Conjoncture

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Conjoncture // Septembre 2019  
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Le rôle de la consommation privée comme moteur de la croissance économique chinoise s’est accru ces dernières années, mais ce  
moteur reste fragile. A l’heure où le secteur exportateur subit les effets des mesures protectionnistes américaines et l’affaiblissement de  
la demande mondiale, la Chine cherche de solides relais de croissance. La consommation privée marque cependant le pas, et pourrait  
continuer de décevoir à court et moyen terme. Le rattrapage va nécessairement se poursuivre avec l’urbanisation et le vieillissement de  
la population, ainsi que grâce à l’action du gouvernement, déterminé à réduire les inégalités de revenus, à améliorer l’accès au logement  
et à renforcer davantage le système de protection sociale. Néanmoins, ces changements structurels prendront du temps. Ensuite, bien  
que d’importants gains de productivité soient possibles dans certains secteurs, la hausse des salaires pourrait être freinée par les  
difficultés de l’industrie, dont l’activité est ralentie, et la montée en gamme entravée par les rivalités avec les Etats-Unis. Enfin,  
l’endettement des ménages, qui a fortement augmenté ces dernières années, pourrait devenir une contrainte pesant sur la  
consommation.  
Le processus de transition de l’économie chinoise vers un modèle de financière, puis par l’affaiblissement de la demande mondiale et les  
croissance plus modéré et plus équilibré s’est poursuivi lentement barrières tarifaires américaines. En réponse à la dégradation des  
depuis 2011, favorisé par le ralentissement des exportations et de performances du secteur exportateur et de la demande interne, les  
l’investissement. Le rôle de la consommation privée comme moteur de autorités ont progressivement réorienté leur politique économique. La  
la croissance s’est assurément accru et les habitudes de consommation politique monétaire a été assouplie prudemment à partir du deuxième  
des ménages chinois, notamment les plus aisés, se sont profondément trimestre de 2018 et les mesures de relance budgétaire ont été  
modifiées. Cependant, la hausse de la consommation privée ne multipliées. A court terme, alors que les fortes tensions entre  
constitue pas un moteur de croissance solide, et elle a fortement ralenti Washington et Pékin rendent les perspectives d’exportation très  
au cours des derniers mois. Alors que le secteur manufacturier incertaines, la politique accommodante devrait stimuler la demande  
exportateur subit les effets des hausses des droits de douane interne et permettre la poursuite d’un atterrissage en douceur de  
américains et que la marge de manœuvre des autorités pour stimuler l’économie.  
l’investissement est contrainte par l’excès de dette des entreprises, la  
consommation des ménages peine donc à prendre le relais.  
A court et moyen terme, le rattrapage de la consommation privée  
restera très progressif. Il dépendra, entre autres choses, de l’évolution  
des salaires, qui devrait bénéficier de gains de productivité attendus  
dans certains secteurs, les services notamment, mais aussi être  
pénalisée par les difficultés rencontrées par l’industrie. L’action du  
gouvernement sera également déterminante pour favoriser la baisse du  
taux d’épargne des ménages ainsi qu’une réduction des inégalités de  
revenus (qui aidera au rattrapage des modes de consommation des  
ménages les plus pauvres). Les réformes nécessaires sont clairement  
identifiées, intégrées dans la stratégie de développement des autorités  
et progressivement mises en œuvre depuis plusieurs années, mais le  
processus de changement reste lent. Enfin, le crédit aux ménages est  
devenu un autre facteur déterminant de leurs dépenses. Après une  
période de forte hausse, le service de la dette pourrait néanmoins  
commencer à peser sur la consommation privée.  
Le caractère structurel du ralentissement s’illustre par le déclin du taux  
de croissance potentielle : selon nos estimations, ce taux est passé de  
1
2
1,5% en 2006-2007 (plus haut niveau des années 2000) à 6,2% en  
018. Tous les facteurs de la croissance du PIB accumulation du  
capital, travail et productivité globale des facteurs  se sont affaiblis  
dans la période qui a suivi le choc de 2008-2009, pour des raisons le  
plus souvent interdépendantes (graphique 1).  
Le dividende démographique de la Chine a continué de se réduire. La  
croissance de la population en âge de travailler a fortement ralenti  
depuis l’introduction de la politique de l’enfant unique au début des  
années 1980. Elle était déjà à moins de 1% par an dans les années  
2
000 (contre 3% en 1980), puis est devenue négative (depuis 2012 si  
l’on prend les individus âgés de 15 à 59 ans). Dans le même temps, la  
main d’œuvre en provenance des zones rurales et migrant vers le  
marché du travail urbain s’est réduite. La main d’œuvre en zone urbaine  
a continué d’augmenter, mais les flux de créations d’emplois sont restés  
relativement stables (13,6 millions d’emplois créés en 2018).  
Ces dynamiques ont, d’une part, conduit à la baisse de la contribution  
du travail à la croissance du PIB qui, selon nos estimations, serait  
devenue légèrement négative depuis 2017 et, d’autre part, alimenté des  
tensions sur les salaires. Or, depuis dix ans, les gains de productivité  
des facteurs se sont modérés, mettant fin à la période de très forte  
hausse de 2003-2007. Cette modération a principalement résulté d’une  
La croissance économique chinoise est passée de 10,6% en 2010 à  
6,2% au premier semestre de 2019, ce ralentissement s’expliquant  
essentiellement par des facteurs structurels. Leurs effets ont été  
exacerbés depuis deux ans, d’abord par le durcissement des conditions  
de crédit, devenu indispensable pour réduire les risques d’instabilité  
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dégradation de l’allocation du capital (conséquence de taux élevés, s’est en effet achevée. Par ailleurs, ce sont les créations  
d’investissement depuis longtemps très élevés), de l’érosion des effets d’emplois dans les services qui permettent depuis 2013 d’absorber la  
de l’intégration de la Chine aux chaînes de valeur mondiales, et des baisse de l’emploi dans les secteurs primaire et secondaire  
transformations sectorielles de l’économie. La réallocation du travail de (graphique 2).  
