Conjoncture

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Conjoncture // Décembre 2019  
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Pour la première fois depuis 2010, les cinq plus grandes banques portugaises ont renoué avec les bénéfices en 2018. Une baisse des  
charges d’intérêts plus rapide que celle des produits d’intérêts, ainsi qu’une stricte maîtrise des frais généraux et du coût du risque sont  
les principaux facteurs à l’origine de ce retour à la rentabilité. L’élargissement de la marge nette d’intérêt a compensé la baisse de  
l’encours des prêts bancaires, augmentant les revenus nets d’intérêts. Toutes choses égales par ailleurs, la baisse des taux a aussi  
contribué à la réduction du coût du risque et à l’assainissement des bilans bancaires. L’encours et le ratio des prêts non performants  
des grandes banques portugaises ont ainsi été réduits de moitié mais demeurent à des niveaux élevés. L’évolution récente du compte de  
résultat des plus grandes banques portugaises met en évidence, notamment, certains effets des taux bas sur un système bancaire  
principalement orienté vers les activités de détail et qui octroie surtout des prêts à taux variable.  
Le retour à la rentabilité des cinq plus grands groupes bancaires concentration préalablement élevé. En effet, au cours de la dernière  
1
portugais en 2018 a procédé principalement d’une réduction de leurs décennie, les cinq plus grands groupes bancaires portugais  
charges d’intérêts plus rapide que celle de leurs produits d’intérêts ainsi concentraient une part relativement élevée (environ 80%) et stable des  
3
que d’une baisse de leurs frais généraux et du coût du risque. Cette actifs totaux consolidés du système bancaire domestique . Ce degré de  
diminution des coûts est notamment intervenue dans le contexte du concentration découle notamment d’une précédente période de  
programme d’ajustement macroéconomique négocié en avril 2011 entre consolidation initiée au milieu des années 1980, qui a ensuite été  
le Portugal, d’une part, et la Commission européenne, la Banque amplifiée par la transposition en droit portugais de la deuxième directive  
4
centrale européenne (BCE) ainsi que le Fonds monétaire international, bancaire de la Communauté économique européenne . Actuellement,  
d’autre part 2 . En contrepartie d’une autorisation de crédit de les trente-deux banques universelles et commerciales dominent le  
EUR 78 milliards, dont seulement un tiers (EUR 26 milliards) a été marché en termes d’actifs totaux face aux quatre-vingt-six caisses  
décaissé, le Portugal devait mener à bien des réformes ayant mutualistes de crédit agricole (caixas de crédito agrícola mútuo). Les  
principalement pour objet de rétablir une politique budgétaire banques portugaises sont, dans une large mesure, orientées vers les  
soutenable, de résorber les déséquilibres internes et externes et de activités de banque de détail : octroi de prêts, collecte de dépôts et  
stabiliser le secteur financier. Le Portugal est sorti de ce programme en mise à disposition de services de paiement auprès d’une clientèle de  
juin 2014.  
particuliers, de professionnels et de petites et moyennes entreprises.  
La stabilisation du secteur financier a, entre autres mesures, été L’étude de l’évolution récente du compte de résultat des plus grandes  
permise par la recapitalisation de plusieurs établissements dont banques portugaises permet, notamment, de mettre en évidence  
Millennium BCP (Banco Comercial Português), Banco BPI et la Banco certains effets des taux bas sur un système bancaire principalement  
Internacional do Funchal (Banif) pour un montant total de orienté vers les activités de détail et qui octroie surtout des prêts à taux  
EUR 6 milliards. La Caixa Geral de Depósitos a également été variable. La baisse de l’encours des actifs bancaires a ainsi été  
recapitalisée (EUR 1,6 milliard) au cours du programme d’ajustement compensée par l’élargissement de la marge nette d’intérêt attribuable, à  
mais l’opération a été imputée au budget de l’Etat portugais qui en est une baisse plus rapide des charges d’intérêts que celle des produits  
l’unique actionnaire. La résolution de l’ancienne Banco Espírito Santo, d’intérêts. En outre, la baisse des taux a contribué, toutes choses  
devenue Novo Banco pour sa partie saine, est intervenue après la fin égales par ailleurs, à la réduction du coût du risque qui a retrouvé, en  
du programme, en août 2014.  
2018, son niveau d’avant 2007. Le ratio des prêts non performants a  
été réduit de moitié depuis son pic au deuxième trimestre 2016, à la  
faveur d’une baisse de même ampleur de leur encours. En dépit d’une  
rentabilité toujours faible, les ratios de solvabilité ont poursuivi leur  
redressement grâce à la réduction des actifs pondérés des risques. La  
période de baisse des taux d’intérêt a temporairement amélioré la  
La stabilisation du secteur financier portugais ne s’est pas  
accompagnée d’une forte consolidation de son système bancaire. Selon  
les chiffres de la BCE, le nombre d’établissements de crédit au Portugal  
est passé de 162 en septembre 2010 à 149 en novembre 2019. Aucune  
fusion/acquisition d’envergure n’est intervenue durant cette période. La  
modeste consolidation du système bancaire portugais au cours de la  
période la plus récente s’explique, notamment, par un degré de  
3
La troisième et la cinquième plus grandes banques portugaises par taille  
d’actif en 2018 sont des filiales de banques espagnoles. Santander Totta est  
une filiale de Banco Santander SA, tout comme Banco BPI est depuis fin 2018  
une filiale à part entière de CaixaBank.  
1
Par taille d’actif en 2018 : Caixa Geral de Depósitos, Millennium BCP (Banco  
Comercial Português), Santander Totta, Novo Banco (ex-Banco Espírito Santo)  
et Banco BPI  
4
Deuxième directive 89/646/CEE du Conseil, du 15 décembre 1989, visant à la  
2
Commission européenne, 2011, The economic adjustment programme for  
coordination des dispositions législatives, réglementaires et administratives  
concernant l'accès à l'activité des établissements de crédit et son exercice, et  
modifiant la directive 77/780/CEE  
Portugal, Directorate-General for economic and financial affairs, Occasional  
Papers 79, June  
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Conjoncture // Décembre 2019  
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situation globale des grandes banques portugaises. Pourtant, la des taux est renforcé par la proportion des prêts à taux variable qu’elles  
prolongation des taux bas est de nature à produire à moyen terme des ont accordés.  
effets moins favorables sur la dynamique des revenus bancaires ainsi  
que sur celle des risques, surtout dans la perspective d’un tassement  
de la croissance.  
