 % en 2017,  
principalement en raison de la forte dépréciation du kwanza survenue  
en 2018.  
Quoi qu’il en soit, les perspectives demeurent très incertaines. Malgré la  
volonté des autorités de poursuivre la mise en œuvre des réformes  
structurelles, la corruption toujours à l’œuvre, la dépréciation de la  
monnaie et le dérapage de la dette publique constituent autant de  
risques à la baisse pour les perspectives. Même si les mesures visant à  
soutenir le climat des affaires récemment adoptées sont  
encourageantes, des actions de plus grande ampleur s’imposent pour  
s’attaquer à une forte bureaucratie, à la faiblesse du capital humain, à  
une régulation insuffisante, à des niveaux élevés de corruption et à  
l’éviction de l’investissement privé par le secteur public.  
La consommation privée, principale composante en % du PIB  
Dette publique (é.d.)  
Dépenses d'intérêts  
Revenu total  
Solde budgétaire  
Dépenses totales  
40  
35  
7
5
3
1
8
8
8
8
3
2
2
1
1
0
5
0
5
0
5
0
5
-2  
Des progrès significatifs ont été réalisés en 2018 en matière de  
réduction du déficit budgétaire. La dépréciation du kwanza a accru la  
valeur des recettes pétrolières libellées en dollars (qui ont représenté  
environ la moitié des recettes budgétaires en 2018), ce qui, ajouté au  
redressement des cours du pétrole, a permis un net assainissement  
budgétaire. Le déficit a ainsi été ramené de -6,3 % du PIB en 2017 à  
-
-
10  
-22  
2013  
2014  
2015  
2016  
2017  
2018e  
Graphique 3  
Sources : FMI, BNP Paribas  
0
,5 % à peine en 2018. Le gouvernement a affecté la majeure partie  
Le lourd fardeau de la dette vient aggraver les difficultés de  
financement du gouvernement : le service de la dette extérieure totale  
absorbe actuellement 21 % des recettes d’exportation (contre 10,5 % à  
la fin de 2014). Par conséquent, un impact défavorable sur les recettes  
des recettes en kwanza, plus élevées que prévu, au remboursement de  
la dette domestique, principalement des bons du Trésor (dont l’encours  
a chuté de 50 % entre janvier et décembre) et à l’apurement des  
arriérés de paiement sur la dette domestique en 2018.  
(
comme une chute significative des prix du pétrole) pourrait  
Selon le projet de budget 2019, le gouvernement prévoit un plan sérieusement compromettre la capacité du gouvernement à assurer le  
5
ambitieux destiné à générer un excédent de 1,4 % du PIB en 2019 sur service de la dette non garantie et à rembourser le FMI.  
la base d’un baril de pétrole à USD 68. Or, ces prévisions optimistes ont  
peu de chances de se réaliser en 2019 : le prix moyen attendu du  
pétrole sera bien inférieur à celui de 2018 (USD 62 par baril en  
4
On sait seulement que la taxe sera appliquée aux 373 sociétés décrites comme les  
moyenne contre USD 72 en 2018), tandis que la dépréciation de la  
principales contributrices et ce, sur une période de deux ans, avant un déploiement  
monnaie locale sera bien moins forte. Devant des perspectives de prix  
mondiaux du pétrole moins favorables pour 2019, le gouvernement a  
décidé de réajuster ses dépenses en réduisant principalement le budget  
des provinces.  
à plus grande échelle.  
