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Inflation des prix de l’énergie en zone euro : réactions des gouvernements et implications sur le pouvoir d’achat des ménages

ECO FLASH  
N°22-09  
20 mai 2022  
INFLATION DES PRIX DE L’ÉNERGIE EN ZONE EURO : RÉACTIONS DES GOUVER-  
NEMENTS ET IMPLICATIONS SUR LE POUVOIR D’ACHAT DES MÉNAGES  
Guilaume Derrien, Stéphane Colliac (avec le collaboration d’Elias Krief, stagiaire)  
La hausse spectaculaire des prix de l’énergie  
depuis avril 2021 constitue le principal levier  
de la flambée actuelle de l’inflation en zone  
euro. Cette hausse s’est accentuée depuis  
le déclenchement de la guerre en Ukraine, le  
VARIATION DU POUVOIR D’ACHAT EN 2022 (MOYENNE ANNUELLE),  
AVEC ET SANS MESURES GOUVERNEMENTALES  
avec mesures  
0.3%  
sans mesures  
0
%
-
-
0.8%  
2
«
4 février dernier, entraînant la composante  
énergie » de l’indice des prix à la consom-  
-
-
-
2%  
4%  
6%  
mation harmonisé (IPCH), qui a crû de 44,4%  
a/a en mars 2022.  
-2.4%  
-
2.7%  
-
2.8%  
-3.6%  
-
2.8%  
-3.1%  
-
4.2%  
Les gouvernements des quatre principales  
économies de la zone euro se sont mobilisés  
pour tenter d’amortir le choc pour les acteurs  
économiques, en particulier sur le pouvoir  
d’achat des ménages, via différentes mesures:  
subventions directes, baisses de taxes,  
réglementation des prix ou revalorisation des  
revenus.  
-
5.2%  
France  
France (Insee)  
Allemagne  
Italie  
Espagne  
Le label  
« France (INSEE) » montre des estimations de croissance effective et estimée du pouvoir  
d’achat pour 2021 et 2022 plus favorables par rapport à celles reportées avec le label « France ». Elles  
sont en effet calculées sur la base de l’inflation (IPC) communiquée par l’INSEE, contrairement au label  
«
France » établi à partir de l’inflation harmonisée (IPCH), la première étant moins élevée que la seconde.  
GRAPHIQUE 1  
SOURCES : COMMISSION EUROPÉENNE, INSEE, CALCULS DE BNP PARIBAS  
LES PRIX DE L’ÉNERGIE CONSTITUENT LE PRINCIPAL FACTEUR DE LA FLAMBÉE DE L’IN-  
FLATION EN ZONE EURO, MALGRÉ DES DIFFÉRENCES SIGNIFICATIVES ENTRE LES PAYS  
Toutefois, si ces actions ont nettement  
atténué la hausse du coût de l’énergie, elles  
n’ont pas empêché une diffusion de l’inflation  
aux autres postes de l’indice des prix à la  
consommation. Et si la baisse du pouvoir  
d’achat des ménages anticipée en 2022 s’en  
trouve limitée, elle n’est pas évitée.  
L’énergie contribue majoritairement à la croissance des prix à la consommation en zone  
euro. En mars 2022, la composante « énergie » de l’indice des prix à la consommation  
harmonisé (IPCH) augmentait de 44,4% en glissement annuel (cf. graphique 2). Sachant  
que les ménages y dédient en moyenne 11% de leurs dépenses de consommation,  
l’énergie contribuait à hauteur des deux tiers (65,6%) à l’inflation totale en mars 2022,  
un chiffre global qui masque toutefois des disparités importantes entre les principaux  
pays de la zone euro (cf. graphique 3). Ce chiffre excédait 70% en Italie (73,6%) et en  
Espagne (72,3%), où les prix de l’énergie sont en hausse de 50% sur un an. La contribution  
est inférieure en Allemagne (59,7%) et en France (60,3%), en raison d’une croissance  
des prix de l’énergie presque deux fois plus faible que dans les pays d’Europe du Sud.  
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2
En avril 2022, la composante « énergie » a progressé légèrement  
moins vite (+38% sur un an contre 44% en mars) mais elle contribue  
toujours à plus de la moitié de l’inflation totale (55,3%). Sous l’hypo-  
thèse que les prix internationaux de l’énergie ne repartent pas à la  
hausse, le poids de cette composante devrait progressivement se ré-  
duire en raison des effets de second tour et d’une plus forte poussée de  
l’inflation hors énergie.  