l’agriculture vers l’industrie, où les gains de productivité sont plus  
PIB réel  
Exportations et investissement  
%
g.a. % en valeur, cumul annuel, mm3  
50  
1
1
1
4
2
0
8
6
4
2
0
Croissance effective  
Croissance potentielle  
Investissement  
Exportations de marchandises  
40  
30  
20  
10  
0
-
10  
20  
-
-30  
2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018  
2004  
2006  
2008  
2010  
2012  
2014  
2016  
2018 2019  
Graphique 1  
Source : NBS, BNP Paribas  
Graphique 4  
Source : NBS, General Adm. of Customs  
Répartition sectorielle de l'emploi  
Composantes de la croissance du PIB  
Exportations nettes  
Consommation publique  
PIB réel, variation en %  
Investissement  
Consommation privée  
4
3
3
2
2
1
00 Nombre d'emplois, millions  
Secteur Primaire  
Contributions en pp  
1
1
1
1
6
4
2
0
8
6
4
2
0
2
Secondaire  
Tertiaire  
50  
00  
50  
00  
50  
-
-4  
2
004  
Graphique 2  
Salaires et productivité  
2006  
2008  
2010  
2012  
2014  
2016  
2018  
2004  
Graphique 5  
2006  
2008  
2010  
2012  
2014  
2016  
2018  
Source: NBS  
Source : NBS, Banque Mondiale, BNP Paribas  
Décomposition du PIB par secteur  
2007=100  
% du PIB nominal  
00%  
Primaire  
Secondaire  
Tertiaire  
350  
300  
250  
200  
150  
100  
Salaires réels  
1
Productivité du travail  
80%  
60%  
40%  
20%  
4
0
2
41  
4
3
46  
44  
45  
4
7
3
5
52  
4
45  
4
8
50  
0%  
0
2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018  
2004  
2006  
2008  
2010  
2012  
2014  
2016  
2018  
Graphique 3  
Source : NBS, BNP Paribas  
Graphique 6  
Source : NBS  
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La moindre augmentation de la productivité du travail a pesé sur les Entre 2011 et 2018, la part de l’investissement dans le PIB s’est réduite,  
salaires, mais cet effet a été partiellement compensé par les pressions passant de 47,8% à un taux encore très élevé de 44,1%. Celle de la  
haussières liées aux dynamiques démographiques. Au final, la consommation des ménages s’est accrue de 36,2% à 38,7%. Depuis  
croissance des salaires réels a ralenti depuis 2009 (jusqu’à un rebond 2015, la consommation privée est restée le plus gros contributeur à la  
en 2017-2018), mais dans une moindre mesure que celle de la croissance du PIB réel (graphique 5).  
productivité. Ceci a à la fois pesé sur la croissance des revenus des  
Parallèlement, le rééquilibrage se note aussi à la légère baisse du taux  
ménages et contribué à la perte de compétitivité-coût de l’économie  
d’épargne nationale en pourcentage du PIB, de 49,6% en 2011 à 44,4%  
chinoise (graphique 3).  
en 2018, et à l’érosion de l’excédent courant (0,4% du PIB en 2018). Du  
Dans ce contexte, la Chine a souffert de l’épuisement de ses vieux point de vue sectoriel, la part de l’industrie dans le PIB nominal a chuté  
moteurs de croissance, à savoir les exportations, puis l’investissement. de 46,5% en 2011 à 40,7% en 2018 (dont construction : 7%) et celle  
La progression des exportations de marchandises a nettement reculé des services a augmenté de 44,3% à 52,2% sur la même période  
depuis le choc de 2008-2009, passant de +26% par an en volume en (graphique 6).  
moyenne en 2003-2007 à +5% en 2011-2018. Les difficultés du secteur  
Ces transformations découlent à la fois des divergences entre taux de  
manufacturier exportateur se sont multipliées : perte de compétitivité (à  
croissance réels et d’effets-prix liés à la longue période de déflation  
la moindre compétitivité-coût se sont ajoutés les effets de l’appréciation  
dans l’industrie de 2012 à 2016. L’ajustement dans l’industrie et de  
du yuan), ralentissement de la demande externe et affaiblissement  
l’investissement a été déclenché par l’affaiblissement de la demande  
durable des chaînes de valeur mondiales. Après une période de rebond  
mondiale après des années de surinvestissement et de boom du crédit.  
des exportations en 2017, le nouveau coup de froid sur le commerce  
Au cours des dernières années, il est aussi allé de pair avec des  
mondial et les mesures protectionnistes américaines ont sérieusement  
changements structurels, encouragés par les autorités et qui devraient  
aggravé la situation depuis 2018. La croissance de l’investissement a,  
participer à un processus durable de rééquilibrage. Ainsi, l’industrie a  
quant à elle, reculé dans une majorité de secteurs et en particulier dans  
réduit ses capacités de production excédentaires (dans près d’une  
l’industrie manufacturière, le secteur minier et l’immobilier. Le vaste  
vingtaine de secteurs, et plus particulièrement dans les secteurs du  
plan de relance introduit par les autorités à la suite du choc externe de  
charbon, de l’acier, du ciment et du verre plat) et fermé certaines des  
2
008-2009 avait permis de soutenir l’investissement (public) dans un  
usines les plus polluantes. Des efforts de rationalisation des entreprises  
publiques ont également accompagné la politique de durcissement du  
crédit depuis la fin de 2016, permettant ainsi de freiner la progression  
de leur dette en 2017-2018. Néanmoins, le processus de restructuration  
de l’industrie et de désendettement des entreprises est loin d’être  
achevé (leur dette reste ainsi excessivement élevée et le taux  
d’utilisation des capacités de production de l’industrie bas, à 76% fin  
premier temps, mais aussi accéléré la dégradation de l’allocation du  
capital et aggravé les déséquilibres de l’économie (en particulier les  
capacités de production excédentaires dans l’industrie, les distorsions  
sur le marché immobilier et l’excès de dette des entreprises publiques).  
A partir de 2011, l’action des autorités pour réduire ces déséquilibres (cf.  
infra) et l’essoufflement des exportations ont conduit au ralentissement  
de l’investissement (graphique 4).  