Selon le FMI, les accords de prêt non garantis conclus entre l’Angola et plusieurs  
créanciers (Crédit Agricole, KFW, Commerzbank, UKEF, Afreximbank, ICBC –  
Chine et Eximbank, entre autres,) représentent environ USD 7 mds, soit 16 % de la  
dette extérieure totale en 2018  
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Selon une estimation du FMI, les besoins de financement bruts se sont après avoir reçu une injection de fonds de USD 10 mds (environ 10 %  
élevés à 17,3 % du PIB en 2018, un montant conséquent et d’autant du PIB). Le gouvernement s’est engagé à améliorer la rentabilité des  
plus difficile à financer que les besoins d’amortissement de la dette entreprises publiques en lançant un programme ambitieux de  
domestique sont également élevés avec de faibles taux de restructurations. Il doit démarrer en 2019 et s’étendre sur une période  
reconduction des prêts (environ 50 % selon le FMI). L’Angola reste de deux ans. Ce programme prévoit la fermeture des sociétés en  
donc très dépendant du financement extérieur. Les prêts bilatéraux cessation de paiement et la privatisation, ou la restructuration de celles  
6
accordés par la Chine constituent, à ce jour, la source de financement économiquement viables. De plus, la création d’un nouvel institut de  
privilégiée par le gouvernement. Après avoir épuisé ses réserves de supervision, relevant du ministère des Finances, devrait permettre de  
trésorerie, l’Angola a émis, vers la mi-2018, des Eurobonds pour un renforcer la gouvernance et le contrôle de ces sociétés du secteur  
montant de USD 3,5 mds, et a partiellement reconduit un emprunt public.  
obligataire domestique de USD 1,5 md en août. Par conséquent, pour  
combler l’écart résiduel de financement budgétaire, les autorités ont  
Résultats non financiers des entreprises publiques  
demandé le soutien budgétaire au FMI.  
%
du PIB  
5% Sonangol  
2
015  
2016  
2017  
Le fonds souverain de l’Angola s’efforce, quant à lui, de reprendre le  
contrôle de ses actifs. Il continue, en engageant des actions en justice  
au plan international, de récupérer des actifs ayant fait l’objet de  
malversations. La nouvelle direction recherche un nouveau gestionnaire  
de fonds international ainsi qu’un cabinet de commissaires aux comptes  
pour les actifs dont elle a repris le contrôle. Par ailleurs, les autorités  
préparent un texte de loi visant à renforcer la gouvernance et la  
transparence du fonds et à établir des règles plus claires applicables  
aux dépôts et aux retraits. Les autorités se sont engagées à  
recapitaliser le fonds, mais uniquement lorsque le budget sera  
excédentaire et la dette publique inférieure à 60 % du PIB.  
18  
16  
14  
12  
10  
8
6
6
0% Sonangol  
6
70% Sonangol  
Passif  
4
8
4% Sonangol  
2
8
% Sonangol  
0
Actif  
Avoirs nets  
Recettes  
Résultat net  
-
2
Graphique 4  
Sources : FMI, BNP Paribas  
Financements budgétaires : besoins et sources 2018-2021  
%
du PIB  
2018  
17,3  
2019  
13,5  
2020 2021  
Besoins bruts de financement  
Déficit total  
13,2  
11,6  
0,5  
1
0,8  
2
0,8  
0,6  
Arriéré  
0,6  
0,4  
La priorité officielle de la Banque nationale d’Angola (Banco Nacional  
de Angola ou BNA) reste d’assurer la stabilité des prix (avec une  
fourchette-cible d’inflation de 7-9 %), mais aussi d’alimenter le marché  
des changes. Compte tenu des rigidités structurelles de l’économie, de  
la faiblesse des canaux de transmission de la politique monétaire et de  
la forte dépendance du pays aux importations, la banque centrale  
entend procéder à une dépréciation contrôlée pour empêcher l’escalade  
des tensions inflationnistes.  
Amortissement de la dette  
Autre  
15  
11  
11,9  
-0,1  
13,2  
13,4  
7,4  
10,4  
0,2  
0,8  
17,3  
17  
-0,1  
13,5  
13,1  
6,8  
6,3  
0
Sources brutes de financement  
Emission de dette  
11,6  
11,8  
5,7  
interne  
externe  
9,1  
7,9  
-0,1  
6
6,1  
Autre  
-0,1  
-0,1  
Après avoir atteint un pic à 42 % en décembre 2016, suite au choc  
pétrolier, l’inflation a ralenti malgré la dépréciation prononcée du taux  
de change officiel. Il a fallu, pour ce faire, recourir à la fois à des  
Tableau 2  
Sources : FMI, BNP Paribas  
7
mesures coercitives et au resserrement de la politique monétaire au  
moyen du taux de réserves obligatoires et du taux directeur.  
