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Commerce international : les échanges de biens vers de nouveaux sommets

ECO FLASH  
N°21-10  
20 mai 2021  
COMMERCE INTERNATIONAL : LES ÉCHANGES DE BIENS VERS DE  
NOUVEAUX SOMMETS  
Guillaume Derrien  
Les échanges mondiaux de biens sont  
UNE REPRISE EN V BIEN VISIBLE  
repartis très fortement à la hausse, même  
si des divergences existent entre les  
régions du monde, en raison notamment  
de situations sanitaires et économiques  
encore contrastées.  
Indice du volume des échanges mondiaux (2010=100, février 2021)  
1
30  
25  
20  
15  
10  
05  
00  
1
1
1
1
Le redressement des exportations de  
services reste beaucoup plus fragile avec  
des niveaux encore très faibles dans les  
transports et le tourisme. Les échanges de  
services liés aux technologies de l’informa-  
tion et de la communication (TIC) ont été  
beaucoup plus résilients en 2020.  
1
1
9
5
9
0
85  
80  
06  
07 08 09 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21  
SOURCE : BUREAU NÉERLANDAIS D’ANALYSE DES POLITIQUES ÉCONOMIQUES (CPB)  
GRAPHIQUE 1  
Le Brexit a engendré une hausse marquée  
du nombre de nouveaux accords com-  
merciaux en 2021. Deux traités importants  
négociés par l’Union européenne restent  
en suspens, l’un avec le Mercosur et l’autre un rattrapage important de la demande et un tissu industriel plus résilient que lors des crises  
avec la Chine.  
EXPORTATIONS DE BIENS : L’ASIE EST REPARTIE LA PREMIÈRE  
1
Le volume du commerce mondial (de biens) est repassé, dès cet hiver, au-dessus du niveau  
atteint avant la Covid-19, effaçant ainsi en un semestre la chute enregistrée au T1 2020  
cf graphique 1). Cette reprise en V souligne bien la nature particulière de la crise actuelle, avec  
(
précédentes. Pendant la crise financière mondiale de 2007-2008, les échanges mondiaux de  
2
marchandises avaient mis trois ans à retrouver leur niveau d’avant-crise. De plus, et malgré  
leur chute brutale au premier semestre 2020, les exportations en volume se sont repliées de  
5
,0% l’année dernière, soit une chute inférieure à celle enregistrée en 2009 (-12,5%).  
Les négociations entre les États-Unis et la  
Chine sont également au point mort, à la  
suite de l’échec des discussions bilatérales  
qui se sont tenues en Alaska à la mi-mars.  
Depuis le creux atteint en mai 2020, les exportations mondiales ont en effet rebondi de près de  
25% (cf. tableau 1). Derrière cette remontée importante se cachent néanmoins des écarts assez  
marqués entre les régions du monde, qui s’expliquent en grande partie par le décalage dans le  
temps de la propagation de l’épidémie entre les pays. La Chine, qui a confiné sa population puis  
jugulé l’épidémie plus tôt que le reste du monde, a connu un redémarrage plus précoce à la fois  
de son activité productive, de ses exportations et de ses importations.  
1
2
Moyenne des exportations et importations mondiales.  
En effet, le pic des échanges atteint en janvier 2008 n’a été dépassé qu’en janvier 2011 (source : CPB).  
La banque  
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2
DES ÉCARTS DE RATTRAPAGE ENTRE LES RÉGIONS (VARIATIONS EN %)  
Exportations  
Fév. 2021 / déc. 2019  
Importations  
Fév. 2021 / point bas*  
Fév. 2021 / déc. 2019  
Fév. 2021 / point bas*  
Monde  
3,2  
27,1  
10,0  
-2,0  
1,4  
25,0  
57,4  
34,0  
25,7  
30,0  
25,4  
31,4  
1,1  
4,0  
15,3  
9,4  
20,6  
21,4  
45,6  
25,8  
16,8  
38,6  
21,9  
13,0  
3,9  
Chine  
Asie émergente (hors Chine)  
Zone euro  
-1,4  
0,7  
Japon  
Amérique latine  
États-Unis  
-4,9  
-8,9  
-1,8  
-9,9  
2,7  
3,1  
Europe centrale & orientale  
Afrique & Moyen-Orient  
0,5  
5,6  
1,3  
*
point bas respectif à chaque région/pays  
TABLE AU 1  
SOURCE : CPB  
Les exportations et importations européennes restaient en février  
légèrement en deçà du niveau qu’elles avaient atteint à la fin de  
l’année 2019. Les exportations américaines accusent encore un retard  
conséquent (les exportations du pays ont chuté très sévèrement au  
cours du premier semestre 2020), mais les importations sont repassées  
au-dessus de leur niveau de 2019. Cela dit, pour l’Europe et les États-  
Unis, le volume des échanges commerciaux devrait dès le printemps  
dépasser son niveau d’avant-crise à mesure que l’épidémie s’atténue et  
que les restrictions d’activité sont levées.  
