Le marché du crédit privé soulève beaucoup d’interrogations. Son opacité n’aide pas. Les données officielles publiques restent rares. Les ordres de grandeur disponibles proviennent principalement de sources privées, dont les méthodologies diffèrent largement. Les comptes financiers de la Réserve fédérale (Fed) apportent désormais un nouvel éclairage. Ils nous apprennent que le crédit privé finance 7,1% de la dette des entreprises américaines grâce à l’appui des ménages (31% des financements totaux des fonds), des assureurs et fonds de pension (20%) et des banques (19%).
Qui finance les fonds de crédit privé américains ?
Le crédit privé peut prendre plusieurs formes. La plus courante est celle de prêts octroyés par des fonds fermés[1] à des entreprises petites et moyennes, non cotées, et très endettées. Ces prêts sont généralement à taux variables, assortis de clauses flexibles fondées sur les flux de trésorerie plutôt que sur une mesure de rentabilité. Si cette classe d’actifs présente des vulnérabilités intrinsèques[2] (Banque de France, 2025), elle est aussi particulièrement adaptée au financement de projets innovants et de long terme (numérique[3] , infrastructures, énergies renouvelables, santé…), surtout lorsqu’elle est assortie d’une participation au capital de l’entreprise. Son développement moins rapide en Europe explique sans doute en partie le retard de la région dans le financement de l’innovation.
Le crédit privé finance 7,1% de la dette des entreprises américaines… Le crédit privé a connu une croissance rapide aux États-Unis au cours des dix dernières années, et s’est imposé comme une alternative aux prêts bancaires pour une catégorie d’emprunteurs. Il représente désormais 17,3% de l’encours total des crédits octroyés aux sociétés non financières (SNF) américaines[4] et 7,1% de leur dette. Environ un tiers (35%) est géré par des fonds strictement fermés, un autre tiers (36%) par des fonds semi-ouverts qui autorisent des rachats anticipés ponctuels. Le dernier tiers est inscrit au bilan de fonds non-résidents de dette privée (25%) et de véhicules de titrisation (4%).
… grâce à l’appui des banques, des assureurs et fonds de pension, et des ménages Nouvel exemple de l’allongement de la chaîne d’intermédiation du crédit aux États-Unis (après celui du marché hypothécaire), les banques figurent parmi les principaux créanciers des fonds de crédit privé (65% de leur dette, 19% de leur financement total). La faible pondération en risque des prêts accordés par les banques à ces véhicules, par rapport à celle des prêts bancaires directs aux SNF, n’y est sans doute pas étrangère (Chernenko et al., 2024). Les avoirs des assureurs et des fonds de pension, principalement constitués de parts de fonds strictement fermés, les placent parmi les principaux investisseurs en fonds de dette privée (30% des parts émises, 20% du financement total). Cette classe d’actifs leur offre la possibilité de diversifier leurs portefeuilles et des rendements attractifs. L’essor des fonds semi-ouverts a permis d’élargir la gamme des investisseurs à la clientèle de détail (31% du financement total), au prix toutefois d’un risque de liquidité accru, comme en a témoigné l’importante vague de rachats à la fin 2025 et au début 2026[5] . Les ménages américains détiennent, en direct, 70% des fonds propres émis par les fonds semi-ouverts et 22% des parts émises par les fonds strictement fermés[6] .
Abbassi, P., Aldasoro, I. et Doerr, S. (2026), Financing the digital economy: the role of private credit, BIS Quarterly Review, September 2026
Banque de France (2025), La recomposition du paysage du crédit à l’aune du développement de la dette privée et ses implications pour la stabilité financière , Rapport sur la Stabilité Financière, décembre 2025
Chernenko, S., Ialenti, R. et Scharfstein, D. (2024), Bank capital and the growth of private credit , Working paper
France Invest (2026), Activité des fonds de dette privés en France , mars 2026