2
018), et sa poursuite pourrait s’avérer compliquée à court terme étant  
Se heurtant aux limites de son ancien modèle de développement, donné la détérioration de l’environnement international. En particulier,  
l’économie chinoise a donc lentement avancé dans sa transition vers un les autorités ont redéfini la direction de leur politique économique  
«
nouveau » régime de croissance. Celui-ci est plus modéré et se doit depuis plusieurs mois, donnant la priorité à court terme aux mesures  
de devenir plus inclusif et plus équilibré, c’est-à-dire moins dépendant contra-cycliques. Le désendettement des entreprises devrait donc être  
de l’investissement et du crédit, de l’industrie et des exportations de interrompu en 2019, en conséquence de l’assouplissement monétaire.  
biens manufacturés, et reposant davantage sur la consommation privée  
L’expansion du secteur des services et de la consommation privée a  
et les services. Or, si ce rééquilibrage des sources de la croissance a  
également été soutenue par des réformes qui devraient contribuer à la  
progressé depuis 2011, notamment encouragé par les réformes  
poursuite du rééquilibrage. Des mesures fiscales et l’élimination de  
structurelles, les avancées restent insuffisantes. La consommation  
barrières à l’entrée dans certains secteurs, notamment, ont stimulé la  
intérieure n’est pas encore assez solide pour prendre véritablement le  
croissance des services, et le renforcement du système de protection  
relais de l’investissement et des exportations comme principal moteur  
sociale a pu encourager la consommation des ménages (cf. infra).  
de la croissance.  
Cependant, la croissance des services a été tirée par les secteurs du  
commerce, mais aussi par ceux de la finance et de l’immobilier (qui  
représentaient respectivement 9,4%, 7,7% et 6,7% du PIB en 2018). Or,  
l’expansion du secteur financier n’était pas soutenable, car elle s’est  
La décomposition du PIB donne une idée du rééquilibrage qui a  
accompagnée d’une forte montée des risques d’instabilité ; elle a  
d’ailleurs ralenti et sa part dans le PIB a diminué depuis 2016. De  
même, les autorités ont resserré les règles prudentielles encadrant  
l’activité du secteur immobilier, afin de contenir la hausse des prix et  
améliorer l’accessibili du logement aux ménages. Surtout, les ressorts  
de la consommation privée, sur laquelle repose largement le  
développement des services, s’affaiblissent.  
accompagné le ralentissement de la croissance depuis 2011. D’une  
part, l’importance de l’investissement et de l’industrie a diminué, mais  
reste élevée. D’autre part, la consommation des ménages et les  
services ont apporté une contribution de plus en plus importante à la  
croissance du PIB. Mais certains facteurs sous-jacents à ces  
transformations demeurent fragiles.  
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pu accroître l’incitation à épargner des ménages, mais aussi induire des  
effets de richesse positifs favorables à la consommation (graphique 10).  
Le rôle de la consommation privée comme moteur de la croissance  
économique s’est assurément accru au cours de la dernière décennie.  
L’augmentation de sa contribution au PIB en atteste, et les modes de  
consommation des Chinois se sont profondément modifiés, notamment  
dans les zones urbaines et pour les ménages les plus aisés. Ainsi, la  
part moyenne du budget des ménages allouée aux achats  
discrétionnaires (transports et communications, éducation et loisirs,  
produits de luxe, etc.) a augmenté depuis dix ans, et la part moyenne  
des dépenses en biens de première nécessité a diminué. Celle-ci  
devrait continuer à baisser, puisqu’elle reste élevée (l’alimentation et les  
vêtements absorbent encore 35% du budget des ménages en moyenne  
en 2018, auxquels s’ajoutent 23% alloués aux dépenses pour le  
logement). Surtout, les disparités régionales et entre les différentes  
catégories de revenus demeurent très importantes, et sont donc a priori  
amenées à se réduire (graphique 7).  
Le récent ralentissement de la consommation privée répond à de fortes  
contraintes structurelles. D’une part, la croissance des revenus réels est  
sur une tendance baissière depuis 2011 mais s’est néanmoins  
stabilisée en 2017-2018. D’autre part, les ménages continuent  
d’épargner une portion élevée de leurs revenus. Leur taux d’épargne  
1
était encore de 36% du revenu disponible en 2018 . A court et moyen  
terme, les autorités devront agir sur les leviers les plus à même de  
soutenir les revenus des ménages et de rehausser leur propension à  
consommer.  
Cependant, la consommation privée n’est pas un moteur très solide.  
Elle représente toujours moins de 40% du PIB nominal, et sa  
croissance a ralenti depuis son pic de 2011 : de 15% en termes réels,  
elle est passée à un palier de 8% par an en moyenne en 2013-2016,  
puis à 7% en 2017-2018 (estimations à partir des données du NBS et  
de la Banque Mondiale). Plus inquiétant, le ralentissement s’est  
accentué sur la période récente.  
Depuis 2011, le revenu disponible par tête a augmenté de près de 8%  
par an en moyenne en termes réels. La hausse a progressivement  
perdu en vigueur, atteignant 6,5% en 2018 (graphique 11). La  
croissance des salaires réels, principale composante des revenus des  
ménages, a ralenti sous l’effet de la modération des gains de  
productivité et de l’affaiblissement de l’activité et des profits dans le  
secteur industriel. Elle est ainsi passée d’environ 9% par an en 2010-  
La progression des volumes de ventes au détail a ralenti de 12% en 2012 à 6% en 2016-2018. Au final, la part des salaires dans le PIB a  
011 pour atteindre un point bas à 6,7% (en glissement annuel, ou g.a.) peu augmenté, passant de 57% en 2011 à 59% en 2018. L’inflation des  
au S1 2019 (graphique 8). La contraction des ventes automobiles (de prix à la consommation est quant à elle restée sur une pente  
% en 2018 et de 12% en g.a. au S1 2019) a lourdement pesé sur la légèrement haussière depuis 2016, ne participant plus à une  
2
3
performance globale (elles représentent environ 10% du total des amélioration du pouvoir d’achat des ménages mais demeurant  
ventes au détail), conséquence d’un ralentissement structurel du néanmoins modérée (à 2% par an en moyenne).  
secteur et de la fin des incitations fiscales à l’achat, mises en œuvre de  
La progression des salaires réels devrait être pénalisée à court terme  
fin 2015 à début 2018. D’autres secteurs ont vu leurs ventes ralentir,  
par les difficultés de l’industrie manufacturière, qui subit  
notamment celui des biens d’équipement (en lien avec la modération  
l’affaiblissement de la demande externe et la multiplication des mesures  
des ventes de logements) et les biens culturels et de loisirs. Les ventes  
protectionnistes américaines. Les gains de productivité resteront  
de produits par internet se sont quelque peu modérées mais restent  
contraints à court et moyen terme par les conséquences de la  
très dynamiques (+22% en g.a. au S1 2019), de même que la  
confrontation commerciale et technologique entre la Chine et les Etats-  
consommation de services (qui représente actuellement plus de 40%  
Unis  qui pourrait entraver le développement des secteurs les plus à  
même de monter en gamme rapidement. En outre, la réallocation des  
des dépenses totales de consommation).  