Grâce à la réduction de l’écart entre les deux taux de change du  
8
kwanza , l’inflation a continué à évoluer à la baisse sur une bonne  
Les passifs de près de 80 entreprises publiques non financières, déjà  
élevés, ont augmenté en 2017. Leur capacité à générer un revenu et,  
par conséquent, des dividendes pour le Trésor, semble limitée. La  
société Sonangol, opérant dans le secteur de l’énergie, est la plus  
importante d’entre elles; elle a récemment réduit sa dette financière  
partie de l’année 2018, atteignant 18,2 % en g.a. en décembre 2018,  
contre 26 % en décembre 2017 et 40 % en décembre 2016. Cette  
tendance désinflationniste a permis à la banque centrale d’engager un  
7
En 2017, le gouvernement a instauré des prix plafonds pour les produits de  
première nécessi; il a centralisé les ventes de farine et a récemment approuvé un  
6
nouveau barème de tarifs douaniers.  
L’Angola, qui a réussi à conserver de bonnes relations avec la Chine, a pu obtenir  
8
Le marché parallèle était déjà la norme dans nombreuses transactions.  
un nouveau prêt de USD 2 mds auprès de la Banque de Développement de Chine  
en octobre 2018.  
1
4
Conjoncture // Février 2019  
economic-research.bnpparibas.com  
cycle d’assouplissement monétaire progressif en juillet 2018, en Sous l’effet conjugué de cette tendance, de la hausse des  
abaissant son taux directeur de 150 points de base à 16,50 %, et ce, engagements extérieurs du secteur public et de la contraction des  
pour la première fois depuis plus de deux ans. La banque centrale a de réserves de change, la position extérieure nette est désormais négative.  
nouveau réduit le taux directeur de 75 points de base à 15,75 %, lors de  
La dette extérieure de l’Angola ne comprend que les dettes extérieures  
sa dernière réunion, le 25 janvier 2019.  
de l’administration centrale, de Sonangol, société pétrolière publique, et  
Le ciblage de l'inflation prendra du temps  
de TAAG, compagnie aérienne publique, ainsi que les garanties  
publiques libellées en devises étrangères. En effet, nous ne disposons  
daucune information concernant la dette extérieure du secteur privé. La  
dette extérieure de l’Angola a atteint 45 % du PIB en 2018, suite à la  
contraction de ce dernier. Elle devrait demeurer élevée à moyen terme  
g.a., %  
Inflation Taux bancaire de référence (é.d.)  
%
45  
40  
35  
30  
25  
20  
15  
10  
5
0
20  
18  
16  
14  
12  
10  
8
6
4
2
0
(
environ 50 %). Elle reste vulnérable à une évolution défavorable de la  
balance courante et à de fortes dépréciations du taux de change (selon  
une évaluation du FMI, la dette extérieure devrait augmenter pour  
atteindre environ 70 % du PIB suite à la dépréciation de 30 % du taux  
de change réel effectif).  
BNA : cible d'inflation  
Réduction du déficit de la balance courante,  
mais détérioration de la position extérieure nette  
%
du PIB  
Solde courant  
Investissements directs nets  
Position extérieure nette  
% du PIB  
20  
2014  
2015  
2016  
2017  
2018  
10  
Graphique 5  
Sources : BNA, BNP Paribas  
8
1
1
5
0
5
6
4
2
0
2
4
6
8
0
Compte tenu de l’introduction de la TVA et du redressement partiel des  
prix des matières premières, l’indice des prix à la consommation restera  
élevé à moyen terme et la fourchette-cible d’inflation fixée à 7-9 % sera  
difficile à atteindre, sauf réappréciation de la monnaie.  
-
-
-
-
-5  
-
-
10  
15  
-
10  
-20  
2013  
2014  
2015  
2016  
2017  
2018p  
Graphique 6  
Sources : FMI, BNP Paribas  
La balance des opérations courantes devrait afficher un excédent en  
2018 (1,9 % du PIB). L’excédent commercial généré par le  
redressement des prix du pétrole a, en effet, été suffisant pour  
compenser les déficits des balances des services et des revenus. Mais,  
compte tenu de nos prévisions relatives aux prix du pétrole en 2019 Après une sévère correction, le kwanza a commencé à se stabiliser au  
(
soit une moyenne d’USD 62 par baril contre USD 72 en 2017), le dernier trimestre 2018. En effet, suite à l’abandon de l’arrimage au  
déficit des paiements courants devrait se détériorer, à -1,9 % du PIB.  