VARIATION SUR UN AN DE LA COMPOSANTE « ÉNERGIE » DE L’IPCH (%)  
Zone euro  
Allemagne  
France  
Italie  
Espagne  
6
0
50  
Les écarts de contribution de l’énergie à l’inflation entre les pays s’ex-  
pliquent notamment par les différentes dynamiques des sous-indices  
de la composante « énergie » et par les différences de poids de ces  
sources dans les dépenses de consommation des ménages. En zone  
euro, l’électricité se démarque parmi les facteurs de la hausse de l’in-  
dice des prix (cf. tableau 1). Les ménages sont doublement frappés :  
à travers l’effet prix mais aussi compte tenu du poids plus important  
de l’électricité dans leurs dépenses de consommation. Toutefois, des  
écarts importants existent entre les pays. Alors que l’électricité portait  
principalement la hausse des prix en Espagne en mars 2022, il s’agis-  
sait plutôt du gaz en Italie et des carburants en Allemagne. La France  
se distingue de ses voisins européens par l’augmentation limitée du  
tarif réglementé de l’électricité.  
4
0
0
3
20  
10  
0
-
-
10  
20  
2
000 2002 2004 2006 2008 2010 2012 2014 2016 2018 2020 2022  
GRAPHIQUE 2  
SOURCES : EUROSTAT, BNP PARIBAS  
FACE À L’INFLATION DES PRIX DE L’ÉNERGIE, LES GOUVER-  
NEMENTS SE MOBILISENT POUR PRÉSERVER LE POUVOIR  
D’ACHAT DES MÉNAGES ET SOUTENIR LES ENTREPRISES  
VARIATION SUR UN AN DE LA COMPOSANTE « ÉNERGIE » DE L’IPCH ET  
CONTRIBUTION À L’INFLATION TOTALE EN MARS 2022 (%)  
Variation annuelle  
Contribution à l'inflation  
80%  
70%  
Pour amortir la hausse spectaculaire des prix de l’énergie et ses  
conséquences sur l’économie, les gouvernements européens ont  
déployé, à partir du quatrième trimestre 2021 pour la plupart,  
d’importantes mesures de soutien aux ménages et aux entreprises  
6
5
4
3
0%  
0%  
0%  
0%  
60.3%  
5
1.5%  
(
cf. graphique 4). Selon nos estimations (qui tiennent compte des  
informations disponibles au 7 mai dernier), le montant total des aides  
gouvernementales atteint EUR 45,9 mds en France, EUR 23,4 mds  
4
4.4%  
3
7.6%  
2
9.8%  
1
en Allemagne comme en Italie et EUR 16,9 mds en Espagne . En  
20%  
proportion du PIB, les gouvernements français, espagnol et italien –  
avec respectivement 1,9%, 1,4% et 1,3% du PIB consacré aux aides –  
sont plus actifs que le gouvernement allemand (0,7%).  
1
0%  
0%  
France  
GRAPHIQUE 3  
Allemagne  
Italie  
Espagne  
Zone euro  
Ces pays ont principalement actionné quatre leviers pour amortir la  
hausse des prix de l’énergie : les subventions, les réductions de taxes, la  
règlementation (ou gel des prix de l’énergie), l’indexation des revenus  
SOURCES : EUROSTAT, BNP PARIBAS  
(
par une mesure discrétionnaire au-delà des procédures existantes de  
MONTANT TOTAL DES MESURES GOUVERNEMENTALES  
POUR AMORTIR LA HAUSSE DES PRIX DE L’ÉNERGIE  
revalorisation automatique). La majorité d’entre eux a eu recours aux  
deux premiers instruments, qui ciblaient principalement les ménages  
modestes et les PME des secteurs les plus impactés par la hausse des  
prix de l’énergie (transport, pêche, agriculture).  
mds EUR  
% du PIB (é.d.)  