Les taux d'intérêt des nouveaux prêts bancaires au SPNF diminuent  
globalement  
Sociétés non financières :  
Prêts totaux hors crédits renouvelables et découverts  
Crédits renouvelables et découverts  
Ménages et ISBLSM :  
Crédit à la consommation hors crédits renouvelables à la consommation et découverts  
Prêts à l'habitat hors crédits renouvelables à la consommation et découverts  
Autres prêts hors crédits renouvelables à la consommation et découverts  
Crédits renouvelables à la consommation et découverts  
1
1
1
1
1
8%  
6%  
4%  
2%  
0%  
8%  
6%  
4%  
2%  
0%  
Le produit net bancaire (PNB) des cinq plus grands groupes bancaires  
portugais affiche une certaine stabilité depuis 2017 (cf. tableau 1). A  
l’issue de huit années consécutives de baisse, il s’élevait à  
5
EUR 6,5 milliards en 2018, contre EUR 6,8 milliards en 2017. Ce  
2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019  
niveau demeure toutefois relativement faible dans une perspective  
historique puisqu’il excédait EUR 10 milliards entre 2007 et 2010 après  
plusieurs années de croissance. Le PNB annualisé est du même ordre  
pour les trois premiers trimestres 2019 . Cette stabilisation du PNB des  
banques portugaises est essentiellement attribuable à la progression  
Graphique 1  
Source : BCE, BNP Paribas  
Ces derniers doivent s’ajuster contractuellement à la baisse, ce qui  
réduit d’autant les intérêts perçus par les banques sur les encours. En  
moyenne, entre septembre 2009 et septembre 2019, 85% des  
nouveaux prêts immobiliers accordés par les banques aux ménages  
résidents l’étaient à taux variable contre 26% en moyenne dans la zone  
6
continue depuis 2015 de leurs revenus nets d’intérêts.  
7
euro, 14% en Allemagne et 6% en France . Dans les systèmes  
bancaires caractérisés par un recours plus important au taux fixe, l’effet  
de la baisse des taux sur les produits d’intérêts dépend plus fortement  
de la duration du portefeuille ; plus celle-ci est longue, plus l’ajustement  
La politique monétaire accommodante de la Banque centrale des produits d’intérêts des banques aux taux bas s’étale dans le temps.  
européenne a conduit, depuis 2012, à une diminution régulière des taux  
L’encours des prêts bancaires au secteur privé non financier a  
d’intérêt appliqués aux prêts au secteur privé non financier au Portugal.  
diminué de près d’un tiers en dix ans  
Pourtant, cette baisse des taux ne s’est pas accompagnée d’une  
augmentation de l’encours des prêts bancaires. Ce dernier a reculé de Après avoir culminé à EUR 264 milliards en juin 2011, l’encours des  
près d’un tiers en dix ans.  
prêts bancaires au secteur privé non financier, s’est contracté jusqu’en  
mai 2019 à EUR 188 milliards, soit une baisse de 29%. Il a ainsi  
retrouvé un niveau comparable à celui d’octobre 2005 (cf. graphique 2).  
La baisse des taux n’a donc pas entraîné d’effet volume durant cette  
Les taux des prêts au secteur privé non financier ont atteint un  
niveau historiquement bas  
Toutes choses égales par ailleurs, la faiblesse actuelle des taux a période. La forte dégradation de la conjoncture ainsi que le niveau  
contribué à la réduction des produits d’intérêts des banques portugaises. d’endettement initialement élevé des ménages (cf. infra) en constituent  
A l’exception des taux appliqués aux nouveaux découverts des les deux raisons principales.  
ménages, ceux appliqués à tous les autres nouveaux prêts ont  
La baisse de l’encours des prêts bancaires au secteur privé non  
globalement baissé depuis avril 2012. Ils ont ainsi presque tous atteint  
financier au Portugal procède, dans une large mesure, de celle de  
leur plus bas niveau au cours de la période d’observation en septembre  
l’encours des prêts aux sociétés non financières (SNF). Entre juin 2011  
2019 (cf. graphique 1).  
et mai 2019, celui-ci a diminué de 41%, passant de EUR 122 milliards  
Théoriquement, à mesure que de nouveaux prêts plus faiblement à EUR 71 milliards.  
rémunérés que les précédents prennent une part croissante dans le  
Dans le même temps, l’encours des prêts aux ménages se repliait de  
bilan des banques, voire s’y substituent, les produits d’intérêts  
diminuent, à encours de prêts constant. Dans le cas des banques  
portugaises, l’effet défavorable sur leurs produits d’intérêts d’une baisse  
1
8%, passant de EUR 143 milliards à EUR 116 milliards.  
Mécaniquement, la part des prêts bancaires aux SNF dans l’encours  
total de ceux au secteur privé non financier a reculé à 38% en mai 2019  
contre 46% en juin 2011.  
5
Aux arrondis près (EUR 6 549 570 000).  
La faible saisonnalité de la majorité des éléments du compte de résultat des  
6
banques portugaises autorise une comparaison avec les PNB des exercices  
précédents. Le caractère exceptionnel du quatrième trimestre 2018 explique  
qu’il n’ait pas été retenu dans notre calcul.  
7
Pour l’essentiel, les prêts accordés aux Sociétés non financières (SNF) sont à  
taux variables, quel que soit le pays considéré.  
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Conjoncture // Décembre 2019  
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Compte de résultat agrégé des cinq plus grands groupes bancaires portugais  
Montant en millions d'euros  
Produit net bancaire  
2013  
7 310  
3 697  
2 491  
1 121  
-4 984  
-2 679  
-2 305  
2 326  
-4 177  
-1 851  
-34  
2014  
6 672  
3 402  
1 969  
1 301  
-4 065  
-2 232  
-1 833  
2 608  
-3 346  
-738  
2015  
7 016  
3 602  
2 036  
1 378  
-4 250  
-2 357  
-1 893  
2 766  
-2 940  
-174  
2016  
6 187  
3 895  
1 956  
337  
2017  
6 789  
4 121  
2 042  
626  
2018  
6 550  
4 372  
2 115  
63  
2019e*  
6 790  
4 500  
2 125  
164  
dont produit net d'intérêts  
dont commissions nettes  
dont autres produits nets d'exploitation  
Frais généraux  
-4 008  
-2 048  
-1 960  
2 180  
-4 966  
-2 786  
-83  
-3 830  
-2 081  
-1 749  
2 959  
-2 827  
132  
-3 962  
-2 033  
-1 929  
2 588  
-955  
1 633  
-29  
-3 514  
-2 086  
-1 428  
3 276  
-1 455  
1 820  
329  
dont frais de personnel  
dont autres charges d'exploitation  
Résultat brut d'exploitation  
Coût du risque  
Résultat courant avant impôt  
Autres produits et résultats exceptionnels  
Impôt sur les bénéfices  
268  
658  
-748  
-467  
257  
197  
-1 223  
47  
897  
1 116  
53  
713  
Autres éléments exceptionnels après impôts  
Intérêts minoritaires  
0
0
0
25  
18  
250  
316  
342  
316  
124  
166  
143  
Résultat net  
-1 668  
-1 044  
-55  
-1 915  
-1 613  
375  
1 310  
*
les données pour 2019 sont estimées grâce aux acquis des trois premiers trimestres  
Tableau 1  
Source : calculs BNP Paribas  
L'encours des prêts au secteur privé non financier a été ramené  
à son niveau de 2005  
L’intermédiation bancaire recule dans l’endettement des SNF  
Le repli de l’encours des prêts bancaires aux SNF n’a pas été  
compensé par un recours plus important au marché obligataire. A  
l’instar de l’encours des prêts bancaires aux SNF, celui des titres de  
dette émis par ces dernières a diminué entre juin 2011 et mai 2019. Il  
est ainsi passé de EUR 40 milliards à EUR 29 milliards. Cette baisse de  
Ménages - Crédits à la consommation  
Ménages - Autres prêts  
Ménages - Prêts à l'habitat  
Eur MDS  
Sociétés non financières - Prêts totaux  
Secteur privé non financier - Prêts totaux  
3
00  
50  
00  
50  
00  
Ménages - Prêts totaux  
2
2
1
1
30% étant inférieure à celle de l’encours des prêts bancaires, la part  
des titres de dette dans l’endettement au sens étroit des SNF s’est  
accrue. La part des financements intermédiés dans l’endettement des  
SNF résidentes est donc passée de 75% au deuxième trimestre 2011 à  
71% au deuxième trimestre 2019. Ce niveau d’intermédiation bancaire  
50  
est inférieur à celui observé en moyenne dans la zone euro qui  
s’établissait, à ces mêmes dates à, respectivement, 85% et 76%.  