dollar en janvier, le kwanza s’est déprécié de 46 % en g.a. entre la fin  
017 et la fin 2018. L’ancrage au dollar n’a pas été complètement  
2
L’Angola, qui est l’un des principaux bénéficiaires des investissements  
directs étrangers (IDE) en Afrique, a connu plusieurs années de  
désinvestissements nets (de 2010 à 2014) reflétant, dans une large  
mesure, l’impact de la crise financière des années 2008-2009 au cours  
remplacé par un libre flottement de la monnaie, le kwanza s’échangeant  
dans une bande de ±2 % par rapport au taux déterminé lors de  
l’enchère précédente.  
desquelles les compagnies pétrolières se sont désengagées du marché Quoi qu’il en soit, la mise en flottement progressif du kwanza a entraîné  
angolais. En 2017, la plupart des compagnies pétrolières ont rapatrié une réduction de la pénurie de dollars et des contrôles de capitaux.  
une partie de leurs investissements à l’étranger entraînant des sorties Pour répondre à la demande de devises, accumulée sur la période  
nettes négatives d’IDE. De plus, les entrées de capitaux étrangers au 2014-2017, la banque centrale s’attache, depuis le troisième trimestre  
titre des IDE sont restées limitées du fait du risque persistant de 2018, à accroître les ventes de monnaies étrangères et à organiser des  
restrictions relatives au rapatriement des revenus de change des enchères plus fréquentes (on en compte désormais trois  
investisseurs étrangers. Les sorties d’IDE par des résidents sont en hebdomadaires contre une auparavant). Pour accroître la disponibilité  
baisse en raison de l’impact de la chute des prix du pétrole sur les des devises, elle a également supprimé la liste prioritaire qui autorisait  
capacités d’investissement de Sonangol.  
les exportateurs privés et les sociétés pétrolières internationales à en  
1
5
Conjoncture // Février 2019  
economic-research.bnpparibas.com  
fournir aux importateurs (contre remise des documents requis). Depuis au nombre de trente. Elles offrent des services bancaires de base, dont  
fin septembre 2018, la banque centrale organise des enchères les dépôts, les prêts aux entreprises et aux particuliers et les services  
1
0
hebdomadaires avec les banques commerciales, qui déterminent la de change. Les six plus grandes banques contrôlaient environ 75 %  
valeur du kwanza.  
des actifs du secteur, au 31 décembre 2017, les autres établissements  
bancaires de taille bien inférieure se partageant les 25% restant. Elles  
sont essentiellement détenues par des entreprises publiques, des  
sociétés mères portugaises et des investisseurs chinois.  
Malgré des améliorations, les pressions sur les réserves persistent  
Réserves de change, USD mds (é.d.)  
Taux officiel AOA/USD  
Échelle inversée  
0
00  
00  
00  
00  
00  
00  
00  
35  
30  
25  
20  
15  
10  
5
Taux du marché noir  
Indicateurs de la solidité financière  
1
2
3
4
5
6
7
2015  
2016  
2017 2018*  
Ratio d’adéquation des fonds propres  
Ratio des prêts non rentables  
Rendement de l’actif (ROA)  
19,8  
11,6  
1,7  
19,2  
13,1  
2,2  
18,9  
28,8  
2,1  
21,5  
26,7  
3,0  
Prêts / dépôts  
59  
51,6  
49,3  
53,5  
(
*) = novembre 2018  
Tableau 3  
Sources : BNA, FMI, Fitch, BNP Paribas  
0
2013  
2014  
2015  
2016  
2017  
2018  
Graphique 7  
Sources : IFMI, Kinguila, BNP Paribas  
Une croissance de nouveau positive du crédit intérieur  
Malgré le redressement des cours du brut, les réserves de change de la  
banque centrale ont continué à baisser (elles devraient s’élever à  
USD 15,4 mds au T4 2018 contre USD 17,4 mds au T4 2017). Par  
conséquent, les contrôles des changes devraient, pour l’essentiel, être  
maintenus à moyen terme.  
g.a.  