5
0
2.0%  
1.6%  
1.2%  
0.8%  
0.4%  
0.0%  
Les gouvernements de notre échantillon de pays ont tous mis en  
œuvre une remise sur le prix du litre d’essence (18 centimes en  
France, 25 centimes en Italie, 20 centimes en Espagne, 14 centimes  
pour l’Allemagne). Ce type de remise a un impact indiscriminé sur  
l’ensemble des usagers. L’écart entre le montant des mesures en  
France et celles de l’Italie et de l’Espagne correspond principalement  
au coût du bouclier tarifaire sur le gaz et l’électricité que la France est  
4
5.9  
40  
3
2
1
0
0
0
0
23.4  
23.4  
2
la seule à appliquer jusqu’à maintenant .  
16.9  
1
Ces montants sont plus faibles que ceux officiellement annoncés pour deux raisons  
principales. Premièrement, nous avons exclu de nos estimations toutes les mesures qui  
ne sont pas directement des mesures de freinage de l’augmentation des prix de l’énergie  
(
sont donc exclues, par exemple, les nouvelles lignes de crédits accordées aux entre-  
prises et aux ménages ou les limitations à la hausse des loyers comme instaurées en  
Espagne). Deuxièmement, dans certains cas, l’absence de plusieurs données disponibles  
nous ont conduit à extrapoler ou estimer le coût d’une mesure à un niveau plancher.  
France  
Italie  
Allemagne  
Espagne  
2
5
Pourtant la Commission européenne a approuvé une initiative de gel du prix du gaz à  
0 EUR/MWh le 26 avril 2022, proposée conjointement par l’Espagne et le Portugal. Le  
GRAPHIQUE 4  
SOURCES : GOUVERNEMENTS NATIONAUX, CALCULS BNP PARIBAS  
projet est toujours en cours de développement.  
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3
VARIATION ANNUELLE ET CONTRIBUTION À L’INFLATION TOTALE, PAR SOURCE D’ENERGIE  
Poids dans la consommation  
des ménages (pondération  
Glissement annuel  
mars 2022)  
Part dans l'inflation  
totale  
(
2
022)  
4
1.2%  
7.6%  
107.8%  
.0%  
82.3%  
0.1%  
8.4%  
17.3%  
7.1%  
68.5%  
9.1%  
5.3%  
83.0%  
4.0%  
37.2%  
3.1%  
3.0%  
4.1%  
3.3%  
2.4%  
2.2%  
2.9%  
1.5%  
1.9%  
2.3%  
0.7%  
1.3%  
0.6%  
0.7%  
0.1%  
17.4%  
6.9%  
Zone euro  
Allemagne  
Espagne  
France  
1
Électricité  
44.7%  
3.8%  
6
Italie  
28.9%  
14.9%  
11.0%  
2.7%  
5
Zone euro  
Allemagne  
Espagne  
France  
2
Gaz  
3
13.6%  
23.1%  
8.8%  
Italie  
8
Zone euro  
Allemagne  
Espagne  
France  
9
15.9%  
5.1%  
Carburant  
8
12.3%  
0.4%  
Italie  
Ce tableau illustre la double exposition d’un pays à la variation du prix d’une source d’énergie spécifique. Les lignes entièrement co-  
lorées en rouge par exemple indiquent que, pour les pays concernés, non seulement la hausse d’une énergie donnée est importante  
par rapport à ses voisins, mais qu’elle occupe également une part particulièrement importante dans les dépenses de consommation  
des ménages. D’où sa contribution relativement plus élevée dans l’inflation totale en mars 2022. Les lignes jaunes correspondent à  
la médiane, signifiant qu’un pays donné est modérément exposé à la hausse du prix de la source d’énergie concernée, par rapport  
à ses voisins. Les lignes vertes mettent en évidence l’exposition relativement limitée d’un pays à la source d’énergie concernée, par  
rapport aux autres membres.  
TABLE AU 1  
SOURCES : BNP PARIBAS, EUROSTAT  
Face à la durée et à l’ampleur du choc inflationniste, qui se diffuse, des La hausse continue des prix de marché et l’extension du gel des tarifs  
mesures discrétionnaires de revalorisation des revenus (fonctionnaires, du gaz jusque fin 2022 (au lieu de juin) pourraient alourdir la facture  
retraites) commencent à être annoncées et deviendront probablement de EUR 10 mds supplémentaires pour cette année, contre EUR 1,2 md  
3
centrales dans la réponse des gouvernements. Ci-après, nous passons initialement budgété . L’annonce de nouvelles mesures, qui seront  
en revue les principales mesures annoncées par l’Allemagne, la France, mises en œuvre avant l’été, élargit encore cet éventail : chèque  
l’Italie et l’Espagne.  
alimentation, revalorisation du salaire des fonctionnaires ainsi que des  
retraites (cf. tableau 3).  