L’essoufflement de la consommation s’explique notamment par : les facteurs de production de l’industrie vers les services, en œuvre depuis  
2
effets des difficultés de l’industrie sur le marché du travail et la 2013, va se poursuivre , continuant d’exercer des pressions à la baisse  
confiance des ménages ; le regain d’inflation tiré par les prix sur le niveau moyen de la productivité de l’économie.  
alimentaires (graphique 9) ; et la modération du crédit à la  
consommation, suite au resserrement réglementaire dans le secteur  
financier et aux mesures de répression prises à l’encontre les  
plateformes P2P (peer-to-peer) de prêts entre particuliers.  
Parallèlement, la hausse de la dette des ménages de ces dernières  
années commence à peser sur leurs dépenses de consommation (cf.  
1
Les ménages comptent pour la moitié de l’épargne nationale, qui représente 45%  
infra). L’activité du secteur immobilier est un autre facteur-clé, dont les  
du PIB, soit un taux exceptionnellement élevé. Il est à comparer, par exemple, au  
taux moyen de 31% dans les pays de l’Asean, 36% en Corée du Sud, 29% en Inde  
effets sont mixtes : le recul des transactions immobilières, observé  
depuis l’an dernier, a freiné les achats de biens durables. Dans le  
même temps, la hausse rapide des prix des logements depuis 2016 a  
et 20% en Pologne (données 2017).  
2
Les services devraient absorber 48% de l’emploi en 2020, contre 46% en 2018 et  
42% en 2015.  
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Décomposition de la consommation des ménages  
Marché immobilier  
%
des dépenses totales  
g.a., %, mm3  
g.a., %, mm3  
15  
Autres  
Santé  
100  
Volumes des ventes (é.g.)  
7
5
90  
80  
70  
60  
50  
40  
30  
20  
10  
0
Prix moyen des logements (é.d.)  
6
0
12  
9
Education &  
divertissement  
45  
3
0
6
Transports &  
communications  
15  
0
3
Logement  
0
Vêtements  
Alimentation  
-15  
-30  
-3  
-6  
All  
All  
Urban residents Urban residents Rural residents Rural residents  
Ensemble des ménages Résidents urbains Résidents ruraux  
008 2018 2008 2018 2008 2018  
2
2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019  
Graphique 7  
Source : NBS  
Graphique 10  
Source : NBS, BNP Paribas  
Ventes au détail et e-commerce  
Revenu disponible des ménages  
g.a., %, mm3  
g.a., %, mm3  
50  
g.a., %  
Ensemble des ménages, termes nominaux  
Ensemble des ménages, termes réels  
Ménages urbains, nominal  
Ménages urbains, réel  
Ménages ruraux, réel  
25  
20  
15  
10  
5
Ventes au détail, valeur (é.g.)  
Ventes au détail, volume (é.g.)  
Ventes automobiles, volume (é.d.)  
1
4
4
0
12  
10  
8
E-commerce de biens et services, valeur (é.d.)  
30  
2
1
0
0
0
6
-
10  
-20  
4
2
011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019  
2011  
2012  
2013  
2014  
2015  
2016  
2017  
2018  
Graphique 8  
Source : NBS  
Graphique 11  
Source : NBS  
Inflation  
Evolution des salaires moyens, estimations par secteur  
g.a., %  
14 g.a. %  
Salaire réel moyen, hors secteur manufacturier*  
Salaire réel moyen, secteur manufacturier*  
1
1
1
4
2
0
8
6
4
2
0
2
4
6
Prix à la consommation  
Prix alimentaires  
12  
1
0
8
6
4
2
-
-
-
* Estimations basées sur les données disponibles de salaire moyen des  
entreprises non privées en zones urbaines  
2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019  
2011  
2012  
2013  
2014  
2015  
2016  
2017  
Graphique 9  
Source : NBS  
Graphique 12  
Source : NBS, Min. des Ressources Humaines, BNP Paribas  
7
Conjoncture // Septembre 2019  
economic-research.bnpparibas.com  
Les politiques publiques ont un rôle crucial à jouer dans ce contexte. De contenir le ralentissement de la hausse des salaires réels. Ce dernier  
manière générale, un regain de réformes structurelles permettant va néanmoins se poursuivre. De plus, une période de difficultés est  
l’amélioration de l’allocation des facteurs, le renforcement de d’abord attendue à court terme, et nos prévisions sont exposées à  
l’innovation et l’augmentation continue des niveaux de qualification de d’importants risques baissiers, liés à d’éventuels retards dans le  
la main d’œuvre sont nécessaires à une accélération des gains de processus de réformes structurelles ainsi qu’au conflit avec les Etats-  
productivité. Ceci doit permettre à la fois de faciliter le développement Unis. Au final, le soutien de la progression des salaires réels à  
des secteurs à fortes compétences et haute valeur ajoutée et de l’expansion de la consommation privée devrait rester modeste à court-  
compenser les effets de la perte de compétitivité dans les secteurs moyen terme.  
intensifs en main d’œuvre, et ainsi éviter à la Chine le « piège du  
revenu intermédiaire ». Ces objectifs sont déjà intégrés dans la  
3
stratégie de développement des autorités , mais sa mise en œuvre  
reste progressive et risque d’être gênée à court-moyen terme par la  
dégradation de l’environnement externe.  