LA CHINE A REGAGNÉ DES PARTS DE MARCHÉ EN 2020  
Part des exportations de la Chine dans les exportations mondiales de  
biens (%, moyenne mobile sur 12 mois)  
16  
1
5
1
4
1
3
1
2
Pour le moment, ce décalage de reprise entre la Chine et les pays  
1
1
«
occidentaux » ainsi que l’adaptabilité de l’industrie chinoise  
1
0
à l’évolution de la demande mondiale ont permis à la Chine de  
consolider ses parts de marché dans les exportations mondiales de  
9
8
7
6
5
3
biens (cf. graphique 2), au détriment des économies industrialisées  
qui ont vu leurs parts de marché repasser sous la barre des 60%.4  
Néanmoins, ce phénomène n’est peut-être que temporaire. Avec la  
reprise économique qui s’est accélérée cet hiver aux États-Unis, et qui  
se profile au printemps en Europe, une reconquête des parts de marché  
par ces pays est possible. Il est en effet intéressant de rappeler que la  
part des exportations chinoises dans les exportations mondiales avait  
commencé à fléchir depuis 2015 et jusqu’à l’arrivée de la pandémie  
mondiale, sous l’effet de facteurs structurels (tels que la hausse des  
coûts de production).  
04  
05 06 07 08 09 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21  
GRAPHIQUE 2  
SOURCE : FMI  
L’INDICE PMI GLOBAL POUR LES EXPORTATIONS  
CONSERVE UNE BONNE DYNAMIQUE  
Indice PMI global, nouvelles commandes à l'exportation (é.g.)  
Exportations mondiales (g.a., %, é.d.)  
PERSPECTIVES POUR LA SECONDE MOITIÉ DE 2021  
6
0
25  
20  
Au niveau mondial, les échanges commerciaux devraient logiquement  
continuer de se renforcer au cours de l’année 2021, à mesure que  
les campagnes de vaccination progresseront et que les programmes  
de soutien aux économies – et en premier lieu le plan de relance  
massif aux États-Unis – soutiendront l’activité mondiale. Plusieurs  
indicateurs avancés, et fortement corrélés au commerce international,  
ont continué de progresser au T1 2021. C’est le cas, par exemple, de  
l’indice PMI global pour les commandes à l’exportations qui a atteint  
en avril dernier son niveau le plus élevé depuis mai 2010, à 54,7  
55  
15  
10  
5
50  
45  
0
40  
-
-
-
-
5
10  
15  
20  
35  
30  
(
cf. graphique 3). La tendance est similairement à la hausse lorsqu’on  
25  
-25  
se penche sur l’évolution des nouvelles commandes à l’exportation de  
Taiwan (cf. graphique 4).  
03 04 05 06 07 08 09 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20  
3
Termes basés sur la classification du FMI.  
GRAPHIQUE 3  
SOURCES : CPB, MARKIT, BNP PARIBAS  
4
Données du FMI.  
La banque  
d’un monde  
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3
Cette embellie est, par ailleurs, corroborée par l’Organisation mondiale  
du commerce (OMC) qui, dans ses dernières projections de mars,  
anticipe un rebond des échanges mondiaux de 8,0% en 2021, après une  
MÊME TRAJECTOIRE ASCENDANTE DU CÔTÉ DES COMMANDES  
À L’EXPORTATION DE TAIWAN  
5
chute de 5,3% en 2020. Un rééquilibrage à la baisse des exportations  
Nouvelles commandes à l’exportation de Taiwan (g.a. en %, é.g.)  