0
2
003  
2005  
2007  
2009  
2011  
2013  
2015  
2017  
2019  
Les prêts immobiliers aux ménages sont récemment repartis à la  
hausse …  
Graphique 2  
Source : BCE, BNP Paribas  
Depuis juin 2019, les progressions des prêts immobiliers et à la Les prêts immobiliers, presque exclusivement des prêts hypothécaires,  
consommation aux ménages ont excédé la poursuite de la baisse de constituaient 79% de l’encours total des prêts bancaires aux ménages  
ceux accordés aux SNF. L’encours des prêts au secteur privé non résidents en septembre 2019. Cette proportion est demeurée plutôt  
financier enregistre ainsi une progression timide. La hausse de la part stable durant toute la période d’observation (à partir de janvier 2003).  
relative des prêts accordés aux ménages dans le total de ceux Depuis octobre 2018, l’encours des prêts immobiliers progresse  
accordés au secteur privé non financier est de nature à réduire la modestement, ce qui met un terme à la baisse observée entre  
volatilité des produits d’intérêts des banques portugaises. En effet, les novembre 2011 et septembre 2018 (18% au total). Au cours de cette  
prêts aux ménages sont moins sensibles aux aléas conjoncturels que période, l’encours des prêts immobiliers aux ménages résidents a  
ceux aux SNF.  
diminué, sans interruption, de EUR 114 milliards à EUR 94 milliards.  
5
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Cette baisse peut surprendre au regard de celle observée pour les taux marge, qui est notamment due à l’augmentation de la pression  
des crédits. Elle peut néanmoins s’expliquer, dans une certaine mesure, concurrentielle et aux taux bas. D’autre part, elles visent à réduire le  
par la prépondérance des taux variables qui limite pour les ménages taux d’endettement des ménages résidents qui pourraient être attirés  
l’incitation à emprunter lorsque les taux sont bas (au regard d’un par la faiblesse actuelle des taux d’emprunt, ce qui ne transparaît pas  
système où le taux fixes dominent).  
actuellement dans les chiffres (cf. supra, encours des prêts aux  
ménages). A l’inverse, le taux d’endettement 10 des ménages a  
fortement diminué depuis plusieurs années, ce qui lui a permis de  
converger vers la moyenne de la zone euro (respectivement 95%  
contre 94% au deuxième trimestre 2019) tandis qu’il s’en était  
continûment écarté entre 2000 et 2007 (cf. graphique 4). Les taux  
d’endettement des ménages au Portugal et en Espagne ont suivi en  
outre des trajectoires très proches à l’instar de leurs conjonctures  
respectives.  
La nouvelle augmentation de l’encours des prêts immobiliers aux  
ménages au cours de la période récente s’est accompagnée d’une  
progression de 379% de la moyenne sur 12 mois glissants de la  
production nouvelle de prêts immobiliers mensuelle entre septembre  
2
014 (EUR 184 millions) et septembre 2019 (EUR 880 millions). Après  
une période de quasi-stagnation à un niveau historiquement bas  
cf. graphique 3), la production nouvelle de prêts immobiliers aux  
ménages a retrouvé son niveau de juin 2008 (EUR 1161 millions). Elle  
demeure néanmoins amplement inférieure à son pic de juillet 2007 Taux d'endettement des ménages dans quelques pays de la zone euro  
EUR 1875 millions). Finalement, le taux de croissance annuel moyen  
(
(
de la production nouvelle cumulée sur 12 mois s’établissait à 37% entre  
septembre 2014 et septembre 2019.  
160  
140  
120  
Allemagne  
Espagne  
France  
Zone euro  
Italie  
Portugal  
La production nouvelle de prêts immobiliers aux ménages augmente  
de 379% en 5 ans  
Eur Mds  
100  
2
1
1
0
0
.0  
.5  
.0  
.5  
.0  
8
6
4
2
0
0
0
0
0
Production nouvelle de prêts à l'habitat aux ménages  
et ISBLSM, flux mensuels cumulés  
0
0 01 02 03 04 05 06 07 08 09 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19  
Graphique 4 Source : BCE, BNP Paribas  
Dans le cadre de sa première recommandation, la Banque du Portugal  
invite les banques à limiter le montant des nouveaux prêts à 90% de la  
valeur du bien immobilier acheté ou construit, lorsqu’il s’agit d’une  
résidence principale (limite au ratio loan-to-value  LTV). Entre juillet  
2003  
2005  
2007  
2009  
2011  
2013  
2015  
2017  
2019  
Graphique 3  
Source : BCE, BNP Paribas  
1
1
Le dynamisme de la production nouvelle de prêts immobiliers ne peut 2018 et mars 2019 , la proportion des nouveaux prêts immobiliers dont  
être attribué aux rachats et renégociations qui demeurent faibles au le ratio LTV est supérieur à 90% est devenue quasiment nulle alors  
Portugal (en moyenne 9% de la production nouvelle depuis décembre qu’elle atteignait environ 20% précédemment. Ainsi la part, dans le total  
2014 contre 34% en France). Du fait de la faible proportion des prêts à des nouveaux prêts immobiliers, de ceux dont le ratio LTV est compris  
taux fixe, ces opérations ne concernent potentiellement qu’une faible entre 80% et 90% a plus que doublé pour atteindre environ 45%. En  
fraction des prêts.  
revanche, la part des nouveaux prêts dont le ratio est inférieur à 80%  
s’est réduite de plus de 10 points de pourcentage au cours de la même  
période. Un processus de convergence vers un ratio LTV moyen  
compris entre 80 et 90% semble ainsi être à l’œuvre.  
…mais les recommandations de la Banque du Portugal  
pourraient la limiter  
er  
8
Depuis le 1 juillet 2018, la Banque du Portugal « recommande » aux  
entités autorisées à octroyer du crédit dans sa juridiction de fixer  
La deuxième recommandation de la Banque du Portugal est la limitation  
1
2
du montant des mensualités à 50% du revenu mensuel  
de  
9
plusieurs limites à leur activité . Selon la banque centrale nationale, ces  
l’emprunteur (limite au ratio debt service-to-income  DSTI). Ce ratio  
doit tenir compte de l’ensemble des prêts déjà contractés par  
l’emprunteur et d’une potentielle remontée des taux d’intérêt en lien  
recommandations ont pour objet, d’une part, de réduire l’incitation que  
pourraient avoir certains prêteurs à assouplir leurs critères d’octroi de  
crédit afin de compenser par un effet volume la compression de leur  
1
0
Encours des prêts rapporté au revenu disponible brut ajusté des variations de  
la valeur des parts détenues par les ménages dans des fonds de pension.  