Dans un contexte de ralentissement des salaires réels, la diminution du  
D’importants gains de productivité intra-sectoriels restent cependant taux d’épargne et la réduction des inégalités, qui doit permettre le  
attendus, aidant à compenser les effets négatifs des changements rattrapage des habitudes de consommation des ménages les plus  
intersectoriels. Chaque secteur doit en effet pouvoir enregistrer des pauvres vis-à-vis des plus aisés, deviennent essentielles à l’expansion  
gains de productivité spécifiques. Dans l’industrie, ces gains sont de la consommation privée. Les réformes nécessaires sont, là encore,  
notamment encouragés par le déploiement du plan « Made in China bien identifiées par les autorités, et mises en œuvre progressivement  
2
025 », même si les objectifs quantitatifs doivent être revus à la baisse depuis plusieurs années. Elles doivent, entre autres choses, favoriser  
en raison des tensions avec les Etats-Unis. Ce programme, lancé en une croissance plus inclusive via le renforcement du système de  
2
015, vise à accélérer la montée en gamme technologique dans dix protection sociale, la réduction des inégalités de revenus entre  
4
secteurs stratégiques , qui bénéficient du soutien du gouvernement résidents des zones rurales, migrants et résidents urbains, et une  
pour financer rénovation et innovation, et dans lesquels la Chine doit meilleure accessibilité au logement.  
devenir leader mondial. Il est accompagné en amont d’efforts de  
La baisse du taux d’épargne a récemment calé  
dépenses en recherche et développement (qui devraient représenter  
,5% du PIB en 2020, contre 2,1% du PIB en 2015, soit un taux  
supérieur à la moyenne de 2,3% des pays OCDE).  
Une large part de l’épargne des ménages chinois est une épargne de  
2
précaution, rendue indispensable par le coût élevé des dépenses de  
retraite et de santé, d’éducation et du logement (prix élevés de  
Dans les services, les gains de productivité ont été favorisés sur la l’immobilier, marchés de la location insuffisamment développés). Des  
période récente par des réformes structurelles (mesures de progrès ont été enregistrés au cours de la dernière décennie pour  
libéralisation, ouverture aux entreprises privées). Ils ont été fortement abaisser l’ensemble de ces coûts. Les réformes ont notamment étendu  
tirés par des secteurs à forte valeur ajoutée tels que les technologies de l’accès aux services publics (santé, éducation) et aux systèmes  
l’information et de la communication (TIC). Ces évolutions devraient d’assurance maladie et vieillesse pour les résidents urbains et ruraux.  
continuer d’accompagner le développement des services (digitalisation Le processus de libéralisation financière a également contribué à une  
des services traditionnels, émergence de nouveaux secteurs à forte réduction des besoins d’épargne des ménages, en permettant une  
5
valeur ajoutée…) .  
meilleure rémunération des produits d’épargne (suppression des  
plafonds sur les taux sur les dépôts, multiplication des possibilités de  
placement dans le secteur non bancaire) et un assouplissement des  
conditions de crédit aux ménages.  
Ces dynamiques intra-sectorielles expliquent que le ralentissement des  
gains de productivité du travail dans l’ensemble de l’économie ait pu se  
stabiliser en 2017-2018 (à un taux estimé de 6,7%, contre 9% environ  
en 2011). En particulier, la hausse de la productivité du travail s’est Enfin, les dynamiques démographiques de vieillissement et de  
améliorée dans le secteur des services depuis 2015, et la progression réduction de la main d’œuvre ont joué un rôle prépondérant.  
des salaires réels s’y est d’ailleurs redressée, dépassant celle du L’augmentation du taux de dépendance, qui a débuté en Chine en 2011,  
secteur manufacturier (graphique 12).  
constitue un facteur structurel de baisse du taux d’épargne moyen. La  
hausse de la consommation privée en pourcentage du PIB a de fait été  
très corrélée à celle du taux de dépendance conformément à la théorie  
du cycle de vie, et ce facteur démographique devrait persister à moyen  
terme. Toutefois, le lien entre les deux variables s’est distendu en 2017-  
2018, attestant de la montée de freins puissants pesant sur la  
consommation (graphique 13 page 9).  
Aussi, dans notre scénario central à moyen terme, le ralentissement  
des gains de productivité resterait-il sur une pente douce, permettant de  
6
3
Les objectifs de la stratégie de développement économique sont notamment  
e
définis dans le 13 Plan quinquennal, adopté par l’Assemblée nationale populaire en  
mars 2016 pour la période 2016-2020.  
4
D’une manière générale, la baisse du taux d’épargne est restée lente,  
et semble même s’être interrompue sur la période récente. Ainsi, le taux  
Informatique, robotique, aérospatial, véhicules propres, matériel électrique,  
équipement agricole, nouveaux matériaux, ingénierie navale, équipement ferroviaire,  
biotechnologies.  
5
Le secteur des TIC représentait 6% du PIB chinois en 2017 et « l’économie  
6
digitale » au sens large environ 30%. Cette part pourrait monter à 50% d’ici 2025. Cf.  
FMI : China’s digital economy: opportunities and risks, : Working Paper, jan. 2019.  
Nombre d’individus de moins de 15 ans et de plus de 64 ans, en pourcentage de la  
population en âge de travailler.  
8
Conjoncture // Septembre 2019  
economic-research.bnpparibas.com  
1
0
d’épargne des ménages a diminué de 41% du revenu disponible en urbaines. Sur la base d’une étude de l’OCDE , la hausse de la  
2011 à 36,1% en 2016, puis se serait stabilisé autour de ce niveau en consommation découlant de ces deux derniers changements pourrait  
2
017-2018 selon nos estimations (graphique 14).  
atteindre 11%. Surtout, l’effet du changement de statut résidentiel serait  
plus fort que celui du déplacement de travailleurs ruraux vers les villes,  
soulignant bien l’importance du renforcement de l’accès aux services  
publics et du système de protection sociale. Les changements du  
système de hukou sont pourtant restés limités jusqu’à maintenant,  
notamment en raison de barrières qu’imposent certaines grandes villes  
aux candidats souhaitant devenir résidents (telles que des critères  
contraignants en termes d’éducation ou d’expérience professionnelle).  
Les autorités auraient donc tout intérêt à accélérer le processus de  
réforme, ainsi qu’à poursuivre activement l’amélioration des services  
publics et de protection sociale offerts à l’ensemble de la population.  