Allemagne  
Italie  
Jusqu’en février 2022, l’action du gouvernement allemand se caracté-  
risait principalement par des subventions allouées aux plus modestes Fortement pénalisés par la hausse des prix du gaz par rapport aux  
et par la réduction de la taxe sur les énergies renouvelables (EEG). autres pays européens, ce sont les ménages et les entreprises utili-  
Ces deux mesures totalisaient moins de EUR 10 mds. Mais la flambée sateurs de cette énergie qui bénéficient le plus des mesures gouver-  
des prix de l’énergie, amplifiée par la guerre en Ukraine, a poussé la nementales. Baisse de la TVA sur le gaz, suppression du système de  
coalition à redoubler d’efforts dans la préservation du pouvoir d’achat. charge et « bonus social » concentraient, jusqu’à la fin du T1 2022,  
Ainsi, la réduction du prix des transports en commun, la remise sur le l’essentiel du soutien budgétaire en place depuis octobre 2021. De  
prix du litre à la pompe, la subvention de EUR 300 pour une large part l’enveloppe totale de EUR 23,4 mds, EUR 11 mds ont été dépensés  
des contribuables et la hausse du montant des allocations sociales aux entre janvier et mars 2022. Toutefois, le financement de ces mesures  
plus démunis sont incluses dans le programme de EUR 15 mds annon- « devrait être couvert par des réductions d’autres dépenses et par une  
cé le 24 mars 2022 (cf. tableau 2).  
augmentation des recettes, y compris celles liées à une taxe extraor-  
dinaire sur les fournisseurs d’énergie », indiquait la Banque d’Italie en  
France  
4
avril 2022 (cf. tableau 4).  
La France se place parmi les pays les plus actifs en matière de mesures  
anti-inflationnistes en Europe de l’Ouest. En application depuis octobre  
Espagne  
2
021, le « bouclier tarifaire » se compose de subventions allouées Le gouvernement espagnol a été le premier à réagir à la hausse des prix  
aux ménages modestes – sous forme de « chèque énergie » et d’une de l’énergie. Dès juin 2021, son action s’est manifestée par la réduc-  
«
indemnité inflation » – du gel des tarifs réglementés du gaz et tion de deux taxes majeures sur l’électricité, dont le taux de TVA. Ces  
de la hausse plafonnée à 4% de ceux de l’électricité. Ces mesures mesures s’adressent en particulier aux consommateurs dont la facture  
de « réglementation des prix » représentent près de la moitié de d’électricité a doublé en mars 2022 (hausse de 108% de la composante  
l’enveloppe budgétaire destinée à la préservation du pouvoir d’achat. « électricité » soit près de 60 points de plus que la hausse moyenne  
3
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4
de la zone euro). Depuis le début de la guerre en Ukraine, les nouvelles  
mesures annoncées ciblent principalement les carburants (remise sur  
le litre à la pompe, aides au secteur agricole et au transport routier), en  
réponse notamment aux mouvements de protestation massifs qui ont  
émaillé une grande partie du pays au cours des dernières semaines.  
La facture pourrait s’alourdir davantage à la suite du projet de régle-  
mentation du prix du gaz utilisé pour produire de l’électricité, qui a été  
validé le 26 avril 2022 par la Commission européenne (cf. tableau 5).  
VARIATION DU POUVOIR D’ACHAT RÉEL, AVEC ET SANS MESURES  
GOUVERNEMENTALES (MOYENNE ANNUELLE)  
en 202 1s ans mesures  
en 2022  
sans mesures  
avec mesures  
avec mesures  
4
3
2
1
0
%
%
%
%
%
0%  
-2%  
2
.9%  
2.5%  
-0.3%  
-0.8%  
2
.3%  
2.0%  
1
.9%  
1.6%  
-2.4%  
-
2.7%  
-2.8%  
-2.8%  
-3.1%  
0
.2%  
.1% 0.0%  
-4%  
L’ACTION DES GOUVERNEMENTS DEVRAIT ATTÉNUER LA  
BAISSE DU POUVOIR D’ACHAT, SANS POUR AUTANT L’ÉVITER  
EN 2022  
-3.6%  
0
-
4.2%  
-5.2%  
-0.3% -6%  
-
1%  
L’action des gouvernements suffit-elle à préserver le pouvoir d’achat des  
ménages ? L’imparfaite indexation des salaires sur l’inflation conduit  
ceux-ci à croître moins vite que les prix, ce qui aboutit à une perte  
nette de pouvoir d’achat des salaires et le plus probablement aussi,  
par extension, du revenu disponible. Les mesures gouvernementales  
peuvent amortir cette perte en influençant les deux paramètres de  
l’équation : le revenu, à la hausse, via les subventions, les baisses  
des taxes et les mesures diverses de revalorisation et l’inflation, à la  
baisse, via les mesures réglementaires sur les prix de l’énergie et les  
ristournes à la pompe. L’évolution du pouvoir d’achat des ménages  
permettra alors de mesurer l’efficacité des mesures gouvernementales.  