Dernière observation disponible. Banco de Portugal, 2019, Macroprudential  
8
Une recommandation n’est pas juridiquement contraignante. Les banques  
1
1
doivent s’y conformer ou, dans le cas contraire, se justifier sous peine de subir  
des mesures prudentielles de la part de la Banque du Portugal.  
Banco de Portugal, Macroprudential measure within the legal framework of  
credit for consumers, 1 February 2018  
recommendation on new credit agreements for consumers  Progress report,  
9
May 2019  
1
2
Revenu annuel net divisé par 12.  
6
Conjoncture // Décembre 2019  
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avec la prépondérance des prêts immobiliers à taux variable. La explique notamment le caractère négatif du taux moyen de  
proportion des nouveaux prêts immobiliers dont le ratio DSTI est refinancement. Le coût des obligations émises par les banques s’est  
inférieur à 50% atteignait ainsi 89% en mars 2019 contre 77% en juillet également réduit de 4,3% en 2014 à 2,4% en 2018.  
2
018. Le niveau d’agrégation des données ne permet toutefois pas de  
Enfin, le taux de rémunération des dépôts de la clientèle s’établissait en  
018 à 0,4% contre 1,5% en 2014. Ce taux est rigide à la baisse car les  
banques sont réticentes à répercuter des taux nuls, voire négatifs, sur  
connaître plus précisément la distribution des nouveaux prêts  
immobiliers dont le ratio DSTI est inférieur à 50%.  
2
Troisièmement, la Banque du Portugal appelle les banques à limiter la leurs clients particuliers14 pour des raisons commerciales mais aussi  
maturité initiale des nouveaux prêts immobiliers à 40 ans. L’objectif des parce que cette clientèle peut aisément convertir une partie de ses  
auteurs de ces recommandations est de ramener, fin 2022, la maturité dépôts en monnaie fiduciaire. En outre, l’application de taux négatifs  
moyenne des nouveaux prêts immobiliers à 30 ans. A titre de aux dépôts est réglementairement interdite au Portugal tant pour les  
1
5
comparaison, la maturité initiale médiane des prêts immobiliers en ménages que pour les sociétés non financières . La persistance de  
France, en septembre 2019, était de 20,4 années. Au premier trimestre taux bas limite donc l’efficacité de la politique monétaire.  
2
019, la maturité initiale s’établissait au Portugal à 32,7 années contre  
Par ailleurs, en période de taux négatifs, un ratio de crédits sur dépôts  
Loan-to-deposit ratio) élevé tend à devenir pénalisant alors qu’il  
s’agissait plutôt d’un atout lorsque les taux étaient plus positifs. Les  
13  
33,7 années au premier trimestre 2018 . Si la recommandation semble  
(
porter ses fruits, l’encours des prêts immobiliers dont la maturité initiale  
est supérieure à 30 années a été le seul à progresser au deuxième  
trimestre 2019 (+3,5%) tandis que celui des prêts dont la maturité est  
inférieure à 30 années sest replié nettement (-10,3%). Ces deux  
évolutions, apparus en septembre 2017, se sont intensifiées. La  
maturité initiale des nouveaux prêts immobiliers aux ménages a donc  
convergé vers 30 années à la fois du fait d’un raccourcissement des  
maturités supérieures, mais également d’un allongement des maturités  
inférieures à 30 années.  
banques portugaises ont ainsi réduit leur ratio de crédits sur dépôts de  
4
2% en 10 ans avec une importante diminution de la dispersion des  
16  
ratios entre banques, comme le souligne la Banque du Portugal .  
Les dépôts des clients constituent plus des deux tiers du passif  
des banques portugaises  
Les dépôts des ménages et des SNF constituent une part croissante du  
passif total des banques portugaises : 67% en décembre 2018 contre  
Quatrièmement, la Banque du Portugal recommande aux banques 46% en décembre 2008. La croissance ininterrompue de cette  
d’éviter, dans la mesure du possible, d’accorder aux emprunteurs des proportion depuis 2009 s’explique par la hausse de l’encours des  
reports d’échéances sur le principal et les intérêts. Pourtant, le report dépôts clients (+17% entre 2010 et 2018) tandis que les encours des  
permet aux banques d’offrir une certaine souplesse aux emprunteurs autres ressources bancaires se repliaient. Du fait de la baisse de leur  
qui traversent des difficultés passagères et permet d’éviter, dans la coût d’opportunité, les dépôts à terme ont été largement remplacés par  
1
7
mesure du possible, un « évènement de crédit » et une hausse du coût des dépôts à vue, selon les derniers chiffres de la Banque du Portugal .  
du risque. A notre connaissance, aucune donnée ne permet d’évaluer Cet arbitrage des déposants contribue à expliquer la baisse du taux  
l’effet de cette recommandation.  
d’intérêt implicite des dépôts clients au-delà de la baisse des taux du  
marché monétaire.  
Après un pic à plus de 11% en 2012, la part du refinancement en  
provenance des banques centrales a progressivement reflué jusqu’à  
n’atteindre plus que 5,3% du passif des banques portugaises en 2018.  
Au total, l’encours des liquidités obtenues par le système bancaire  
portugais dans le cadre des programmes de LTRO était d’environ  
La baisse des charges d’intérêts des grandes banques portugaises EUR 18 milliards en octobre 2019. En conséquence, le recours des  
résulte de la diminution du coût de l’ensemble des ressources banques portugaises au TLTRO III dans le seul but de remplacer les  
bancaires et la déformation des passifs bancaires en faveur de lignes obtenues dans le cadre du TLTRO II (mené entre juin 2016 et  
ressources moins coûteuses.  
mars 2017), qui arrivent à maturité en juin, septembre et décembre  
020, puis mars 2021, devrait rester limité.  
2
Le coût des ressources bancaires a poursuivi son recul  
Par ailleurs, les programmes de TLTRO ont permis, notamment, aux  
grandes banques portugaises d’améliorer leur ratio de liquidité à court  
terme (Liquidity coverage ratio  LCR). Elles ont ainsi pu augmenter  
leurs réserves auprès de la banque centrale qui sont éligibles au titre  
d’actifs liquides de haute qualité (High Quality Liquid Assets  HQLA),  
le numérateur du LCR, avec certains titres de dette souveraine. La  
En 2018, les intérêts versés par les banques portugaises au titre de leur  
refinancement auprès des banques centrales, rapporté à l’encours (le  
taux d’intérêt implicite), ont atteint un niveau historiquement bas, à  
-
0,2%. Ce taux est négatif pour la première fois depuis 2014, date de la  
première observation disponible pour cette série de données. Cette  
ressource bancaire est principalement constituée de liquidités issues du  
second programme d’opérations de refinancement à plus long terme  
ciblées (Targeted longer-term refinancing operations  TLTRO), ce qui  
1
4
Il n’existe pas au Portugal d’épargne réglementée comparable à celle, par  
exemple, du Livret A en France.  