Exportations mondiales (g.a. en %, é.d.)  
mondiales pourrait néanmoins, à terme, s’opérer une fois l’effet de  
rattrapage de la demande atténué.  
80  
25  
20  
60  
Le rattrapage de la demande pourrait, par ailleurs, pousser pour  
quelques temps encore les prix des matières premières à la hausse  
et maintenir les chaînes d’approvisionnement mondiales sous tension,  
entraînant des pénuries. L’exemple le plus frappant aujourd’hui est  
celui des semi-conducteurs, dont la pénurie semble s’étendre à de plus  
15  
40  
10  
5
20  
0
0
6
en plus de secteurs. Les prix de nombreux biens primaires industriels  
-5  
(
(
cuivre, minerai de fer et aluminium, notamment) et alimentaires  
maïs, blés, soja) ont augmenté significativement, bien au-dessus de  
-
-
-
10  
-
-
20  
40  
15  
20  
leurs niveaux d’avant-crise (cf. graphique 5). Les coûts de transport  
subissent également de fortes pressions à la hausse : l’indice pour le  
coût du fret de containers en provenance de Chine (China Containerized  
Freight index) est en augmentation de plus de 140% par rapport à la  
fin de l’année 2019.  
-60  
-25  
2 03 04 05 06 07 08 09 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20  
0
GRAPHIQUE 4  
SOURCES : CPB, MINISTÈRE DE L’ÉCONOMIE DE TAIWAN, BNP PARIBAS  
LES ÉCHANGES DE SERVICES TOUJOURS FRAGILES ET EN  
MUTATION  
COÛTS DES MATIÈRES PREMIÈRES ET DE TRANSPORT EN FORTE HAUSSE  
Evolution en % par rapport au 31 décembre 2019 (17 mai 2021)  
Du côté des services, la dynamique reste beaucoup plus fragile en ce  
début d’année. Les restrictions d’activité, mises en place pour freiner  
l’épidémie, ont eu un impact particulièrement néfaste sur ce secteur,  
et en premier lieu sur le tourisme et le transport, qui représentaient,  
avant l’arrivée de l’épidémie, près de 40% des exportations mondiales  
160  
142.9  
140  
120  
7
totales de services. Ces deux catégories ont enregistré des chutes  
100  
record en 2020 (cf. graphique 6), tout comme les services liés à la  
maintenance et la réparation de biens qui se sont fortement repliés. La  
catégorie « autres services » a chuté bien plus modestement.8  
8
0
60  
47.9  
4
5.4  
40  
26.0  
À noter que ces « autres services » regroupent principalement des  
services en relation étroite avec le secteur technologique (finance,  
télécommunication, droits intellectuels, recherche et développement,  
consulting/management). Le reste, dont le poids dans les exportations  
de services est relativement faible, est lié à la construction et aux  
1
1.9  
20  
8.1  
0
Energie  
Métaux  
industriels précieux  
Métaux Agriculture  
Bétail Coût du fret  
(CCFI*)  
*
China Containerized Freight index  
9
activités culturelles et de loisir. Ces « autres services » représentent  
une part croissante des exportations de services – un phénomène qui  
GRAPHIQUE 5  
SOURCE : S&P, BNP PARIBAS  
1
0
s’observe depuis une dizaine d’années déjà , et qui s’est amplifié en  
2
020 pour atteindre 55,9%. Cette progression s’est principalement depuis le début de l’année 202111 (et notifiés à l’OMC), 35 intègrent  
concentrée sur les exportations de services dans les technologies le Royaume-Uni. Cette augmentation fait néanmoins suite à un léger  
de l’information et de la communication (TIC). Celles-ci pourraient ralentissement depuis 2016. Au total, 348 accords de libre-échange  
1
2
s’amplifier encore, compte tenu des changements structurels répertoriés par l’OMC s’appliquent actuellement dans le monde.  
importants engendrés par la crise de la Covid-19 (hausse du télétravail  
L’Europe reste au centre des attentions avec deux traités de libre-  
échange importants actuellement bloqués :  
et du commerce en ligne notamment).  
Le premier concerne l’accord passé entre l’UE et les quatre  
grands pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay).  