SOURCE : COMMISSION EUROPÉENNE, INSEE,  
CALCULS ET PRÉVISIONS BNP PARIBAS  
GRAPHIQUE 5  
PERTE ÉVITÉE DE POUVOIR D’ACHAT GRÂCE  
AUX MESURES GOUVERNEMENTALES  
2021  
2022  
points de %  
.0  
3
2
.5  
En s’appuyant sur les prévisions de croissance du revenu disponible  
2.0  
1.5  
5
brut (RDB) de la Commission européenne (AMECO) de novembre 2021  
6
et d’inflation de BNP Paribas pour 2022 , nous avons quantifié l’impact  
des différentes mesures de soutien aux ménages sur la croissance  
de leur pouvoir d’achat en 2022. L’indice des prix retenu est l’indice  
harmonisé afin de rendre les résultats comparables, mais un calcul  
utilisant l’indice des prix de l’Insee est également effectué pour la  
France. Et pour ce pays, contrairement aux autres, nous utilisons les  
prévisions de BNP Paribas pour le revenu disponible des ménages pour  
1
0
0
.0  
.5  
.0  
France  
Espagne  
Italie  
Allemagne  
2
022 et non celles de la Commission européenne.  
SOURCES : COMMISSION EUROPÉENNE, INSEE,  
CALCULS ET PRÉVISIONS DE BNP PARIBAS  
De cet exercice, nous concluons que l’action des gouvernements  
pourrait globalement atténuer la baisse du pouvoir d’achat, sans pour  
autant l’éviter en 2022 (cf. graphiques 5 et 6). Dans les quatre pays  
étudiés, le pouvoir d’achat devrait effectivement baisser en 2022 par  
rapport à 2021 mais dans une ampleur limitée par les mesures. Les  
ménages espagnols subiraient une perte de leur pouvoir d’achat à  
hauteur de 4,2% en 2022, alors qu’il avait stagné en 2021. En Italie, la  
baisse du pouvoir d’achat atteindrait, selon nos estimations, 2,8% en  
GRAPHIQUE 6  
sur les deux années, d’amortir la détérioration du pouvoir d’achat  
de 0,5 point de pourcentage en Allemagne à 2,7 points en France  
(
cf. graphique 6). Ce large écart entre la France et les autres pays étudiés  
témoigne de l’efficacité du « bouclier tarifaire » et de la réduction  
des prix du carburant, sans lesquels l’inflation totale française aurait  
7
atteint en moyenne 6,7% en 2022, contre 5,3% attendus selon l’indice  
harmonisé.  
2
022, une détérioration qui apparaît d’autant plus importante qu’elle  
intervient après un gain de 2,9% en 2021. La contraction serait plus  
limitée en Allemagne (-2,4%), et surtout en France (-0,8%).  
Si la baisse de pouvoir d’achat reste importante, elle aurait été plus  
douloureuse encore sans l’action des gouvernements. En place depuis  
l’automne 2021 pour la majorité d’entre elles et souvent étendues sur  
l’ensemble de l’année 2022, ces mesures auraient permis, en cumul  
Stéphane Colliac  
stephane.colliac@bnpparibas.com  
5
La variation du pouvoir d’achat « sans mesures » est calculée à partir des prévisions du RDB d’AMECO pour 2022. Les prévisions ayant été publiées en novembre 2021, nous  
considérons qu’elles n’incluaient pas encore les mesures annoncées par les gouvernements et déployées en 2022. Nous déduisons alors la variation du pouvoir d’achat « avec  
mesures » en ajoutant aux prévisions de RDB le montant des différentes mesures en cours ou effectivement annoncées pour l’année 2022. Cette méthode est appliquée pour  
l’Italie, l’Allemagne et l’Espagne. Une démarche inverse est effectuée pour la France : nous partons des prévisions du RDB de BNP Paribas dans lesquelles les mesures sont déjà  
incorporées sous forme de prestations sociales ou de hausses de salaires bruts. Le retrait de ces différents montants à la prévision de RDB nous permet d’obtenir la variation du  
pouvoir d’achat « sans mesures ».  