1
5
Banco de Portugal, 2009, Carta-Circular nº 33/2009/DSB, 23/03/2009  
Banco de Portugal, 2019, Financial stability report, June 2019  
Banco de Portugal, 2019, Financial stability report, June 2019  
1
3
16  
Banco de Portugal, 2019, Relatório de acompanhamento dos mercados  
bancários de retalho - 2018  
1
7
7
Conjoncture // Décembre 2019  
economic-research.bnpparibas.com  
modification de la structure des passifs bancaires a ainsi permis de  
réduire le coût d’opportunité lié à la détention de HQLA. Au sein de  
l’Union européenne, le système bancaire portugais compte parmi ceux  
présentant, en moyenne, les ratios réglementaires de liquidité à court  
terme les plus élevés. Après une croissance de 84 points de base  
depuis le quatrième trimestre 2016, son LCR moyen culminait à 227%  
au premier trimestre 2019 contre 153% pour le système bancaire de  
l’ensemble de l’UE.  
Les charges d'intérêts reculent plus rapidement que les produits  
Mds Eur  
30  
25  
20  
15  
10  
5
0
Produits d'intérêts  
Charges d'intérêts  
L’élargissement de la marge nette d’intérêt des plus grandes banques  
portugaises procède d’une baisse de leurs charges d’intérêts plus  
rapide que celle de leurs produits d’intérêts. En outre, la volatilité des  
revenus tirés des activités de marché et la faiblesse relative des  
commissions nettes ne permettent pas denvisager ces dernières  
comme un relais de croissance aux produits nets d’intérêts, du moins à  
court terme.  
2005  
2007  
2009  
2011  
2013  
2015  
2017  
2019p  
Graphique 5  
Source : SNL, BNP Paribas  
La dépendance des banques portugaises aux revenus nets  
d’intérêts se renforce  
Les charges d’intérêts diminuent plus rapidement que les La part des revenus nets d’intérêts dans le PNB des grandes banques  
produits d’intérêts  
portugaises se renforce progressivement depuis 2005. En 2018, cette  
proportion a atteint un niveau historiquement élevé à 67% (contre 51%  
en 2005). Or, la répartition entre les différents types de revenus  
Entre 2014 et 2018, la marge nette d’intérêt des plus grandes banques  
portugaises est passée de 1,2% à 1,7%, un niveau supérieur à celui du  
système bancaire de l’ensemble de l’Union européenne (1,4% en  
(
intérêts, commissions, gains ou pertes sur instruments financiers, etc.)  
18  
est généralement plus équilibrée dans les plus grands établissements  
par rapport à ceux de taille plus modeste. Bien que l’accroissement de  
la part des revenus nets d’intérêts s’explique, dans une large mesure,  
par la baisse des autres revenus, la moindre diversité des types de  
revenus augmente la dépendance des grandes banques portugaises  
aux produits d’intérêts, or ces derniers diminuent depuis plusieurs  
années.  
2
018 ). Son élargissement s’est poursuivi au cours des trois premiers  
trimestres de 2019, à la faveur de la réduction des charges d’intérêts  
tandis que les produits d’intérêts montraient des signes de stabilisation  
(
cf. graphique 5).  
L’incidence de la variation des taux d’intérêt sur la marge nette d’intérêt  
dépend des durations respectives de l’actif et du passif bancaires.  
Théoriquement, la marge nette d’intérêt s’élargit en phase de baisse  
des taux car le remplacement des ressources bancaires par d’autres  
moins coûteuses est plus rapide que celui des actifs par de nouveaux  
moins rémunérés. Ce phénomène est naturellement lié à l’activité  
traditionnelle de transformation des maturités. Le coût des ressources  
des grandes banques portugaises s’est ainsi ajusté plus rapidement à  
la baisse des taux que le rendement des actifs, même si la  
prépondérance des prêts à taux variable a conduit ce dernier à diminuer  
plus rapidement que si leur taux avait été fixe.  
Les commissions nettes perçues par les grandes banques portugaises  
ont toutefois poursuivi leur progression en 2018 (+3,6% en glissement  
annuel contre +4,4% en 2017). Cette tendance positive n’est cependant  
pas encore suffisante pour servir de relais de croissance aux revenus  
nets d’intérêts. Leur niveau en 2019 (EUR 2,1 milliards en annualisé)  
est, pour l’heure, encore inférieur à celui atteint lors de leur pic à  
EUR 2,8 milliards en 2010.  
Les autres revenus ont connu un accès de faiblesse en 2018 à  
seulement EUR 63 millions contre EUR 2,6 milliards en 2005. Cette  
forte baisse a été principalement imputable à celle des revenus liés aux  
activités de marché. Par exemple, CGD a comptabilisé, entre le 31  
décembre 2017 et le 31 décembre 2018, une baisse de 85% des  
Finalement l’effet positif, sur les revenus nets d’intérêts, de  
l’élargissement de la marge nette d’intérêt a neutralisé l’effet négatif  
découlant de la baisse de l’encours des prêts bancaires. Les revenus  
nets d’intérêts des grandes banques portugaises ont ainsi enregistré un  
taux de croissance annuel moyen de 6,5% entre 2014 et 2018. Ils sont  
ainsi passés, entre ces deux dates, de EUR 3,4 milliards à EUR 4,4  
milliards. Au troisième trimestre 2019, le glissement annuel des revenus  
nets d’intérêts s’établissait à 8,8%. A titre de comparaison, les revenus  
nets d’intérêts des 183 plus grandes banques de la zone euro  
enregistraient une progression de 0,4% au cours de la même période.  
1
9
revenus de son portefeuille de négociation (net trading income) . De  
même, Novo Banco a, en 2018, essuyé des pertes d’un montant de  
EUR 242 millions au titre de son portefeuille de négociation contre des  
gains de EUR 179 millions en 2017. Lesdites pertes s’expliquent  
notamment par la mise en œuvre du projet « Nata » qui a conduit Novo  
Banco à céder une part de ses actifs à un consortium de fonds géré par  
2
0
l’américain KKR et le luxembourgeois LX Investment Partners .  
1
9
Caixa Geral de Depósitos, Rapport annuel 2018  
Novo Banco, Rapport annuel 2018  
1
8
20  
EBA Risk Dashboard Data as of Q2 2019  
8
Conjoncture // Décembre 2019  
economic-research.bnpparibas.com  
Maria João Carioca, a annoncé le 4 décembre 2019, l’intention du  
groupe de procéder à un investissement de EUR 200 millions sur cinq  
ans afin d’accélérer la digitalisation de la banque.  
Le produit net bancaire des grandes banques portugaises s’est stabilisé  
à la faveur de la baisse du coût des ressources. La progression du Evolutions des frais généraux des grandes banques portugaises  
résultat net a cependant été rendue possible par les baisses des frais depuis 2005  
généraux et du coût du risque.  
