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Qui finance le crédit privé aux États-Unis ? Ce que disent les données de la Réserve fédérale

28/10/2026
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Le marché du crédit privé soulève beaucoup d’interrogations. Son opacité n’aide pas. Les données officielles publiques restent rares. Les ordres de grandeur disponibles proviennent principalement de sources privées, dont les méthodologies diffèrent largement. Les comptes financiers de la Réserve fédérale (Fed) apportent désormais un nouvel éclairage. Ils nous apprennent que le crédit privé finance 7,1% de la dette des entreprises américaines grâce à l’appui des ménages (31% des financements totaux des fonds), des assureurs et fonds de pension (20%) et des banques (19%).

Qui finance les fonds de crédit privé américains ?

Sources : Réserve fédérale (Enhanced financial accounts), BNP Paribas

Le crédit privé peut prendre plusieurs formes. La plus courante est celle de prêts octroyés par des fonds fermés[1] à des entreprises petites et moyennes, non cotées, et très endettées. Ces prêts sont généralement à taux variables, assortis de clauses flexibles fondées sur les flux de trésorerie plutôt que sur une mesure de rentabilité. Si cette classe d’actifs présente des vulnérabilités intrinsèques[2] (Banque de France, 2025), elle est aussi particulièrement adaptée au financement de projets innovants et de long terme (numérique[3], infrastructures, énergies renouvelables, santé…), surtout lorsqu’elle est assortie d’une participation au capital de l’entreprise. Son développement moins rapide en Europe explique sans doute en partie le retard de la région dans le financement de l’innovation.

Le crédit privé finance 7,1% de la dette des entreprises américaines…

Le crédit privé a connu une croissance rapide aux États-Unis au cours des dix dernières années, et s’est imposé comme une alternative aux prêts bancaires pour une catégorie d’emprunteurs. Il représente désormais 17,3% de l’encours total des crédits octroyés aux sociétés non financières (SNF) américaines[4] et 7,1% de leur dette. Environ un tiers (35%) est géré par des fonds strictement fermés, un autre tiers (36%) par des fonds semi-ouverts qui autorisent des rachats anticipés ponctuels. Le dernier tiers est inscrit au bilan de fonds non-résidents de dette privée (25%) et de véhicules de titrisation (4%).

… grâce à l’appui des banques, des assureurs et fonds de pension, et des ménages

Nouvel exemple de l’allongement de la chaîne d’intermédiation du crédit aux États-Unis (après celui du marché hypothécaire), les banques figurent parmi les principaux créanciers des fonds de crédit privé (65% de leur dette, 19% de leur financement total). La faible pondération en risque des prêts accordés par les banques à ces véhicules, par rapport à celle des prêts bancaires directs aux SNF, n’y est sans doute pas étrangère (Chernenko et al., 2024). Les avoirs des assureurs et des fonds de pension, principalement constitués de parts de fonds strictement fermés, les placent parmi les principaux investisseurs en fonds de dette privée (30% des parts émises, 20% du financement total). Cette classe d’actifs leur offre la possibilité de diversifier leurs portefeuilles et des rendements attractifs. L’essor des fonds semi-ouverts a permis d’élargir la gamme des investisseurs à la clientèle de détail (31% du financement total), au prix toutefois d’un risque de liquidité accru, comme en a témoigné l’importante vague de rachats à la fin 2025 et au début 2026[5]. Les ménages américains détiennent, en direct, 70% des fonds propres émis par les fonds semi-ouverts et 22% des parts émises par les fonds strictement fermés[6].

Abbassi, P., Aldasoro, I. et Doerr, S. (2026), Financing the digital economy: the role of private credit, BIS Quarterly Review, September 2026

Banque de France (2025), La recomposition du paysage du crédit à l’aune du développement de la dette privée et ses implications pour la stabilité financière, Rapport sur la Stabilité Financière, décembre 2025

Chernenko, S., Ialenti, R. et Scharfstein, D. (2024), Bank capital and the growth of private credit, Working paper

France Invest (2026), Activité des fonds de dette privés en France, mars 2026

[1] Au sens strict, un fonds fermé a une durée de vie fixe pendant laquelle les investisseurs ne peuvent pas débloquer le capital investi. Le secteur s’est toutefois diversifié depuis 2020. La Fed distingue 1/ les fonds privés strictement fermés (private debt funds), 2/ les business development companies, dont la durée de vie peut être infinie et qui autorisent des rachats de parts ponctuels et 3/ les interval and tender offer funds, qui offrent la possibilité de rachats programmés.

[2] Notamment un risque de crédit élevé, un fort effet de levier, une valorisation difficile des prêts, des notes de crédit opaques, des structurations de crédit parfois complexes, une forte concentration du secteur, un risque de liquidité croissant.

[3] En 2025, près de la moitié des prêts directs des fonds de crédit privé bénéficiait au secteur de la tech (logiciels, centres de données, Intelligence Artificielle) (Abbassi et al., 2026).

[4] Il n’existe pas de données similaires pour la zone euro. D’après les données France Invest (2026), les crédits privés émis par des fonds français équivalaient à 4% des flux annuels de crédits bancaires aux SNF en 2025.

[5] Provoquée par les inquiétudes concernant la forte exposition des fonds de crédit privé au secteur des logiciels et la qualité des prêts octroyés.

[6] Cette exposition est sans doute surestimée car dans les comptes financiers de la Fed, le secteur des ménages inclut les particuliers et les institutions à but non lucratif, mais aussi les private equity funds résidents, qui nouent des partenariats avec les fonds de crédit privé. Afin de se rapprocher de la définition européenne, les ménages incluent ici les entrepreneurs individuels.

LES ÉCONOMISTES AYANT PARTICIPÉ À CET ARTICLE