Officiellement approuvé en juillet 2019, ce traité nécessite encore  
la signature des gouvernements nationaux et du Parlement eu-  
ropéen. Cet accord permettrait d’éliminer progressivement les  
barrières tarifaires sur de nombreux produits (automobiles, tex-  
LES ACCORDS DE LIBRE-ÉCHANGE SE MULTIPLIENT  
Le départ effectif du Royaume-Uni de l’Union européenne depuis le 1er  
janvier 2021 a conduit à un rebond significatif du nombre d’accords  
régionaux (cf. graphique 7). Sur les 38 nouveaux accords entrés en vi-  
5
6
7
8
Article du Financial Times : Global chip shortage spreads to toasters and washing machines, 25 avril 2021.  
En 2019, les exportations en « voyage » et transport représentaient USD 2 492,976 mds contre USD 6129,480 mds d’exportations de services au total  
Nous utilisons le terme “autres services” car les données actuellement disponibles pour les exportations de services à l’échelle mondiale ne permettent pas de décomposition  
plus fine pour l’année 2020.  
9
1
1
La part de ces autres composants ne représentait au total que 4,5% des exportations mondiales de services.  
Voir par exemple Loungani et al., World Trade in Services: Evidence from A New Dataset, IMF working paper, mars 2017.  
1
2
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tiles, machinerie). Mais plusieurs pays européens, dont la France  
et l’Irlande, opposent désormais des réserves à ce traité en l’état  
actuel, et souhaitent y intégrer davantage de critères environne-  
mentaux et sanitaires.  
LES ÉCHANGES LIÉS AU TOURISME ONT PLONGÉ EN 2020  
Exportations mondiales de services en 2020 (g.a. en %)  
Le second blocage porte sur l’accord global d’investissements  
0
(
AGI) entre l’UE et la Chine, dont les principes ont été officialisés  
le 30 décembre 2020. Les États membres de l’UE et le Parlement  
européen ne souhaitent pas pour l’heure ratifier cet accord. Les  
tensions diplomatiques entre les deux parties se sont accrues  
depuis la fin d’année dernière, notamment par rapport à la question  
du respect des droits de l’homme en Chine. Cet accord permettrait  
aux entreprises européennes d’investir plus facilement en Chine  
dans de nombreux secteurs (finance, production, construction,  
télécommunications). En contrepartie, la Chine obtiendrait  
un accès au marché européen de l’énergie, avec la possibilité  
-10  
-2.3  
-
20  
-12.9  
-
18.8  
-
19.9  
-30  
-
-
40  
50  
-60  
70  
-
-63.2  
Voyage  
1
3
d’investir dans les énergies renouvelables notamment.  
Total  
Services liés Autre services  
aux biens* commerciaux  
correspond aux services liés à la fabrication d’intrants, d’entretien et de réparation et transport de  
Transport  
L’autre dossier sensible porte sur les relations commerciales entre les  
États-Unis et la Chine. La rencontre bilatérale entre les représentants  
de l’administration Biden et leurs homologues chinois, qui s’est tenue  
dans l’Alaska le 18 et 19 mars dernier, s’est soldée par un échec.  
Par ailleurs, des discussions au Sénat américain sont en cours sur  
l’élaboration du Strategic Competition Act. Ce dernier, qui ciblerait  
davantage la Chine comme adversaire stratégique, pourrait contribuer  
à accentuer les tensions diplomatiques et économiques entre les deux  
pays.  
*
fret et assurance.  
GRAPHIQUE 6  
SOURCE : OMC  
L’EFFET DU BREXIT SUR LES ACCORDS DE LIBRE-ÉCHANGE  
Nombre d’accords de libre-échange répertoriés par l’OMC (au 18 mai 2021)  
4
08  
58  
08  
58  
08  
58  
08  
348  
3
93 297 304 310  
285 2  
3
24 240 252 264 275  
2
01 214 2  
2
2
65 182  
37 154 1  
00 1  
1 1  
14 124 1  
1
9
83  
1
67  
72  
1
6
5
5
7
4
58  
8
GRAPHIQUE 7  
SOURCE : OMC  
1
3 Sous condition pour la Chine de rester sous un seuil de 5% de parts de marché dans chaque État membre.  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
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