6
D’après les prévisions de la Commission européenne de mai 2022, le RDB devrait augmenter plus que prévu initialement en novembre 2021 pour l’ensemble de l’année 2022.  
Cela est principalement dû à l’inclusion de mesures liées à l’énergie et à la solide amélioration du marché du travail. Cependant, ces facteurs n’empêcheront pas le pouvoir  
d’achat des ménages de diminuer de 2,8 %, à l’échelle de l’UE en 2022, précise la Commission.  
7
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ALLEMAGNE  
Coût de la  
mesure  
Type de mesure  
Intitulé de la mesure  
Date de début  
Date de fin  
Bénéficiaires  
(
mds EUR)  
Augmention de EUR 100 par personne  
des allocations sociales (suivant une  
première hausse de EUR 100 annoncée  
en 2021)  
Ménages recevant des allocations  
sociales  
Subventions  
2,2  
mars 2022  
-
Indemnité de EUR 300 versée aux  
ménages et un bonus de EUR 100 par  
enfant  
Tous les salariés se situant dans les  
8,7  
0,7  
2,7  
mars 2022  
sept. 2021  
-
-
5
premières tranches d'imposition  
Aides aux ménages à travers la  
hausse des allocations sociales et de  
l'indemnité énergie  
1,1 million de ménages modestes  
Réduction de la taxe sur les carburants  
de 0,30 EUR/litre pour l'essence et de  
Réduction des taxes  
avril 2022  
avril 2022  
juillet 2022  
juillet 2022  
Ensemble des contribuables  
Ensemble des contribuables  
0
,14 EUR/litre pour le diesel  
Réduction du prix des tickets de trans-  
port en commun à EUR 9 par mois  
2
,5  
,6  
Suppression de la taxe sur les énergies  
renouvelables (EEG)  
6
juillet 2022  
-
-
-
Ensemble des contribuables  
-
Réglementation des  
prix  
-
-
Total  
23,4  
Le programme de EUR 15 mds annoncé en mars 2022 regroupe (i) la hausse des allocations sociales de EUR 100 allouées à 1,1 millions de ménages modestes (coût de EUR 1,1 mds),  
(
ii) le versement d’une indemnité de EUR 300 pour 25 millions de salariés et EUR 100 supplémentaires par enfant (coût de EUR 8,7 mds), (iii) la réduction du ticket des transports en  
commun (coût de EUR 2,5 mds) et (iv) celle de de la taxe sur les carburants, dont nous déduisons le coût à EUR 2,7 mds. La suppression de la taxe EEG aura lieu en juillet 2022, son  
taux ayant déjà été abaissé en janvier 2022 à 3,72 ct/kWh contre 6,5 ct/kWh en janvier 2021. Le montant des subventions allouées aux ménages (EUR 0,5 mds) regroupe des aides  
aux plus modestes octroyées sous forme de chèque et d’une augmentation des allocations de chauffage, destinées à 2 millions de ménages dont 370 000 étudiants. D’autres aides  
de ce type ont été distribuées depuis septembre 2021 mais nous ne les avons pas intégrées dans notre décompte, faute d’informations officielles disponibles.  