Secteur privé  
Secteur public  
Crédit intérieur total  
8
6
4
2
0%  
0%  
0%  
0%  
9
Nonobstant les efforts du gouvernement pour rapatrier les fonds  
détenus à l’étranger, la monnaie restera sous pression. L’écart entre le  
taux de change officiel et celui du marché parallèle reste important  
0
%
(
150 % en décembre 2017 contre environ 20 % en novembre 2018).  
-
20%  
De plus, la dépréciation sur le marché parallèle, entamée à la fin  
septembre 2018, indique que la demande nette en dollars est toujours  
forte. La monnaie reste donc soumise à des tensions en 2019 et une  
nouvelle dévaluation de 20 % est très probable.  
-40%  
2016  
2017  
2018  
Graphique 8  
Sources : BNA, BNP Paribas  
La croissance du secteur s’est essoufflée au cours des quatre dernières  
années en raison du ralentissement économique dû à la baisse des prix  
du pétrole et à la chute de la production. Dans un tel contexte, la priorité  
donnée par la banque centrale à la stabilité des prix et à la gestion du  
taux de change a, jusqu’à présent, contraint l’activité des banques. En  
conséquence, le système bancaire global reste d’une taille relativement  
modeste, le crédit domestique représentant à peine 30 % du PIB en  
novembre 2018.  
Avec un actif total de AOA 13 600 mds (USD 43,8 mds) en novembre  
2
018, le système bancaire angolais est le troisième par son importance  
en Afrique subsaharienne. En décembre 2017, les banques  
commerciales autorisées à effectuer des opérations en Angola étaient  
9
Approuvée en 2012, la loi sur le contrôle des changes s’applique au commerce des biens et  
des services, et aux mouvements de capitaux issus de l’ensemble des processus liés au  
pétrole brut et au gaz naturel. Les opérations de change comprennent (i) l’achat et la vente  
de devises étrangères, (ii) l’ouverture de comptes bancaires en devises en Angola par des  
entités résidentes et non résidentes ainsi que les opérations effectuées sur ces comptes, (iii)  
l’ouverture de comptes bancaires en Kwanza en Angola par des entités non résidentes et les  
opérations effectuées sur ces comptes et (iv) le règlement de toutes les opérations liées aux  
échanges de biens et de services ainsi qu’aux mouvements de capitaux. De manière  
générale, ces règles imposées aux sociétés en amont du secteur pétrolier et gazier prévoient  
que (i) toutes les opérations de change soient réalisées par le biais de banques angolaises et  
Dans un tel contexte, M. José Bassano a reconduit 11 au poste de  
gouverneur de la banque centrale pour restaurer la crédibilité du  
secteur financier.  
(
ii) que les comptes bancaires ouverts auprès de celle-ci présentent un crédit suffisant pour  
10 Banco Angolano de Investimentos, Banco Econômico, Banco de Fomento Angola,  
Banco BIC Angola et Banco de Poupança e Crédito  
11 Il était déjà gouverneur de la BNA entre 2010 et 2014.  
satisfaire aux obligations fiscales et couvrir l’achat de tous les biens et services auprès  
d’entreprises locales et étrangères.  
1
6
Conjoncture // Février 2019  
economic-research.bnpparibas.com  
des changes qui a permis d’alléger certaines tensions sur la liquidité en  
devises, les conditions de liquidité en monnaies étrangères resteront  
difficiles en 2019.  
Concernant la capitalisation, la banque centrale a, en février 2018,  
multiplié par trois les exigences minimales de fonds propres applicables  
aux banques commerciales (de AOA 2,5 mds à AOA 7,5 mds vers la fin  
Selon le Banco Nacional de Angola, la croissance nominale du crédit  
s’établissait en moyenne à 15 % en g.a., en septembre 2018, contre  
-
5 % en moyenne sur la même période de 2017. Mais plus de 30 % du  
2
018). En conséquence, le rapport entre les fonds propres et les actifs  
pondérés du risque a augmenté à 21,5 % en novembre 2018 contre  
7,8 % en novembre 2017. Un tiers des vingt-neuf banques opérant  
actuellement en Angola devraient rencontrer des difficultés à respecter  
total des prêts étant libellé en devises, la croissance globale du crédit a  
été soutenue dans une large mesure par la dépréciation du kwanza. La  
croissance nominale des prêts libellés en monnaies étrangères a ainsi  
accéléré. En l’absence de dépréciation du kwanza, les crédits libellés  
en devises auraient cd’environ 2 % en g.a. à fin septembre 2018.  
