Des capacités de raffinage insuffisantes Signe de résistance : des corrections très modérées sur le marché des changes depuis le début du conflit L’Amérique latine est nettement moins exposée que d’autres régions émergentes aux répercussions de la guerre au Moyen-Orient. Cela s’explique principalement par son très faible risque de rupture d’approvisionnement en hydrocarbures : les hydrocarbures importés proviennent en grande majorité des États-Unis et des autres pays de la région, et marginalement du Moyen-Orient. Par ailleurs, plusieurs pays sont exportateurs nets (l’Argentine, le Brésil, la Colombie et l’Équateur (en gris dans le graphique 1 )).
En raison de cette faible vulnérabilité, les monnaies des principaux pays d’Amérique latine ont très peu réagi depuis fin février (voir graphique 2 ). Le conflit au Moyen-Orient a, certes, interrompu la tendance à l’appréciation des devises (contre l’USD) des pays importateurs nets d’hydrocarbures, observée depuis janvier 2025. Mais ces dépréciations sont restées très modérées, et les monnaies des pays exportateurs nets d’hydrocarbures affichent même, au 14 avril, une légère appréciation.
Cependant, les capacités de raffinage sont limitées, y compris dans les pays exportateurs nets d’hydrocarbures, et tous les principaux pays de la région sont donc importateurs nets de produits pétroliers raffinés (en vert dans le graphique 1 ). Leurs balances des paiements sont donc exposées aux variations des prix des hydrocarbures raffinés.
Les importateurs nets d’hydrocarbures, au sens large (le Chili, le Pérou, le Mexique, l’Uruguay et les pays d’Amérique Centrale), sont les plus vulnérables, même si les exportations d’or au Pérou, de pétrole brut au Mexique et de cuivre au Chili permettront d’atténuer partiellement l’effet de la hausse des prix des importations. Le Chili et l’Uruguay enregistrent les déficits énergétiques les plus importants (-4% et -2,2% du PIB respectivement). Cela explique d’ailleurs largement pourquoi les pesos chilien et uruguayen ont affiché les dépréciations contre l’USD les plus fortes depuis le début du conflit (de 4,3% et 3,8% respectivement). À court terme, le niveau modéré des déficits courants aidera cependant à absorber le choc externe.
La politique budgétaire reste généralement restrictive dans les pays d’Amérique latine. À l’exception du Brésil, les gouvernements ont jusqu’à présent privilégié une transmission du choc par les prix, reflétant des marges de manœuvre limitées et la volonté de préserver la crédibilité de leur politique économique. Ce positionnement traduit davantage une contrainte de financement qu’un choix discrétionnaire. Au Chili et en Colombie (bien que la politique budgétaire y soit accommodante), les mécanismes existants de contrôle des prix des carburants ont ainsi été progressivement supprimés au cours du mois de mars.
Ce choix implique une transmission accrue du choc énergétique aux prix domestiques, dont les effets devraient se matérialiser pleinement au T2. Les tensions inflationnistes étaient déjà perceptibles en mars, largement tirées par la composante transports (dont le poids dans l'indice total est de près de 15% en moyenne pour l'ensemble des pays de la région). Cela met fin à la dynamique désinflationniste observée depuis le second semestre 2023 au Brésil, au Chili, au Mexique et au Pérou. Sur le plan monétaire, le cycle d’assouplissement semble avoir pris fin au Chili et au Pérou. Au Mexique, la banque centrale n’exclut pas une dernière baisse des taux, à la condition d’une stabilisation de la situation au Moyen Orient (la prochaine réunion aura lieu le 7 mai). La banque centrale du Brésil a entamé son assouplissement monétaire en mars, mais il pourrait être plus progressif que prévu initialement. Enfin, dans un contexte inflationniste persistant, la Colombie est la seule grande banque centrale d'Amérique latine qui devrait relever ses taux à court terme.