TABLE AU 2  
SOURCES : DEUTSCHLAND.DE, GOUVERNEMENT FÉDÉRAL, IAMEXPAT, BNP PARIBAS  
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FRANCE  
Coût de la mesure  
Type de mesure  
Subventions  
Intitulé de la mesure  
Date de début  
Date de fin  
Bénéficiaires  
(
mds EUR)  
Baisse du prix du carburant  
à la pompe de 0,18 EUR/  
litre  
3
avril 2022  
juillet 2022  
Ensemble des contribuables  
Indemnité inflation  
EUR 100 par personne)  
38 millions de personnes gagnant moins de  
2000 EUR net par mois  
3
,8  
déc. 2021  
juillet 2022  
juillet 2022  
-
-
-
(
Hausse de 3% du salaire  
des fonctionnaires  
3
5,8 millions de fonctionnaires  
17 millions de retraités  
Revalorisation des retraites  
3
,75  
2
(
+3%)  
Ménages modestes, périmètre légèrement  
inférieur à celui des bénéfiaires de l'indemnité  
inflation  
Chèque alimentation  
Chéque énergie  
juillet 2022  
déc. 2021  
-
-
0,6  
3
Ménages modestes  
Entreprises dont les dépenses en énergie  
pèsent plus de 3% du chiffre d'affaires, et dont  
la facture de gaz ou d’électricité a augmenté  
de plus de 40% depuis le début de la guerre  
en Ukraine  
Aide spéciale pour les  
entreprises  
mars 2022  
n.a  
Subventions et rembour-  
sement de 25% de la taxe  
TICPE pour les agriculteurs  
0,4  
n.a  
mars 2022  
mars 2022  
juillet 2022  
juillet 2022  
Secteur agricole  
Remise de 0,25 EUR/litre  
pour le secteur de la pêche  
Secteur de la pêche  
Subventions allouées au  
transport routier  
0
,4  
mars 2022  
-
juillet 2022  
-
Transport routier  
-
Réduction des taxes  
-
-
Hausse plafonnée à 4%  
TTC des tarifs réglementés  
de l'éléctricité financé via  
la baisse de la taxe sur  
l'éléctricité (TICPE), pris en  
charge par le gouverne-  
ment et EDF  
Réglementation des  
prix  
16  
janvier 2022  
oct. 2022  
déc. 2022  
déc. 2022  
Ménages et PME  
Gel des tarifs de gaz  
reglementés à leur niveau  
d'octobre 2021, avec in-  
demnisation des fournis-  
seurs (Engie)  
10  
5 millions de consommateurs résidentiels  
Total  
45,9  
Le montant de EUR 3 mds associé à la baisse du prix des carburants est basé sur l’hypothèse que 10 centimes d’euros de moins sur le litre coûtent EUR 5 mds aux finances publiques  
pendant 12 mois. Le coût du blocage des tarifs d’électricité s’élève à EUR 16 mds (8 sont supportés par le gouvernement et le reste est pris en charge par EDF). Une hypothèse  
d’augmentation du traitement des fonctionnaires de 3% coûterait EUR 6 mds en année pleine, soit EUR3 mds pour les six derniers mois de 2022. La revalorisation des retraites,  
également estimée à 3%, coûterait EUR7,5 mds en année pleine, soit EUR3,75 mds pour les six derniers mois de l’année.  
TABLE AU 3  
SOURCES : GOUVERNEMENT, MINISTÈRE DE LA TRANSITION ÉCOLOGIQUE, COMMISSION DE LA RÉGULATION DE L’ÉNERGIE, BNP PARIBAS  
La banque  
d’un monde  
qui change  
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7
ITALIE  
Coût de la  
Type de mesure  
Subventions  
Intitulé de la mesure  
mesure  
Date de début  
Date de fin  
Bénéficiaires  
(
mds EUR)  
Baisse du prix du carburant à la  
pompe de 0,25 EUR/litre  
2,9  
5,8  
avril 2022  
mai 2022  
Ensemble des contribuables  
2
8 millions de salariés, chômeurs,  
étudiants et retraités, touchant un re-  
venu annuel maximum de EUR 35 000  
Bonus de EUR 200 aux ménages  
juillet 2022  
-
Subventions au secteur du transport  
routier  
0
,5  
avril 2022  
sept. 2021  
mars 2022  
-
Transport routier  
2
9 millions de ménages et 6 millions  
de micro-entreprises  
Bonus social  
1,9  
4,1  
sept. 2022  
n.a  
Pêche, agriculture, transports,  
activités energivores  
Réduction des taxes  
Crédit d'impôt aux entreprises  
Réduction de la TVA sur le gaz  
29 millions de ménages et 6 millions  
de micro-entreprises  
1
,7  
oct. 2021  
oct. 2021  
juin 2022  
(
22% à 5%)  
2
9 millions de ménages et 6  
Suppression du système de charge  
pour les utilisateurs de gaz et  
d'électricité  
millions de micro-entreprises ayant  
des besoins en électricité jusqu'à  
6,5  
mars 2022  
1
6,5 kilowatts  
Réglementation des  
prix  
-
-
-
-
-
Total  
23,4  
Le montant du bonus social se décompose en un premier versement de EUR 450 millions au T4 2021, suivi d’un deuxième à hauteur de EUR 503 millions au T1 2022. Le prolonge-  
ment du bonus jusqu’au T3 2022 coûterait EUR 450 millions de plus, portant le montant total de la mesure à EUR 1,4 md. Le montant associé à la réduction de la TVA s’élevant à  
EUR 842 millions au T1 2022, nous avons considéré qu’il s’agirait de la même somme pour le trimestre suivant. La réduction du système de charge a coûté EUR 2,5 mds au T4 2021  
(
EUR 1,28 md et EUR 1,2 md pour les utilisateurs de gaz et d’électricité, respectivement) puis EUR 4,02 mds au T1 2022. Le montant associé à la baisse des prix du carburant s’élevant  
à EUR 961 millions par mois, le coût total de cette mesure récemment étendue à début juillet 2022 devrait atteindre EUR 2,9 mds.  