1
1
4
ces nouvelles exigences . Il faut donc s’attendre à une nouvelle vague  
de fusions dans le secteur bancaire à moyen terme.  
Le fléchissement de l’activité économique au cours des trois dernières  
années a entamé la solidité du secteur bancaire. Dans l’ensemble, le  
niveau du ratio de fonds propres reste satisfaisant (à 21,5 % en  
novembre 2018), le ratio crédits/dépôts est peu élevé (à 53,3 %) et les  
banques sont pour la plupart rentables (avec un rendement moyen des  
actifs de 3,0 %). Toutes les banques ont intégré une comptabilité aux  
normes IFRS qui implique, entre autres choses, des exigences de  
provisionnement plus strictes.  
Pour autant, les risques à la baisse demeurent très élevés et pèsent sur  
la solidité financière du secteur bancaire angolais. Tout d’abord, en cas  
de baisse de la production pétrolière, la croissance du PIB réel se  
contractera et freinera l’expansion du crédit. Ensuite, une nouvelle  
dépréciation marquée de la monnaie ou un renchérissement des prix  
des denrées alimentaires suffirait à entraîner une accélération de  
l’inflation et un durcissement de la politique monétaire par la BNA.  
Malgré la faiblesse des mécanismes de transmission de la politique  
monétaire en Angola, entre le taux directeur et la croissance du crédit,  
les banques commerciales seront incitées à relever leurs taux d’intérêt  
et limiter ainsi la demande de crédit.  
Au lendemain de l’effondrement des cours du pétrole, le ratio des  
créances douteuses a sensiblement augmenté, atteignant 29 % du total  
des prêts en décembre 2017 contre 10,6 % en moyenne entre 2013 et  
2
016. Ce ratio varie considérablement d’une banque à l’autre : les  
établissements bancaires publics ont été particulièrement affectés par  
1
2
l’effondrement des prix du pétrole de 2015/2016 , tandis que d’autres  
établissements ont réussi à contenir la dégradation de leur bilan en  
constituant des dotations aux provisions et en limitant les prêts  
consentis.  
Malgré l’alignement progressif des exigences prudentielles sur les  
normes internationales, les manquements en termes de conformité  
avec la réglementation persistent dans le secteur bancaire, comme le  
montre l’absence de correspondance bancaire (correspondent banking)  
Grâce à la remontée progressive des cours mondiaux du brut et aux  
1
5
1
3
en dollars avec les banques internationales . Le secteur bancaire a  
pâti de la perte de ces services, notamment la compensation en dollars  
et la vente de billets verts, les banques étrangères souhaitant éviter tout  
risque de non-conformité avec la réglementation sur le blanchiment de  
capitaux et le financement du terrorisme.  
rachats des créances douteuses par Recredit , la qualité des actifs a  
commencé à s’améliorer en 2018 et le ratio des créances douteuses  
était de 26,7 % en novembre 2018. La qualité globale des actifs n’en  
reste pas moins médiocre et l’amélioration de la situation prendra du  
temps en raison d’un environnement opérationnel toujours difficile, lié à  
la baisse récente des prix du baril et à la réduction globale de la  
production. La mauvaise qualité des actifs accentue la pression sur la  
liquidité comme sur la capitalisation.  
Des mesures ont, néanmoins, été prises dans ce domaine. En 2016, le  
Groupe d’action financière (GAFI) a reconnu que l’Angola avait réalisé  
d’importants progrès en matière de lutte contre le blanchiment de  
capitaux et le financement du terrorisme et qu’il ne serait plus, dès lors,  
soumis le processus de surveillance. L’opacité demeure néanmoins une  
source de préoccupation (peu de données obtenues à temps) et la  
participation toujours forte de l’État dans le capital du secteur bancaire  
pose également des questions de gouvernance. Il ne faut donc pas  
Le système bancaire se caractérise par un niveau élevé de liquidités en  
monnaie locale. L’encours des prêts aux petites et moyennes  
entreprises (PME) reste modeste, les banques ayant un faible appétit  
pour le risque et des capacités limitées en matière de gestion du crédit.  