Mds Eur  
Frais généraux :  
dont frais de personnel  
7
6
5
4
3
2
1
0
dont autres charges d'exploitation  
Les perturbations subies par les banques portugaises à l’occasion de la  
succession des crises de 2007-2008 puis de 2010-2011 les ont  
contraintes à de profonds ajustements. Leurs frais généraux ont ainsi  
enregistré une réduction moyenne de 31% entre 2006-2008 et 2016-  
2
018 (cf. graphique 6). La baisse des frais de personnel (-34% en  
moyenne entre 2006-2008 et 2016-2018) et des autres charges  
d’exploitation (-27% en moyenne entre 2006-2008 et 2016-2018) ont  
chacune contribué au repli. Cette maîtrise globale des coûts a permis  
de compenser la baisse du PNB. Les grandes banques portugaises ont  
ainsi maintenu leur coefficient d’exploitation autour de 60%, en  
moyenne depuis 2005, mais une modeste amélioration est observable  
en 2018 et, jusqu’à présent, en 2019.  
2
005  
2007  
2009  
2011  
2013  
2015  
2017  
2019p  
Graphique 6  
Source : SNL, BNP Paribas  
Coefficients d'exploitation comparés de quelques systèmes bancaires  
européens  
90%  
juin-16 juin-17 juin-18 juin-19  
8
7
6
5
4
3
2
1
0%  
0%  
0%  
0%  
0%  
0%  
0%  
0%  
Les frais de personnel ont poursuivi leur réduction en 2018  
A l’instar de la plupart de ceux de la zone euro, le système bancaire  
portugais a réduit ses capacités au cours des dix dernières années. Les  
effectifs bancaires au Portugal ont ainsi diminué de 19% entre 2008 et  
2018, contre 17% pour l’ensemble des banques de la zone euro.  
Les frais de personnel des grandes banques portugaises ont ainsi  
poursuivi leur baisse en 2018 à EUR 2,0 milliards contre un pic en 2009  
à EUR 3,2 milliards. Cette réduction est essentiellement intervenue  
entre 2011 et 2014 et s’est poursuivie entre 2015 et 2018 mais à un  
rythme moins soutenu.  
0
%
DE  
ES  
FR  
IT  
PT  
EU  
Graphique 7  
Source : BCE, BNP Paribas  
La baisse des autres charges d’exploitation a contribué à la  
maîtrise des frais généraux  
Finalement, le coefficient d’exploitation des banques portugaises s’est  
modestement amélioré en 2018 et, jusqu'à présent, en 2019 (cf.  
graphique 7) tandis qu’il évoluait autour de 60% en moyenne depuis  
Les autres charges d’exploitation (notamment les loyers, les frais de  
publicité ou les coûts liés aux technologies de l’information et de la  
communication) ont légèrement moins diminué que les frais de  
personnel. Le nombre d’agences bancaires au Portugal a néanmoins  
été réduit de 35% entre 2008 et 2018, contre 27% pour l’ensemble de la  
zone euro, en moyenne, durant la même période. L’intensification des  
efforts et des investissements réalisés par les banques portugaises  
dans le cadre de leur processus de digitalisation, que souligne la  
2
005. Il est désormais inférieur au coefficient moyen du système  
bancaire de l’ensemble de l’Union européenne. A cet égard, les  
grandes banques portugaises se distinguent de la moyenne des  
grandes banques de l’UE dont le coefficient d’exploitation tend à se  
détériorer depuis 2017. Ces divergences de trajectoires entre systèmes  
bancaires sont néanmoins à relativiser : la baisse des revenus liés aux  
activités de banque de financement et d’investissement a probablement  
contribué à la détérioration des coefficients d’exploitation des systèmes  
bancaires dans lesquels ces activités génèrent une part plus importante  
des revenus bancaires.  
2
1
Banque du Portugal , a sans doute contribué à augmenter leurs autres  
charges d’exploitation. A titre d’exemple, Novo Banco a mis en place un  
«
cercle de digitalisation » afin de transformer le groupe en le recentrant  
sur ses clients, en simplifiant ses procédures et en réduisant ses  
2
2
risques . Les principales compétences dans le secteur du digital ont  
ainsi été regroupées au sein d’une structure interne appelée « Novo  
Banco Digital », en 2018. La directrice de la Caixa Geral de Depósitos,  
Les activités à l’étranger des grandes banques portugaises ont  
contribué dans une large mesure à leur résultat net de 2018  
A la faveur de l’allègement du coût de leurs ressources et de leur stricte  
maîtrise des coûts, les grandes banques portugaises ont, pour la  
première fois depuis 2010, dégagé un résultat net positif en 2018  
2
2
1
2
Banco de Portugal, 2019, Financial stability report, June 2019  
Cf. Novo Banco, Rapport annuel 2018  
9
Conjoncture // Décembre 2019  
economic-research.bnpparibas.com  
(
EUR 375 millions). Il est demeuré néanmoins très inférieur à son  
Comparaison internationale de la rentabilité financière des grandes  
banques de plusieurs pays de l'UE*  
niveau observé entre 2005 et 2007 (en moyenne, EUR 2,6 milliards).  
Au cours des trois premiers trimestres de 2019, le résultat net des  
grandes banques portugaises est demeuré positif à la faveur de la  
réduction des pertes de Novo Banco.  
25%  
20%  
15%  
10%  
5%  
Allemagne  
Espagne  
France  
Portugal  
ZE  
Les activités à l’étranger des grandes banques portugaises contribuent  
dans une large mesure à leur résultat net consolidé (cf. graphique 8).  
L’Espagne et la France constituent leurs principaux marchés à  
l’étranger, la Caixa Geral de Depósitos et Novo Banco y étant très  
présentes. Millennium BCP est plus fortement implantée en Pologne et  
au Mozambique. BPI dispose d’une filiale importante en Angola où sont  
également implantées la Caixa Geral de Depósitos et Novo Banco. Bien  
que lusophone, le Brésil n’est pas un marché significatif pour les  
banques portugaises. Les résultats dégagés à l’étranger contribuent  
positivement au résultat net consolidé de ces dernières mais ils  
pourraient s’amenuiser si les plans de cessions d’actifs non-  
stratégiques envisagés venaient à se concrétiser. Novo Banco a déjà  
vendu en 2018 des activités au Venezuela, en Italie, au Cap Vert, la  
Caixa Geral de Depósitos a entamé la vente de plusieurs filiales (Brésil,  
Espagne, etc.).  
0%  
-
5%  
-10%  
15%  
*L'échantillon se compose des 5 plus grands groupes bancaires consolidés par pays  
2006 2008 2010 2012 2014 2016  
2018 2019p  
Graphique 9  
Source : SNL, BNP Paribas  
-
Résultat net des grandes banques portugaises, entre réduction des pertes  
domestiques et augmentation du résultat des activités à l'étranger  
en % du résultat net consolidé  
Les taux bas ont permis, toutes choses égales par ailleurs, de réduire le  
coût du risque des grandes banques portugaises et contribué à  
l’assainissement de leur bilan. Les fonds propres ont diminué même si  
la baisse du coût du risque a permis de limiter leur érosion. Dès lors,  
l’augmentation des ratios de solvabilité réglementaires des grandes  
banques portugaises a procédé essentiellement d’une baisse plus  
rapide de leurs actifs pondérés des risques que celle de leurs fonds  
propres.  