Les inégalités de revenu restent fortes  
La couverture sociale reste insuffisante (les prestations sociales  
représentent seulement 10% du PIB environ), et les inégalités de  
7
revenu demeurent très importantes en dépit des mesures prises par  
les autorités (efforts pour soutenir les revenus des travailleurs ruraux et  
migrants, augmentation des salaires minimaux de 14% par an en  
moyenne en 2012-2018, contre 9% pour le salaire national nominal). Le  
rapport entre le revenu disponible par tête des ménages urbains et celui  
des ménages ruraux a légèrement diminué depuis une décennie, mais  
reste important (2,7 en 2018 contre 3,3 en 2008). De même, les  
inégalités de répartition de la richesse et des revenus se sont juste Le rôle de la politique fiscale doit s’accroître, la marge de  
stabilisées entre 2011 et 2015 (les adultes avec les 10% des revenus manœuvre de la politique de crédit est dorénavant réduite  
les plus élevés absorbaient 42,9% du revenu national avant impôt en Avec la poursuite des réformes structurelles et le vieillissement de la  
2
015, contre 41,4% en 2011, et la part des 50% des revenus les plus population, la réduction du taux d’épargne moyen des ménages devrait  
8
bas était de 14,8% en 2015 contre 14,5% en 2011 ).  
se poursuivre à moyen terme, mais le processus sera lent. Pour donner  
une impulsion au développement de la consommation privée à court  
terme, les autorités utilisent la politique fiscale. Le système fiscal s’est  
révélé peu efficace pour atténuer les inégalités au cours de la dernière  
décennie, et la marge de manœuvre pour accroître leur rôle distributif et  
soutenir la consommation des ménages semble importante.  
La concentration des revenus semble même s’être accentuée depuis  
2016, le revenu moyen des ménages les plus aisés ayant augmenté  
plus rapidement que celui des ménages les plus pauvres ; cette  
dynamique pourrait s’expliquer par la montée en gamme technologique  
dans certains secteurs, qui amplifie l’écart de revenus entre les  
travailleurs des zones en bénéficiant le moins et ceux des secteurs et Les mesures de relance fiscale ont été multipliées en 2018-2019. Celles  
régions les plus avancés. Les disparités entre les habitudes de dédiées aux ménages visent à stimuler leurs dépenses en apportant un  
consommation restent donc particulièrement importantes en Chine. La soutien direct au revenu disponible, et profitent davantage aux  
part des dépenses discrétionnaires dans le budget des ménages aisés ménages aux revenus les plus modérés, et donc la propension  
est élevée alors que celle des ménages à bas revenu reste marginale à consommer la plus élevée. Les changements introduits  
extrêmement réduite, et la taille du marché de certains biens ou depuis l’an dernier comprennent, par exemple, une hausse des seuils  
services est limitée aux grandes villes des régions les plus des tranches d’impôt sur le revenu les plus basses11. Les autorités  
développées 9 . Dans ce contexte, le développement de la estimaient que les mesures d’allégement apporteront un gain atteignant  
consommation privée et l’émergence de nouveaux marchés dans les jusqu’à RMB 660 milliards au revenu disponible total. Ceci pourrait  
régions les moins avancées reposent largement sur l’augmentation des accroître la consommation privée totale de 1,2 point de pourcentage.  
dépenses des ménages les moins aisés et la réduction des inégalités.  
En outre, en réduisant les inégalités de revenu, les réformes pourraient  
avoir des effets positifs sur la demande des ménages au-delà du court  
terme.  
L’amélioration de l’accès aux services publics et à la protection  
sociale reste lente, mais indispensable  
L’urbanisation et, surtout, l’assouplissement du système de hukou La marge de manœuvre de la politique de crédit est plus limitée. D’une  
(
enregistrement des résidents) peuvent avoir un effet significatif sur les part, la progression de la dette des ménages doit ralentir (cf. section  
inégalités et la qualité de la couverture sociale. Les résidents urbains suivante). D’autre part, assainir le marché immobilier et garantir une  
jouissent en effet d’un meilleur accès aux services publics et d’une inflation modérée des prix du logement sont des objectifs clés du  
meilleure protection sociale que les résidents ruraux et les « migrants » président Xi Jinping. Les programmes de rénovation des habitats  
(
travailleurs en zones urbaines mais conservant le statut résidentiel de précaires et de construction de logements à loyers modérés se sont  
ruraux), et dépensent davantage. Sur la période 2016-2020, les multipliés ces dernières années, et les règles prudentielles encadrant  
autorités envisagent de faire passer le taux d’urbanisation de 56,1% de les prêts et les transactions dans le secteur immobilier ont été  
la population à 60% (il était déjà à 59 ,6% en 2018), d’accorder le statut progressivement resserrées depuis l’été 2016.  
de résident urbain à 100 millions de migrants supplémentaires et de  
déplacer 100 millions d’individus des zones rurales vers les zones  
1
0
Molnar M., Chalaux T. et Ren Q. : Urbanisation and household consumption in  
China, OCDE Working Paper 1434, nov. 2017.  
Les tranches ont été relevées de [RMB0-1500] mensuels à [RMB0-3000] pour le  
7
8
9
Le coefficient de Gini est très élevé, à 0,467 en 2017.  
Source: World Inequality Database  
Par exemple, 40 villes représentent plus de la moitié des ventes au détail et  
11  
taux d’imposition à 3%, de [RMB1500-4500] à [RMB3000-12000] pour le taux à 10%  
concentrent les achats d’e-commerce (source: The Conference Board).  
et de [RMB4500-9000] à [RMB12000-25000] pour le taux à 20%.  
9
Conjoncture // Septembre 2019  
economic-research.bnpparibas.com  
Vieillissement de la population et consommation privée  
Dynamique de la dette des ménages  
60  
50  
40  
30  
20  
10  
0
60  
55  
50  
45  
40  
35  
30  
25  
20  
50  
45  
40  
35  
30  
25  
20  
15  
10  
Dette des ménages, % du PIB  
Prêts P2P, % du PIB  
Consommation privée, % du PIB (é.g.)  
Taux de dépendance, % de la population en âge de travailler (é.d.)  
Dette des ménages, g.a., %  
Crédit-logement, g.a., %  
Prêts à la consommation, g.a., %  
2004  
2006  
2008  
2010  
2012  
2014  
2016  
2018  
2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019  
Graphique 13  
Source : NBS, BNP Paribas  
Graphique 16  
Source : Banque centrale, Wang Dai Zhi Jia, BNP Paribas  
Taux d'épargne des ménages  
Consommation des ménages et crédits  
4
4
3
3
2
2
5
0
5
0
5
0
%, termes réels  
Nouveaux crédits à la consommation,  
%
%
du revenu disponible  
en % de la consommation privée (é.d.)  
dont: Nouveaux crédits conso. utilisés  
pour des achats immobiliers (é.d.)  
