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Afrique subsaharienne : El Niño menace la résilience macroéconomique déjà fragilisée par le choc pétrolier

21/10/2026
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Sept mois après le début de la guerre au Moyen-Orient, qui a entraîné une hausse marquée du cours du pétrole, l’Afrique subsaharienne fait preuve, dans l’ensemble, de résilience. La détérioration des comptes extérieurs et la hausse de l’inflation sont davantage contenues qu’en 2022, lors du dernier choc pétrolier. Cette résilience est cependant fragile et s’érode à mesure que le conflit se prolonge. De plus, un épisode El Niño exceptionnel pourrait sensiblement détériorer l’environnement macroéconomique en 2027[1].

L’Afrique subsaharienne est fortement vulnérable aux chocs climatiques via le canal des matières premières agricoles

Une croissance économique encore robuste

Pour les pays où les données sont disponibles, la croissance du PIB a été résiliente au premier semestre 2026[2].Mi-octobre, le FMI a revu à la hausse sa prévision régionale pour l’année entière à 4,5% (+0,2pp comparé à avril), une performance en ligne avec celle de 2025.

Un choc atténué sur les termes de l’échange

Les prix élevés des matières premières à l’exportation (or, cuivre, platine) ont permis d’atténuer le choc sur les termes de l’échange et les comptes extérieurs des pays importateurs d’hydrocarbures. Pour les dix pays de notre échantillon (voir heatmap), la dépréciation des devises face au USD depuis février dernier a été modérée (2,3% en moyenne).

Une inflation repartie à la hausse mais contenue jusqu’ici

Dans les dix pays de notre échantillon, même si l’inflation repart à la hausse, elle est plus faible en glissement annuel sur les 8 premiers mois de l’année 2026 que sur la même période en 2022. Cela s’explique par :

1. Des politiques monétaires qui étaient encore restrictives avant le début du conflit ;

2. Des subventions aux carburants ;

3. Les réformes macroéconomiques mises en œuvre ces dernières années (retour à une politique monétaire orthodoxe au Nigéria, efforts de consolidation budgétaire dans de nombreux pays) ;

4. La dépréciation modérée des devises depuis février.

Par conséquent, peu de banques centrales ont resserré leur politique monétaire depuis février (Afrique du Sud, Ouganda, Tanzanie).

Cependant, cette résilience reste fragile…

D’une part, les gouvernements qui ont choisi de limiter la hausse des prix du carburant voient leurs finances publiques se dégrader. Au Sénégal, les subventions énergétiques dépassent 3% du PIB en 2026, un niveau insoutenable. D’autre part, les comptes extérieurs de la région sont exposés à la volatilité des cours mondiaux des matières premières et au resserrement des conditions de financement internationales.

… et l’environnement macroéconomique pourrait se détériorer rapidement en 2027, en raison d’un épisode exceptionnel d’El Niño

La région est particulièrement vulnérable aux chocs climatiques via le canal des matières premières agricoles. Compte tenu de la part élevée de l’agriculture dans son PIB, l’Afrique subsaharienne est davantage exposée aux risques baissiers sur la croissance que l’Amérique latine, l’Asie ou l’Europe centrale (1ère colonne de la heatmap). Elle est aussi plus exposée que les autres régions du monde à l’effet inflationniste de la hausse des prix des produits alimentaires, vu leur part plus élevée dans le panier de consommation (2e colonne). Enfin, même si sa dépendance aux importations de produits alimentaires est moins élevée qu’en Asie et en Europe (3e colonne), la région est fortement vulnérable à une hausse des cours internationaux des matières premières alimentaires car ses comptes extérieurs sont fragiles. Pour plusieurs pays de notre échantillon, les réserves de change couvrent moins de 4 mois d’importations de biens et services (Ouganda, Tanzanie, Ghana, Zambie), ce qui laisse peu de marges de manœuvre pour absorber un nouveau choc extérieur.

Outre le canal des matières premières agricoles, d’autres risques localisés sont à prendre en compte. En Afrique australe, El Niño devrait intensifier les épisodes de sécheresse et menacer ainsi la production d’électricité, notamment en Zambie (l’hydroélectricité représente près de 80% de la production domestique d’électricité). En Afrique de l’Est, l’intensification des inondations attendue avec El Niño menace les infrastructures, notamment logistiques, alors que celles-ci sont moins performantes que la moyenne mondiale[3]. Ces deux canaux de vulnérabilité pourraient eux aussi accroître les pressions sur la croissance, les prix et les comptes extérieurs.

En conclusion, si les prix du pétrole se maintiennent à un niveau élevé et qu'El Niño est d’une sévérité exceptionnelle, la capacité de la région à absorber ce double choc en 2027 sera faible. Malgré leur statut d’exportateur net d’hydrocarbures, le Nigéria et l’Angola sont eux aussi exposés à une détérioration de l’environnement macroéconomique en 2027. Seule l’Afrique du Sud semble mieux positionnée pour absorber le choc.

[1] El Niño 2026–2027 : de multiples pressions sur les prix et sur les approvisionnements

[2] 1,4% en glissement annuel (g.a.) en Afrique du Sud, 4,2% au Nigéria, 5,1% au Kenya, 7% en Angola, 7,3% au Ghana.

[3] Voir l’Indice de performance logistique de la Banque mondiale.

LES ÉCONOMISTES AYANT PARTICIPÉ À CET ARTICLE
Equipe : Économies Émergentes