150%  
Domestique  
Reste du monde  
100%  
50%  
0%  
-
50%  
-
-
-
-
100%  
150%  
200%  
250%  
Le coût du risque23 des grandes banques portugaises est passé de  
EUR 5,6 milliards lors de son pic en 2011, à EUR 1,0 milliard en 2018  
2014  
2015  
2016  
2017  
2018  
Graphique 8  
Source : Communications financières des banques, BNP Paribas  
(
(
cf. graphique 10). Il a ainsi reflué en dessous de son niveau de 2007  
EUR 1,1 milliard). Sa remontée temporaire en 2016 s’explique dans  
La rentabilité financière des grandes banques portugaises  
s’améliore en 2019 mais reste faible  
une large mesure par le plan de la Caixa Geral de Depósitos visant à  
assainir son bilan. Sans ce dernier, la baisse du coût du risque des plus  
grandes banques portugaises aurait été ininterrompue entre 2012 et  
La rentabilité financière des grandes banques portugaises a  
naturellement été positive en 2018 mais elle est demeurée faible. Elle  
s’est établie, en moyenne pondérée, à 1,5% au cours de cet exercice  
2
018. La dynamique du coût du risque de Novo Banco (ex BES) a  
largement déterminé celle de l’ensemble des grandes banques  
portugaises. En effet, elle est amplement responsable du mouvement  
général de baisse de 2016 mais également de celui de hausse des trois  
premiers trimestres de 2019.  
(
cf. graphique 9) tandis qu’elle excédait 15% avant 2008. La rentabilité  
financière des grandes banques portugaises était également très  
inférieure à la rentabilité moyenne des autres grandes banques de  
l’Union européenne en 2018. Elle sest rapprochée néanmoins du  
niveau moyen de la zone euro en 2019.  
La baisse du coût du risque s’est accompagnée d’une diminution de  
moitié du ratio des prêts non performants des grandes banques  
portugaises (8,9% au deuxième trimestre 2019 contre 20,1% lors de  
son pic au deuxième trimestre 2016). Ce dernier demeure néanmoins  
Les ajustements rendus nécessaires par les années de crise devraient  
toutefois continuer de peser, à court terme, sur la rentabilité financière  
des grandes banques portugaises. A plus long terme, ces ajustements  
de coût sont de nature à permettre un accroissement de leur rentabilité  
financière même s’il devrait être retardé par une croissance moindre et  
la persistance, durant de nombreux trimestres, du caractère  
accommodant de la politique monétaire.  
2
3
Dotations nettes aux dépréciations, récupérations sur créances amorties et  
pertes sur créances irrécouvrables.  
1
0
Conjoncture // Décembre 2019  
economic-research.bnpparibas.com  
près de trois fois supérieur au ratio moyen des principales banques de  
l’Union européenne (cf. graphique 11).  
Evolution du coût du risque des banques portugaises  
Les cessions et titrisations de prêts non performants ont constitué le  
principal canal d’assainissement du bilan des banques portugaises en  
Eur Mds  
6
2
018. Ces opérations furent à l’origine de 1,7 point de pourcentage de  
26  
baisse du ratio des prêts non performants lors de cet exercice . Leur  
montant cumulé a permis de réduire le ratio des prêts non performants  
de 2,9 points de pourcentage depuis son pic du deuxième trimestre  
5
4
3
2
1
0
2
016. Par exemple, Novo Banco a vendu EUR 488 millions de prêts  
immobiliers non performants à Cerberus Capital Management (« Projet  
Sertorius ») pour 33% de leur valeur comptable brute en août 2018. Ce  
prix est comparable à celui payé dans le cadre d’autres cessions en  
Espagne ou en Italie même s’il dépend naturellement de la qualité des  
actifs cédés. Le projet « Nata 2 », toujours mené par Novo Banco,  
devrait conduire à la vente d’un autre portefeuille de prêts non  
2
005  
2007  
2009  
2011  
2013  
2015  
2017  
2019p  
2
7
performants avant la fin de l’année 2019 . Au regard du montant prévu  
de la cession (EUR 3,3 milliards initialement), cette opération devrait  
avoir un effet sensible sur le ratio des prêts non performants de Novo  
Banco et, dans une moindre mesure, sur celui de l’ensemble du  
système bancaire portugais.  
Graphique 10  
Source : SNL, BNP Paribas  
Comparaison internationale des ratios des prêts non performants  
5
4
4
3
3
2
2
1
1
0%  
5%  
0%  
5%  
0%  
5%  
0%  
5%  
0%  
T2 2018  
T2 2019  
Les abandons de créances ont réduit le ratio des prêts non performants  
des banques portugaises de 3,0 points de pourcentage depuis le  
sommet de 2016, dont 1,0 point au titre de l’exercice 2018. La baisse  
totale du ratio s’établit à 8,5 points au 31 décembre 2018, les abandons  
de créances ont donc été, jusqu’à présent, le principal canal  
d’assainissement du bilan des banques portugaises devant les cessions  
et titrisations. Pourtant, la contribution relative des abandons de  
créances à la baisse du ratio se replie progressivement tandis que celle  
des cessions et titrisations augmente. Ces éléments suggèrent que les  
banques portugaises ont assaini leur bilan en cédant dans un premier  
temps les expositions les plus détériorées, pour lesquelles le taux de  
provisions était donc le plus élevé et la valeur la plus faible. Dans un  
deuxième temps, les expositions non performantes moins détériorées  
dont la valeur était plus importante ont été cédées et/ou titrisées. Le  
temps nécessaire à la réalisation des opérations de cessions/titrisations  
a sans doute contribué à cet arbitrage. En outre, les taux bas sont  
susceptibles d’avoir exercé une influence sur le recours croissant aux  
cessions et titrisations car, toutes choses égales par ailleurs, une  
réduction du taux d’actualisation augmente la valeur des actifs.  
5
0
%
%
Graphique 11  
Source : EBA, BNP Paribas  
2
4
Selon les chiffres de la Banque du Portugal , la baisse du ratio des  
prêts non performants est essentiellement attribuable à une réduction  
de l’encours des prêts non performants (le numérateur du ratio). Ce  
dernier a ainsi diminué de moitié entre le deuxième trimestre 2016 et le  
premier trimestre 2019, de EUR 50 milliards à approximativement  
EUR 25 milliards. Par ailleurs, l’encours des prêts des banques  
portugaises (le dénominateur du ratio) s’est replié de 8% durant la  
même période. La réduction du ratio des prêts non performants n’a  
donc pas découlé d’un phénomène de dilution mais bien d’un  
assainissement des bilans bancaires.  