1
1
1
1
1
8
8
7
6
5
4
3
2
1
0
6
4
2
0
8
6
4
2
0
Consommation privée, g.a. (é.g.)  
2011  
2012  
2013  
2014  
2015  
2016  
2017  
2018  
2004  
2006  
2008  
2010  
2012  
2014  
2016  
2018  
Graphique 17  
Source : BPC, Banque Mondiale, Conference Board, BNP Paribas  
Graphique 14  
Source : NBS, BNP Paribas  
Dette des ménages et PIB par téte  
00  
Le rattrapage de la consommation privée restera très progressif  
20 g.a., %  
%
80  
1
Corée du Sud  
Part de la croissance de la conso. privée en % de la croissance du PIB (é.d.)  
90  
80  
70  
60  
50  
40  
30  
20  
10  
0
Royaume Uni  
Etats-Unis  
Hong Kong  
Consommation privée (é.g.)  
PIB réel (é.g.)  
1
8
6
7
0
1
Thailande  
Malaisie  
60  
France  
Japon  
Israël  
Pologne  
Rép.Tchèque  
14  
12  
10  
8
50  
Chine  
Af. du Sud  
Colombie  
Chili  
Allemagne  
40  
30  
20  
10  
0
Singapour  
Brésil  
6
Hongrie  
Mexique  
4
Russie  
IndonésieTurquie  
Argentine  
Ar. Saoudite  
2
PIB par habitant, PPA  
Inde  
0
2
004 2006 2008 2010 2012 2014 2016 2018 2020p 2022p  
0
20000  
40000  
60000  
80000  
100000  
Graphique 18  
Source : NBS, Banque Mondiale, BNP Paribas  
Graphique 15  
Source : NBS, BNP Paribas  
1
0
Conjoncture // Septembre 2019  
economic-research.bnpparibas.com  
Malgré cela, l’inflation du prix moyen des logements (des 70 villes 2018. Mais les prêts à la consommation se sont également fortement  
principales) est restée élevée (+6,6% en g.a. en moyenne depuis mi- accrus. En particulier, les encours de prêts sur cartes de crédit, apparus  
2016, contre 0,8% sur les trois années précédentes), et l’indice il y a une dizaine d’années, ont augmenté de 57% par an en moyenne  
d’accessibilité au logement s’est détérioré entre 2016 et 2018 après de 2011 à 2015, puis de 27% par an depuis 2016. Ils constituaient 15%  
plusieurs années d’amélioration12 (graphique 10 page 6). Les efforts de la dette des ménages en 2018. Les prêts automobiles représentaient  
pour contenir les hausses de prix doivent être maintenus, et les quant à eux 3% de la dette (graphique 16).  
autorités ont conservé une politique prudente dans le secteur immobilier  
La croissance de la consommation a ainsi été soutenue grâce à un effet  
malgré lassouplissement de la politique de crédit adopté depuis mi-  
direct des prêts à la consommation sur les dépenses et à un effet  
2
018. Cependant, cette attitude pourrait être de plus en plus difficile à  
indirect via le soutien du crédit-logement au marché immobilier. Le  
premier effet semble avoir été important et s’être même accru en 2017 :  
la hausse des prêts à la consommation s’est accélérée et les nouveaux  
prêts correspondants ont représenté près de 8% de la consommation  
privée totale  alors que leur part s’était située autour de 4% au cours  
des années précédentes (graphique 17).  
maintenir en cas de ralentissement prolongé de la croissance  
économique dans les mois à venir.  
Pourtant, la croissance de la consommation privée a ralenti en 2017.  
L’effet de soutien direct des nouveaux crédits a été, d’une part,  
Dans un contexte d’expansion forte du crédit bancaire et non bancaire à largement compensé par les facteurs baissiers déjà évoqués et, d’autre  
l’ensemble des acteurs économiques, la dette des ménages a part, atténué par le fait qu’une portion des nouveaux prêts à la  
rapidement augmenté depuis dix ans, atteignant 55% du PIB à la mi- consommation a en réalité été utilisée pour l’achat de biens immobiliers.  
2
019. Certes, l’excès de dette et la hausse des risques de crédit dans le En Chine, la frontière est parfois floue entre les différents types de  
secteur financier chinois sont principalement concentrés dans le secteur crédits aux ménages. Ce phénomène a probablement pris de l’ampleur  
des entreprises, mais ils commencent à concerner également les en 2017 en réponse au renforcement des restrictions imposées sur le  
1
3
ménages . Surtout, la dette des ménages, dont la hausse a soutenu crédit-logement. En excluant cette portion de prêts sur la base  
1
4
leurs dépenses ces dernières années, pourrait finir par peser sur d’estimations du Conference Board , les nouveaux prêts exclusivement  
l’expansion de la consommation privée.  
dédiés à l’achat de biens de consommation représenteraient plutôt 5%  
et 6% de la consommation privée totale en 2017  ce qui reste élevé.  
En 2018, la contribution du crédit à la consommation a amorcé une  
baisse, avec des conséquences sur certains types d’achats des  
ménages (automobiles et autres biens durables notamment).  
La dette des ménages est passée de 17,9% du PIB en 2008 à 52,6%  
en 2018 et 54,6% à la mi-2019. L’encours de la dette  
(
RMB 51000 milliards fin juin 2019) a augmenté de 20% par an en  
Le resserrement des règles prudentielles a été étendu aux activités de  
crédit à la consommation depuis 2018 (la hausse des encours de prêts  
sur cartes de crédit a ainsi ralenti de 37% en g.a. fin 2017 à 16% mi-  
moyenne depuis 2011. D’abord dans une phase de rattrapage,  
l’endettement des ménages mesuré en pourcentage du PIB n’est pas  
particulièrement élevé, et il est maintenant considéré comme  
légèrement supérieur à ce qui serait conforme au niveau de  
développement de la Chine (graphique 15). Cependant, le poids de la  
dette des ménages ressort plus important lorsqu’il est mesuré en part  
du revenu disponible : nous l’estimons à environ 90% en 2018, contre  
2019). Les autorités ont en effet répondu progressivement à la montée  
des nouveaux risques que représente l’augmentation de la dette des  
ménages pour le secteur financier.  