TABLE AU 4  
SOURCES : BANCA D’ITALIA, CONFCOMMERCIO, GAZZETTA UFFICIALE, ARERA, BNP PARIBAS  
La banque  
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qui change  
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8
ESPAGNE  
Coût de la mesure  
Type de mesure  
Intitulé de la mesure  
Date de début  
Date de fin  
Bénéficiaires  
(
mds EUR)  
Baisse du prix du carburant  
à la pompe de EUR 0,20/litre  
Subventions  
1,8  
avril 2022  
juillet 2022  
Ensemble des contribuables  
Revalorisation des pensions  
des retraités (+2,5%)  
6
,5  
janvier 2022  
mars 2022  
décembre 2022  
11,9 millions de retraités  
Secteur de la pêche  
Transport routier  
Aides au secteur de la pêche  
0,1  
Aides au secteur du trans-  
port routier  
1
,5  
mars 2022  
mars 2022  
Secteur agricole (agriculteurs,  
éleveurs, producteurs laitiers)  
Aides au secteur agricole  
0,4  
3,5  
Réduction de la taxe spé-  
Réduction des taxes  
ciale sur l'éléctricité (IEE) de  
juin 2021  
juillet 2022  
juin 2022  
Tous les contribuables  
5
,1% à 0,5%  
Cette taxe est prélevée sur les re-  
venus de la vente d'électricité sur  
le marché de gros et est répercutée  
sur le prix dudit marché et sur la  
facture finale  
Suspension de la taxe sur  
la production d'éléctricité  
1,6  
octobre 2021  
(
IVPEE, taux initial à 7%)  
2
7,7 millions de ménages, travail-  
Réduction de la TVA sur  
l'éléctricité (21% à 10%)  
leurs indépendants et entreprises  
avec une puissance souscrite  
jusqu'à 10 kilowatts  
1
,7  
juin 2021  
mai 2022  
juillet 2022  
mai 2023  
Limitation du prix du gaz  
destiné à la production  
d'éléctricité à 50 EUR/MWh  
Réglementation des  
prix  
Consommateurs espagnols  
au tarif réglementé  
n.a  
Total  
16,9  
Le coût budgétaire de la réduction des prix du carburant de 20 centimes – dont 15 centimes subventionnés par le gouvernement – est calculé selon l’hypothèse qu’une baisse des  
prix sur le carburant de 1 centime coûte EUR 350 millions par an à l’État (nous répliquons la méthode utilisée pour la France avec un rabais de 30% correspondant à l’écart du  
PIB par tête espagnol par rapport au PIB par tête français en 2021). Pour les montants associés à la réduction de la TVA sur l’électricité et de l’IEE, nous supposons que les coûts  
budgétaires supportés au second semestre 2021 (EUR 0,857 mds et EUR 1,75 md respectivement) seront les mêmes au second semestre 2022.  
SOURCES : LA MONCLOA, MINISTÈRE DE L’AGRICULTURE, DE LA PÊCHE ET DE L’ALIMENTATION, MINISTÈRE DE LA TRANSITION ÉNERGÉTIQUE ET DU  
TABLE AU 5  
DÉFI DÉMOGRAPHIQUE, BNP PARIBAS  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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