Les flux nets de prêts non performants, soit la différence entre les prêts  
nouvellement non performants et les prêts non performants qui sont  
reclassés en encours sains, augmentés des amortissements et les  
saisies, ont contribué à hauteur de 1,8 point de pourcentage à la baisse  
totale du ratio des prêts non performants. Finalement, l’effet dilutif lié  
aux flux de prêts performants n’a contribué que dans une faible mesure  
à la réduction du ratio des banques portugaises (-0,8 point de  
pourcentage au total).  
Par ailleurs, le durcissement des critères d’octroi de crédits bancaires  
2
5
en 2011/2012 , puis leur maintien par la suite ont contribué à la  
réduction du coût du risque des banques portugaises. La baisse des  
taux d’intérêt a également allégé la contrainte de solvabilité qui pesait  
sur les emprunteurs en cours de remboursement.  
2
6
Le périmètre des banques couvertes par les données de la Banque du  
2
2
4
5
Banco de Portugal, 2019, Financial Stability Report, June  
Banco de Portugal, 2012, Bank Lending Survey, January 2012 et Banco de  
Portugal est plus large que celui des données de l’EBA. Cela explique  
également le léger écart entre les deux ratios des prêts non performants.  
2
7
Novo Banco, Communiqué du 5 septembre 2019  
Portugal, 2011, Bank Lending Survey, October 2011  
1
1
Conjoncture // Décembre 2019  
economic-research.bnpparibas.com  
L’assainissement du bilan des banques devrait se poursuivre durant les période récente a donc reposé sur une réduction des actifs pondérés  
trimestres à venir, notamment car certaines ont été contraintes de des risques plus rapide que celle des fonds propres. En effet, les actifs  
soumettre des plans de réduction de leurs prêts non performants à la pondérés des risques se sont repliés de 31% entre 2012 et 2018,  
2
9
Banque du Portugal. Par ailleurs, l’introduction de la norme comptable passant de EUR 226 milliards à EUR 157 milliards .  
er  
IFRS 9 le 1 janvier 2018 pourrait conduire à une augmentation du coût  
du risque dans la perspective d’un ralentissement conjoncturel. En effet,  
cette norme reconnaît les pertes de crédit attendues (et non plus  
Comparaison internationale des ratios de CET1 des grandes banques  
de l'UE  
35%  
seulement les pertes de crédit observées comme la précédente norme  
IAS 39), ainsi que les seuils minimums de couverture des expositions  
non performantes imposés par la Commission européenne et les  
T2 2018  
T2 2019  
30%  
28  
25%  
0%  
15%  
0%  
«
attentes prudentielles » de la BCE en matière de provisionnement.  
La situation des banques portugaises pourrait ainsi apparaître  
détériorée sans pour autant que la qualité de leur portefeuille ne se soit  
intrinsèquement dégradée.  
2
1
5
%
%
Les ratios de solvabilité des grandes banques portugaises se sont  
renforcés en dépit de leur faible rentabilité et de l’assainissement de  
leur bilan. La poursuite de ce dernier est néanmoins susceptible de  
peser encore sur les fonds propres bancaires. Enfin, le traitement fiscal  
des actifs d’impôt différé permet aux grandes banques portugaises de  
disposer, sous conditions, d’une capacité d’absorption des pertes  
supplémentaire équivalente à 15% de leur CET1, sans pour autant qu’il  
s’agisse de fonds propres.  
0
Graphique 12  
Source : EBA, BNP Paribas  
Un retour pérenne à la rentabilité des grandes banques portugaises est  
de nature à soutenir l’amélioration de leurs ratios de solvabilité, cette  
fois-ci par une augmentation de leurs fonds propres. Par ailleurs, les  
grandes banques portugaises ont également renforcé leur capacité à  
absorber des pertes grâce à l’émission de dette subordonnée éligible  
Les ratios de solvabilité des banques portugaises ont presque au titre des fonds propres Tier 2. Par exemple, Novo Banco et la Caixa  
doublé en cinq ans malgré une rentabilité faible  
Geral de Depósitos ont respectivement émis EUR 400 millions et  
EUR 500 millions de fonds propres Tier 2 en 2018. Les exigences  
supplémentaires introduites par le Total loss absorbing capacity (TLAC)  
et le Minimum requirement for own funds and eligible liabilities (MREL)  
devraient continuer de soutenir les émissions d’instruments éligibles au  
titre de Tier 2.  
Les ratios réglementaires des grandes banques portugaises  
s’accroissent depuis 2014. Le ratio d’actions ordinaires et assimilées de  
T1 (Common Equity Tier 1  CET1) fully loaded des grandes banques  
portugaises était ainsi de 13,2% au deuxième trimestre 2019 contre  
7,9% au troisième trimestre 2014. Ce renforcement sensible de la  
solvabilité des grandes banques portugaises ne leur permet toutefois  
pas d’atteindre la moyenne pondérée du ratio de CET1 des grandes  
banques de l’ensemble de l’Union européenne qui s’établissait à ces  
mêmes dates à, respectivement, 14,4% et 11,3% (cf. graphique 12).  
Les DTA éligibles au régime spécial représentent une capacité  
d’absorption des pertes supplémentaire équivalant à 15% de CET1  
A l’instar des systèmes bancaires espagnol et italien, les actifs d’impôt  
différé (deferred tax assets  DTA) constituaient, selon les calculs de la  
Commission européenne, une part importante des fonds propres  
Aucune banque portugaise n’entre dans la liste des entités  
d’importance systémique mondiale (Global systemically important  
banks  G-SIBs) établie par le Conseil de stabilité financière (Financial  
stability board  FSB) et n’est, à ce titre, soumise à des exigences  
réglementaires supplémentaires.  
30  
réglementaires du système bancaire portugais . Suite à l’introduction  
en 2013 du règlement européen sur les fonds propres bancaires  
31  
(
Capital requirements regulation  CRR ), les banques étaient tenues,  
er  
au 1 janvier 2018, de déduire de leurs fonds propres réglementaires  
l’intégralité des actifs d’impôt différé qui dépendent des bénéfices futurs  
et une partie de ceux qui n’en dépendent pas. Au 31 décembre 2018,  
les DTA éligibles au titre des fonds propres constituaient  
approximativement 4% de l’encours des CET1 des grandes banques  
portugaises après avoir atteint un pic à 9% en 2016, en lien avec les  
La baisse des actifs pondérés des risques excède celle des  
fonds propres  
Le processus d’assainissement du bilan des banques portugaises et,  
er  
dans une moindre mesure, l’introduction d’IFRS 9 à partir du 1 janvier  
2
018 ont freiné l’accroissement des ratios de solvabilité. Aussi, après  
une progression de 105% entre 2007 (EUR 13 milliards) et 2012  
EUR 27 milliards) l’encours de CET1 des plus grandes banques  
2
9
L’absence de données plus récentes empêche de procéder à des estimations  
acceptables pour 2019.  
Voir European Commission, Coping with the international financial crisis at  
(
portugaises s’est replié de 24% entre 2012 et 2018 (EUR 21 milliards).  
La poursuite de l’amélioration des ratios de solvabilité au cours de la  
3
0
the national level in a European context  Impact and financial sector policy  
response in 2008-2015, Commission staff working document, November 2017  
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Humblot