Jusqu’à présent, la qualité des portefeuilles de prêts au logement des  
banques commerciales est restée satisfaisante, notamment grâce à  
l’existence de normes prudentielles relativement conservatrices (par  
exemple, le montant des crédits-logement octroyés en 2018 ne  
dépassait pas 30% de la valeur des biens immobiliers financés). En  
revanche, la hausse rapide des prêts à la consommation s’est  
accompagnée d’une gestion des risques moins rigoureuse et de taux de  
défaillance plus élevés (mais encore modérés). En 2017, les ratios de  
créances douteuses s’élevaient à 0,3% pour les prêts au logement et  
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1% en 2008 (soit un niveau proche de ceux de pays au revenu par  
tête plus élevé). En outre, les ratios officiels de dette des ménages sont  
légèrement sous-estimés puisqu’ils excluent les prêts des institutions  
non bancaires du shadow banking (qui restent modérés mais ont  
néanmoins rapidement augmenté depuis cinq ans).  
L’augmentation de la dette des ménages a été principalement tirée par  
les crédits au logement, qui représentaient près de 60% de la dette en  
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,6% pour les prêts sur cartes de crédit. Par ailleurs, comme les  
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entreprises, les ménages ont profité de l’expansion des activités de  
shadow banking de la dernière décennie. Les banques et institutions  
financières non bancaires leur ont proposé de nouveaux produits  
En 2017, l’achat d’un appartement de 100 m représentait 20 ans de revenu  
disponible pour un ménage gagnant le revenu national moyen. Source : OCDE,  
Economic Surveys: China 2019 (avril 2019).  
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La dette totale du secteur non-financier chinois est estimée à environ 250% du  
PIB à fin 2018, dont 130% détenus par les entreprises, 50% par les collectivités  
locales et leurs véhicules de financement, 17% par le gouvernement central et 53%  
par les ménages.  
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The Conference Board : Rising household debt, Implications for Chinese  
consumption, août 2018.  
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Conjoncture // Septembre 2019  
economic-research.bnpparibas.com  
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d’épargne et de financement permettant de contourner les du FMI . Ensuite, le poids de la dette en pourcentage du revenu s’est  
réglementations existantes. Certains crédits se sont donc développés bien plus fortement aggravé pour les ménages aux revenus les plus bas.  
dans un cadre réglementaire flou propice à la prise de risques. Or, les inégalités aggravent les effets d’un resserrement du crédit sur la  
Notamment, les plateformes P2P de prêts entre particuliers se sont consommation : les ménages les plus pauvres, dont l’endettement est  
multipliées rapidement entre 2014 et 2017 : plus de 6600 plateformes le plus élevé et l’épargne la plus faible, sont aussi les plus vulnérables  
ont été créées. Lencours total de ce type de prêts ne représente qu’une aux chocs sur le revenu, et ajusteront leur consommation à la baisse  
portion modeste de la dette des ménages (3% au pic de début 2018), plus fortement en cas de diminution des nouveaux crédits. A l’inverse,  
mais les pratiques des plateformes P2P sont parfois frauduleuses et les un assouplissement des conditions de crédit pour les ménages devrait  
taux de défaut sont élevés.  
avoir des effets d’autant plus limités sur la consommation que le service  
de la dette est déjà significatif et très inégalement réparti entre les  
différentes catégories de revenus.  
Le resserrement de la politique monétaire entre la fin 2016 et le  
T2 2018, le maintien depuis trois ans de règles relativement strictes  
pour encadrer les prêts et l’activité dans le secteur immobilier , puis la De fait, l’effet favorable du crédit sur les dépenses des ménages tend à  
multiplication des mesures visant à réduire les financements P2P et s’atténuer dans le temps et au fur et à mesure que la dette augmente.  
autres activités du shadow banking, ont ralenti la progression de la Selon une étude de la BRI , la hausse de la dette des ménages a un  
dette des ménages (passée de 24% en g.a. au T2 2017 en termes effet positif sur la croissance de la consommation privée et du PIB à  
nominaux à 17% au T2 2019). La très grande majorité des plateformes court terme (horizon d’un an), mais l’effet devient négatif à moyen terme  
P2P ont été mises sous surveillance ou fermées, et leur encours de  notamment parce que les ménages doivent allouer une partie  
prêts s’est contracté rapidement depuis juillet 2018, pour atteindre croissante de leurs revenus au service de la dette. L’effet négatif sur la  
RMB687 mds mi-2019, soit 1,3% de la dette des ménages (graphique consommation à moyen terme est significatif si le ratio de dette sur PIB  
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6 page 9).  
dépasse 60% (effet de seuil), niveau que la Chine n’a certes pas encore  
atteint mais dont elle s’approche rapidement (le seuil de 60% devrait  
être franchi en 2020 dans notre scénario central).  
Bien qu’il soit indispensable pour contenir les risques de crédit dans le  
secteur financier, le ralentissement de prêts aux ménages a de toute  
évidence pesé sur la consommation en 2018 et au S1 2019. De plus, L’ajustement attendu du marché immobilier  
à moyen terme  
les ménages devraient également commencer à ressentir la hausse du (développement plus équilibré, hausse des prix du logement plus  
poids du service de la dette.  
modérée, mesures de lutte contre la spéculation) pourrait conduire au  
ralentissement des crédits immobiliers aux ménages, et laisser un peu  
d’espace aux prêts à la consommation. La marge de manœuvre du  
recours au crédit pour soutenir la consommation est toutefois étroite.  
Le service de la dette des ménages s’est fortement alourdi depuis 2016.  
Outre un effet négatif direct sur la consommation, son poids rend les  
ménages plus sensibles aux hausses de taux d’intérêt et au  
resserrement de la politique de distribution de crédit par les banques, et  
contraint leur capacité à s’endetter davantage à moyen terme.  
A court terme, en cas de ralentissement de la croissance plus prononcé  
qu’attendu, les autorités pourraient assouplir à nouveau leur politique  
de crédit aux ménages pour stimuler la demande interne et contrer les  
effets de l’affaiblissement des exportations. Cependant, même dans un  
environnement réglementaire assaini, la dynamique de hausse de la  
dette pourrait avoir des effets positifs limités à court terme sur la