En revanche, suite aux restrictions financières et malgré la libéralisation  
1
2
L’établissement public, Banco de Poupança e Crédito (BPC), concentrait les  
1
4
Le 26 juin 2018, la banque centrale a suspendu le conseil d’administration de  
quatre cinquièmes des créances douteuses du système bancaire. Selon des  
estimations, le plan de sauvetage de cette banque d’importance systémique a coûté  
à l’État 1,6 % du PIB, entre mars 2018 et janvier 2019. Le BPC a repris ses activités  
de prêt, mais il demeure faiblement capitalisé et dépendant de la BNA pour la  
liquidité.  
Banco Angolano de Negócios e Comércio (BANC) et nommé une équipe provisoire  
d’administrateurs en raison de l’incapacité de la banque à respecter les exigences  
de fonds propres. Le 2 janvier (2019), la banque centrale a annoncé qu’elle résiliait  
les licences de Banco, Mais et Banco Postal car elles ne satisfaisaient pas aux  
exigences légales requises pour poursuivre leur activité bancaire.  
1
3
Créée en 2016 par le gouvernement, avec une capitalisation boursière équivalant  
1
5
En 2015, les banques américaines ont mis fin à leurs relations bancaires avec  
à USD 2 mds, Recredit est une société publique dont la priorité est de renégocier la  
dette avec les banques et les particuliers avec lesquels elle a conclu des accords de  
rachat de créances douteuses. Cependant, en dehors de cette société, les autorités  
n’ont guère les moyens d’intervenir en cas de faillite d’une institution de crédit.  
leurs homologues angolaises, les empêchant d’avoir accès aux dollars, au motif de  
suspicion de contrôle par des intérêts politiques.  
1
7
Conjoncture // Février 2019  
economic-research.bnpparibas.com  
s’attendre, selon nous, à un rétablissement à court terme des services  
de correspondance bancaire en dollars.  
De plus, le cadre juridique est inadapté à l’octroi de prêts garantis. En  
effet, il empêche la mise en œuvre des droits de propriété, ce qui  
constitue un frein pour les activités de financement des banques. De  
même, eu égard à des niveaux élevés de corruption, l’environnement  
opérationnel est à la fois imprévisible et coûteux.  
Enfin, en dépit de certains progrès en matière de supervision du cadre  
réglementaire et à l’amélioration des indicateurs financiers, le risque de  
crédit systémique reste élevé à moyen terme pour le système bancaire  
angolais.  
***  
L’élection de Joao Laurenço a nourri beaucoup despoirs, notamment  
celui d’une transition politique qui mettra fin à l’important réseau  
clientéliste de l’époque Dos Santos et d’un changement de politique  
économique.  
La signature d’un accord financier avec le FMI devrait permettre de  
diversifier les sources de financement international et rassurer  
définitivement les agents économiques. Mais l’équilibre entre la  
nécessité des réformes et l’acceptation sociale des mesures d’austérité  
est très fragile.  
Les mesures prises en faveur du secteur privé, mises en œuvre en  
2018 par le président Lourenço, visent à améliorer le climat des affaires  
et à attirer les investisseurs internationaux. Mais d’importantes lacunes  
subsistent (corruption, fragilités institutionnelles, faiblesse des  
ressources humaines et infrastructures toujours sous-développées) qui  
devraient freiner l’activité économique en général.  
Le principal risque pour l’économie angolaise est quelle demeure  
dépendante du secteur des hydrocarbures, en termes de croissance du  
PIB, de recettes fiscales et de revenus en devises, rendant le pays  
vulnérable au risque de ralentissement des prix du pétrole et de baisse  
des niveaux de production. Dès lors, le redressement de la croissance  
serait progressif. Les investissements directs étrangers et de  
portefeuille resteront faibles, ce qui devrait obliger le pays à recourir au  
financement extérieur de la dette.